‹ Voyage d'un curieux dans ParisChapitre 26 sur 29 · CHAPITRE XX YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX YI

Le Paris industriel et commercial.

Au-dessous de l’aristocratie nobiliaire et de l’aristocratie de la finance, au-dessous du monde lettré et savant, au-dessous du monde des arts, s’agite le monde industriel et commercial. Celui-là a pour lui l’avenir. Il grandit outre mesure ; il envahit tout; il aspire les forces de la nation entière ; il dépeuple de bras les campagnes ; il ne voudrait faire de la France qu’une vaste usine dont Paris serait le comptoir.

Ce mouvement n’est pas parvenu encore à son plus haut point d’accélération. Il faut s’attendre à le voir progresser encore. On comprend qulavec les méthodes nouvelles, les secours inouis que l’industrie retire des machines récemment inventées, les facilités que donnent les chemins de fer, l’activité industrielle se développe encore.

Paris est fort intéressant à étudier sur ce point de Tue nouveau. Aussi voit-il s’accrritre rapidement sa fortune. Rien de plus ordinaire aujourd’hui que de voir l'industriel quitter sa boutique du coin de rue et

venir s’installer splendidement dans un grand château ou quelque jolie villa, produit rapide d’un commerce qui a duré à peine dix ou douze ans, et qui a commencé souvent avec les premières économies d’une vie de serviteur à gages.

De ce mouvement ascensionnel des classes inférieures, il découle un fait nouveau dans l’état social de la France : il se forme, à l’aide de ce puissant moyen de fortune qu’on appelle l’industrie, une aristocratie nouvelle, qu’on a baptisé trivialement de son vrai nom, l’aristocratie d’argent. Et comme Paris est le pays du monde où l’on fait le plus rapidement fortune, où les moyens même peu honnêtes et flétris par les lois peuvent être employés le plus facilement, sans être dévoilés plus tard et sans faire rejaillir de déshonneur sur ceux qui savent y recourir, il s’en suit que Paris deviendra de plus en plus le laboratoire immense où l’on se précipitera pour élaborer, au plus tôt que possible, cette fortune, seule source aujourd’hui de la considération et du bien-être.

Malheureusement, nous perdons en morale ce que nous gagnons en billets de banque , mais telle est la pente sur laquelle glisse le siècle. L’or est sa divinité; il faudra de longs efforts pour lui faire répudier son idolâtrie.

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