‹ Voyage d'un économiste en ItalieChapitre 10 sur 48 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Une des causes de la prospérité de Rome, c’est que ses rois furent tous de grands personnages, dit Montesquieu Aucun d’eux n’a existé, affirme Niebuhr 1 2 . Le passé de Pompéi ne saurait du moins paraître douteux, et de Naples à la maison de Diomède il faut juste une heure.

A mon entrée dans Pompéi, je ne me pouvais distraire du souvenir de mes anciens professeurs. Je me représentais leur étonnement au Forum, aux Arènes, au pluvium de la maison du Poète, au portique de la 'maison des Musiciens. Ils me semblaient réciter Horace près du temple de la Fortune; et, dans la rue des Tombeaux, je les imaginais à la recherche des peintures, en partie réservées au musée des Studi. Mais l’étude elle-même de l’antiquité ne tarda pas à attirer mes réflexions.

Quelle instruction l’on nous donne , pensai-je ! Comme on s’applique encore à nous élever au grec

1 Grandeur et décadence des Romains, ch. i.

* Jiistoire romaine, tout te premier volume.

et au latin, à l’exemple des habitants de ces. lieux, il y a dix-huit siècles! « Après tout, la solidité de l’esprit, écrivait Fénelon, consiste à vouloir s'instruire exactement de la manière dont se font les choses qui sont le fondement de la vie humaine. Toutes les plus grandes affaires roulent là-dessus. » Le fondement de la vie humaine, me disais-je, est-ce pour nous aussi la mythologie, un vers latin et une version grecque ?

Et le moins singulier ne me semblait pas la méthode adoptée. Nous restons dix ans à mal apprendre effectivement deux langues mortes, lorsqu’une couple d’années suffisent pour savoir parler et écrire trois ou quatre langues vi vantes. Aucun élève cependant n’appartient à ces sectes qui, pour mieux plaire à Dieu, font profession d’ennui. Quel peuple, notamment, dont l’imagination se remarque à défaut du bon sens, profiterait de l’enseignement classique? Car il en est encore qui, loin du réel, courent à l’imprévu \ à qui tout calcul est odieux, toute constance répugne ; qui, par aversion du possible et de l'actuel, recherchent l’extraordinaire et le nouveau : le bandeau de la fortune serait leur meilleur drapeau. Or, ces peuples n’auraient-ils pas besoin avant tout de l’étude des sciences, grâce à l’admirable et particulier effet qu’elles possèdent, d’enserrer l’esprit dans les limites de la réflexion, alors même qu’elles le stimulent par de nouvelles découvertes; de ne lui ouvrir de plus vastes horizons qu’en le soumettant davantage à l’empire de la raison? Est-il d’ailleurs une société

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moderne où il y ait profit à rappeler le héros de Cervantes, si désireux qu’on soit de faire oublier les conseils de Franklin?

Ce n’est pas sans doute qu’il ne soit satisfaisant de tenir les œuvres humaines : dissertations, poésies, discours de toute sorte, pour supérieures aux œuvres divines. C’est de même un notable avantage de se croire instruit parce qu’on sait ce qu’ont pensé Pline, Aristote, Pythagore, Hérodote sur la religion, le droit, l’histoire, la physique, les mathématiques et l’économie politique, qu’ils ignoraient également. Maisfaut-il cependant regarder la création comme le moindre spectacle offert à nos regards , et les lois qui règlent le monde extérieur ou les sociétés ne sont-elles rien auprès d’une page de racines grecques? Expliquez quelque chose du ciel et vous ferez croire à Dieu, écrivait Kepler. Enseignez quelque chose de la terre ou de notre nature, assurerait avec autant de raison un géologue ou un philosophe, et la pensée divine apparaîtra encore. C’est dire que sous la parole de la science l'intelligence attéint aisément à son plus haut développement, aussi aisément du moins qu’elle le fera jamais par la pratique des lettres. Quoi de plus grand, de plus magnifique, en effet, que ces mondes innombrables qui se meuvent sans cesse suivant d’immuables lois! Que ce globe qui se transforme depuis des millions d’années, dont rien n’est semblable, et dont tout n’est que la reproduction, dans des milieux différents, des premiers germes, des premiers éléments, des premiers êtres! Que ces cons-

tantes harmonies entre la liberté et le bien-être, entre le juste et l’utile , entre l’intérêt individuel et le bonheur social! D’où sont constamment provenus à la fois les progrès les plus vrais de la civilisation, sinon de la connaissance plus approfondie de l’univers, animé ou inanimé, de l’emploi mieux entendu de ses ressources, et de l’examen plus étendu de ses besoins et de ses droits? Pour moi, si méprisable que cela paraisse, je tiens que nulle page de rhétorique, latine ou grecque, ne fera autant réfléchir, ni n’éclairera autant que le Système du monde de Laplace , le Cosmos de M. de Humboldt, le Discours sur la méthode de Descartes, ou les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d’Adam Smith. Je n’ai même jamais regretté qu’Ampère, Copernic et J. -B. Say n’aient pas fait un nouveau commentaire sur les Métamorphoses .

Qu'on le remarque, au reste, je n’appelle pas le dédain sur les lettres : dans leur commerce j’aurai du moins beaucoup vécu. Je veux seulement faire entendre que seules, ou presque seules, elles ne sauraient former convenablement les générations présentes. Et quant aux lettres elles-mêmes, que vaut l’enseignement actuel ? Il fait traduire Horace, amplifier Hésiode, réciter Virgile : je m’en tiens à ces auteurs -, car c’est un trop singulier mélange que tous les livres de classes et le catéchisme. Mais les élèves se peuvent-ils conformer aux sentiments et aux pensées qui présidaient à la composition de Y Énêide ou des Odes ? Qu’ont-ils affaire surtout des lois que la

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lecture des anciens leur révèle, et des coutumes quelle leur apprend ? Souvenez-vous de ce que Mon* tesquieu rapporte de Sparte : «On n’y était, dit-il, ni enfant, ni mari, ni père, et la pudeur môme y était ôtée à la chasteté 1 ; » et il en était à peu près d’Athènes comme de Sparte, et de Rome comme d’Athènes 2 .

Sous le rapport littéraire donc, l’enseignement classique, heureusement si contraire aux opinions, aux tendances, aux idées de notre époque, ne peut se proposer qu’une chose : d’attirer les regards, de porter les désirs vers le rapprochement des mots et l’agenceriient des périodes. C'est son résultat; il n’en aura jamais d’autre. Aux sources ravissantes de l’art, dans le splendide champ de l’imagination, en projetant, il estvrai, des rayons d’une admirable lumière, il porte le poison le plus perfide. La forme au lieu de la pensée, le geste en place du sentiment, c'est ce qu’on a nommé la doctrine de l’art pour l’art, et j’admire, en pensant à notre instruction, qu'on s’étonne des succès qu’ elle obtient.

Quel parti l’on en tire aussi bien! Qu’on s’en sert habilement! On couvre les murs des mots de liberté et de fraternité, en réclamant la loi des suspects; on acclame ses sacrifices à la gloire nationale, la main sur ses traitements; on vénère les principes de 1789, au service de la tyrannie. Il ne faut pour cela que ce Montaigne appelait une suffisance livresque.

• Esprit des Lois, liv. IV, ch. vm.

* Voir surtout les lois sur la famille et l’hérédité d’Athènes et de Rome.

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Pourtant je doute que Bossuet eût écrit {'Histoire universelle , Pascal les Provinciales, Rousseau Émile,. Tacite la Germanie , Platon le Phédon, s’ils n’avaient visé qu’à jouer sur les syllabes, ainsi qu’un musicien sur un clavecin, comme parie un économiste*. Seraitce réellement se faire la plus noble et la plus juste idée de l’esprit humain que de le façonner aux usages des rhéteurs?

Il serait par suite utile, nécessaire, à mon sens du moins, et dût-on négliger les sciences autant que par le passé, de beaucoup modifier l’enseignement des lettres. L’antiquité, envisagée seulement à la lumière de l’histoire générale et de l’histoire littéraire, ne perdrait rien, en outre, de l’attention ni du respect des élèves, pour les moins fatiguer et s’en faire mieux comprendre. Car combien de bacheliers, leur diplôme en poche, savent quelque chose de l’organisation politique, de la constitution sociale ou de l’ensemble des opinions de Rome ou d’Athènes? Interrogez-les, après avoir lu Niebuhr ou Bœckh, et vous verrez s’ils vous répondront mieux là-dessus que sur les révolutions des astres ou les courants de l’Océan. Enfin, les littératures modernes ne méritent-elles nul examen? Goethe ne vaut-il pas Ovide, Shakspeare ou Molière, Euripide ou Plaute? Et quel mal y aurait-il à pouvoir échanger ses pensées avec ses contemporains (souvent ses parents) de l’étranger, qui ne parlent pas plus que nos profes-

1 J. -B. Say, Cours d’économe politique, cb. xxx.

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seurs grec ou latin? Les facultés coûtent, il me semble, bien cher pour les devoir autant condamner.

Mais il est une accusation plus grave encore à porter contre l’enseignement classique, me dis-je en arrivant au théâtre tragique de Pompéi. Nous sommes tous destinés à vivre dans des sociétés fondées sur le christianisme , le travail et la liberté. Ceux même qui outragent intérieurement ces bases, ces fondements nouveaux et assurés, en professent publiquement le respect ; et l’on nous élève au sein de peuples organisés par le paganisme, la servitude et la guerre. Comment ne résulterait-il pas d’une telle contradiction d’immenses dangers, des maux profonds ? A l’âge des aspirations les plus vives de l’esprit, des élans les plus impétueux du cœur, nous entrons dans un monde qui nous est étranger, bien plus , qui nous semble ennemi, n’étant en rien préparés au rôle qu’il nous faut y remplir, devant renoncer à tout ce qui jusque-là stimulait nos désirs, causait notre admiration. Cela se peut-il sans d’extrêmes dommages? Après l’illusion qui s’enfuit, n’est-ce pas la révolte qui commence? Il conviendrait du moins de régler en partie les études classiques sur le système artistique de Sixte-Quint, si soigneux à « enlever les antiquités laides et à restaurer celles qui avaient besoin d’être restaurées 1 , » qu’il n’en laissait rien.

Aussi toute génération qui sort des colleges, effraie-

1 Réponse de Sixte-Quint à une société d’antiquaires.

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t-elle pour l’ordre social. On s’étonne qu’il y résiste; et quelle chose, en outre même de ce que je viens de dire, ne justifie ces craintes? Les écrits de Rome et de la Grèce proclament à l’envi, en effet, sur la propriété, le travail, la famille, la religion, une seule autorité : la force. Le droit n’y est qu’un mot; l’homme y apparaît uniquement comme l’esclave de l’État, à la disposition lui-même de toute hardiesse victorieuse, ou de la foule ou d’un soldat; les institutions n’y ont pas d’autre principe ni d’autre sanction quel’arbitraire. Quelques-uns de leurs plus illustres auteurs vont même jusqu’à assigner pour but aux sociétés, la communauté des biens unie à la promiscuité des sexes. Quel admirable ensemble î Quelles sublimes leçons 1 La liberté humaine n’est que folie; il n’y a aucun devoir sacré; du succès dépend en tout la légitimité ; la vie des animaux est notre meilleur modèle ; voilà les maximes qu’on donne le plus à méditer aux jeunes gens : comment les pourraient-ils oublier de longtemps ? Cependant je ne veux rien exagérer ; à part trois ou quatre exceptions, tous les anciens ont reconnu deux principes inviolables, et je les ai déjà indiqués : l’esclavage des masses et le culte de Dieux vivant dans l’adultère, le volet la prostitution. En vérité, faut-il croire que la suprême, l’idéale beauté des arts, si elle ne se trouve que chez les Grecs et les Romains, doive ainsi faire mépriser toute vérité, toutdroit, toute justice ? Ne vaudrait-il pas mieux cent fois respirer l’air sauvage des montagnes que l’air corrompu des marais aux fleurs les plus belles, aux

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plus doux abords? Je ne répéterai pas que TUniversité a accompli les dernières révolutions de la France, ainsi que l'en louait un de ses plus récents ministres mais je reconnais, à l’éloge de ce ministre, qu’elle a beaucoup contribué à les préparer et à les terminer comme elles l’ont été.

Au surplus, rêver d’Athènes ou de Rome, avec quarante mille livres de rente, beaucoup le voudraient pouvoir faire; mais combien, à vingt ans, sont certains aujourd'hui de quarante mille livres de rente? Notre territoire, pour parler de ce qui nous regarde, est divisé en 123,360,338 parcelles, notre fortune mobilière ne commence qu’à naître, et nous avons l’égalité des partages; c’est de conséquence. Si fâcheux qu’il soit d'être utile à quelque chose, tous, nous avons maintenant à travailler, ayant également notre avenir à faire. Or, la première condition de l’instruction n’est-ce pas d’être l’apprentissage de la vie, de servir de préparation aux fonctions qui incomberont? J’ai dit précédemment quel était en celai’ avis de Fénelon ; de Chièvre, le précepteur de Charles-Quint, pensait comme lui, du moins pour son élève; et si je me trompe après eux, il conviendrait, pour en convaincre, de prouver qu’organisés comme nous le sommes, nous avons tort de nous livrer à de profitables labeurs, à des occupations fécondes , à l’agriculture , au commerce, à l’industrie,

Guenille si l’on veut, ma guenille m’est chère,

1 M. de Vaulabelle.

où qu’il suffit de se mêler à de telles entreprises pour y réussir. Il ne resterait qu’à persuader ensuite de la supériorité des pensées et des coutumes anciennes sur les pensées et les coutumes modernes.

Je sortais à cette dernière remarque du théâtre tragique ; mais je reviens à mes réflexions. Rollin prenait pour l’un des problèmes sociaux les plus intéressants la question de savoir si la phalange macédonienne l’emportait sur la légion romaine. Seulement Rollin ne parlait que de javelots, de boucliers, de catapultes et n’invoquait que les Dieux 1 . Végèce, d’ailleurs, l’aurait pu dispenser de sa longue dissertation ; il reconnaît à la légion une origine céleste. Toutefois, les études classiques ont reçu de nos jours une nouvelle approbation qui semble inspirée de Rollin. Reaucoup les admirent surtout comme opposées aux tendances religieuses de notre temps, ou plutôt aux tendances ecclésiastiques. Elles le peuvent être effectivement. Je n’en voudrais en témoignage que le discours par lequel le franciscain Jean- Petit louait le duc de Rourgogne d’avoir fait assassiner le duc d’Orléans, « possesseur d’un talisman de la diablesse Vénus. » Mais pour combattre l’Église, si on le croit nécessaire, faut-il servir le paganisme? La réforme a-t-elle échoué pour avoir repoussé du culte les anciens idiomes? Quel dommage verrait-on, pour le catholicisme, à ce que Bossuet n’ait pu sur les Grecs

1 J’emprunte cette observation et quelques autres à Bastiat. Voir Baccalauréat et Socialisme, l’un de ses chefs-d’œuvre.

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appuyer Y Histoire des Variations ? Quel malheur trouveraient ses adversaires à ce que Y Encyclopédie ne se compose pas de citationsd'Ovideou d’Anacréon ? Je croyais qu’il importait en tout de discuter sérieusement, de mûrement réfléchir, de rechercher et de faire comprendre la vérité; j’étais, paraît-il, en une erreur singulière. Notre temps ne saurait sans doute fyire mieux que d’imiter le xvi* siècle dans ses procédés érudits. Peut-être rencontre-t-il les mêmes obstacles à s’affranchir des chaînes du moyen âge. Quelle chose a changé depuis?

Du reste, j’aurais eu soin de taire quelques-unes des opinions précédentes, si je ne tenais à me montrer véridique. On les trouvera, j’en suis assuré, trop favorables aux intérêts matériels, si délaissés, si dédaignés de nos jours, comme chacun sait. Mais je suis économiste, et ne le veux pas dissimuler. Croire aussi bien qu’il manque de gens mécontents de leur condition, et qui, par incapacité de l’améliorer euxmêmes, se jettent sur les places et les budgets des gouvernements, ce n’est pas mieux montrer sa sagesse, à mon avis, que de tenir en mépris les noms de Sully, de Colbert et de Turgot, parmi les hommes d’Etat, de Smith, de Rossi et de Say parmi les savants. Ne prouverait-on à la fois que son ignorance, en affirmant que l’Angleterre s’est élevée au sommet de la puissance depuisle commencement du xvm* siècle par l’industrie et le négoce, comme la Hollande fin xvn" et l’Italie aux xu' et xm* ? Ah ! qu’il faut regretter que les docteurs de l’idéal et de l’éthéré n’aient été con-

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suites au temps de la création ! Ils auraient, il y a apparence, fait supprimer le corps à l’homme et la terre dans l’univers. Grâce à eux , vivant au-dessus des nuages , nous ignorerions jusqu’au nisi piluila erit d’Horace. Mais , enfin , ils n’ont pas tenu conseil , et je leur reproche de ne pas toujours parler ainsi que les femmes savantes.

Cela leur réussirait mieux pourtant que d’imiter le langage de Bacon, qui se rapprochait beaucoup de celui que je viens de tenir. Il assurait, par exemple, que la plus belle des trois ambitions qui peuvent animer l’homme, n’est pas celle de jouir d’une supériorité exclusive, ou de rendre sa patrie dominante au milieu de l’espèce humaine, mais est celle d’agrandir sa propre domination sur la nature. Et, poursuivait-il, « l’empire de l’homme sur les choses, a pour base unique les sciences et les arts *, » c’est-à-dire la connaissance des lois de l’univers et les travaux industriels. C’est encore pourquoi l’on aurait tort de s’en tenir, pour repousser les sciences, à louer l'heureuse ignorance 5 il faut ajouter, suivant un célèbre exemple, que c’est le fer et le blé qui ont perdu le genre humain \ Car le travail, l’industrie, la production, ne se développent partout convenablement que sous l’égide des enseignements scientifiques, et l’on ne repousse bien un principe qu’en en condamnant chaque résultat. Par rapport aux connaissances éco-

' Bacon, Novutn Organum scientiarum.

* Paroles de Rousseau.

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nomiques, en outre, que je voudrais voir le plus répandues, il serait important, nécessaire de convaincre, pour les repousser, que les législateurs et les administrateurs n'agissent sagement qu’autant qu’ils ne comprennent rien aux questions de travail et de salaire, de crédit et d'impôt, de routes et d’assistance. Et pour cela que de faits se pourraient invoquer ! Combien l'épreuve de chaque jour fournirait-elle d'indicàtionsî Je ne saurais dire que de fois effectivement l’examen de Pompéi m’a rappelé les édits et les usages de nos divers gouvernants. Les rues y étaient fort incommodes, les boutiques mal tenues et les meules à blé y montrent ce qu’y pouvaient être les arts industriels; tout cela avait plus d’une cause, même administrative.

On assure, à la vérité, que Pitt, Fox, Raleigh, Falkland employaient leurs loisirs à relire Homère et Démosthènes, et que de nombreux membres du parlement anglais vivent encore dans la société des grands écrivains de l’antiquité. Car on loue quelquefois l’Angleterre, quoiqu’elle soit libérale. Mais Pitt et Fox s’étaient familiarisés avec d’autres pensées que celles de Sparte et d’Athènes, et parmi les hommes publics de la Grande-Bretagne, ce ne sont également de nos jours, ni les moins instruits, ni les moins utiles qui étudient Smith, Malthus, Ricardo et Mill. Je souhaite à tous, au surplus, de n’avoir que les loisirs de Pitt ou de Fox, et de les employer de même, ne condamnant, dois-je le répéter, l’étude de l’antiquité que telle qu’on nous y contraint, et qu’au-

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