‹ Voyage d'un économiste en ItalieChapitre 13 sur 48 · LA LU1SELLA · texte numérisé non relu

LA LU1SELLA

Près du torrent qui fuit, sous l’herbe du ravin,

Dans les monts du Tyrol ou sur les bords du Rhin.

Noble Muse laissée aux ailes du zépbyre,

Elle essaie en son vol les cordes de sa lyre,

Et ses chants sont pour nous, accords mélodieux, Comme un souffle de l’âme emporté vers les cieux!

Mais la musique est de nos jours chose très-rare en Italie. J’étais seul peut-être à l’y trouver encore trop commune, bien que j’engage chacun à se garder de l’opéra à Naples, à Rome et à Florence. On y verrait représenter Macbeth , dont le compositeur me paraît toujours fort à plaindre de l’ennui qu’il a dû prendre à la lecture de Shakespeare. Aussi pourquoi réciter Sophocle quand on ne lit bien qu’Eobanus.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.

J’excepte de l’Italie toutefois l’hôtel de Pompéi. Quelle jeune et charmante voix d’homme m’y a chanté la Luisella et la Serenada! Au pied des ruines que j’avais parcourues la veille, et près encore du volcan que je venais de visiter, combien m’aurait-il alors été difficile de maudire la création ! Je ne sais même pourquoi Fénelon, qui ne connaissait pas Macbeth , interdit la musique dans sa république. Ne semble-t-il pas un peu là aussi l’évêque de Lycurgue? Et malgré l’orateur que j’ai depuis entendu à Sorrente, je ne pourrais aujourd’hui non plus imaginer Dieu nous poursuivant de ses malédictions et de ses vengeances.

NAPLES

J ’attendais à sa péroraison l’éloge des sacrifices de l’antiquité ou de l’Inde. Mais peut-être ne suis-je pas assez versé dans la métaphysique pour comprendre les vengeances de Dieu; je m’en tiens à sa justice.

ROME

Huit jours après mon départ de Naples, je parcourais les galeries de CastelgandolFo, en me rendant de Frascati à Albano. L’ancienne position de Tusculum me préoccupait vivement, sans que je pusse tout à fait me distraire du souvenir des laveuses de Marino. Jamais question plus importante n’a été traitée dans les académies, et peu de femmes, bien que celles-ci donnent elles-mêmes à reprendre, plairaient davantage. Mais je fus bientôt rencontré par lord Lowd.

— Vous dessinez? me dit-il.

— Les murailles de Tusculum, répondis- je.

ROME

— Sed vincil adhuc natura latendi, reprit en souriant lord Lowd.

Le fait est que mon dessin rappelait moins l’enceinte d’une ville qu’un groupe de femmes occupées près d’une fontaine. Mais le pourquoi non de Montaigne pourrait-il jamais mieux se justifier ?

— Et vous, me demanda lord Lowd , en me montrant ce qu’il portait à la main, reconnaîtriez-vous cet instrument?

— C’est un filet, pendant à un cercle de fer, que soutient un long bâton, lui dis-je.

— Ce sera pour moi un aide-mémoire , repartit lord Lowd. Ah! si vous aviez vu les prisonniers d’Albano, l'un d’eux surtout! 11 attend depuis trois ans de connaître le délit qui l’a fait arrêter, et vous ne sauriez imaginer ses aventures. Ce filet, qu’il avait fixé aux barreaux de sa fenêtre, pour recevoir l’aumône des passants, me les rappellera toujours, ainsi que notre loi d 'habeas corpus.

— Cette loi, remarquai-je, est l’une de celles qui vous demeureront, il est à croire, le plus longtemps particulières. Car emprisonner quand il plaît, interroger lorsqu’il convient, juger sans qu’on s’en doute, sont choses toujours très-appréciées sur le continent.

— Et la sainteté du foyer ! s’écria lord Lowd avec véhémence, le respect de la liberté individuelle ! les franchises de la défense ! l’honneur de la justice!

— Et le salut de la société! répliquai-je, et les nécessités de l’ordre public! et la majesté du pouvoir!

— Nobles Excellences, nous dirent presque à la fois,

à ce moment, quatre hommes à demi vêtus, en s’élançant d’une haie, nous regretterions beaucoup d’user contre vous de nos carabines. Par sainte Madeleine et saint Jérôme, nous savons le respect qui vous est dû. Votre argent, Excellences!

Moyennant six louis nous nous débarrassâmes de ces quatre brigands, qui étaient si fâcheux pour mes dernières paroles , et qui le soir prièrent pour nous s’ils ont rempli leur promesse. — Il est midi, me dit lord Lowd, après avoir regardé sa montre -, je vous quitte. Je dois dîner vers cinq heures à Rome.

— Oh! pour cette fois, mylord, vous ne m’échapperez pas, repris-je. Semblables d'ailleurs au voyageur de J u vénal, nous pouvons maintenant converser sans crainte. Et je rappelai à lord Lowd qu’il me devait expliquer la loi électorale de l’Angleterre, qu’il m’avait nommée laseconde base des libertés publiques de ce pays, la première lui paraissant être le parlement lui-même, séparé en deux chambres.

— Je me suis engagé sur la Corniche à cette explication, me dit-il; je m’en souviens; mais vousmême avez-vous, touchant la souveraineté, quelquesunes des opinions que soutenait en ce lieu notre compagnon de voyage?

— J’attendrai pour vous répondre, dis-je, de relire l’histoire. Notre compagnon ne croyait qu’à l’autorité du nombre, des masses de la population, et Rossi m’affirmait un jour avoir vu pratiquer la torture dans les cantons suisses les plus démocratiques. Sismondi leur a aussi reproché depuis de vouloir la

ROME

suppression de toute liberté de la presse. Qu’auraientils donc fait du travail, de la discussion des lois, de la religion, de la propriété, s’ils en avaient décidé? C’est César qui a introduit, à Rome, le suffrage universel, pour me servir du mot reçu, et Auguste l’a maintenu.

— Il n’est qu’une chose vraie partout : le droit, reprit lord Lowd. Les pouvoirs populaires peuvent commettre des excès comme les aristocraties ou les princes; et peut-être savez-vous les craintes qu’ils inspirent à Mill, l’un de nos plus remarquables économistes et de nos libéraux les plus décidés '. Les chapiUjes où il traite des fonctions et des devoirs des gouvernements mériteraient d'être plus connus.

— Dans ces chapitres, répondis-je, il m’a rappelé plusieurs pensées de Barnave. Ce dernier seulement n’apercevait pas que les libertés politiques importent à la production et à la conservation des richesses. Les intérêts matériels ne comptaient pas dans ses préoccupations, et qui même croyait à cette époque que les franchises publiques, en permettant seules à l’esprit d’acquérir toute son activité, toute son énergie, tout son savoir, sont indispensables à l’avénement ou au maintien d’une vaste industrie? A peine comprenait-on mieux qu’en leur absence nul bien, nul patrimoine n’est assuré. Or, si l’on travaille mal au milieu des entraves, on ne travaille point lorsqu’on craint de perdre chaque résultat de ses labeurs.

1 Voyez surtout le cbap. XI du IIv. V, de ses Principles of political economy.

— Vous aimez Barnave? interrompit lord Lowd, x semblant céder à un nouveau cours d’idées.

• ' • — S’il a parfois brouille l'eau pour d’aulres pécheurs 1 , du moins était-il de bonne foi.

— Et que pensez-vous de Mirabeau, de La Fayette, de Robespierre ?

— Ce que je pense du génie joint à l’ambition, de la probité sans grandes lumières, et de l’assassinat. Mais je m’engage, pour une autre fois, à vous exprimer toute ma pensée sur notre révolution; aujourd’hui je ne parle pas, vous le voyez, j’écoute.

— Puisque vous tenez à ma promesse, dit lord Lowd, n’avez-vous pas remarqué l’étonnement de notre compagnon de voyage en découvrant que le vote populaire, tel qu’il l’entendait et qu’on le pratique, n'est au plus que le vote d’une personne sur quatre?

— Certainement.

— C’est que toute loi électorale , sinon dans son principe, du moins dans ses décisions, n’est et ne peut être qu’affaire de choix, de convenance, d’appréciation de la part du législateur.

— Est-ce que le législateur, observai -je, peut restreindre autant qu’il lui plaît le cercle électoral, ordonner des scrutins selon son bon plaisir?

— Il peut bien ou mal faire, reprit lord Lowd; mais c’est un devoir pour lui de respecter l’élection elle-môme, et d’en vouloir, eu égard à la population qu’il régit, la sincère application. Je vous le répète, l’élection est l’une des bases de la liberté.

1 Montaigne.

Comme cette sorte d’opposition était le point sur lequel je désirais surtout voir expliquer lord Lowd, je lui demandai de m’indiquer la limite qui sépare en cette matière le caprice du législateur de son devoir, tout en m’instruisant des solutions de la loi anglaise.

— Dieu nous a doués de liberté, me dit -il; nous naissons libres. Qui comprendrait autrement la création et la vie, les peines et les récompenses ? L’homme n’est une personne que parce qu’il est un être libre éclairé par la raison ; il n’est responsable que parce qu’il est intelligent et libre, a dit l’un de vos philosophes 1 . Et Kant n'avait-il pas déjà considéré la nécessité pour chacun de nous d’accomplir ses devoirs, comme la preuve de notre indépendance ? L’existence entière est le champ de notre liberté. Il ne se peut, en conséquence, que l’organisation politique des sociétés repose légitimement sur la fantaisie ou l’arbitraire. Puisque c’est d’hommes qu’elles se composent, comment leurs constitutions ne se devraient-elles point régler sur la nature humaine? C’est pourquoi l’on a dit encore très-justement que les lois générales dont se composent les sciences politiques dérivent de la nature des choses, tout aussi sûrement que les lois du monde physique ; qu’on ne les imagine pas, qu’on les trouve. Et poursuivit lord Lowd, comme se parlant à lui-même, quelle déraison ou quelle ignorance est-ce de se proposer, ainsique l'a conseillé Rousseau

1 M. Cousin.

cependant, suivi en cela par tant de disciples, de changer l’humanité par des décrets, par des lois la création ! L’œuvre divine n’est pas heureusement à la merci d’un édit. Puis, m’adressant de nouveau la parole : Vous le voyez, ce n’est pas au nom seul de leur intérêt qu’il est permis aux peuples de réclamer la liberté, c’est encore, c’est surtout au nom de leur droit. Ils doivent être libres, parce qu’ils se composent d’hommes 5 et la liberté politique ou administrative, hors de laquelle, pour revenir aux observations que vous suscitait le souvenir de Barnave, ne se comprendrait même pas la liberté industrielle, pourraitelle exister sans élection? L’impôt, s’il me faut citer un exemple et m’arrêter aussi moi à observer les nécessités de la production, touche à tout. Et quel travail , quelle entreprise , quelle richesse seraient certains de quelque franchise ou de quelque respect lorsqu’on ne peut rien empêcher, réclamer contre rien?

Mais pour régler l’élection, pour décider comment et par qui elle se fera, il convient au législateur — c’est du moins mon opinion et l’opinion commune en Angleterre — de s’en remettre à son bon sens, à son intelligence de l’état du pays. Si la liberté nous paraît éternelle, inviolable, absolue, les modes d’élections nous semblent devoir être gradués, successifs, divers, comme le sont les conditions mêmes des peuples. L’élection, au reste, présentera-t-elle jamais un semblable aspect à des degrés opposés de civilisation ? Je le disais, je crois, sur la Corniche, il faut com-

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prendre pour décider, et j’ajoute maintenant : Tous ceux qui peuvent comprendre doivent pouvoir décider, en remarquant que ce sont là les règles qu’a suivies notre loi électorale. En réalité, elle n’a point eu d’autre point de départ ni d’autre but.

Lord Lowd s’interrompit quelques instants, puis reprit : « Dans les démocraties — et le monde entier sera bientôt démocratique ; car à mesure que se développe la richesse, surtout la richesse mobilière, cette étonnante fortune des temps modernes, s’éteignent les aristocraties — dans les démocraties, la base de l’électorat, c’est le cens ou le nombre. Notre loi, toute démocratique depuis le bill de réforme, a choisi le cens. Elle en a fait la présomption de capacité nécessaire, tout en le fixant, je le répète, à un chiffre assez bas pour ne repousser aucun de ceux qui pouvaient légitimement prétendre à cette capacité. Là encore, c’est la vérité, l’éternelle justice que nous avons recherchée, à la lumière des libres discussions et sous les regards du pays. Quelques reproches qu’on nous ait adressés, croyez Montesquieu, monsieur; aucun peuple n'a fait autant que nous pour la liberté et n’a été aussi juste envers chaque classe. Quand les générations futures passeront sur les tombes de nos ancêtres et sur les nôtres, que Dieu leur inspire encore le respect!

— Assurément, mylord, dis-je, l’Angleterre est un grand, un noble pays. Et croyant deviner la pensée qui avait dicté à lord Lowd ses dernières paroles, j’ajoutai : La classe de cet État à laquelle vous appar-

tenez, a été et est encore dans le monde la seule digne et imposante aristocratie. C’est d’ellç que l’Angleterre a reçu ce libre gouvernement dont Tacite parlait autrefois avec envie, sans presque oser croire qu’il pût exister.

Lord Lowd me tendit la main et reprit : La fortune nous a paru la mesure la plus naturelle de la capacité électorale , pourvu que celle qu’on exige à cette fin soit telle que tout homme doué de quelque habileté et de quelque prévoyance ne tarde pas à y atteindre. Et en réalité c’est le pays qui se retrouve à présent, en toute occasion, dans notre parlement; ses volontés y triomphent seules et triomphent toujours ‘. Si dans le passé les classes aristocratiques ont, parmi nous, possédé le pouvoir, comme elles possédaient alors le savoir et la richesse, ce sont à notre époque les classes moyennes qui font prévaloir leur esprit et leurs intérêts, parce qu elles dominent les autres.

Bientôt, cependant, les masses de la population devront, elles aussi peut-être, prendre leur part de la destinée et de la responsabilité des affaires publiques, veiller au respect de leurs droits, à la satisfaction de leurs besoins. Mais nous voudrons certainement qu’elles soient elles-mêmes assujetties à prouver leur capacité, leur moralité, leur intérêt à l’ordre par un commencement de patrimoine. Un bail restreint dans

1 Remarque souvent faite déjà , mais qui ne l’a peut-être jamais été aussi bien que par M. de Rémusat, dans ses belles Éludes sur l'Angleterre au dix-huitième siècle ,

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nos campagnes ou un minime loyer clans nos villes confère dès maintenant l’électorat; il se peut qu’il se gagne aussi prochainement par quelque dépôt aux caisses d’épargne ou tout autre fait semblable. Les présomptions et les sécurités se doivent sans cesse modifier, selon les progrès de la richesse et de l’instruction ; mais je ne saurais croire que nous ne tinssions plus aux unes ni aux autres.

Au reste, continua lord Lowd, ne reconnaît-on pas que la participation à la vie politique a des exigences, comme la participation à la vie civile même, lorsqu’en renonçant au cens pour s’appuyer sur le nombre, on requiert des électeurs un certain âge, un certain sexe, de certains antécédents? Et d’où proviennent encore ces dernières distinctions, sinon de l’unique volonté du législateur? La question est de savoir si elles suffisent pour rassurer contre les périls de l’ignorance et de la passion. Aussi ne veux-je point accuser les peuples parvenus à un très-haut degré de civilisation, de s’y confier, s’ils le croient bon. Mais eux-mêmes doivent bien prendre garde à ne pas laisser s’établir la croyance que les masses des populations n’ont en chaque chose qu’à suivre leurs désirs, que leur décision fait le droit; car ce serait le pire despotisme. Où le nombre est tout, seul il doit gouverner, dit Aristote. Ç’a été la logique des premiers empereurs romains, qui se donnaient comme les représentants du peuple, et celle de votre Convention. Mais le nombre heureusement n’est jamais ne peut jamais être tout. Les classes qui composent

les minorités, comme celles qui ne sont point appelées aux élections, classes de beaucoup les plus étendues, ont également leurs droits, leurs intérêts légitimes et sacrés, et il n’est point de scrutin qui puisse attenter aux franchises individuelles et locales. Les majorités, variables selon les lieux et les temps, peuvent décréter la loi générale, commune à tous; mais aucune loi ne peut attenter aux libertés des individus, qui forment les droits naturels , ni aux libertés des districts ou des provinces, qui sont le patrimoine de ces portions de territoire.

— Voyez cependant, mylord, dis-je après de nombreuses observations échangées encore entre nous, où sont parvenus les États-Unis, en se réglant sur des volontés qu’aucun cens n’autorise.

— Je ne médirai pas des États-Unis, soyez-en sûr, reprit lord Lowd; c’est un grand peuple, c’est l’Angleterre populaire. Mais les États-Unis sont loin d’avoir admis que le nombre fût un souverain absolu. Leur parlement se compose de deux assemblées diversement élues, et n’a que des pouvoirs fort restreints. Néanmoins, quels que soient les mérites et les avantages naturels des États-Unis, quelle sagesse leur devient chaque jour plus nécessaire, et pour tant de sagesse quelle instruction leur doit être assurée ! Leur salut jusqu’ici, on le peut affirmer, ç’a été leur respect des droits individuels, uni à leur excessive décentralisation administrative.

Après tout, les partisans du despotisme devraient considérer parfois cet État, grand comme l’Europe,

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presque sans armée ni fonctionnaires, où chaque navire dépose en arrivant des centaines d’aventuriers recrutés de toutes les parties de Tunivers, et qui s’est placé, en soixante ans, aux premiers degrés de la puissance, de la richesse, de la civilisation. Il n’a rien demandé qu’au travail et à la liberté, et il en a tout reçu... Cependant, il conserve l’esclavage des noirs sur une notable partie de son territoire.

Après un silence de quelques minutes, lord Lowd me dit enfin : — Une des plus belles choses que j’aie vues de ma vie. c’est un meeting d’ouvriers à Bolton, il y a huit années 1 . Les bienfaits des machines, les désastres des grèves industrielles, la nécessité de la concurrence, l’équité de la loi de l’offre et de la demande, toutes les questions économiques les plus difficiles y ont été admirablement exposées. Je me le suis rappelé bien souvent, en voyant depuis le ciel de tous les peuples se charger d’orages, tandis que le nôtre, sous les vents les plus furieux, restait calme et serein. Mon pays m’apparaissait alors, au milieu des tempêtes, comme le Neptune de Virgile :

Alto

Prosplciens, summa placidum caput extulit unda.

Mais avant le meeting de Bolton , combien de leçons nos populations ouvrières ont-elles reçues des ora-

1 Voyez un compte rendu de ce meeting dans le Journal des Économistes de 1845, et dans Y Annuaire de V Économie politique de 1846.

teurs, de la presse, des écoles, des événements! Ah! comment ne s'efforce- t-on pas de mieux instruire les peuples? N’esl-ce pas là la seule garantie de l’avenir ?

Je reconnais donc, en me résumant, que la plupart de nos ouvriers sont maintenant à la hauteur des questions économiques; je crois leur élite à la hauteur des questions politiques; mais j’aime trop la liberté pour ne pas m'effrayer des facilités qu’offrirait, en Angleterre du moins, la multitude qui n’est que la multitude, à l’anarchie ou au despotisme. Depuis ses premières années jusqu’à son dernier soupir au pied de la statue de Pompée, César aspira au pouvoir par les acclamations de la populace : il faudrait être bien imprévoyant pour l’oublier. Sismondi , tout républicain qu’il était , ne disait-il pas aussi plaisamment qu’il se refuserait à mettre la rotation de la terre au vote de chacun de ses concitoyens?

Mais je vous ai fait là, mon cher monsieur, dit lord Lowd en se retournant vers moi, un discours de premier ministre; combien voilà- t-il d’heures que je parle? Les Français cependant nous accusent d’être muets.

— Je regretterais beaucoup que vous l’eussiez été sous ces galeries, répondis-je.

— Votre Consulat , observa encore lord Lowd, a, comme nous, exigé des électeurs des présomptions de capacité et d'attachement à l'ordre; ce qu'avait déjà fait aussi votre Assemblée constituante. J’aurais dû. le remarquer en expliquant notre loi électorale ;

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mais, il est vrai, j’aurais ainsi empiété sur votre domaine. C’est à vous de me parler de la révolution française.

Heureusement nous arrivions à la porte d’Albano. J’offris une place dans ma voiture à lord Lowd, dont le domestique ramena le cheval en main, et deux heures plus tard nous rentrions à Rome.

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