CHAPITRE XII
C’est un des traits de l’esprit romain de plaisanter des cardinaux -, je ne me récriai donc pas sur l’observation du gardien des thermes de Caracalla lorsque je les visitais. Je m’y plaisais trop pour cela d’ailleurs à suivre un Romain au bain, à l’étuve, en la chambre des parfums; car Caracalla n’avait rien négligé.
Au sortir des thermes, je rencontrai de nouveau lord Lowd. Il lisait le Guide de Murray , qu’il appelait sa femme en voyage , et dont il se louait beaucoup. Quoiqu’en étant aussi satisfait, l’un de ses compatriotes, qui se trouvait en môme temps à Rome, se contentait cependant moins aisément. Il fallait, par exemple, renoncer à le distraire à midi. Sa femme et lui s’étaient promis, en se séparant, de relire chaque jour, à cette heure, une lettre commune, et sa parole était sacrée. Il étudiait Murray sans rien sacrifier de ses souvenirs. Peut-être môme en aurait-il préféré une traduction à l’original. Car il avait l’amour des langues étrangères-, ce qui l’cn-
gageait à mettre un soin extrême dans le choix de ses professeurs. Ainsi, il tenait que nul n’est capable de bien enseigner l’italien, si ce n’est une jeune Italienne, et, le voulant apprendre, il s’étajt adjoint
la signora , belle au moins autant que savante.
Il avait, assurait-il, profité beaucoup déjà de cette méthode en Allemagne, en France, en Espagne et en Grèce. Ses voyages le rendront certainement un grand érudit.
— Quel peuple que le peuple romain ! me dit lord Lowd en refermant son livre.
— Lequel ? demandai-je.
— C’est vrai, répondit- il; il y avait le peuple romain patricien, le peuple romain plébéien, le peuple, romain esclave.
— On devrait même toujours, dis-je, s’expliquer en parlant du peuple.
— Il se trouve partout en effet la populace, reprit lord Lowd ; mais je doute qu’elle se plaigne de ne pas se voir désigner trop spécialement.
— Elle a fait tant de choses contraires, ajoutai-je, qu’elle ne pourrait non plus cependant redouter un blâme absolu.
— Sa mobilité avait déjà frappé Cromwell, dit lord Lowd. A son entrée dans Londres, lorsqu’il revenait d’Irlande : « Quelle foule pour assister au triomphe de votre seigneurie ! » lui dit un des assistants. — « Il y en aurait bien davantage pour me voir pendre, » répliqua Cromwell.
-—Cromwell, observai-je, est le seul despote que
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n’ait pas abandonné son bon sens. Mais les courtisans de la foule, puisqu’elle aussi a les siens, doivent singulièrement regretter ce mot de Tacite : Le peuple, — encore la généralité, — le peuple a regretté Néron. Toutefois, notre révolution aurait mieux encore convaincu Cromwell que le triomphe et la chute des mômes hommes reçoivent aisément d’égales acclamations.
— Ah ! votre révolution, interrompit lord Lowd. Vous devez m’en instruire, vous vous le rappelez : j’écoute.
— Que de personnes se sont exercées déjà, répondis-je, sur cette période de notre histoire, sans en rendre raison ! Pourquoi en augmenterais-je le nombre ?
— Je ne vous demande de m’en parler que jusqu’au Palais des Césars, dit lord Lowd; c’est l’une de vos promenades favorites.
Ayant vainement essayé d’attirer l'attention de lord Lowd sur les aqueducs que nous apercevions en cet instant, et qui sont d’un effet si extraordinaire dans la campagne de Rome, je suis fort embarrassé, lui dis-je enfin; car pour vous indiquer le principal auteur de notre révolution , je dois vous nommer Louis XIV.
— Quoi! Louis XIV!
— Vous le voyez! continuai-je. Louis XIV n’avait pas à vaincre l’aristocratie, ni à prévenir l’autorité publique des classes moyennes. Richelieu, poursuivant une œuvre déjà trop avancée, lui avait épargné
cette tâche, en écrasant la première et en abolissant les derniers restes des libertés locales, d’où serait née la puissance des secondes. Il ne pouvait plus que déshonorer celle-là et complètement asservir celles-ci, et de l’aristocratie française il fit la noblesse des antichambres de Versailles, sans distinguer même la bourgeoisie de ses moindres sujets, sous leur joug commun. Tout ensemble, il abaissa les parlements, abolit les États généraux, mit à l'encan les charges et les métiers, et, par son luxe insatiable et ses guerres incessantes, ruinala France, que l’industrie commençait à enrichir. Louis XIV a élevé le trône au-dessus de toutes choses c’est vrai, mais en en renversant chaque appui. Les conséquences d’une pareille œuvre se découvrent facilement dès son règne. L’État qu’il avait reçu d’IIenri IV, de Richelieu et de Mazarin , couvert de gloire, prépondérant en Europe et tranquille, sinon dès lors opulent et libre, il le transmit à son successeur faible, appauvri et humilié 1 .
Je me tais, poursuivis-je, sur l’hypocrisie religieuse, cette marque certaine de l’extrême corruption, imposée par Louis XIV à sa cour après des scandales inouïs , comme sur les criminelles mesures qu’il a ordonnées contre une partie de ses sujets, déclarés hérétiques, et que les fureurs populaires n’ont jamais pu qu’imiter. Mais je ne saurais oublier, qu’entre tous ses actes, la révocation de
1 C’est une remarque déjà faite par Augustin Thierry.
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l’édit de Nantes est elle-même l’une des causes les plus marquées dq notre révolution. En présence effectivement de sérieuses controverses et de croyants fervents, tels qu’il s’en rencontre partout où luttent J
divers cultes, comment croire — en outre des en- |
traves qu’il en serait résulté pour l’omnipotence royale — que notre clergé, notre noblesse et notre philosophie du dix-huitième siècle eussent été ce qu’ils se sont montrés? Et comment à la fois ne pas attribuer à la conduite du clergé et de la noblesse, et aux emportements de la philosophie, une grande part dans les opinions et les mouvements qui ont suivi 1789? Bien souvent, mylord, nous avons ensemble considéré les suites qu’entraîne au sein des gouvernements tout défaut de contrôle et de discussion. Pour en juger, je ne sache rien de préférable à ces paroles de Louis XIV, en les rapprochant surtout des faits que je viens de rappeler :*« Tout ce qui se trouve dans nos États, de quelque nature que ce soit, nous appartient... Vous devez donc être persuadé que les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous lesbiens qui sont possédés tant par les gens d’église que par les séculiers'. » Voilà où l’on arrive lorsque rien ne
1 Mémoires politiques de Louis XIV. — Quand Louis XIV entreprit la colonnade du Louvre, il défendit aux particuliers d’employer des ouvriers sans sa permission, sous peine de dix mille livres d’amende, et aux ouvriers de travailler pour les particuliers, sous peine pour la première fois de la prison, et pour la seconde des galères. Voilà un exemple de la manière dont il traitait le travail.
fait obstable, qu’aucune voix ne peut invoquer le droit, la Justice. Comme on ne tient alors nul compte de la vie de ses sujets, on ne tient également, à bien plus forte raison, nul compte de leurs patrimoines. Et ces paroles prouvent une fois de plus que le socialisme est l’inévitable terme, ainsi que la dernière limite du despotisme : qu’il soit royal ou révolutionnaire, il n’importe en rien.
Mais ce qui me frappe principalement dans le règne de Louis XIV, je vous le répète, mylord, c’est le sacrifice de toutes les volontés, de tous les pouvoirs, de toutes les franchises du pays. Par l’isolement qui lui en revint, la royauté perdit jusqu’à la conscience de sa mission, et, on l’a bien vu dans la suite, de sa propre dignité. Vienne dès lors la tourmente préparée par tant d’excès-, vienne cette sédition qui s’allumait partout, selon l’expression courageuse de Fénelon, et le trône, comme un chêne sans racine, comme un vaisseau sans agrès, que deviendrat-il? Toute faute appelle sa réparation, et l’arbitraire est semblable au crime : — N’est-ce pas d’ailleurs le plus grand crime? — ses triomphes eux-mêmes épuisent ses forces.
Toutefois la révolution française, ajoutai-je, n’a pas seulement lutté contre la monarchie absolue, je le sais. Ce fut l’esprit moderne en combat, sous le souffle de la passion et de l’ignorance, autant que du droit et de la vérité, avec l’esprit ancien en ses formes les plus différentes. Mais la monarchie absolue, absolue d’ailleurs dans' les sphères administratives, civiles,
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industrielles, comme dans la sphère politique, avait beaucoup contribué à accroître les plaintes et les haines mêmes qui ne semblaient pas devoir l’atteindre. N’avait-elle pas aussi ruiné toutes les forces et empêché tous les enseignements qui auraient pu apporter, et auraient certainement apporté à la révolution de légitimes obstacles ?
Voilà ma préface terminée, dis-je enfin, et vous la trouverez, j’en suis certain, mylord, pareille à toutes les autres.
— Faites seulement, monsieur, que le livre ressemble à la préface , me répondit lord Lowd , l’homme à ce moment le plus aimable d’Italie.
— Je faisais un jour, repris-je, une lecture devant une société célèbre, et dans mon travail se trouvait un passage à peu près conçu de la sorte :
« Parmi nous, les anciennes distinctions, les anciennes inégalités furent condamnées aux clartés de la nuit du 4 août 1789, pour disparaître bientôt dans l’ablme du passé. Moment magnifique , mais bien rapide, comme tous ceux ou l’histoire montre une nation au terme d’une longue période et au berceau d’un grand avenir. Si 1789 marquait sur la table des siècles, en effet, l’heure des réparations, de la justice, de la liberté, combien s’y trouve-t-elle rapprochée de l’heure des révolutions?... Il le faut redire sans cesse, au reste, les cahiers des trois ordres envoyés aux États généraux, leur recommandaient d’accomplir , par les voies régulières , toutes les réformes, tous les perfectionnements dont jouissent
en ce moment même les nations les plus avancées, et la royauté, quoique très-faible et très-ignorante, avait sanctionné chaque vote des États, transformés promptement en assemblée constituante. Le bien que la sagesse et l’honneur pouvaient accomplir, la passion et l’orgueil l’ont compromis. Et comment oublier aussi la place qu’occupait la France depuis trois siècles en Europe — car les désastres de Louis XIV n’avaient pas mis fin à notre grandeur — lorsque la révolution 1 l’a jetée aux hasards, souvent au comble des périls et du dénûment? Combien de peuples enfin, grâce à son souvenir, ont ajourné depuis d’améliorer leurs institutions! Aux époques de rénovation, l’honnête et le véritable grand homme s’appelle Turgot; il ne s’appellera jamais Robespierre ou Danton. »
Le secrétaire de la société à laquelle j’ai fait part du travail où je puise cet extrait, m’avait beaucoup recommandé de l’adoucir avant ma lecture, et, pour m’y décider, voulut bien soutenir une discussion avec moi. L’histoire, la politique, la religion, l’économie politique, la philosophie nous y servirent également. Mais si redoutable que fût mon interlocuteur, je me souviens encore de son embarras lorsque je lui dis : Bien qu’une fin soit nécessaire, Dieu oblige-t-il jamais au mal pour y parvenir? Ses voies sont l'im-
i Notre révolution ne commence pas à la convocation des États généraux ; ce qu’on affirme sans cesse cependant. Comme toute autre, elle ne commence qu’à l’irrégulière destruction de l’ancien ordre de choses.
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muable justice, le droit éternel : Milton a raison de les nommer ainsi-, et la révolution, dans ses diverses phases, a-t-elle respecté le droit, a-t-elle obéi à la justice? Quelles spoliations! quels meurtres! quelles guerres insensées ! quelle affreuse tyrannie ! La raison d’Etat, la nécessité a été, il est vrai, le prétexte de ses torts et de ses crimes; mais aucun gouvernement ni aucun parti n’a manqué d’invoquer la raison d’État. Le monde, je le répète, est fait de telle sorte qu’en nulle circonstance il n’est contraint de repousser la vérité, de se soumettre à l’iniquité : la faute est toujours l’opposé du devoir. Sur quoi d’ailleurs reposeraient autrement les sociétés ? Et n’at-on pas voulu justifier aussi la Saint-Barthélemy par la raison d’Etat ?
Je m’arrêtai quelques minutes, puis continuant : Tous le voyez, mylord, je crois aux réparations que le pouvoir devait à la France en 1789. La justice et la liberté sont imprescriptibles; ce n’est pas un partisan aussi déclaré que je le suis des idées économiques qui pourrait excuser tous les excès, tout l’arbitraire de l’ancien régime. Mais avouer et censurer des excès, ce n’est pas légitimer ceux qui les ont suivis. Quand au surplus notre révolution a vraiment commencé, vous le savez déjà, l’ancien régime avait cessé d’exister. Bien plus, à son triomphe, ont disparu nos nouvelles, nos plus précieuses conquêtes. Depuis Tibère, en effet, cherchez un despotisme comparable à celui de notre comité de salut public; il a de bien loin dépassé celui du conseil d’État de votre
^publique. Voyez se dresser partout à ses ordres l’échafaud du noble, du catholique, du prêtre, du commerçant, de l’écrivain, de populations entières : il suffisait qu’elles fussent déclarées suspectes pour être massacrées. Aucun droit n’est alors reconnu, nulle garantie n’existe, le travail est partout interrompu , la propriété partout violée, l’administration de la justice anéantie partout. Aux caprices de ces maîtres du pouvoir, se trouvent chaque place, chaque industrie, chaque bien, chaque existence, et ils n’ont, à l’exemple de tous les despotes, qu’une politique extérieure : la guerre. Aussi, ce que je déteste le plus en eux, ce sont leurs mensonges. Ils invoquent sans cesse le droit, l’humanité, la vertu, la liberté, l’égalité, et toujours ils établissent leur bon plaisir, font triompher leurs haines, nagent dans le sang. Rien ne leur est sacré. Régner pour eux, c’est piller, asservir et tuer. Dans notre histoire de la fin du dernier siècle, il est, vous le voyez, deux époques trèsdistinctes : La première magnifique ; la seconde abominable.
En vérité, ajoutai-je en revenant à la pensée qui m’avait à l’instant préoccupé, je ne puis comprendre qu’on ait aussi souvent présenté les chefs de notre révolution comme les disciples de la philosophie du dix -huitième siècle. On s'est en cela mépris au moins sur un point fondamental-, car, quelque opinion qu’on ait sur les principes et les vues de cette philosophie, il ne lui revient pas moins d’avoir proclamé la dignité de la nature humaine. Or, l’oppression ré-
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volutionnaire, plus que toute autre peut-être, reposait sur le mépris des hommes'.
Ah! mylord, quand on est Français, quelle tristesse prend à ces pensées ! C’est vers vos côtes maintenant ou vers celles d’Amérique que se dirigent les nobles espoirs, les enthousiasmes sublimes, bercés aux pensées de l’honneur et de la liberté! Espoirs souvent déçus, enthousiasmes souvent erronés 5 mais qui n’en sont pas moins de grandes puissances , de grandes dignités, parmi les peuples modernes. Estce donc que la prophétie de Burke, si magnifiquement exprimée, se devrait accomplir? La liberté n’appartiendra-t-elle qu’à la race anglaise? Si vos franchises sont déjà anciennes, celles des États-Unis du moins remontent à peine au delà de notre siècle, et ils constituent dès nos jours l’État le plus indépendant, le plus étendu, le plus riche, et seront bientôt en tout l’État le plus considérable. Mais ils ont eu Washington, et n’ont jamais méconnu la nécessité, l’importance du droit. Ils n’ont point tenté surtout cette œuvre absurde et sans cesse recommencée en France : de faire que des hommes asservis, grâce à une excessive centralisation, forment un peuple libre, que des communes et des provinces esclaves composent un libre territoire.
— J’avoue, me dit lord Lowd, que je suis étonné
1 Celle idée demanderait trop d’éclaircissement pour que je m’y engage ici; mais n’est-ce pas mépriser les hommes que de les piller, de les asservir et de les massacrer?
de vos opinions; révolution et liberté m’avaient toujours paru synonymes pour les Français.
— C’est aussi bien là , répondis-je , l’un de nos plus grands malheurs. En dénaturant l’histoire, on a faussé notre opinion; la liberté nous semble seulement encore le mouvement désordonné des masses.
— Malgré ses paroles, que vous rapportiez précédemment, Milton, remarqua lord Lowd, a presque commis la môme erreur.
— Mais cette opinion lui est restée particulière dans votre pays, continuai-je. Aussi, combien deyiez-vous admirer en 1818 , vous rappelant surtout la conduite de Guillaume III et de ses conseillers, qu’onze personnes se fussent installées à l’Hôtel de ville de Paris, pour y décréter des impôts, y déchirer nos lois, y commander leurs fantaisies, et que la France acclamât la liberté !
— Je suis trop Anglais, me dit lord Lowd, afin d’éviter sans doute d’exprimer une opinion sur aucun point de notre histoire, pour ne pas reconnaître un grand homme en Cromwell. Mais je le suis trop surtout pour ne pas me souvenir qu’il a sans cesse été forcé de s’entourer d’un parlement, et qu’aucun parlement, quelques fraudes ou violences qu’il y mit, ne s’est accommodé de sa tyrannie.
— Pour moi, répliquai-je par défaut d’un fait semblable à citer dans notre passé, je m’étonne que Napoléon ait cru devoir établir son autorité sur la guerre et l'arbitraire.
— Les empereurs romains
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— La belle vue ! s’écria près de nous une jeune Anglaise, en interrompant lord Lowd et en mettant heureusement fin à mes explications. Du moins, on découvre d’ici le dôme de Michel-Ange, sans apercevoir la façade de Maderne. Le Quirinal, le Capitole, le Colisée, la colonne Trajane, les débris du Forum, je ne croyais pas que ce fût si beau.
— Je vous prie, William, dit la sœur de cette étrangère au jeune homme qui les accompagnait l’une et l’autre, de me cueillir cette fleur. Ne la voyez-vous pas sous cette voûte, au milieu des lierres ?
Lord Lowd s’empressa de remplir ce désir, et offrit à sa compatriote une charmante iris du palais des Césars; car nous étions parvenus au terme de notre promenade. Vous ne l’imagineriez pas , me dit-il, en me reprenant le bras, ces jeunes filles sont seules à Rome avec leur frère. Avouez qu’une Française de leur âge ne viendrait pas ici de la place del Popolo , sans son père, sa mère, et quelque gouvernante.
— C’est une revanche à prendre plus tard , répondis-je.
— J’ai toujours difficilement compris, poursuivit lord Lowd, qu’une Française se pût choisir un mari.
— Aussi s’en garde-t-elle , répliquai-je ; et c’est la perfection de son éducation que ses parents n’aient besoin de trouver dans l’époux qu’ils lui destinent, ni esprit, ni beauté, ni distinction, ni honneur, ni savoir.
— Ah! si l’on avait cette vue de Richmond, dit
l’aînée des jeunes Anglaises, en revenant près de nous.
— Byron n’aurait peut-être pas fait alors de vers sur Richmond, remarqua leur frère, et il répéta ces paroles de Shakespeare :
This royal throne of kings, this sceptered isle,
This precious stone set in the silver sea *.
Tout au fait est possible. Un aérolithe pouvait, à ce moment, nous écraser tous les cinq; nos lois pourraient être meilleures ; mes lecteurs se pourraient moins réjouir de voir mon chapitre terminé.
1 Ce trône royal des rois, cette lie sceptrée, celle pierre précieuse enchâssée dans la mer d’argent.
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