UN MAGASIN DE LA RUE DEL BABBUINO
Je visitais souvent à Rome les magasins d’antiquités ; objets qu’on fait maintenant à merveille. Mais celui que je préférais renfermait une collection de tableaux dont aucun pourtant n'était remarquable. L’attention de son propriétaire se portait môme à ne point déprécier les médiocres, en les rapprochant d’œuvres de maîtres. C’était un soin de pareille nature à celui de beaucoup d’auteurs.
Ce marchand, qui recherchait de préférence les portraits, les distribuait avec un art infini. Il en avait une galerie qu’il nommait l’école française, une autre l’école anglaise, une troisième l’école allemande. Il commençait l’école américaine ; et j’admirais toujours son habileté à reconnaître celle qui convenait à ses nombreux clients. À peine les avait-il salués qu’ordinairement sa décision était prise ; il attendait rarement qu’ils lui fissent part de leurs désirs. Dans le choix des toiles aussi, ses conseils étaient incomparables. Il excellait notamment à composer une collection %1’ancêtres. Des chevaliers, des abbés, des généraux, des magistrats, il les assortissait au mieux
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avec des dames de cour et des fondatrices d’ordres. Il procurait également des ambassadeurs et des cardinaux-, mais il y fallait le prix. Rien ne surpassait le choix qu’on laissait à son arbitre.
11 se passait dans ce magasin des scènes curieuses, qui m’y ramenaient sans cesse. Les hommes se décidaient en général aisément-, ils se contentaient de demander, puisqu’ils en achetaient, de nobles aïeux, et j'en ai peu vu marchander sur le prix des armes qui se pouvaient ajouter aux cadres. Mais les femmes s’accommodaient plus difficilement. Une moindre dépense les engageait d’habitude à céder, sinon sur la quantité, du moins sur la qualité. Presque toutes cependant tenaient à descendre de militaires. Les enfants de Coligny, disait un jour le maître de ce magasin à l’un de mes compatriotes, ont été déclarés roturiers 5 un pareil décret ne pèserait-il pas, monsieur, sur votre famille? Mon compatriote paya comptant. Je recommande à tous ceux qui meublent leurs salons la collection de tableaux de la rue del Babbuino -, les ressources en sont infinies.
En France, néanmoins, nous nous en tenons ordinairement aux généalogies, et nos généalogistes ne le cèdent certainement point en mérite aux marchands romains. Un de mes voisins, fils et petit-fils de vigneron, s’est convaincu récemment, grâce à l’un d’eux, par exemple, et sans trop de dépense, qu’il appartient à une famille historique. Chose étrange ! il a brisé depuis avec tous ses parents. CHbse non moins singulière ! il médisait jusqu’à ce moment de