LB GRAND CANAL
les uns et les autres qu’à solder à ternes leurs impositions.
Je souhaiterais, cependant, que les financiers, qui parlent sans cesse de ces taxes, missent mieux en lumière l’excellence de celles décrétées en vue des théâtres. De ces dernières on conclurait aux autres, et ce leur serait une favorable occasion de présenter de nouveaux aperçus sur la mission des gouvernements et l'origine des impôts. Il m’est même difficile de comprendre qu’ils aient autant tardé à le faire. On continue, dans une partie de l’Europe effectivement, à médire de ce qu’on appelle les dilapidations de l’ancien régime. Les dépenses des constructions royales, l’entretien des favoris, les livrées des danseuses des siècles passés y ont toujours des adversaires nombreux, souvent bruyants, tant il se trouve partout de mauvais esprits! Chacun presque y cite encore avec éloge ces paroles de Colbert : « Il faut
épargner cinq sous aux choses non nécessaires
un repas inutile de 3,000 livres me fait une peine incroyable. » Comment les financiers ne se sont-ils pas rendu compte des conséquences qui s’en pouvaient tirer? Ils sont en droit, sans doute, de penser que X élégance des manières et la noblesse des sentiments étaient de moindre conséquence autrefois qu’ils ne le sont aujourd’hui. Mais ils ne sauraient imaginer que le luxe subventionné de la bourgeoisie de notre époque demeure longtemps respecté, si l’on attaque sans nulle contradiction le luxe de pareille nature de l’ancienne noblesse. Tout se tient, je l’ai déjà dit;
les choses semblables surtout. Heureusement, quoi que vaillent les écrits des financiers, M. le gouverneur de Venise a gratis sa loge au théâtre de la Fenice , et mademoiselle Taglioni loue aux étrangers ses nombreux palais le long du Grand Canal.
CONVERSATION