‹ Voyage d'un économiste en ItalieChapitre 43 sur 48 · EXEMPLES DIVERS · texte numérisé non relu

EXEMPLES DIVERS

Le principe au nom duquel nous avons écarté les objections élevées contre l'intervention du gouvernement en matière de colonisation et d’assistance, s’applique àdivers cas dans lesquels un service public est nécessaire sans que personne en particulier soit intéressé à s’en charger, parce que personne n’en retirerait naturellement et spontanément une rémunération suffisante. Prenons pour exemple un voyage de découverte ou une exploration scientifique. Les informations recherchées peuvent être d’une grande utilité; cependant un particulier ne saurait en retirer un bénéfice suffisant pour couvrir les frais de l’expédition : et il n’y a pas d’autre moyen de prendre une part du bénéfice au moment où ceux qui en profitent le réalisent que de lever un péage au profit de ceux qui ont fourni l’information. Les voyages sont ou pourraient être faits au moyen de souscriptions particulières, mais c’est une ressource exceptionnelle et précaire. On les a le plus souvent entrepris aux frais de compagnies ou d’associations phi-

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lanthropiques; mais en général ces entreprises sont faites au compte du gouvernement , qui peut les confier aux hommes qu’il estime les plus propres à les conduire. La construction et l’entretien des phares, des bouées, etc., pour la sûreté de la navigation est encore une fonction qui convient au gouvernement ; car, comme il est impossible que les navires en mer qui profitent d’un phare soient soumis à un péage pour s’en être servis, personne n’éleverait des phares par intérêt particulier, à moins d’être indemnisé et récompensé sur les fonds d’un impôt établi par le gouvernement. Il y a maintes recherches scientifiques d’une grande utilité pour la nation et pour l’humanité tout entière qui exigent beaucoup de temps et de travail, souvent des recherches considérables par des personnes capables de gagner de forts appointements dans un autre emploi. Si le gouvernement n’avait pas la faculté d’accorder une indemnité pour les dépenses faites et une rémunération pour le temps et le travail ainsi employé, ces recherches ne pourraient être entreprises que par les hommes, en bien petit nombre, qui joignent à la possession d’une fortune indépendante des connaissances techniques, des habitudes laborieuses, et soit un grand patriotisme, soit un désir ardent de célébrité scientifique l .

1 La question de pourvoir au moyen de dotations ou de salaires à l'entretien de ce qu’on a nommé une classe savante, se rattache à cette partie de notre sujet. La culture des sciences spéculatives, quoiqu’une des occupations les plus utiles qui existent, est un service rendu à la société en général, et non a un individu en particulier, et c’est par conséquent un service dont il est évidemment raisonnable de réclamer la rémunération à la société en général, puisqu’il ne donne aucun droit à une rémunération pécuniaire de la part de qui que ce soit. Si l’on ne pourvoit aux frais du trésor public à la rémunération des services de ce genre, non-seulement on ne Les encourage

APPENDICE

On peut dire d'une manière générale que tout ce qu’il est désirable qui soit fait dans l’intérêt général de l’humanité ou des générations futures, ou dans l’intérêt des

pas, mais on les décourage, parce qu’il devient impossible de gagner de quoi vivre par de telles occupations, et parce que ceux qui sont capables de les prendre sont réduits à employer la plus grande partie de leur temps à travailler pour vivre. Toutefois, le mal est plus grand en apparence qu’en réalité. Les plus grandes choses, a-t-on dit, ont été faites par ceux qui avaient le moins de temps à leur disposition ; et une occupation de quelques heures par jour dans un travail de routine n’a pas été un obstacle au développement de grandes facultés littéraires et philosophiques. Cependant il y a des recherches et des expériences qui exigent non-seulement beaucoup de temps et d’attenlion, mais tout le temps, toute l’attention de celui qui s’y livre : il existe également des occupations qui absorbent et fatiguent les facultés intellectuelles, à ce point, qu’elles ne permettent pas que ces facultés soient appliquées avec vigueur à un autre objet, même dans les intervalles de loisir. Il serait donc très-désirable qu’il y eût quelque moyen d’assurer à la société les services de ceux qui se livrent aux découvertes scientifiques, et aussi peut-être de quelques autres espèces de savants en leur donnant des moyens d’existenCe, en leur laissant le temps de se livrer à leurs études particulières. Les places d’agrégés ( fellowships ) dans nos universités conviennent très-bien à cette destination, mais elles n’y sont jamais appliquées que par exception, tout au plus pour récompenser la connaissance des notions déjà existantes, acquise en apprenant de mémoire ce que d'autres ont fait, mais non comme le salaire de travaux à venir dans l’intérêt de la science. Dans quelques pays, on a établi des académies des sciences, d'antiquités, d’histoire, etc., dont les membres reçoivent des appointements. Le système le plus utile et le moins susceptible d'abus consiste à établir des chaires de professeurs, obligés à remplir des fonctions d’enseignement. La fonction d’enseigner une science, au moins dans l’enseignement supérieur, aide plutôt qu’elle n’empêche la culture de celte science. Les devoirs de professeur laissent presque toujours beaucoup de temps à

APPENDICE

membres de la société qui ont besoin de secours extérieurs, sans être de nature à rémunérer les particuliers ou les associations qui l’entreprendraient, rentre dans les attributions du gouvernement. Mais, avant d’agir par euxmêmes, les gouvernements doivent toujours bien regarder s’il est raisonnablement probable que le service qu’ils veulent entreprendre soit fait par ce qu’on appelle le principe volontaire (par les particuliers), et, dans le cas où les particuliers pourraient être chargés de ce service, s’il sera mieux fait par le gouvernement que par le zèle et la libéralité des particuliers.

ÿ 16 . — l’action du gouvernement peut être nécessaire a

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