CHAPITRE XXYII
Mœurs des Amazoulous. — Gonstitation physique. — Pieds nus. — Guerriers à tête rase et nue, touffe emplumée. — Les jeunes gens gardent leurs cheveux. » Crâne très-dur. — Hommes marchant toi^ours armés. ^ Espèces d*armes. — Vêtement de pudeur, le seul que portent les Amazoulous. — Ornements. — Manteaux de nuit — Guerrier en tenue. ^ Sans quartier à la guerre. — Femmes changées de tous les travaux domestiques et des champs. — Aliments. — Manteau des femmes. — Leur tête rasée comme celle des hommes. — Femme enceinte. — Jeunes fiDes, costume tr^léger. — Enfants comi^tement nus. — Tatouage. — Polygamie dans toute Tacception du mot — Unions et cérémonies qu'elles entraînent. — Redoublement d*efforts de chaque épouse dans la vue d'augmenter le cfaîffine du harem. — * Absence de jalousie intérieure. — Attachement des enûmts pour leurs mères. — L'allaitement tient l'épouse Isolée du mari. — Qualités et défauts du peuple zoulon. — Gouvernement — Despotisme. — Assassinats A*équents des prétendants. — Compte annuel du pouvoir à la nation. — Capitaines. — Garde. — Impôts, — Cultures. — Pénalités, arrêts de mort et confiscation au profit du roL — Pas de croyances religieuses. — Inianga et frère mort — Aucune cérémonie funèbre ; corps du défunt livré aux hyènes. — Héritages. — Vues générales récapitulatives sur Ifis Amazoulous. ^ Manière de iàire le feu.
Après avoir yécu près d'une année chez un peuple aussi intéressant que l'est celui des Amazoulous, j'ai résumé tout ce que f en ai appris, et je Tais mettre actuellement sous les yeux du lecteur le résultat de mes observations à cet ^ard.
Les Amazoulous habitent le sud-est de l'Afrique ; leur pays a pour limites, vers le nord, le fleuve Om-Pongola, rivière du gnou, qui porte ses eaux à la baie Delagoa, et
vers le sud celui de Tougneh, nommé par les navigateurs anglais Fisher-River, rivière du pêcheur; il est baigné à l'est par l'océan Indien, et vers l'ouest les hautes montagnes de Quathlambène le séparent de la contrée des Makatisses.
Le climat du pays des Àmazoulous est généralement chaud, ce qui valut tout d'abord à son territoire, de la part des boers émigrants, la qualification de Wnartn- Veld. Il se trouve en effet compris entre les 27 et 29'' lat. S., et sa hauteur au-dessus des eaux de l'océan Indien n'est pas assez grande pour que l'hiver s'y fasse sentir d'une manière rigoureuse. Pour cette cause, lesÀmazoulous diffèrent par leurs usages des autres peuples situés plus à l'ouest, quoique les uns et les autres habitent les mêmes latitudes.
Les Àmazoulous sont les hommes les mieux faits de toute la race cafre; leur taille, inférieure à celle des Anglais et surtout des boers, est égale, ce me semble, à celle des Français; mais elle offre plus de grâce dans l'ensemble des proportions ; elle est svelte, élégante et solide; les muscles sont dessinés fortement, sans accuser de maigreur. On trouve chez eux le ferme uni au gracieux, la force jointe à l'agilité, partout delà souplesse, et jamais dans leur pose l'embarras du maintien. Leurs traits ont bien quelque chose de ceux des nègres : ainsi, par exemple, la largeur de la bouche, l'épaisseur des lèvres, la longueur et la blancheur des dents, la forme peu hardie du nez, la dis-
position des ailerons des narines, la nature laineuse des cheveux, la couleur noire-brune de la peau et son odeur. Dans tout cela on peut retrouver une certaine analogie, et cependant rien de tout cela n'est exagéré comme chez lesn^es; fréquemment même, chose qui m'a toujours fort étonné, l'ensemble de leur physionomie se rapproche davantage de celle des Européens.
Afin que l'on me comprenne mieux, je dirai qu'inlérieurement j'ai souvent éprouvé une grande sympathie pour les physionomies zoulouses, tandis que je n'éprouvai jamais que de la répulsion pour celles des nègres que j'ai connus longtemps, soit au Sénégal, en Gambie, dans le golfe de Guinée, soit aux Antilles françaises, anglaises, espagnoles, danoises^ hollandaises et suédoises, que j'ai toutes parcourues. J'ajouterai que les enfants provenant du mélange d'Anglais aux yeux bleus et aux cheveux blonds avec des femmes zoulouses sont parfaits quant aux formes ; que leurs traits, sans être corrects suivant nos idées, sont cependant très-beaux, et que l'expression de douceur que l'on y rencontre est infiniment agréable. Or, tels ne sont pas les mulâtres de nos colonies, qui ont eu pour mères des n^resses sorties du Congo ou de la Guinée.
Fréquemment, il arrive de voir chez )es Amazoulous des individus au nez aquilin, aux lèvres étroites, au teint clair, à la barbe longue, sans qu'ils aient rien du sang européen dans les veines, et ces hommes, vus de profil, ont assez exactement nos traits. Leur œil, noir chez tous, est
trè&-reoouvtft; il parait defonne allongée et brille beaucoup ; l'expresftion Fanimeconstamment et laisse deyiner à un haut point les dispositions de chacun, si toutefois Ton veut bien excepta les hommes haut placés, lesquels ont contracté de bonne heure l'habitude de mentir par le regard. Panda, roi des Àmazoulous, que j'ai longtemps connu et observé, possédait surtout cette faculté de ne pas permettre à ses yeux de trahir ses pensées. Un sourire franc et des plus aimables embellit du reste la physionomie de ces peuples et prédispose en leur faveur.
Les Amazoulous, malgré les cruelles épines de mimosas qui partout jonchent les sentiers des contrées boisées, malgré les pierres aiguës ou tranchantes, se sont résignés à jeter leurs sandales et à marcher nu-pieds. C'est que Djacka, le conl^nporain de Napoléon, l'organisateur de la tribu, celui qui sut lui imposer une discipline sévère, le voulait ainsi; car il était persuadé que les guerriers sans chaussure sont plus lestes et plus prompts \
* Avant Djacka, les AmuoolouB étaient pea sombreux. Us portaient la sandale, et dans leurs combats ils lançaient les om*kondos (assagayes), comme font encore aujourd'hui les Ama-Kosas. ïïs donnaient surtout en masse sans observer aucun ordre. Ejacka forvia des régiments de r,000 hommes chacun ; il supprima la sandale, et eivjoignit à tout guerrier de ne prendre qu'un seul om-kondo, qui devait être représenté à la suite dtt combat teint du sang de TennemL La lutte alors devait avoir lieu corps à corps, et dans la mêlée tout guerrier zoulou brisait la hampe de t9on arme pour la manier plus aisément Cette nouvelle manière de combattre, ignorée des nations voisines, et qui semblait tenir du désespoir, facilita tellement les conquêtes de Djacka qu'en douze ans de règne il réussit à détruire plus dHin million d'hommes. Ce chlITre est celai qu'a