‹ Voyage dans l'Afrique AustraleChapitre 15 sur 65 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Voyage au pays de Massilicatzi. — Préparatifs. — Acquisition d'un second chariot — Causes pour lesquelles mes premiers Gafres refusent de me suivre. — Boute de Port-Natal à Pieters-Mauritz-Burg. — Klaauw-Sickt. — Draaken's Bergen. — Bivières. — Pangolin. — Hiver. — Kaasteel-Poort. ^ Apparition subite de deux lions. —Les solitudes, vertes prairies sans fin. -*- Buines d'une ville cafre. — Geveclit-Kop. — Manière de faire le feu. — Nombre immense de gnous et de couaggas. ^ Mort d'une lionne. ^ Son désespoir. •- S^our sur les bords de la' rivière Vaal. ^ Première rencontre d'un mouzl de Gafres makatisses. — Comment un docteur cafre fait cesser les importunités d'une femme stérile. •— Départ de Vaal-^Bivier. -- Triste condition de mes bœufs. •— La neige nous surprend au réveil. — Potschepstroom. — Zuiker-Bosch-Stroop.

Durant mes excursions et chasses au pays des Amazoulous, M. Wahlberg avait fait de son côté une tournée passablement longue jusque par delà Makalis-Bei^, dernier point vers le nord habité par des blancs. Il s'y était arrêté sur les bords d'Àup-Rivier^ rivière des singes, ainsi nommée par les boers en raison de la présence du galago-makali de Smith, que ces mêmes boers appellent kleinaappje. Ses récoltes avaient été abondantes et choisies, ses chasses moins merveilleuses, il est vrai, moins lucratives aussi que les miennes du Zoulou-Land, mais plus variées, en ce qu'elles comprenaient toutes les antilopes coureuses de plaine et surtout les belles espèces décrites par Bur-

chell, puis encore Tantilope si distinguée d'Harris, Aigo-ceros nigra.

D'après la description que m'en fit mon ami, rien ne de?ait être aussi curieux que ces Tastes solitudes, partout foulées par des masses d'animaux sauvages si variés quant aux formes; l'état de tranquillité qu'ils conservaient en regardant passer des chariots me rappelait la fable du paradis terrestre et doublait mon désir d'aller sur les lieux» afin d'en juger moi-même. Quitter l'Afrique pour peutêtre n'y jamais revenir sans m'ètre rassassié de spectacles aussi extraordinaires, était devenu pour moi une idée impossible à soutenir plus longtemps; et, le dirai-je enfin, je fis en toute hâte mes préparatifs de départ de manière que nulle circonstance imprévue ne vînt contrecarrer mes projets. J'avais comme peur de manquer à ce devoir, que je m'imposais en première ligne.

Un second chariot m'était indispensable afin de ramener en une seule fois d'un tel voyage autant de collections que possible , et, en quelque sorte, une petite partie de l'Afrique intérieure; car pas un homme n'est avide comme un naturaliste, qui mettrait, s'il le pouvait, toute une contrée dans qudques caisses bien étroites. Cette acquisition fut bientôt faite, de même que celle des bœufs. Il était plus difficile de réunir la quantité nécessaire de poudre : âOO livres n'étaient pas trop, et malgré toutes mes démarches, malgré lehaut prix de SI5 francs par kilogramme, que je n'hésitais pas à payer, je ne pus en trouver au delà de

75 livres, car aloçs encore toutes munitions de guerre étaient prohibées à l'importation à Natal.

Un conducteur n'était pas non plus chose facile à rencontrer. Il s'en présentait bien deux ou trois; mais leurs prétentions étaient si élevées que je dus les remercier tous jusqu'au dernier jour où, contraint par l'impérieuse nécessité, j'acceptai l'homme le plus nuisible qui existât peut-être dans tout Natal.

Mes Gafres eux-mêmes, mes anciens, ceux-là qui avaient assisté à mes chasses d'éléphants, devenus riches par mes libéralités, préféraient les douceurs de la vie tranquille et ne voulaient aucunement entendre parler d'une tournée au pays de Massilicatzi. Suivant eux, j'étais un fou de prétendre aller si loin, surtout en partant à l'époque où allait r^ner l'hiver dans les contrées élevées. J'avais tort à leurs yeux d'entreprendre une chasse aussi longue, mon but avéré étant d'en exclure les éléphants. Us m'apprirent aussi qu'ils n'avaient aucune inclination à m'accompagner chez toutes ces peuplades circoncises, d'autant que tout Zoulou, tout Cafre de Natal qui se respecte ne fraie jamais avec ces races ignobles, dont le langage difière du reste assez pour que les uns et les autres ne puissent pas se comprendre.

Il me fallait pourtant trouver du monde. Six individus étaient le minimum, et à défaut d'hommes faits, je dus me contenter de jeunes gens dont trois avaient à peine quatorze ans. C'était un bien faible équipage : nous étions

neuf, tous compris. La marche en occupait toujours quatre; mais que faire devant l'impossibilité? J'avais bien des regrets de devoir commencer ainsi; déjà j'augurais mal de la fin du voyage, et si j'eusse pu prévoir tout ce qui m*attendait plus loin^ j'eusse, je crois, fait le sacrifice de ma curiosité pour tourner les talons à de bien intéressantes contrées.

Ce fut le 3SS mai 1843 que je quittai Port-Natal, faisant route sur Pieters-Mauritz-Burg, où je devais en quelques jours compléter mes préparatifs de voyage. Deux journées m'amenèrent avec mon matériel dans cette capitale naissante, où je réussis à peine à trouver un charron, qui fit diverses réparations indispensables à l'un de mes chariots, l'y passai une semaine chez H. le docteur Portmann , à l'obligeance duquel je dus mille soins pfiicieu;[, et je pus enfin quitter ce lieu muni seulement d'une partie du nécessaire. Tout d'abord, en dépit de mon intention de faire route lestement, je me vis contraint à débuter par des iemi-dcofïen ^ Mes'bœufs étaient dans une condition ordinaire; mais le kkuw mkt, maladie du sabot, les mettait presque tous hors d'état de i^heminer, et malgré cela l'usage en pareille circonstance est de ne point les laisser en repos complet. C'était chose pénible que de voir ces pauvres bétes marcher lentement et douloureusement sur leurs sabots déchaussés par derrière, lesquels ne faisaient pas mal l'effet de pantoufles. Leurs pieds leur saignaient d'abord,

i Journées des wagons : ce mot a été expliqué.

Mi

et ensuite un foyer purulent s'établissait entre la corne et la chair, répandant au loin une odeur infecte : aussi, partout où nous rencontrions de Teau , nous la leur faisions traverser à diverses reprises. Celte maladie élail générale alors. Quelques paysans, plus observateurs que d'autres, l' attribuai wt surtout à l'biver, qui se faisait sentir d'une manière assez piquante, et duquel résultait un temps excessivement sec qui avait enlevé aux herbes mûres et sèches le peu de principes alimentaires qui leur restait.

La lenteur forcée de notre marche fut cause que nous mimes quatorze jours k nous rendre de Pieters-Mauritz- Burg au pied de la chaîne de DraakeMberg. Mous avions traversé d'abord Om-Guinée en haut et tout proche d'une belle cascade de 180 pieds de hauteur, où la rivière se précipite à pic dans un gouffre admirablement Payant; puis Mooi-Rivier dans ses plis caressants et si doax; Boschje$majni'Rivûr, la fougueuse, la rude, sur son dur lit de pierre, là où les passages sont difficiles en raison des pentes qui y conduisent^ toutes chargées de quartiers de roches, obstacles abîmant bœufs, chariots et conducteurs; Klein-Touguela danslà plaine où, bi^i que jeune, ce fleuve s'est creusé un lit profond; et plus loin Touguela lui-même qui descend des montagnes, frais comme un enfant des pays froids, fier comme un fils qui, pour connaître sa noblesse, a deviné les hautes destinées qui l'attendent.

Voici maintenant bien autre chose; ce n'est plus une

simple rivike à trayerser où la dose d'adresse et de patience ne doit être que fort ordinaire^ c'est infiniment plus : c'est Draokemberg que nous avions en Tue depuis huit jours, chaîne de montagnes hautes et bleues à l'horizon. Nous y sommes : il faut monter. Mais ces montagnes sont si élevées, nos chariots si pesants^ nos bœufs si faibles! Allons, conducteur, fouettez, mais à propos seulement, et siirtout que les chaînes soi^t libres, afin d'enrayer à rebours. Que des cales soient prêtes pour les roues de derrière; car vraiment il eiiste là des pentes si raides et si longues avant d'atteindre un reposoir, que le chariot peut biai, s'il n'est maintenu, entraîner l'attelage entier. Et du monde aux roues, afin d'aider lorsqu'il y a balance de forces. Commençons par un chariot. L'attelage de celui qui attend doit lui venir en aide si le sien propre est insuffisant. Avec vingt-quatre bœufs devant, il ne parait pas probable qu'un wagon reste engagé.

L'immense fouet, emmanché de 18 pieds, portant à 45, retentit bruyamment, et pour les pauvres bœufs commence la terrible corvée. Bon Dieu! qu'il est triste d'être forcément témoin de toutes ces peines et de songer que fréquemment elles ne doivent rien produire! Faire 10 pas, s'arrêter, reprendre 10 autres pas pour s'arrêter encore, et devoir gravir ainsi 2,000 pieds d'élévation et au delà!

L'ascension d'an chariot sur Draakensberg équivaut à une fatigante journée de marche : aussi avec quel plaisir n'arrive-t-on pas au sommet! Ck)nducteur et bœufs sont

pleins de joie lorsqu'ils peuvent y respirer librement, et pour celui qui tient compte du danger, quel bonheur d'avoir longé sans accidents durant plus de 200 pas un précipice affreux de 800 pieds par un chemin étroilenient taillé dans la montagne et dépourvu du moindre rebord. Assurément il faut qu'un Dieu veille spécialement sur les boers en voyage; car jamais je n'ai connu d'hommes plus insouciants du danger dans les passages scabreux, et les accidents sont rares.

Voient-ils des traces de roues, ces hommes discal : « D'autres y ont bien passé; nous y passerons, à moins que la terre ne nous manque. » Et quand ils sont sortis d'un mauvais pas, on croirait peut-être que leur premier soin sera d'y remédier en détruisant l'obstacle ou en comblant le bourbier si c'en est un; mais point. Un boer se reprocherait toute sa vie d'avoir fait quoi que ce soit d'utile à tous. Il connaît le danger : il l'évitera par un détour. Tant pis pour ceux qui s'y laisseront tomber faute de le connaître! Chacun pour pour soi, et Dieu pour tous.

Toujours est-il que Draakensberg est gravi ou descendu journellement. Il voit sur son sein granitique se briser timons, roues, essieux, jurer les conducteurs et patienter les bœufs, sans que de graves accidents y aient encore pris place, malgré les abimes dont rien ne défend le bord, malgré les pierres détachées, lesquelles peuvent faire dévier le véhicule, et malgré la difficulté d'y bien diriger de longs attelages. C'est là surtout qu'un Européen ne peut se

refuser à payer son tribut d'admiration aux boers, comme étant les plus hardis charretiers du monde^ et aux bœufs de l'Afrique australe comme aux plus intelligents, aux plus dociles et aux plus patients de leur race. Mais, quoique la montée soit ardue, pénible à Fexcès, elle est encore assez sûre. La descente est bien différente. Les chariots, tombant de pierre en pierre, à peu près comme descendent les ruisseaux de cascade en cascade, menacent sans cesse d'écraser les timoniers et même les autres bœufs, que l'on force à se grouper, afin d'empêcher par leur masse réunie que ces mêmes chariots enrayés ne se précipitent trop vite. Elle présente une infinité de dangers, toujours surmontés avec un sang-froid qui étonne, et là certainement le plus habile conducteur de Paris ou de Londres hésiterait à chaque pas et ne saurait comment se tirer d'affaire;

Maintenant que nous sommes tous, gens et bœufs, arrivés sains et saufs au sommet de ces monts, chacun s'at-r tend à redescendre bientôt dans les mêmes proportions. Il ' n'en est pourtant rien. Nous avons.gravi longtemps, il est vrai. Le point le plus élevé de Draakensberg a peut-être même de 5 à 7,000 pieds de hauteur au-dessus des eaux de l'océan Indien ; mais Draakensberg, pour avoir du pays de Natal l'aspect d'une grande et haute chaîne (le montagnes, n'en est pas moins un immense plateau sur lequel j'ai cheminé plus de 60 lieues à travers de grandes plaines variées de montagnes détachées, aplaties par le sommet.

T. II. 2ft

C'est exactement une autre eontrée offrant un climat assez rude durant Vhiver et présentant conséquemment d'autres productions. La mer aura peut-être bien en d'autres temps battu contre sa partie orientale qu'appuient de sèches arêtes , légèrement inclinées et voisines de la perpendiculaire. Aujourd'hui Draakensberg passe pour être la colonne vertébrale de l'Afrique australe, et c'est des sommités de sa éhaine que partent en différents sens les principales rivières destinées à arroser ces vastes contrées. Ainsi, vers l'est, se déchargeant dans la mer des Indes, sont : Om- Pongola, Om-Philos-om-Schlopu et Om-Philos-mouniama, Om-Schlatousse, Touguela, Om-Vooty, Om-Guinée, Om-Zimvobo, Om-Zimkoulou. Vers l'ouest, deux grandes rivières, Yaal-Rivier et Groote-Rivier, qui reçoivent toutes les petites, se réunissent après un parcours assez long , et portent leurs eaui dans l'océan Atlantique sous le nom de Groote-Rivier, la grande rivière; c'est la rivière Orange, que Levaillant traversa vers son embouchure, laquelle aujou^'hui n'est plus connue des boers sous son nom d'alors, imposé par le colonel Gordon.

C'est le plus grand fleuve de l'Afrique australe; mais, chose étonnante, Groote^Bivier a généralement dans la même saison plus de largeur et de profondeur, conséquemment plus d'eau , dans le premier tiers de son parcours qu'elle n'en conserve non loin de son embouchure, oà elle devrait en avoir davantage- Cela vient évidemment de la rareté et de l'impuissance de ses affluents

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après te pramer tieis èe son; cours^ comme eBoore de I« séf^etesse des enotrée» qu'ele trairerse^ où f éfraporation doit avoir une action des plus puissantes.

Deux joHvs apfès avoir esealadé Draakensberg, je mis derrière mai Ehmé^s^Bimery près de la<|cielle je fis rencontre <Fi» exedient colon du nom de Jaeob Deefere. Nonseulement je fus dignement accueilli par lui, mais encore je dus & ce Inrave hosmiie la posses^n du plus curieux des animaux de ce pays : je veux dire le pangolin à large queue, Memet Temmnckii.

Ce bipède^ des plus: singuliers^ ëlai* vivant, et, pour l'empécher de fuir, on F avait solidement attacha par la queue à un triangle de bois qu'il déplaçât constamment avec lui, mais par T^ûbarras duquel il ne pouvait ni pénétrer sous terre ni s'âoigner beaueoup, de telle maorière cependant qu'il pouvait de se» griffes, que lui servent de mains, dénaolirles élévations faémôsphériques, habitations des four* mis, et se repaître à Taise. Sa forc&de traction était trèsgrande et smrpassait celle qu'on lui eût siq)posée. Dès qu'il m'evt dié offert, mon pvanier soinfoÉ de te détacher et de le cooduiie en. laisse vers son garde^nanger favori.

La route se faisajl toujours sur deux pieds ; mon pangofin au corps coutbé, balancé par sa qoeue, croisait ses petits bras sur sa poitrine, et dans cet état paraissait être un iiieill&rd accablé d'aimées, que* le fioid fait tremUer. Sespasétaient les mémes^; souvent il lui arrivait de s'ar-^ rètev et comase d'écouter; alors cessait le bruit de ses

écailles. Ces pauses assez fréquentes n'étaient que d'un instant, et l'animal reprenait sa marche avec la même lenteur égale.

Alors qu'il arrivait à une habitation de fourmis, ses membres de devant travaillaient activement. Une minute à peine était nécessaire, et la moitié du petit montipule, quelque dur qu'il put être, était démolie. Le pangolin collait son museau pointu à l'orifice d'une galerie, y plongeait sa langue, longue de 40 à 30 centimètres, qu'il retirait presque aussitôt, pour la réintroduire encore, soit dans la même galerie, soit dans une autre; tout d'un coup il paraissait s'impatienter, et avec une furieuse ardeur il détruisait le reste du monticule, dont il sondait ensuite les trous qu'il supposait receler sa nourriture.

Le second jour, je le conduisis comme la veille; il ne -voulut pas manger, et ayant fait un trou dans l'un de ces nids, il s'y roula en boule conune les hérissons, paraissant préférer cette fois le sommeil à un repas. Cet animal avait les yeux sans cesse larmoyants, peut-être bien parce qu'il était presque toujours en plein soleil, d'autant que je suppose que le pangolin doit chercha sa nourriture plutôt la nuit que le jour, absolument conune l'oryctérope, qui est son plus proche voisin, quant aux habitudes.

Je ne sache pas que cet animal ait d'autre enn^ni que l'homme, et encore l'homme dans ces parages ne le recherche ni pour sa chair, dont il n'use pas, ni pour ses

écailles, dont on pourrait, mais dont on ne sait pas tirer parti sur les lieux. Bien loin d'être capable de nuire, cet édenté ne rœd que des services, et pour se défendre, il n'a que sa cuirasse d'écaillés superposées, à l'abri de laquelle il reste roulé immobile. Il faudrait, quand il est ainsi, la force de plusieurs chevaux pour l'ouvrir. À dire vrai, il n'offre guère de prise, et par le tranchant de ses écailles les mains d'un homme ne tardent pas à être ensanglantées.

Comme il ne saurait s'échapper par la fuite, à moins qu'un trou profond ne fût à proximité de l'endroit où on l'aurait découTert, chaque pangolin que Ton découvre est un animal pris. Mais, bien qu'il ne soit pas excessivement rare, comme il se terre le jour et qu'il ne sort qu'à la nuit close, on ne doit qu'à des circonstances exceptionnelles d'en rencontrer quelqu'un. Celui que me donna Jacob Declerc faisait l'admiration de presque tous les visiteurs, dont la plupart voyaient pour la première fois cette singulière création. Il avait 1 mètre de longueur, sa queue étant pour moitié dans cette mesure. Un coup de fusil chaj^é de plomb à loup ne saurait à SO pas traverser ses écailles. Une balle, si elle n'est adressée de manière à former un angle droit avec la surface, doit nécessairement ricocher. C'est de tous les animaux qui existent le plus solidement revêtu. L'excessive longueur du sternum le distingue également d'entre tous.

Le mien, que j'avais habitué à dormir attaché âmes cô-

tés, paraissait soumis oomsie le sont les 'tortoes, c^est-À^ire qu'avec des iastmcts peu développés, cet aoimal, m iitéressaaxt, me dimnait à peaserqa'ii déserterait À la pieiiiîèR oocafiion. Aussi, quand jer^ussafibanmeatétiidié, dus-je bien à oeiiilre-o«&ur le percer de râigt coups 4i6 scaipel i l'effet de le fsfépditet itamédiatesMit. Sa dépoùiUe et soa squelette complet appartiement ai^oiird'hui aia Musée royal de Bruxelles, oà les samits pourvont à loisir étudier cet étrange animal, et tomber d'accord avec la quidificatioa de bipède <pie je Me suk penuis de lui doimer.

Ceât exactement un ma»mifère fcîpàde orustecé, ou de ces auimaux utUes que i'bMnme a grand intérêt à ménager il l'était libre. J'ai bien oin diiie que les uègres de Ho- 2ambique, où il eu existe également, m repaissaient de ^ €hair, qui est bonae quoiqu^ayant une forte odenr d'acide formique et uAe ^nde similitude awc ceHe de Foryctéxope, que mangent lesBoscbjeamass et certains fiottentots ; mais je ne pense pas q^e le Mcmds femmnofeîi vaille la recherche que l'un en ferait dans ce but. Les Calres de Qaa- Iblambène ne veulent pas y toudber; c'est même pour oette cause que je me reàisai à en goûter, bien que sa ctiair Jie laissât dans la préparation aucune éBMffiatkm désagréable, et que l'animal fût aiars en ^odlente condition de igraissa.

L'hiver se faisait ëéjjà sentir, aooampagaé d'an v«t piquant que nous trouvâmes bien sévère, mes gens et moi, habitués comme WMts Tiétioiis à un divat toujoucs chaud.

Chaque matio nous offrait les réservoirs d'eau revêtus de deux doigts de glaoe y les herbes mortes couvertes de givre, et mes pauvres bœufs que la faim pressait hésitaient pourtant à saisir ces foins $^acés et si peu nutritifs. Tout allait tristement; mes jeunes Cafres avaient leurs pieds, oonstam* ment nus, largement fissurés par le froid, et quoiqu'ils passassent la nuit sous mes w^agons, enveloppés dans d'excdlentes couvertures de laine, ce mode ne valait pas pour eux celui d'une cabane, où, presque nus, ils se contenteni de la chaleur du feu qui brûle à leurs pieds.

C'est ici le cas d'indiquer en passant le mode que suivent les Sud-if ricains pour se procurer du feu.

Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, avec le premier morceau de bois venu que les aborigènes sud^africains font du feu; il faut au contraire que les deux pièces nécessaires à produire le feu par frotlwoaent réunissent les conditions indispensables de nature et de dessiccation, et sans cette précaution, lorsqu'ils sont surpris par le mauvais temps hors et loin de chez eux, ces peujdes sont ré^ duits à l'impossibilité de se procurer cet élément si utile, ce véritable ami de l'homme, son protecteur contre les bêtes. Fréquemment on rencontre dans les forêts des arbres abattus par la foudre ou par l'action du temps, et dont le bois a subi des modifications peu ordinaires dans nos climats tempérés. Ainsi, sans être vermoulu, ce bois a presque totalement diangé de nature; il n'existe plus chez lui de liaison entre les fibres, et en raison de son peu de den-

site, il se laisse traverser par une épingle aussi aisément que le liège. Une espèce de mimosa sans épines, nommée par les boers ploat-kroon-boom ^ arbre à couronne plate) réunit principalement ces conditions lorsqu'elle est renversée depuis plusieurs années, et c'est d'elle que les Cafres de Port-Natal se servent ordinairement. La partie qui doit servir de point fixe est donc prise dans ce bois, que l'on a soin de dessécher complètement en le laissant exposé à la chaleur du foyer de la cabane. Ses proportions sont indifférentes; il suffit de deux surfaces planes. La baguette destinée à faire l'office de bâton roulant est prise dans une vergette de bois dur parfaitement desséchée ; elle est cylindrique, droite et bien unie; sa longueur est de &5 centimètres, son diamètre de 6 millimètres. Assis sur les talons^ ou bien agenouillé, l'homme qui veut avoir du feu a posé sur la terre sa planchette d'appui; il a implanté sa baguette dans un petit trou destiné à empêcher la rotation de dévier du même point. Vous le voyez ensuite rouler entre ses deux mains plates la baguette, qui tourne avec une rapidité presque égale à celle qu'elle obtiendrait d'un arc dont la corde agirait sur elle. En moins d'une minute de cet exercice, la sueur tombe à grosses gouttes de son front; il lui faut un successeur, sinon la peau des mains se lève en cloches et peut-être ne réussirait-il pas; mais quand plusieurs hommes sont réunis, chacun y mettant du sien, la besogne est facile et le succès assuré. Le feu communiqué au bois tendre est aussitôt recueilli dans

des herbes sèches que Ton agite au vent, et il ne tarde pas à se multiplier à la satisfaction de tous.

D'après les difficultés de cette méthode, on peut se faire une idée de Fétonnèment qu'éprouvèrent bien des Cafres en voyant la facilité et la rapidité de mes moyens; Tiriflammation de la poudre sous le silex, les capsules fulminantes, les allumettes chimiques les ravissaient surtout; mais le verre ardent n'était plus un moyen humain. Suivant eux, c'était du sortilège; jamais ils n'y purent rien comprendre, et comme on peut bien le penser, je ne perdis pas mon temps à le leur expliquer.

Les boers, quand ils manquent de briquets, se servent de leurs fusils à pierre, qui leur procurent du feu sans qu'il soit nécessaire de les décharger. Ils introduisent une épine qui ferme hermétiquement la lumière, et ils placent près du bassinet un morceau d'étoffe de coton imprégnée de poudre écrasée, lequel est destiné à recueillir le feu lors de l'inflammation de la poudre d'amorce. Je les ai vus également obtenir du feu d'une autre manière. On mêlait un peu de poudre écrasée à un lambeau de cotonnade, que Ton remplissait de très-peu de poudre à l'étal ordinaire, et que l'on étranglait ensuite comme si l'on eût lié la gorge d'un sac. Lorsque ce petit sachet était déposé sur une pierre, on s'armait d'une autre pierre aux côtés anguleux, dont on frappait de manière à atteindre un point très - rapproché de celui qu'il occupait. On sait qu'une étincelle jaillit du choc de deux pierres; c'est sur

cette comiaissanoe que se basait cette îiM^ode des boers.

Continuant notre mardhe, nous traTeisàmes Ka$teel- Poorty les portes du château- fort, passs^e naturel entre deux rempÀrts de pierre dont la disposition et la foraie rappellent l'entrée de la citadelle du Cap. Là, Ies<^oaduetears font résoimer à plaisir leurs longs fouets, afin de jouir de la répercussion du son, ou bien encore ils s'amusent à tirer des coups de fusil, dont le bruit frappe à plusieurs reprises les roches nues et perpendiculaires d'alentour.

Deux jours ensuite nous donnâmes dans de vastes plaines, lesquelles s'étendent uniformément jusqu'à Yaal-Rivier. Notre œil y rencontrait pour la première fois des animaux faisant diversion à la monotonie d'un tel voyage. C'étaient des couaggas , Equus BurcheUit, par troupes de 3 à iOO et des gnous décrivant des cercles à tout galop, mais quelque peu moins nombreux.

Jusque là, depuis mon départ de Matai je n'avais encore tué que des canards : aussi n'avais-je dans mon chariot qu'un seul fusil long chargé à balle ; tout proche était mon fusil double, chargé de plomb n"" 5. Nous étions dételés pour la nuit près d'un petit ruisseau où notre feu de borne d'aninoaux sauvages avait à peine suffi à cuire le souper; il était onze heures, tout le monde dormait. Soudain nos bœufs se lèvent à la fois, et aussitôt nous sommes sur pied. Qu'est*ce donc? Les bétes ont senti quelque chose, elles le savent et nous pas encore. « Henning, eh bien, est-ce un lion? — Ce ne peut être que cela. — Voyez-vous quel-

que chose? — Dam, il fait noir comme dans la boutique du diable; âYdceela du brCMiUlard. Il pleut. » J'ayais eu main «on fusil teng, et de la caisse du deyant du cbariot où j'étais assis je ckerchais à yoir .

«< Maitie, me €rie Hensiingi le yoilà, leliou, Là» deyant vous, à 10 pas; le bœuf AmkKa, qu'en raison de sa maigreur nous n'ayons pas attaché, lui croise les cornes. Mais voyez, le lion l'aura, il l'aura. Peste, mon fusil est dans votre wagon; tirez donc, tirez ! — Oui, mais je ne puis rien vodr d'ici et je n'ai qu'un coup. — Alors, passez-moi ^'Otre fusil !»

Hais la chose n'était guère faisable ; il fallait passer sur le front de la soèK de l'un à l'autre chariot, et mesCafres à la première nouvelle avaient grimpé dans les voitures, d'où il eût été impossible de les faire descendre aussi longtemps que le lion était là; après tout, le lion pouvait se découvrir. Mon bœuf, bien que chétif, lui faisait toujours tète, et le pauvre anhnal semblait avoir pris le rôle d'agresseur, Henning, qui s'impatientait et qui avait raison de craindre poux le sort de notre courageux compagnon, me crie Mcore: « Tirez donc ! » Et mon coup part ; la balle frappe la terre, ricoche et siffle au loin. « Henning, empoignez donc votre fouet; chassons-le par le bruit. » En même temps je détachais mon fusil double.

Les lions, car ils étaient deux, se tinrent pour battus quafid l'air retentit du claquement terrifiant qui se faisait À leur barbe, et aussitôt je vis l'un s'élever sur un mon-

ticule afin d'effectuer son départ. Du point oii j'étais il y avait 10 pas. Pan! Le lion, salé de mon coup droit, grogne et part honteux. Hourra ! il est parti, le yoleur. Je n'avais pas fini que le second, que je ne soupçonnais pas encore, marchant sur lies traces du premier, se découvre à la même hauteur el reçoit mon second coup; tout comme l'autre il grogne et s'en va.

Vrai, d'honneur, si j'avais prévu cette circonstance, il m'était facile de faire un doublé de lions; et, en pareil cas, il n'y a aucun danger pour le tireur, car autant il y a de péril à attaquer un lion qui, pour vous avoir vu de loin, s'est couché et vous attend, autant il y en a peu, lorsqu'il est ou surpris à l'improviste ou trompé dans ses calculs; surpris, il n'obéit qu'à la peur, et quand il est tout attention pour ravir un bœuf attaché par les cornes aux roues d'un chariot, dès qu'un coup de fusil Fatteint, il grogne de dépit, sans trouver en soi-même assfôe de courage pour sauter sur l'homme. J'ai bien vu la nuit encore un petit chien bien hardi relancer une lionne à 10 pas du point où elle était sautée sur un de mes bœufs.

Au fur et à mesure que nous avancions dans ces solitudes, les animaux de plaine devenaient plus nombreux et l'herbe plus rare. Nous avions obtenu quelques gnous et des couaggas dont nous ne rebutâmes pas la chair; déjà les spring booken se faisaient voir d'abord en petites troupes très-farouches, ensuite en bandes de plusieurs centaines, voire même de plusieurs mille d'un accès plus

facile» et nous pouvions espérer vivre du produit de nos chasses sans pour cela retarder la marche, d'autant plus que le gnou bleu, Catoblepas-^orgon^ et Tantilôpe albifrom, se montraient aussi de temps à autre.

Deux jours après la visite nocturne des lions, je rencontrai, tout en chassant, des ruines amoncelées sur un assez large espace. C'était certainement un mouzi royal de quelque chef de tribu makatisse, détruit comme tant d'autres par Djacka. Les murs d'enceinte extérieurs et intérieurs, contrairement à ceux des Àmazoulous, étaient faits en pierres simplement superposées, sans liaison. L'absence totale de bois dans ces parages explique pourquoi ces Cafres avaient construit un ouvrage plus solide que ce qu'ils ont coutume de faire* 6 ou 700,000 personnes avaient pu résider dans cette manière de ville cafre. Aujourd'hui ces murs servent d'abri à des hyènes, et pour moi j'y détruisis une compagnie de perdrix.

Nous continuâmes à cheminer à petites journées vers Vaal'Rivier. Les pâturages devenaient de plus en plus rares; et bientôt, quand nous nous trouvâmes au milieu des hordes immenses de gnous et de couaggas, plus une pointe d'herben'apparut danslaplaine. Tout ce qui n'avait pasété tondu par les lèvres avait été foulé aux pieds. De quoi se nourrissaient tous ces animaux qui se jouaient sans cesse et folâtraient au milieu de ces déserts? Je l'ignore, et ceci reste encore pour moi un problème insoluble. Toujours est-il que, durant cinq journées entières, mes bœufs n'eu-

rent absolument rien, et j'étais à la veille, je epois, de les voir sueeomber tous d'inanition qu«nd j'arrivai k Geveekt- Kop^ la tête du eomiMit. L'eau, il est vrai, ne nous avait pas fuit défaut, et si les courants n'y sont pas fort nombreux, les réservoirs s^^y rencontrent à peu près partout.

Là, du moins, Gevecht-Kop, ainsi npmmé d'une brillante affaire soutenue par 36 fermiers retranchés contre 10,000 €afres de H assilicatzi, nous offrit ses mimosas qui prot^aient quelques herbes desséchées desquelles mes bœufs épuisés parurent se satisfaire. Non loin, nous avions des marais remplis de canards de diverses e^èces, et tout autour de nous, le matin à notre iever^ nous pauvkms estimer à 40 ou 50,000 le nombre de gnous, de ^zelles sautantes et de couaggas répandus sur tous les points de Tborizon que nons pouvions sans peine distinguer à l'œil nu.

Le soir de notre arrivée, j'avais démonté d'une jambe un gnott à 300 pas du chariot, et f avais remis le 'dépècement de l'animal au lendemain. Vers dix heures^ nous entendîmes comme un combat dans cette direction, comme des san^ts^ puis un râle de mort, ensuite eomme des rires diaboliques. Je me doutais à peu près du bour qui m'était joué : aussi y allai-'jc avec Henning avant raiirore. Sept hyènes détalèrent devant nous ; elles avaient en elles notre gnou tout «itier, & l'exception d'une pairtie de la tête et des cornes. 4 cette oecasioii, nous les saluâmes de trois coups de fusil. L'une tomba raide morte, et deux s'en forent clo-

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pin-clopant. C'était une digne vengeance de la perte de notre déjeuner.

Grand nombre de erànes cafres roulaient à terre^ blanchis par le soleil, tout autour du point qui avait servi de campement aux paysans. J'en choisis huit d'entre les vingt plus beaux, et, comptant bien les prendre au retour, je les déposai dans une fissure d'où les eaux ne pouvaient les emporter. Malheureusement, lorsque je repassai, j'étais trop préoccupé de mes désastres pour songer à me charger encore de ce bagage-là. Ces têtes y sont probablement encore comme au jour où je les y plaçai.

De Gevecht-Kop, nous poursuivîmes notre marche, après avoir eu le soin de nous munir d'une ample provision de bois de chauffage, parce que, jusqu'à Vaal-Rivier, nous savions ne pas devoir rencontrer un seul buisson, et déjà l'expérience m'avait appris combien est pénible la privation d'aliment au feu, comme je l'ai déjà dit plus haut.

Les animaux sauvages apparaissaient, s'il est possible, plus nombreux encore; par conséquent, même rareté de pâturages qu'auparavant. Nos attelages allaient avoir de la peine à traîner leurs propres corps, et forcer la marche dans un état aussi pitoyabfe n'était pas chose possible. Le jour, mes réflexions ne cessaient d'être attachées à leur triste condition; la nuit seule m'enlevait mes inquiétudes par le sommeil qu'elle procure. Mais ce sommeil était quelquefois troublé, surtout par les lions, qui ne dédaignaient pas mes bœufs amaigris.

Nous étions encore à trois journées de Vaal-Rivier, dételés en plaine rase et dormant d'un repos mérité, quand animaux et gens surgirent instantanément au beuglement d'un bœuf précisément attaché à la roue de gauche de ma voiture. En même temps, un chien de taille moyenne aboie tout proche, et relance à 10 pas une grande et forte lionne.

Henning, alors couché sous mon wagon, se lève, et, pour secourir le bœuf convoité et blessé, il dégage de sa couverture un énorme fusil à éléphant charçé de 20 chevrotines de 70 à la livre. Son coup est lâché. La lionne, atteinte vers l'aine, part eu grognant plus par l'effet de la douleur que de la colère.

Nous passâmes ensuite une demi-heure en réflexions sur le coup, puis nous nous rendormîmes, et quand il se fit jour, nous cherchions des yeux la lionne, qui ne pouvait être loin, morte ou vive. Rien ne paraissait; mais comme nous parlâmes haut en nous disposant à la chercher, nous la vîmes se lever à 100 pas, fière encore et comme nous défiant.

Faute de balles de calibre pour un fusil double, j'avais chargé cette arme de balles plus fortes, frappées en manière de lingots : aussi ne devais-je en attendre aucune justesse. Un fusil long, bien chargé, était porté par un de mes Cafres, lequel tremblait de tous ses membres. Un autre fusil à éléphant, contenant 14 grosses chevrotines» était encore à ma disposition. Henning et Isaac Niewkerk

ayaient leurs anaes; mais à dire yrai il n'y avait pour nous rien de sérieux dans ce que nous allions faire. Ce n'était pas une lionne que nous nous disposions à tuer : c'était une simple cible destinée à essayer nos armes.

La lionne était bien droite , faisant face à nous, qui étions distants de 80 pas. J'abaissai le fusil à éléphant, qui lui logea sous la peau la moitié de la charge, ce qui la fit rugir de l'air le plus menaçant; puis elle se coucha, relevant les lèvres et grognant, les yeux constamment fixés sur nous.

A la première balle de mon fusil double, qui tomba un pied trop court, la lionne envoya sur le mémo point un furieux coup de patte, croyant peut-être saisir une partie de moi-même, mouvement qu'elle réitéra lorsque je lui envoyai la seconde sans plus de succès. Isaac Niewkerk lui en fit siffler une autre aux oreilles, et la lionne paraissait exaspérée de n'avoir affaire qu'à des objets invisibles; elle allait se lever, elle présentait presque le travers, quand je l'atteignis sur l'omoplate d'une balle qui la traversa de part en part : c'était un coup de mort. La lionne sentit qu'il n'y avait plus pour elle de salut possible, et de rage elle se croquait les doigts. Quand Henning, qui se préparait à la tirer avec son fusil à pierre et à double détente, me permit l'usage de son arme, alors elle tomba sans plus donner signe de vie. Elle fut aussitôt écorchée et son cadavre abandonné aux vautours, personne de nous n'ayant eu sur lui-même assez de force pour se résoudre à en

I^ùter la chair, taal l'odeur ea esi iode et rebiUaBie. C'était une Iffès-vieiUe béte aux dente usées, Aroadies, de laquelle mon Ixeof ayait sûnpleBient reçu un €oop dégriffé nullement dangereux*

A peine ayioas-fious tennioé notre besc^aa que nous idmes se promener ea maîtres au nulieft des hardss de gnous pariout x^^oodaes, iroîs lions mâles 4 rallare grave et imposante. Le plus proche ëtait à SiSQ pas des wagons; il ne faisait pas mal l'e&t d'an chef cafoe<soaiptant ses troupeaux, et, sans témoigner plus de crainte, les gnous agiles se tenaient, les uns à 60, les 4Mitres ÀiO pas du maître de ces lieux, d'aatnss ^oar acolaîeni autour de lui; et j'avoue que cette sorte de ccmfianca était prise par moi poux de la témérité, hian que je susse que le lion ne sait que bondir, inci^able qu'il est de lutter avec les lestes hifourchus* Nous les observâmes ainsi plus d'une heure, et durant ce laps de temps ces vois.des animaux ne compromirent jamais leur dignité.

Deux jours ensuite, nous étions à l'habitation de la far mille de Lynequcy, et, de concert amc ces paysans qui allaient à la chasse, nous traversâmes le même soir Vaal- Bivier^ sur le bord s^tentrional de laquée nous nous installâmes pour quatre jours sous des mimosas, afin de laisser à nos bœufs un peu de repos, et qu'ils passent tout à l'aise brouter les rares pointes d'herbe qui devaient exister là plutôt qu'ailleurs. Halheureûsement, quoique moias rares, les touffes d'herbe n'offraient rien de vert ; tout était

mort et jec, et à eette pénurie Tenait se jobdre l'intensité du froid, pen propre k )rofiter à mes attelages, sortis de contrées chaudes.

ï'uiilisaioe r^os ea acquérait divers individus de Te»pèce GaxelU imchai^; je ne manquai pas non plus de visiter un mouzi de Cafres makatisses^ nos voisins. Quelle différence d'avec les Àmasoulousi Quelle .misère chez ces peuples, témoignée chez eux par la saleté la plus repoussante, entretenue, je crois , pour déguiser leur laideur parlÂoulière et i'iûwrrection de leurs formes ! U n'y avait pas là une èelle télé à remarquer, pas un homme bien pris que l'iDn pâl admirer, Tf^& un visage ouvert dans lequel'On put lire d'excelleûtes intentions; rien d'agréable, lien de bon; et les femmes, cette belle moitié du genre bumain, y étaient hideuses. Laids au physique, ces Cafr^ étaient aussi tels au moral : défiants, menteurs, fourbes, poltrons et lAches; leur voismage était mie mauvaise fortune.

Mais ils ont été si malheureux., œs hommes; ils ont éproiivé tant de revers si difficiles à réparer dans ces contrées désertes sur de si larges espaces^ où l'homme qui n'a rien ne peut se peut se créer à lui-même une vache, cette providence des Gàfres ! Tour à tour massacrés par Djacka, abkoés par Dingaan, dispersés et ruinés par Alassilikatzi, les Makatisses sonl aujourd'hui répandus sur une surface de près de 200 lieues, du nord au sud. Ce sont les juifs de la race cafre j et à voir la pitoyable condi-

tion de ces hommes, tant au physique qu'au moral, leur peu de tendance vers le bien, on ne peut s'empêcher de faire cette triste réflexion : que les malheurs rendent les hommes méchants. De là encore on peut arriver à conclure que les hommes seraient tous frères s'ils n'avaient à satisfaire d'impérieux besoins.

Le premier qui vint à moi était un homme de haute stature, mais gauche et sans souplesse; sa figure inexpressive, partout marquée de la petite vérole, jouissait encore d'un autre agrément. Affublé d'un manteau en peau de Canis melanotis S il <itait accroupi devant moi; il avait fait toilette ce jour-là, je veux dire qu'il s'était fait placer sur le sommet de la tète plus d'une livre de graisse fondante de mouton mêlée de nbilo (antimoine). La chaleur du corps suffisait à la faire couler.en noirs ruisseaux sur son visage aussi bien que sur tout son corps. Le Ma&atisse se gardait fort de l'essuyer ailleurs que près des yeux. Il conservait ainsi une stupide gravité sans mot dire, quoiqu'il y eût apparence qu'il se fût présenté dans ce but.

Je le questionnai en langue zoulouse, qu'il n'entendait pas plus que je. ne comprenais celle qu'il parlait, le sissoutou ou langue des Bazoutous. Elle était dure à inspirer le dégoût; les r y abondaient, prononcés en roulement de tambour. Somme toute, elle semblait se ressentir de l'aprêté du climat et de la misère dans laquelle vivent ces tribus.

* Chacal.

Mais parmi ces Cafires, quelques-uns avaient vécu sous Massilicatziy lequel avait apporté la langue zoulouse de son pays j langue par lui imposée aux tribus makatisses ralliées sous sa puissance. Nous pûmes avec ceux-là con* verser librement; mais ils se montraient rares, parce que beaucoup ne voulaient pas que les blancs sussent que jadis ils avaient fait corps avec le peuple de Massilicatzi, s'imaginant que les boers étaient en droit de les maltraiter pour cette cause.

Comme je circulais dans le mouzi avec l'intention d'étudier et de comparer, je vis une femme agenouillée, tenant devant elle un singulier objet. C'était une calebasse surmontée d'une tête sculptée, ornée de deux yeux faits de graines rouges. Divers colliers de verroterie garnissaient le cou de cette créature imitée, et la femme makatîsse l'embellissait encore en la ceignant de cordes et de graisse de mouton. Cette occupation toute sérieuse m'intriguait fort, car jamais je n'avais ouï parler de fétiches adorés par ces peuples, et cet objet m'en paraissait un.

J'appelai un Cafre entendant le zoulou, afin de questionner la femme. « C'est mon enfant que vous voyez, dit-elle; je le soigne bien pour qu'il grandisse. — En avezvous beaucoup comme celui-là? — Non, celui-ci est le seul. — Pourquoi prendre tant de soin d'une mauvaise calebasse? — Le médecin me l'a ainsi recommandé. — Je gage que vous n'avez jamais eu d'enfant, qu'il vous est impossible d'en avo'u^. — C'est comme cela, c'est cela

même. — Et tous avescmsnlté riman^; TousafezTOolu savoir de hii œ qu^^il fallait faire pour a^r un e^uit; vous lui en avez demandé un^ot Tmianga vous afabrvqué celui-là. Singulier enfant toul de même: \ojom qœ je le earesse; est-il lourd? » le le soulevai : 3 pesait %Sf livre»; la calebasse était remplie de minerai de fer.

La fanme le reprit , te plaça sur son dôfSi^ soutenu comme les autres enfants par un tablier partant de la taille, relevé et noué au cou, et s'en alla chargée du poids d'un enfant bien portant; h Va, aurasongé Tinianga, va, femme, quand tu sauras quelle charge c'est qm'un enfant, tu ne m'obséderas plus pour trouver le moyen d'en avoir; alors tu ne seras plus si malheureuse de ta stérile condition. » Ainsi avait probablement pensé le médecin consulté, et je trouve qu'un tel expédient n'est nullement dépourvu de bon sens. C'est l&seule fiemme Mérite que j'aie rencontrée durant le cours de mes voyages dans cette partie de l'Afrique. .

Vaal-Rivier est belle et grande, très-abondante en eau, et quoiqu'dle n'ait pas un aspect de» plus imposante à Linequey-Drift, oà elle est resserrée, où eile est jeune encore, elle ne laisse pas que d'être bdle, large, forte, effrayante même au gué inférieur connu, sous le nom de }xuaer^Val'Drî(i (gué de la chute d'eau). Là surtout où ses eaux profondes dorment dans un lit aux rideaux de saules, Val-Riviar pourrait in^iiw des rêve» au poète; là «ertainement elle se montre bdile d'entre les pins beBes^ tant ^

9SÏ

ade digmtéémssoii eonrs araot dese précipiter folle, ëenmantev pour 9\nnr j^i» tite & Groet^Bivier, où elle n^a phis de aoB.

Af^^ès quatre jows dé repos et de demi-dièfe pont mes attelages, je quittai ses bords, «Aandonnaiit un bosuf erténvé, bon serritenr, mais trop faible pour me suivre. Mas! à peiii0 si j'ose fe dire de erainte de n'être point compris ou de reneontret des iherédules, mon cœur narré se fondit à Fidéeée le laisser H^, songeant que la même nuit des hyènes immondes lui déchireraient la gorge pour en faire leur prme, et feusse donné dix fois sa valeur^ non pour ses services à venir^ mais pour le sauver, parce qu'à cette époque j'étas» déjà devenu pour mes bœufs ce qu'est le boer hollandais : je m'éta» attaché à eux comme à d'excellents compagnons remplis de toutes qualités excellentes, et la mort inévitable dé Fun d'eux était pour moi comme la perte d'un ami.

Trois journées de route nous séparaient de MûouRmery et j^en nris six avMrt d'atteindre le nouveau Dorp de Pot- Bche^ptroGtny dont te nom eomposé par les boers du fieu Tétait singulièrement : Pûtgieter-'SehefpeTt^StTùcm^ village du ruisseau de Portier et de Soheppers.

n eût été bien difficife, pour ne pas (fire impossible, à nés attelages de faire plus d^uae dem^-seoften par jour; car non-seulement le froid sévissait et les herbes étaient anéanties, mais encore, pour comble de malheur, eûmesnous, deux jours avant d'atteindre Mooi-Rivier, un sto-

péfiant réveil. La neige, comme un blanc manteau, reyétait partout la plaine, et mes Cafres, toujours nus durant la journée, n'avaient point encore fait connaissance avec elle : 4eurs membres se raidissaient, incapables de les servir, et plus d'un tomba dans la marche que je jugeais indispensable. Toutefois, grâce aux cordiaux, les suites en furent nulles pour mes jeunes gens ; et quand le soleil vint réchauffer leurs corps, ils se prirent à rire de la chose nouvelle que dans cette partie de TÀfrique Ton appelle du coton.

On nous avait fait pressentir que nous trouverions à Potschepstroom un climat plus chaud et quelques pointes d'herbes : aussi fut-ce avec un plaisir bien vif que mes gens et moi nous distinguâmes ses quelques habitations.

Là vivaient répandues isolément à d'assez grandes distances vingt familles hollandaises. Elles avaient pour terminer les différends un landroosty et pour la police un veld cornet. Celui-ci se hâta de venir me demander à voir ma permission de libre circulation à travers le territoire des boers, et quoiqu'elle fût parfaitement en règle, il trouva bon de la remettre au conseil, afin qu'elle fût examinée et que j'eusse à expliquer mes raisons de voyage, d'autant plus que je n'étais pas un Smau$e S et que mon but paraissait extraordinaire.

^ Kaap's Smause, Juif du Gap, nom donné à tout marchand qu| va trafiquer à qudqae distance des villes.

«n n'est jamais possible, disait cethomme^çiue vous soyez Tenu d'aussi loin et que tous tous disposiez à aller beaucoup plus loin encore seulement pour chercher des oiseaux que TOUS ëcorcbez; quelque raison politique tous amène sans doute parmi nous. Aujourd'hui nous aTons à nous tenir sur nos gardes contre les Anglais dont nous connaissons lesTilains tours, et tous tous donnez comme Français. Vous aurez à le prouTer, comme aussi Totre qualité de naturaliste. Mais, Toyez-Tous, j'ai ordre de ne laisser passer personne sans le contraindre à se présenter devant nos autorités , afin qu'elles décident ce qui doit être. »

Le lendemain était un dimanche; un mariage allait se faire; lelandroost si^eaitaTec ses eymeraads. J'y allai, j'expliquai mes raisons, ayant grand soin de maudire ces damnés d'Anglais, précaution qui rangea les auditeurs de mon côté, et graTement le landroost m'accorda la liberté de traTcrser le pays partout où je le jugerais bon. A part moi, je songeais qu'en cas de refus j'eusse fait mine d'obtempérer à l'injonction, sauf à chercher ensuite une autre direction qui m'eût ramené à celle que je dcTais suiTre.

Continuant à m'aTancer, je découTris bientôt un ar« buste qui se plaît dans des terrains sablonneux, et que l'on ne rencontre presque jamais ailleurs que sur des collines. ' 11 se distingue surtout par une production fort estimée des boers. Cet arbuste est le zuiker-bagch. Passablement commun à peu de distance du Cap, sa hauteur est ordinaire-

BMnt de 4 à 5 piedis; ses feuilles sont assra rades; son i)ois, qui ae sert qfu'an chaufibge, est revêtu d'une dcorce assez épaisse et se contourne inrariabkment de manière ft former un buisson agréais à la vue. Le Tojagetnr peut passer souvent près de lui sans le remarquer; ceci arrive surtout lorsque ce végétal n'a point encore ses fleurs ; mais quand elles s'offîrent supportées perpendiculairement à Textrémité de chaque branche, qu'elles couronnent de leurs pétales rwdes, sèches, blanches et roses, telles que celles de Tartîchaut, qu^elles rappellent, la curiosité s'éveille, Fattenf ion se concentre, la comparaison s'établit, et le boer consulté s'empressera d'initier le touriste au mystère qui s'opère durantla nuit au miKeu de Ta couronne des pétales. J'ai lu, je crois, les relations de tous les vopgeurs qui ont visité la colonie du cap de Bonne-Espérance, et, chose étrange, dans aucune je n'ai trouvé la moindre mention concernant cet arbuste vraiment bon^ utile et agréable. Mon étonnement a d'autant plus de droit à déborder, que le zuikep-bosch existe près de la ville du Cap, et que dans toute promenade vers Constance, on ne peut manquer de l'y rencontrer, de telle manière qu'il ne saurait avoir échappé aux investigations de tant de savants; mais aussi, et je me hâte de le dire, c^est au crépuscule du matin seulement qu^l est donné k l'explorateur de constater ce qui le distingue, et si cette observation ne m'eût été communiquée, il est]probable que j'eusse toujours ignoré cette particularité. Ce dont je parte, sans être une manne, doit s'en

rappioelier, (f autant pfus que les coiKtitiras de canserratioa soirt absolument les mêmes.

ïoiti donc la fleur, d^ntles pétales seirées feraient un calice imperméable. Le soleil n'est point enocore sur Thoirzon; tonl dans Fair est tranquille eneore ; pas un souffle de Inrise, tout sommeille, et la terre, en se refroidissant, a permis que les herbes se chai^eassent de rodée. Là aussi dans le caMce s'^tent, rondes et yivesf comme des gouttes de vtfHUPgent,.cyies qu'y a déposées le froid de la nuit. Maïs combievi elles sont privilégiées, celles-là ! Elues d'entre des millions, toutes vertus douces leur sont dévolues par leur naissance; leur berceau de roi les transforme^ en souve^ raines, et quand leurs innombrables congénères, rappelées par le soleil , remonteront aux nues, elles, au contraire, recueillies par des mains soigneuses, iront bientôt se mêler au noircafé^ en adoucir Vamertume, et porter rhomme à remercier te Créateur de tant de prévoyance. Car Va-beiHene suflfeait point à prodwe le miel. L'abeille porfe un sévère et cruel aiguillon; il faut quelque audace pomr lui ravir ses trésors, et ici , sans danger ni fatigues, la main d'une femme suffit à courber ces récipients gracieux qui versent le nectar le plus suave, le plus doux, et dont l'origine a tellement de poésie, que je crains d*êtrelaxéde mensonge..

Mais le chercheur de $lroop a-t-il dti trop longtemps combattre le sommeil, le soleil domine-t-il l'horizon, l'heure favorable est passée, les calices sont à sec, la liqueur s'est

évaporée, quoique son principe reste inhérent au centre de la fleur. Les connaissances des boers n'allant pas jusqu'au point de savoir l'utiliser, celui qui s'est levé trop tard ne peut qu'attendre le lendemain.

On sait que les abeilles vont puiser au fond du calice des fleurs la matière qui leur sert à sécréter le miel. Cette matière, fort abondante dans le zuiker-boseh, se dissout au contact de la rosée et communique à celle-ci toutes ses propriétés, de telle sorte que les gouttelettes' deviennent analogues à celles d'un sirop léger fort agréable, chargé du parfum de la fleur et susceptible de se condenser par TébuUition.

Les boers, gens assez exacts quant aux définitions, n'ont jamais hésité à donner à cette liqueur le nom de zuther-bosch-itroopy sirop du buisson à sucre. La quantité que chaque chercheur intelligent peut recueillir avant l'action du soleil est de six à huit bouteilles : aussi, dans quelques localités en fait-on des provisions pour l'hiver ; mais alors il faut le cuire, afin de le condenser.

Le zuiker-bosch est répandu dans toute l'Afrique australe, depuis les côtes de l'Ouest jusqu'aux montagnes de Draaken$^Bergen ou Quathlambène. Le territoire de Natal semble ne pas lui convenir, du moins s'y montre-t-il trèsrarement. Je ne l'y vis même que sur un seul point, non loin du lieu dit Meyer's-Hoek; il ne s'acconunode pas des terres fortes; le sol recouvert de sable granitique est celui où il se développe toujours de préférence.

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