CHAPITRE XXXIi
Entrée dans un cul-de-sac nommé par nous Vaayen-Poort — Climat — Ourityléw — I>éeo<iverte de quelques voisios^ — Ces Gafres ifisent toujours qu'ils sont les derniers habitants que rencontrera le voyageur. — Un rhinocéros tué au sommet d\ine montagne. — Recherche de Tantilope ooire. — Bhiiiocéros siiaus tué pour «n ateple beefteck. — La girafe. — Excursion chez Rabianne. — Les enfants cafres ont peur de nous. — Les Makaschiases..— Bouillie de blé caAre enivrante. -- Mauvaise méthode de triturer leurs céréales. — Henaing tue un bastaard-guyms-book, antilope chevaline. — Sa description. ^ Opinion de Rabianne touchant un chariot qu^îl n'avait jamais vu. -^ Grandes troupes de qynhyènes. — J'assomme Tun d'eux d^in coup de pierre. — Une décharge électrique. — Gomment un crocodile faillit prendre d*uA coup et gibier et chasseur.
Après une station de huit jours sur ce point, je fis route vers un lieu complètement entouré de montagnes, et que mes gens avaient découvert en chassant. L'Oury le traversait. La position passait pour bonne, et j'étais contraint de l'adopter, parce qu'un incendie avait dévoré les herbes sèches des abords de mon dernier campement. Après quatre heures de marche, une tête S de pente raide, se présentait devant nous. Il y avait un passage sur son versant oriental, mais étroit, difficile, encombré de pierres, légèrement incliné vers la rivière, qui coulait à 40 pieds
* On appelle tête toute montagne élevée, ronde, isolée ou parfaitement tranchée, et distincte de celles qui sont proches.
au-dessous. Le moindre choc tendait à pré<»piter les chariots, entraînant bœufs et conducteurs. J'hésitai; je pris conseil des miens, el ce ne fut que sur leur promesse de redoubler d'adresse et d'effinrts que je consentis à franchir ces Thermopyles. Bien m'en prit; tout passa sans encombre; j'en fus quitte pour mes craintes. Mais pour réussir ainsi, il fallait yraiment avoir eu des conducteurs sudafricains.
A 4 mille au-delà, nous trouvâmes près de l'Oury, sur la rive gauche de laquelle nous étions, six arbres de grandes dimensions également distancés. C'est là que je & dételer, laissant entre l'un et l'autre wagon un intervalle de 15 pas, afin d'y parquer mes bœufs dans des cloisons d'épines. Sans plus tarda* chacun se mit à Tœuvre, et dès le soir même nous pouvions tout à l'aise prendre le café, mes bœufs dormant libres de leurs courroies, et nous-mêmes satisfaits d'avoir un excellent point de ralHement et comme un nouveau domicile. Ce qui contribuait surtout à l'illusion, c'était un arbre immense, kaamel doom, mimosa de la girafe, au pied et sous le vent duquel brûlait notre foyer. La fumée qui montait le long an tronc me rappelait d'autant mieux une cheminée de campagne que de superbes pièces de viande y étaient appendues. A l'efiet de nous garantir de l'air froid, nous arions improvisé des haies de branches sèches aitremêlées de paille. Notre appartement n'était ouvert que par le haut ; un dais autre que celui du ciel eût été fort inu-
tile, du reste, puisque depuis Vaal^lUvier nous n'avions eu que du temps constamment Meu, pur et sec.
Rien n'est plus régulier que le climat de cette partie de l'Afrique, Ainsi quand le soleil est dans l'hémisphère nord, l'atmosphère est toujours pure, le ciel offre chaque jour une teinte d'un bleu grisâtre pareille à celle du tableau de la Smala. C'est un ciel tel que celui des plus beaux jours d'automne en France, qui ne laisse pas que d'être chaud de dix à trois heures. Pendant ces six mois tous les jours sont destinés à se ressembler. Nous eûmes, il est ?rai, un orage qui dura soixante heures, mais que nous nous primes à trouver déplacé, et comme dû à un concours de circonstances fortuites dont les exemples sont très-rares, si l'on doit compter pour quelque chose l'opinion que. des Cafres émirent à cet égard.
Durant les six autres mois, lorsque le soleil, passant dans l'hémisphère sud, vient chaque midi comme planer au zénith du lieu, l'eau semble monter et descendre conti* nuellement. A peine est-elle tombée qu'elle reprend aussitôt son état de suspension. L'équilibre ne tarde pas à se rompre; l'ori^e éclate de nouveau, crève, se déverse par torrents; puis encore la chaleur reprend ses droits, et tou* jours et sans cesse, sans relâche aucune. Pas de jour, pas de nuit qui ne compte au moins une succession foudroyante de sept ou huit orages plus tonnants les uns que les autres. Cette saison est Tété de ces contrées ; c'est alors que la végétation se développe avec une rapidité et une
force qui étonnent; c'est alors que lesfringilles ont revêtu leur plus beau plumage, que les nids se suspendent partout aui arhreSy aux roseaux ; c'est alors que la vie se réveille chez tous les êtres, et que chaque espèce est tenue à satisfaire par la reproduction d'elle-même au grand vœu de la nature. Hais pour l'homme, cette température chaude, humide et fumante parait ne pas réunir les conditions propres à son existence : elle est malsaine autant que la saison sèche est convenable.
Dès le lendemain de notre arrivée nous explorâmes les environs, et nous reconnûmes que nous nous étions engagés dans un véritable cul-de-sac qui ne laissait aucune issue à nos wagons. L'Oury, par la profondeur d$ son lit et la raideur de ses rives, ne nous offrait de passage en aucun point : elle sortait de ces montagnes précisément en baignant la base pierreuse de l'une d'elles, située à gauche, haute, droite et à peine praticable à des hommes. Or, il ne me restait pour l'avenir qu'à profiter du lit même de la rivière comme d'une route, afin de marcher comme elle^ sauf à chercha plus bas une montée plus aisée. Mais, quelles que fussent dans la suite nos perquisitions , nous n'en rèncontr&mes aucune, et ce projet, notre dernière ressource pour aller au delà, ne put recevoir d'exécution.
C'est donc là qu'il fallait me fixer, afin de poursuivre mes travaux en attendant la fin de l'hiver. Mes attelages étaient, du reste, hors d'état de me conduire plus loin, et
j'avais pour seule consolation la facilité de me transporter moi-même à pied partoutoii je jugerais eonvenable d'aller. Ainsi mes wagons étaient seuls prisonniers dans Tenceinte, grande, belle et riche, flanquée tout autour de montagnes variées de forme, et qu'habitaient de nombreux animaux sauvages. Plus bas, à peu de distance de mon campement, venait s'emboucher à droite une petite rivière aux eaux pn^Tondes et dormantes : c'était OuriHfUj (la petite Oury), dont les bords se voilaient de saules couchés horizontalement au-dessus du courant. Ces lieux, fort agréables à la vue, malgré l'état de dépouillement des mimosas, promettaient de le devenir bien davantage encore lors de la saison des feuilles. Toutefois, je les acceptai tels, et je me mis sans tarder à les battre ea tout sens.
De leur cdié, mes gens faisaient des excursions plus prolongées, parce qu'il leur importait surtout de voir, et qu'aucun travail ne les retenait au camp. Dans l'une d'elles, où un fameux canna femelle fut tué par eux, ils firent rencontre de divers Cafres attirés par le bruit des fusils. Ceux-ci, excités par leur appétit dévorant, et devinant qu'il y aurait quelque chose à gagner, se mirent à la besogne sans en être requis, chargèrent la viande et la peau sur leurs épaules, et prirent le chemin de mon camp. Benning, étonné de la bonne volonté de ces étrangers, leur tira un eouagga pour les remercier, et dès lors nous e^ rions avoir des voisins sur qui nous pourrions compter au
besoin. Nous leur témoignâmes le désir d'établir avec eux quelques relations j mais nos propositions ne furent point goûtées^ bien qu'elles n'eussent pas été répétées ouvertement. Cependant^ cc»(nme nos intentions étaient iranches, comme nous avions traité ces hommes en amis defraiche découverte, ils jugèrent bon de nous d(«n«r un avis trèsessentîd.
Proche des rives de j'Oury, ^act^oaent sur le chemin qu'il fallait suivre pour nous rendre au mouri de nos visiteurs, étaient disposées en quinconce des fosses recouvertes destinées à prendre du gibier; il y en avait une ving* taine revêtues avec tantd'art qu'il faUdâtles indications les plus précises de gis^nent pour ne pas y être prisu
Mous eûmes grand soin de remercier ces Cafres de la bonne volonté qu'ils nous avaient témoignée; puis nous mimes la conversation sur un autre chapitre, je vwxdire sur l'antilope noire à ventre blanc qu'il m'importait tant de découvrir. Mais nous eûmes beau la leur décrire, leur réponse ne nous sati^t pas plus que toutes celtes que nous avions recueillies jusque-là chez ceux qui nous Bfvaient accompagnés ousuivis. D'après leur dire, il n'existait pas dans toute la contrée un animal de cette description.
Mous voulions savoir aussi ce que nous rencontrerions plus loin vers le nord; s'il y avait quelques habitants dans un rayon de 80 lieues; si la chasse y était belle, etc. 4( Mons sommes les derniers habitants de ces confins,; »
telle fut leur réponse à tous; et comme je leur objectai qu'il devait s'y rencontrer des hommes, sinon après deux jours de marche, du moins après cinq ou dix , je reçus en retour un : « Nous ne savons pas, » bien unanime.
Au ton de ces hommes, à la manière nette de se prononcer, chacun eût pu croire qu'ils disaient vrai; mais j'eus soin de me tenir en garde contre leurs assertions. Déjà je savais que le mensonge es^ de chaque instant chez les Hakaschlas, et peut-être réussirions-nous dans la suite à faire babiller soit ceux-ci, soit d'autres que le hasard nous ferait rencontrer. 11 fallait, suivant mes idées d'alors, me concilier tout d'abord l'estime et l'amitié de mes voisins, afin de leur inspirer quelque confiance, pour arriver ensuite à savoir tout ce qu'il m'importait si hautement de connaître. Malheureusement, ce calcul, purement européen, se trouva complètement faux, et si ma conduite eût été diamétralement opposée à ce système, bien du temps, bien des mois eussent été gagnés.
Quelques jours après notre première entrevue avec nos voisins, Henning, qui cherchait toute autre chose, tua un rhinocéros, Africanus bicomis, dans la montagne qui nous dominait de 500 pieds, au bord opposé de l'Oury- Je n'avais que faire de la chair de celui-ci, inférieure à celle du simus, et puis les arbres de mon campement étaient partout garnis de quartiers de premier choix. Je songeai aux Makaschlas, pour qui pareille pièce était une bonne aubaine, et aussitôt je leur dépêchai l'un des miens afin de
leur en donner avis. Une seule condition leur était imposée : ils devaient séparer la tête, la nettoyer de ses chairs et me l'apporter en bon état.
Mes propositions furent acceptées d'emblée; 30 hommes et 30 femmes se hâtèrent de quitter le mouzi, avides d'aller à la curée; la montagne fut gravie, et bientôt les vautours rassemblés furent contraints au départ. Le rhinocéros était là, gisant, parfaitement intact; la vue de son cadavre réjouit les affamés. Henning accompagnait ces étrangers; il fît d'abord séparer et nettoyer la tête, tandis que fumaient çà et là les feux couverts de grillades, dévorées aussitôt qu'elles étaient tant soit peu raccornies par Faction du feu.
Quand chacun se fut bien repu, quand le travail fut terminé, et qu'il ne s'agissait plus que de dépecer entièrement l'énorme bêle, s'en charger et descendre diflBcilement la montagne, encombrée et comme totalement formée de minerai de fer, Henning leur fit observer qu'ils pouvaient se dispenser d'une rude besogne, celle de descendre pesamment chargés. Les drôles ne comprenaient pas trop : aussi mon conducteur dut-il les mettre à l'œuvre en leur enjoignant de couper les quatre pieds. « Bien, dirent les Cafres, et puis? — Et puis, fît Henning, ici du inonde. Allons! vautours noirs, poussez! hub-ho-hoye! » L'énorme tronc, remué, retourné, roula sans peine, boula, reboula, bondissant de roche en roche, brisant, froissant les buissons qui s'opposaient à sa chute, et parvint ainsi à
210 pas du bord delà rivière, où l'iiiégalité du terrain rom* pit sa force d'impulsion : il venait de descendre lestement de 500 pieds de hauteur.
Les Cafres eon^mrent alors le service qui leur était rendu; ils se prirent à rire de l'originalité de l'expédient, se promettant sans doute d'en faire leur profit pour l'ayenir.Nous ne laissâmes pas échapper cette circonstance où leurs dispositions pour nous paraissaient excellentes, et nous cherchâmes à obtenir des réponses à nos questions; mais ces hommes se renfermkent dans un silence encore plus absolu, s'il est possible, que la première fois.
C'est qu'effectivement plus nous nous rendions utiles à ces Cafres, plus ils tenaient à nous conserver dans leur voisinage afin de recueillir le bénéfice de nos services, qui, du reste, ne nous coûtaient presque rien ; et alors chaque mouzi que nous rencontrions était toujours le dernier; plus loin, il n'y avait ni eau ni gibier; le pays était détestable. Personne n'y allant, personne ne pouvait en donner les détails que je sollicitais. Tel est exactement le systènoe suivi par tous les Cafres habitants de ces contrées, systèsne qui fait le désespoir de l'explorateur, puisqu'il faut errer à l'inconnu, s'exposer à la privation d'eau, et voir se multiplier les fatigues en raison des obstacles imprévus qu'il eût été si facile de tourner, pour peu qu'ils eussent été indiqués.
Quoi qu'il en Soit, j'avais plus de travail que je n'en pouvais faire. Chaque jour j'obtenais bon nombre d'ani-
maux et d'oiseaux que je n'avais encore rencontrés que là. Un grande hutte que je m'étais construite me serrait de laboratoire et me permettait de travailla à la lumière jusqu'à deux heures du matin. Le temps passait trop vite et je craignais de ne pas récolter tout ce qui s'offrait à moi* Cepœdanty je ne pouvais oublier l'antilope noire, et tout Cafre visiteur était aussitôt questionné.
Un jour, quatre étrangers se présentèrent;, ils traver-^ saient vers le nord. Ceux-là nous apprirent qu'effectivement ils habitaient un mouzi distant d'une journée de marche où ils se rendairat. Je les engageai à passer la nuit chez moi, mettant à leur disposition autant de viande qu'ils en pourraient manger et emporter. Des Cafres ne sa*^ vent jamais résister à une offre de ce genre .
Ceux-ci restèrent donc, et quand ils se furent complet tement régalés, quand je leur eus offert d'excellent tabac en poudre, quand la gaieté brilla dans leurs yeux, alors encore une fois je leur décrivis l'antilope noire, m'atta-* chant surtout à leur faire comprendre quelle était la forme et la direction des cornes de cet animal. Us parurent tenir conseil et finirent par me dire qu'ils ne le connaissaient pas. Mais, ajouta l'un d'eux, nous avons dans nos montagnes un animal qui lui ressemble par les cornes; il en diff^e cependant par le pelage, qui de loin parait blanc.
Bon ! pensais-je, c'est une antilope du même genre, excessivement rare aussi, c'est YAigoceros equinaj que les boers désignent du nom de bastaard-gfàyrm-book, et quel-
quefois de celui de bastaard-Elwndj le groot-Maauîv-book des anciens colons de Swellendam qu'obtint Levaillant, cellelà même quMl appelle grande antilope bleue, décrite par Buffon sous le nom de tzeira/n, d'après un individu provenant d'Abyssinie. Je résolus aussitôt de me mettre à la recherche d'une espèce aussi distinguée que l'était celle-€i. Je ne manquai pas de retenir le nom kakaraba^ que lui donnent les Makaschlas. C'était presque une découverte qui pouvait me conduire à d'autres; j'en acceptai l'augure et gratifiai chacun des voyageurs d'un couteau et d'un bout de tabac, non sans leur avoir fait promettre de m' accompagner dans mes recherches lorsque je les retrouverais au mouzi de Rabianne, leur chef.
Deux jours après, nous traversions TOury, puis l'Ouritylé ; nous remontions durant deux heures une longue vallée d'où nous allions déboucher par des hauteurs. Henning et trois Cafres étaient avec moi. C'était l'heure du déjeuner, et comme de coutume nous n'avions rien pris afin de ne pas jaous charger, car la marche était longue. Deux rhinocéros bien paisibles se laissaient voir à 30 pas. « Henning, à vous celui de gauche; je prends l'autre. »» Nos deux coups partent; les deux bétes tombent. L'une se relève presque aussitôt; l'autre, plus lente, en fait autant, et toutes deux déguerpissent en nous laissant dans l'étonnement.
« Diable, c'est vexant, Henning; notre déjeuner fait du chemin. » Nous rechargeâmes en toute hâte, puis nous
courûmes; l'un des deux fut bientôt rejoint, il chancelait... « Henning, tirez; s'il ne tombe pas, je lui réserve mon coup. » Le sien partit, l'animal tomba, et en quelques bonds j'étais à le toucher : il bougeait encore, affaissé sur ses jambes, remuait la tète en dégoi^eant du sang par la bouche et les narines.
« Prenez garde, me crie Henning; il pourrait se relever encore. » Effectivement, il faisait mine de le tenter; mais je fus leste à m'emparer d'une assagaye longue portée par un suivant; je la lui fichai en avant du bassin, vers les reins, que je sondai à outrance. En un quart de minute l'animal était mort. Nous prélevâmes alors quelques livres de viande entrelardée sise sur les côtes, rien que pour un déjeuner, laissant le reste aux hyènes et aux vautours. Nous fîmes une lieue avant de rencontrer la première eau ; là nous dégustâmes nos grillades, et ce repas, je ne crains^ pas de le dire, fut un des meilleurs que j'aie faits.
Nous avions repris la marche depuis un quart d'heure; devant nous s'étendait une vaste partie de terrain couverte d'arbres isolés parmi lesquels étaient nombre de troncs brisés à 18 pieds de hauteur. Déjà je m'habituais à leur vue fréquemment répétée, quand je vis l'un d'eux se métamorphoser tout à coup en girafe, fuir en présentant le travers de la manière la plus singulière et faisant osciller la tête entre 40 et 60 degrés d'angle.
J'avoueque j'en fus ébahi, queje ne songeai point à tirer;: Henning, non moins surpris que moi-même, en avait le
Aront mouillé dQ sueur. « Voilà un tour, dit-il^ comme je n'en oonnais pas. » La girafe^ dont la té(e dominait les mimosas, se laissait voir encore, poursuitant 9a marche fantastique et semblait ne pas gagn^ beaucoup de chemin. TVous Toici lancés à ses trousses, comptant bien la joindre d'assez près. C'est encore une illusion à laquelle chaque chasseur se laisse prendre, car on dirait que la girafe est lente dans sa course, en raison de la lenteur du balancement de son cou; mais c*est une erreur des plus graves; il faut au contraire un bon cheval pour rivaliser de vitesse avec elle, et nous étions à pied comme toujours.
La girafe abandonnée, la marche fut reprise, et bientôt nous découvrîmes un mouzi brûlé dont l'aspect de ruines produisait un singulier contraste avec les solitudes environnantes. Plus loin, nous laissâmes durant quatre heures sur notre droite une longue croupe aiguë toute composée de pierres, etensuîte nous aperçûmes à Phorîzon trois mamelons bleus se confondant les uns dans les autres. C'était sur leur base que reposait le mouzi de Rabianne.
Comme nous approchions, je tuai un Àeronotns knala et Henning un eouagga, dans le but de nous faire bien venir de nos hôtes. Ce calcul est du reste le plus sûr que l'en puisse faire en pareil cas.
Arrivés au mouzi, hommes, femmes, enfants nous entourèrent. A notre vue quelques-uns des plus jeunes ipoussèrent bien des cris, ne sachant où se cacher afin de se sou^raire; leurs mères cherchaient, il est vrai,
à Taincre leur r^fmgQanca et leur terreur, mais ce fut et vaio le premier soir. Ce qui coDcentrait surtout la curiodté dee leomes, c'était ma barbe longue^ de 7 pouoes, rçyétant complètement ma bouche, dont ces dames se plaisaieut à contester Texisteoce. Uétoimemeut les rendait muettes; puîs^ après qudque temps passé en contemplation, ^es se hasardaient à, émettre hautement cette sup^ position que je devais être infailliblement velu comme un singe^ Q fallait retrousser mes manches, me découvrir la poitrine et le dos; il fallait leur permettre de toucher ma peau, qui les étonnait par sa blancheur; il eût fallu da- , vantage encore^ tant allait loin leur curiosité; mais alors j'objectai 'ce qu'a de nuisible le contact de l'air au corps d'un Européen. le me rajustai, assurant que mon tour était venu d'inspecter toutes ces dames.
Bien différentes des Âmazoulouses, les Makaschlases excitaient plus de répulsion que d'attraction. Sales, rarement bien faites^ encore moins jolies, je fis mine de vouloir les passer en revue, et comme sans y prendre garde, je leur tournai le dos. Les hommes ne m'occupèrent pas davantage, et si ce n'eût pas été par considération pour Ra<bianne, dont j'îivais intérêt à me concilier l'esprit, je me fusse immédiatement retiré dans les huttes que l'on avait mises k ma disposition-
Pour souper, Rahivme m'offrit des citrouilles cuites à l'eau et une sorte de bouillie épaisse servie froide. Ce mets, nouveau pour moi, ne se Tceommandait aucunement par
Tapparence. C'était du blé cafre, fermenté d'abord, pilé ensuite dans un trou simplement pratiqué en terre et I^èrement maçonné d'argile : aussi ce blé était-il mélangé de sable à un bon tiers de son volume. Il avait été cuit et conservé le temps nécessaire pour déterminer une grande fermentation. C'est en cet état qu'il m'était présenté ; son goût est alors aigrelet, semblable à celui de la bière cafre faite des mêmes éléments. C'est, en quelque sorte, de la bière à l'état solide que l'on mange à l'aide de cuillères de bois convexes extérieurement, et plates oi les nôtres sont concaves. J'eusse pu trouver cette préparation passable, n'eût été la trop grande quantité de sable qui tout d'abord me fit jurer lorsque mes dents rencontrèrent entre elles des fragments de gravier. Les Makaschlas en rirent, m'îndiquant du reste qu'il fallait me condamner à avaler la pâtée et non la mastiquer, puisqu'elle était déjà broyée au mortier.
Je remarquai que les Makaschlas triturent toutes leurs graines sèches par le même système, qu'il serait si facile d'améliorer pour peu qu'ils en eussent la bonne volonté. Les bouillies, quelles qu'elles soient, sont donc toujours chargées de sable granitique, et c'est à sa présence que ces peuples doivent d'avoir les dents courtes, usées comme par une lime. J'ai vu au Sén^al les négresses piler le couscousse dans des mortiers de bois. Au Cap, le même mode est pratiqué dans les habitations par les Hottentotes qui préparent leurs aliments. À Natal et chez les Àmazoulous,
les femme s broient toutes leurs graines, crues ou cuites, au moyen d'une pierre de forme ovale aplatie, pesant de 8 à 1 0 livres, de laquelle elles se servent sur un autre bloc portatif de SO pouces de diamètre. Tenue des deux mains, le poi ds du corps revenant sans cesse se r^rter sur elle, cette pierre fait l'effet d'un rouleau.
Mais dans des migrations ou des chasses, lorsqu'il arrivait de ne pas rencontrer de pierres convenables, un trou était pratiqué en terre ; on le revêtait ensuite d'une peau de bœuf mouillée sur laquelle on at>puyait de manière k lui faire garnir les parois. U n'existait donc alors aucune communication immédiate entre le sable et les céréales, les pilons étaient mis en jeu, et si la farine n'était bien fine, du moins elle n'était pas mêlée de parties hétérogènes comme celle des sales llakaschlas.
J'essayai de profiter de la cabane de Rabianne afin de m'y reposer; mes hommes, qui, pour avoir passé une longue série de nuits firoides en plein air, se proposaient de goûter la jouissance d'un toit, ne manquèrent pas de s'y introduire en rampant après moi.
C'était un véritable four, partout mastiqué, ob l'air et la lumière ne pénétraient que par une issue haute et large de fSt pouces. La chaleur s'y concentrant, je ne pus y tenir un quart d'heure; et, malgré le froid de la nuit, j'allai me coucher au dehors. Mon lit, du reste, n'était pas difficile à transporter : une natte sous le corps, une pierre sous la tète, un mouchoir roulé sous la joue; la fatigue
me vint en aid^, et quaûd je me réveinai,"^ je trourai les mîena auprès de moi; car leurs poimions, haliitiiés à Fair libre, ne leur ayaient permis aucun repos aussi longt^ups qu'ils étaient restés dans la hutte.'
La chasse pour laquelle nous étions venus nous fit déserter le mouzi de bonne heure ; et afin d^aroir plus de chances de succès, H^ining s'en fut d'un côté, tamdis que je me réso-vais de poursuivre mes recherches de Tautre. Cette mesure était indispensable du reste, puisque, suivant le dire des Cafires, les kcàarwbas se tenaient tantôt sur telles montagnes, tantôt sur telles autres; et ainsi que nous faisions, nous trouvions deux journées d'exploration en une seule.
Je me hâte de le dire, mon trop grand amour pour les choses nouvelles ne me porta pas bonheur. Suivi d'un fusil double, afin de me procurer les espèces d'oiseaux que je jugerais à première vue m'étre inconnues, j'en fis un usage trop fréquent, et lors du parcours de mes mon* tagnes, je ne renccmtrai que des damnées pierres, déchirant les chaussures, mettant pieds et jambes en sang. L'ardeur ne me manquait pas, peut-^tre même était-elle trop vive, car j'avais trouvé dans le mouzi même de Ra:bianne une cwne à'aigooere annonfant nn superbe individu, qu'il fût ÏEquina ou le nigra. Trop içKwant, je n'avais pu résoudre la question puisqu'il ne m'avait jamais été donné de voir ni V un ni l'autre ; mais au moins j'avais la certitude acquise que les environs recélaient des
espèces de pramer sang pttrmi celtes qui sont Iw plui disn tîngqëes de la oréation;
Hélas ! si jlKvfik po recottnaitre akm YAigaceroi nigra dao» rëchantilk» troUTéi dans celte corne déprioiée par les côtés, courbée en airière et portaat trente anoelures^ longue de 75 centimètres suivant la ligne droite^ et de 8S suivant la courbure, il m'eût été facile de m'en faire ré* péter vingt fois le nom, de séduire quelque Cafre en le prenant à part, afin qu'il me oondubît Im-méme sur les lieux qu'habite cette intéressante espèce. Tout cela m'eèt épargné cinq mois deMcberohes fatigantesi semées d'in^ quiétudes et de dangers^ sans compter la perte d'un cha-^ riot complet, volé avec attelage, provisions, armes et mu» nitiona, la privation de yétemenis, de munitions, de vivres, celle encore de mon second atlelage, tué par les mouches, celle de gens qui pussent m'aider k sortir du désert oh je me vis comme emprisonné, des circonstances difficiles où je faillis être assassiné, et à ma f amlle de tristes nouveNes^ trop f acilemeoLt accréditées dans lés journaux de la oolo-^ nie et dans iaeuj: de Londres! Hais il était écrit que je n'obtiendrais ce que je désirais tant qu'en raison d'immenses sdcrificesv Je ne vis donc rien durant morn excur^ sion prolongée josqu^è la tombée de la nuit.
Rompu, épuisé de fatigue, d'autant p)ua quie je n'étais nuHement. sasÊsfait, j'allai me ceudieir sans vouloir riien imikdre; ma tète,, fatiguée asitanlqiieiiMm corps, me per-^ mit enfin le sommeil . Deux henres s^étaient ainsi écoulées,
heures d'oubli, heures de bonheur; mes gens, allongés à droite et à gauche, dormaient comme moi-même. Brusquement je me sens halé par le bras, appelé par mon nom. J'avais tant besoin de repos que je n'y comprenais rien; il fallait tout au moins que le mouzi fût incendié pour déterminer quelqu'un à cette démarche, troubler le premier sommeil d'un homme, un sommeil si mérité que le mien! « Qu'est-ce donc? répondis-je sans ouvrir les yeux.
— C'est moi, dit Henning; levez- vous; venez voir de vos yeux; ouvrez4esbien. C'est un bastaard-guyms-book dont je vous apporte tête et peau. — Bah! c'est un rêve. wEt j'allais me recoucher quand Henniug, toujours infatigable, me redresse de nouveau, me disant: <« Je vais la faire mettre sur le toit d'une hutte, et ainsi vous ne la verrez que demain. » Alors seulement, à l'idée de cette jouissance retardée, je ne tins plus à mon sommeil et je me trouvai sur pied.
C'était en effet un superbe bastaard-guyms-book mâle que je ne me lassai pas de contempler ; ses belles cornes annelées, inclinées en arrière, le long desquelles ses longues oreilles se recourbaient en lame de sabre, me le faisaient surtout admirer. Sa crinière, teinte de fauve à l'extrémité des poils, relevait dignement son pelage gris, qui de loin paraît blanc. Sa taille et la force de ses jambes me le faisaient ranger parmi les grandes espèces, et plus je le considérais, plus je me félicitais de n'avoir pas perdu de temps à me mettre à sa recherche. Devant, et sous l'œil, une belle
virgule blanche, composée de longs poils serrés et rudes^ ornait sa face, laquelle est, du reste, de même physionomie que celle du guym»-book, AnL oryx.
11 n'habite que les montagnes rocheuses, difficiles et rudes aux pieds du chasseur. Quelquefois, on l'y rencontre seul ; quelquefois aussi en petites troupes de trois à sept individus. Celui-ci avait été trouvé seul, et à cinq reprises il avait fui avant qu'Henning fût arrivé à portée ; enfin, la dernière fois, un coup lâché à 300 pas Tavait atteint derrière Tomoplate et couché par terre. C'était heureux, car le soleil allait disparaître. Ce bel animal, le plus bel exem* plaire qui ait été rapporté en Europe, fait aujourd'hui partie des collections du Musée deToumay.
Je remerciai Henning des peines excessives qu'il s'était données ; je ne manquai pas de le complimenter hautement sur son adresse. Nous nous endormîmes ensuite côte à côte, et quand le jour vint à poindre, je m'occupai de la préparation* de mon trésor. Toute la journée lui fut consacrée, sauf une heure employée à la recherche d'une trèspetite espèce d'outarde dont je tirai deux individus, et de deux espèces de roUiers au plumage teint d'azur et de pourpre.
Le lendemain, comme je craignais de manquer de sel et d'alun pour assurer la conservation de mes peaux, je quittai le mouzi avant le jour. Rabianne avait bien voulu me donner un porteur, et lui-même m'accompagnait chez moi. La raison qui l'y amenait me paraissait singulière,
parce que jamais je n'arais observé une grande curiosité elles oes peuples. Rabiauie n'avait jamais vu de chariots; il ne comprenait pas qu'an véhicule pût se déplacer autrement qu'au moyen de pattes j comme font les animaux. J'avais eu beau lui expliquer ce qu'était une roue, et d'à* près quels principes elle opérait sa révolution; Rabianney qui n'était pas un sot, mais qui manquait de teime de comparaison facilitant l'intelligence^ ne put jamais saisir la démonstration. Mais quand il eut vu^ avant môme que j'eusse fait atteler^ Rabianne s'^clamait: « Ah! maintenant, j'ai vu, je comprends, je sms, très-bien! » Et son admiration fut complètement satisfaite lorsque deux bœufs traînèrent devant lui le wagon vide. Il se plut alors à y monter, m' amusant beaucoup par son air d'immense contentement. Cette machine, pour lui qui ne l'avait jamais vue, jamais soupçonnée, était (dus étonnante peut-être que ne le sont pour nous les chemins de fer et leurs rapides convois.
Quelques jours après mon retour de chez.Rabiamw, mon second oonducieur vit seleyer précipitamment une girafe couchée qu'il atteignitaussitôtd'uncoupdefusil. L' animal sembla partir, et mon chasseur cttangea de direction ; mais le lendemain, comme il battait les mêmes lieux^ des vautours s'envolèrent, et poussé par la curioeité, mon homme marcha droit vers ce point, oii il trouva morte et dévoréesa girafe de la v^le, laquelle^ après le coup reçu, avait k peine franchi 20 pas. Il en rapporta une pièce de peau
carrée^ destinée par lui Àétre traïufonnée en semelles de soulieis. Tels étaîeat ses dires, et à rentendre, c'était bien dommi^ ; il récitait fort de ne s'être assuré de rien après l'avoir tirée. M alheureusemant, j'appris dans la suite que, voulants'épargnerdelabescgne et se procurer d'excellentes semelies, Isaae-Âbraham yan Niewkerk m'avait oonté un m&oMuffti il avait tiré et tué la girafe, et ne m'en avait donné connaissance que le soir du second jour, alors qu'elle était incoinpièle.
Jeregrettai cette ciroonstanœ, parce que bien, que les girafes ne fussent pas trèsHrares, que nous les rencontrassions journellement en troupes de trois, cinq et sept individus, quoique je leur eusse envoyé passablement de amps de fusil à des distances de 4âO et 250 pas, il était néanmoins très^dilSiGile de les approcher assee pour espérer en obtenir un bel exemjdaire tel que celui qu'avait abattu Isaac Niewk^k*
Dans le même tenqps, les chiens sauvées nous donné-* rent quelque inquiétude pour nos bœufs. Ces carnassiers par excettence, chasseurs infatigables, apparurent un matin, peu après que mes attelages s'étaient répandus dans les pâturages. Ils étaieift 3 ou 400, comme divisés par escouades, chacune commandée par un chef, lequel donne de la voie lorsqu'il chasse un animal, et dont les mouvements sont imités par tous. S«r la lisière, et près de débouquer, nous vîmes les directeurs s'arrêter et se tenir une patte en l'air; en même temps, derrière eux, divers
corps de chiens se montrèrent, suspendant la marche et se ' tenant également une patte levée. L'observation était curieuse pour mes gens et pour moi; mais je ne leur domiai pas une minute : chacun de nous empoigna son fusil pour se lancer dans la direction de nos convoitants* Mes bœufs étaient alors entre les cyiihyènes et nous, et cette circonstance me rassurait, parce que nos animaux de trait étaient forcés de se rabattre sur nous-mêmes en cas d'attaque; d'un autre côté, nous autres allant à eux, il devait être presque impossible aux chiens sauvages de saisir une proie si facile en toute autre circonstance.
Mais, soit qu'ils nous eussent vus tout d'abord et qu'ils hésitassent pour cette cause, soit que l'avant-garde attendit que le grosl'e&t rejointe, afin de donner en masse pour assurer un succès complet, les cynhyènes nous laissèrent tout le temps de dépasser nos bœufs, de les choisir, coucher enjoué et tirer à portée; mais c'était comme un audacieux défi à nous lancé par ces animaux. L'effet de la première décha^e fut nul; pas un cynhyène ne changea de pose, pas un ne remua l'oreille; tous, à l'exemple de leurs chefs, restaient impassibles, jusqu'à ce qu'ayant rechargé nos armes, nous leur ap)>liquàmes la chasse de concert avec nos chiens, qui, fanfarons tout d'abord, se lançaient bravement à 30 pas devant nous.
La vue d'hommes qui las approchaient lestement décida leur retraite bien mieux que la présence des chiens aboyant près d'eux, et desquels ils eussenteu trop bon mar-
ché ; car quand un cynhyène était harcelé de trop près , il s'arrêtait, fronçant le nez, retroussant la lèvre et laissant yoir de terribles canines tranchantes par les bords.
Nos chiens alors s*arrétant immédiatement et n'osant accepter le défi, témoignaient aux cynhyènes tout le respect dû à plus fort que soi. Quelques balles avaient porté; il y avait eu des jambes brisées, des ventres traversés, et néanmoins pas un blessé ne fut retrouvé sur le champ de bataille; tous, même ceux qui l'avaient été le plus grièvement, avaient puisé en eux-mêmes assez de courage, assez de force pour quitter les lieux témoins de leur hardiesse et de leur défaite. Et nos bœufs, cette fois comme beaucoup d'autres fois, purent comprendre le bénéfice de la protection de l'homme, qu'ils servent avec tant de résignation et tant de patience.
Le lendemain, à l'heure où nous terminions notre repas de midi, des aboiements poussés à intervalles égaux nous arrivèrent de l'autre côté de TOury. Nos chiens, partis aussitôt de leur propre mouvement, se jetèrent dans le lit de la rivière, où nous les vîmes immédiatement après aux prises avec un animal qu'ils tenaient. C'était un coudou de belle taille, bien qu'il ne fût pas adulte. Cette scène, dont nous n'avions pas eu de suite l'explication, nous intéressait fort, nous plaisait même autant qu'elle était désespérante pour un autre spectateur arrêté sur la rive opposée. C'était uii cynhyène, lequel comptait bien l'instant d'avant saisir sa proie se jetant à l'eau. La mystifica-
tian était par trop forte, ses peioes tournant à notre profit; il regardait d'un œil de triste étonnement nos chiens à rœuvre. Seul, il se fût battu peut-être contre trois; son courage égalant sa voracité^ le oynhyène eût eu probahlement raison des attrappeurs au passage, mais nous étions là; il n'osait rien, sans cependant se déterminer à partir.
Gooune il était toujours regardant d'un air pmaud les derniers et inutiles efforts du ooudou, à la chair duquel il devait, hélas ! renoncer; coiaoïe il semblait collé sur place, condamné au supplice de Tantale, une balle fit voler sous lui la poussière, liais qu'était-ce que le danger de perdre la vie auprès de la certitude acquise de devoir renoncer à un copieux repas? En vrai chien sauvage, notre carnassier fit mine de ne pas tenir compte de la balle, et puis, n'étaiMle pas passée? C'était donc danger couru, oiu^agan p«ssé, après quoi règ^ le calme. Malbeureuse* ment pour lui, qu'absorbaient oomplétem^nt les regrets dévorants, une seconde balle l'aUeignit au fémur, qu'elle brisa pour passer outre et bruire au loin. Du coup, le sauvage, l'ignorant oynhyène tomba renversé; puis, se relevant, il interrogeait des yeux, des ofeilles et du naz le point où mes gens et moi nous nous trouvions.
Seul ie n'avais pas tiré; le temps était venu de mettre fin à cette ave9ture : aus^ desoendis*je r«ipidemtot la berge escarpée, traversant la rivière par a piçds d'eau, et remontant l'autre côté, élevé de4Q pieds. Lorsque j'arrivai
au niveau, le cynhyène^ distant de 20 pas/ paraissait tend» à fuir; mais, quand Tinrent mes chieiis qui eher*ch aient à le mordre par denrière, il tourna la tête pour leur faire sa grimace aeconalumëe, en ayant grand soin de s'arrêter afin de témoigner de plus de résolution. Henning venait aussi le fusil vide. « TirsE^ tirez4e donc, me dit-il; il jouera un vilain tour à nos chîeos ou à nois; » Mais^ tant afin d'épargner quelque trou à sa peau que pour Tétudiodans set allures de défense, je préférai courir les risques de le perdre et j'approehai toujours, eertaîu que mes chiens l'ocenpaient plus que moi-^méme.
Dix: pas m'en sueraient à peine et la pente du versant me donnait sur lui l'avantage de la hauteur* J'eus alors l'idée de profiter de ma positiotn fA de ramasser du minerai de tePy à l'aide duqud il devait m'étre faisilede le blesser. Mais, soit par trop d'empressement ou par trop de force déployée, je lui envoyai à dix reprises dififôrentes de lourds morceaux sans l'atteindre, jusqu'à ce que, fatigué de mes essais maladroits, je l'approchai à 5 pas, lui lançant un dernier fragment qui porta sur la nuque et le fît tomber étourdi. Aussitôt renversé, le cynbyène fut maintenu par mon genou gauche, appuyant sur sa mâchoire inférieure, puis par le droit, pesant sur son poitrail. Henning vint alors, et d'un coup de couteau perça la gorge du vorace animal. Pour ce qui est du ooudou, nous l'abannàmes à nos chiens, qui s'en étaient emparés sans notre concours.
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Le cynhyène fut aussitôt écorché et sa peau nettoyée dans Feau courante de la rivière, afin d'éviter l'odeur infecte qu'elle exhale, comme encore pour prévenir réchauffement. Hais cette précaution fut inutile; l'épiderme ne s'en souleva pas moins vers les oreilles, comme chez le premier de cette espèce que j'avais obtenu, lequel avait aussi été tué lors d'une chasse active qu'il appliquait à sa proie.
La saison continuait à être la même, l'aspect de la terre avait seul légèrement changé par la renaissance des pâturages brûlés antérieurement; mais ces nouvelles pousses étaient encore trop courtes pour être saisies par la langue de nos bœufs. L'un d'eux mourut alors ; nombre de vautours s'abattirent sur son cadavre, et, comme par instinct, j'en immolai une douzaine à ses mânes. Cette circonstance me procura de rares insectes qui formèrent le noyau de la collection que je recueillis au pays de Massilicatzi.
Malgré le froid des nuits, un vent du nord chaud et constant durant le jour venait de nous faire éprouver une chaleur inaccoutumée ; l'atmosphère se couvrit de nuages condensés, et bientôt après une forte pluie tomba, accompagnée de furieux coups de tonnerre. La température était fort basse; mes gens et moi nous grelottions, chacun s'arrangeait pour le mieux, car il n'y avait pour eux rien à faire par un temps pareil. Mais comme toujours j'avais de la besogne, et à défaut de peaux à préparer, je faisais des squelettes de vautours, lorsqu'un coup plus déchirant
éclate^ laissant chacun dans la stupeur. C'était un immense kaamel-doom, situé au bord opposé de la riyière, que la foudre venait de déchirer de sa branche la plus haute à la base de son tronc. Les éclats de bois brisé, lancés jusqu'à 800 pas du pied de Tarbre^ eussent formé le changement d'un chariot.
Je m'estimai fort heureux que le choix ne fût pas tombé sur l'un des ari)res élevés sous lesquels étaient alors mes chariots, mes bœufs et mes collections ; j'en eusse éprouvé un tel dégât, qu'il m'eût été impossible peut-être de poursuivre désormais mes recherches. Cet orage, qui dura trois jours, déversa une immense quantité d'eau dans la contrée; les rivières se gonflèrent hautement, mais le temps qui suivit redevint tel qu'auparavant.
Le besoin de vivres frais s'était fait sentir à cause de la pluie, qui ne permettait aucune tentative : aussi quand elle avait paru cesser, s'était-on hâté de profiter de l'em-* bellie. Henning avait couché bas un jeune rhinocéros simus qui suivait sa mère. La chair nous parut inférieure à celle de l'animal adulte, mais les pieds furent mis au-dessus de tout ce que nous avions connu jusque-là. Il n'avait guère plus de 85 centimètres au garrot, et néanmoins sa peau avait acquis déjà une épaisseur de U millimètres.
Le beau temps revenu, la terre était partout fraîchement remuée chaque matin, le long de l'Oury, à %0 et 40 pas de la rive, et presque toujours ce travail était fait
au détriment des herbes naissantes: Je ne tardai pas à re- T. II. 26
Gonnaitre que les fraiiioolms seuls étaient les auteurs da désordre» afin de dbercher des graines enfouies. Chaque jour, de bonne heure> ils détalaient à la eourse par troupes de 60 à 480, et gagnaient les rives inclmées, oii le bruit de leurs pieds sur les feuilles sècbes me les faisait découirir à de courtes distances. Leur chair étant très-boime et servant à varier nos mets, il m' arrivait souvent de leur consacrer quelques coups de f u^ rânpiement diargé de c^drée» le numéro dont j'avais la plus iorie provision. Toujours j'obtenais au delà du nécessaire ; j'eusse même pu en tuer plus de SK)0 en un seul jour, ai j'avais eu qudque intérêt à le faire et si les munitions eussent été (dius abondantes.
Il existait aussi beaucoup de ces oiseaux sur les bords de rOuritylé, où ils avaient l'habitude de me trc»nper d'abord en se réfugiant sur les troncs horizontaux des saules. Mais là je faillis être victime d'un accident tout à fait impossible à prévoir, et je me hâte de le rappwtar , afin de faire comprendre à quel point le danger peut être proche, lors même qu'on le soupçonne le moins.
Je venais de tirer ainsi trois francolins; un quatrième et dernier m'était indispensable : mon coup part, l'oiseau tombe et flotte à la surface de l'eau. Je marchais sur un saule afin de le repêcher comme j'avais fait des autres, e'est*-à-dire le prendre simplement à la main« Déjà j'étais baissé^ déjà je touchais le corps de l'oiseau, et de deux doigts allongés j'essty^it^ de éaisir une aile, lorsque ma
main se trouve en contact atec quelque chose de yert qui remue Teau et disparait en entraînant mon francolin. C'est assez dire que je n'avais pas été le plus leste, et que je dus m'estimef heureux de m'en voir quitte pour une honteuse déception. Il ne s'en était point fallu de deux doigts, et gibier et chasseur fassent devenus la proie d'un crocodile.