‹ Voyage dans l'Afrique AustraleChapitre 23 sur 65 · CHAPITRE XXXVr · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVr

Coup d'œil. rétrospectif sur les mœurs des Makatisses. — Arrivée à Natal. — Départ pour le Cap. — Je quitte le Cap. — Une visite à Sainte- HélèBe* — Retour ea Burope.

Avant de rentrer à Port-Natal, et maintenant que ma tournée est terminée, je vais jeter un coup d'œîl rétrospectif sur les populations qui habitent à Touest de Draakensberg, c'est-à-dn*e celles qui se nomment elles-mêmes Makatmesy qualification qui m'a toujours paru générale, et que je conserve pour désigner toutes les tribus parlant le sissoutou S toutes celles qui sont soumises à la circoncision, dont les hommes portent un incommode et singulier vêtement de pudeur , véritable suspensoÈr fait de peau broyée.

Déjà, je me suis plaint de leur caractère en signalant la poltronnerie, le mensonge, la fourberie, la gloutonne-

^ D'autres disent mossoutou, izoutou, xoutou ; ainsi les Amaioulous, lorsqu'ils veulent demander : Parlez-vous la langue des Bazoutous? Eû^ tuma m Zotdou?

yie, la saleté et l' arrogance de ces peuples. Il me reste k décrire leurs mo&urs, à les peindre eux-mêmes en les comparant aui Âmazoulous que j'ai fait connaître.

Veut-on tout d'abord se faire une idée d'un Makatisse en voyage^ d'un ou de plusieurs, comme il m'est arrivé d'en rencontrer quelquefois durant la route lorsque, réunis en manière de caravane, ils allaient avec leurs bœufs et leurs femmes faire nn troc à quelque distance de chez eux? Que l'on se figure trente, quarante ou cinquante individus précédés d'une troupe de bœufs chargés, marchant librement, lesquels ont pour bride une corde se rattachant à un petit morceau de bois qui traverse la cloison nasale. La troupe de bêtes précède celle des hommes; elle est silencieuse; son allure a quelque chose de philosophique. Aussi, le contraste est-il des plus frappants quand on s'attache à considérer la troupe des hommes qui babillent sans cesse, sans relâche, toujours avec la volubilité d'oiseaux qui gazouillent; mais avec une intonation dure, âpre, fourmillant d'rr et se répétant fort souvent. Une vive discussion politique n'amènerait point autant de paroles. Quel sujet traitent donc ces hommes ? Quelle question d'Etat, quel but important veut atteindre l'orateur principal? C'est à peine si j'ose le dire. L'un soutient que la viande du couagga femelle est la meilleure, Vautre préfère le rhinocéros, un troisième assure avoir mangé de la hyène très-grasse^ et qu'en cet état elle doit passer avant le rhinocéros noir à Tétat de maigreur. Telle est leur conversa-

tion. Quel étonnant intérêt pour si peu de chose ! Passons outre.

Voici l'un d'eux qui se détache et qui s'approche. En vérité, c'est moins un. homme qu'une garde-robe ambulante ou qu'un porte-manteau. Kros en fourrure à poil en dedans, peaux de bouc, peaux de mouton, peaux de chacal, toutes sont superposées comme les couyertures d'un carrik, mais dans un désordre rare. Elles revêtent un corps nu, dégoûtant de la saleté habituelle et de la graisse des jours de fête. Un chapeau de style malais, sorte de pavillon de cor se terminant en pointe, couvre la tête à l'épaisse chevelure, ruisselante de graisse mêlée de nbyh (antimoine) ; des sandales chaussent les pieds, sandales antiques préservant le plus vilain socle du monde, lequel supporte un corps grêle vers les hanches; et quand le Ma* katisse est plus proche, les regards se fixent sur son cou et sur la devanture de sa poitrine, oii se laissent voir mélangés, enfilés et se touchant cent objets divers, tels que griffes de lion, de léopard, d'aigle, dents de crocodile, vertèbres de serpent, morceaux de racines et de bois divers; puis encore une douzaine de petits sachets de peau renfermant soit des racines, des éoorces ou des feuilles pulvérisées; enfin toute une collection d'objets de curioriosité d'un de cesmarchands du quai Voltaire. C'est que, voyez-vous, le Makatisse craint la mort; il est surtout pru<> dent, et partout il traîne avec lui sa pharmacie, aussi étendue que le sont ses connaissances.

Chaque homme porte en outre un bouclier rond, fait de peau de girafe. D'ordinaire, ce bouclier est enfilé à une on plusieurs assagayes^ langues de 8 i 0 pieds, lesquelles soutiennent également des groupes de ealebasses vides; puis des grosses de cuillères de bois^ artistement taillées et couvertes de dessins pénétrés par le feu; puis encore divns sacs de peau renfermant du tabac ou de la feuille de chanvre. Tous ces objei& de troc font dans la marche de ces hommes un cliquetis fort ennuyeux, auquel se mâe le claquement de leurs manteaux sur leurs corps nus et sor leura vilaines jambes : aussi Tallure d'une troupe de Ma*« katisses est -elle toujours infiniment plus bruyante que cdle d'un nombre égal d'ÂmazouIous, qui vont nus, et que des raisons de trafic n'éloignent jamais de chez eux.

A. cause de leur esprit mercantile et de certains usages, j'ai bien souvent pensé que les Hakatisses devaient être un peuple plus ancien que les Âmazoulous. Il m'a semblé que diverses coutumes avaient probablement été apportées des confins de l'Âbyssinie. Pour toute tradition, il est vrai que les Makatisses n'^ont conservé que la circoncision; mais la présence de cette pratique seule suffit, je crois, à prouver le contact qu'Usent dû avoir anciennement avec des populations du centre ou du nord de l'Afrique.

Les. manteaux de peau dont se revêtent ces peuples sont toujours portés le poil en dedans. Les plus communs se font avec des peaux d'antilope, les plus distingués avee celles de carnassiers, sent chacals, genettes, léopards ou

guépards^ et les diverses pièces qui les composent sont réunies entre elles par des coutures plates, pratiquées sans aiguilles à l'aide de ner&^ d'animaux qui passent dans des trous faits au moyen de petits ëpissoirs.

Ces fourrures^ qui nous étonneint par la souplesse de leur cuir, ont été d'aboard broyées à la graisse, et tannée& ensuite par le côté nu seulement, au moyen d'une décoction d'écorces teignant en roux, appliquée 4 diverses re-prises jusqu'à pénétration complète. Les Makatisses, jugés comme pelletiers, pourraient, m'ont dit des hommes compétents,, donner de bonnes leçons^ ànos premiers fourreurs de Paris» C'est principalement à l'inspection d'ouvrages sortis de leurs mains, et que j'ai rapportés, que cette opinion a été émise. Le prix d'un manteau chez eux est toujours en raison de sa nature. Ceux de peaux d'antilope peuvent s'acquérir au nombre de quatre pour une vache. Un seul manteau de chacal vaut une vache, et trois on quatre vaches suffisent à peine quelquefois k payer un manteau de capitaine, fait de la dépouille des guépards ou des léopards.

Les Makatisses se distinguent surtout des Amazoulous par l'usage d'un couvre-chef qu'ils se fabriquent avec des ^ brins de paille disposés en tourons k peu pr^ dans le même genre que ceux de nos matelots; mais ils donnent à leurs chapeaux une forme voisine de celte du chapeau pointu des Malais, et cette coiffure, reposant sur leur chevelure si touffue^ noire, épaisse, et formant mille cylindres

perpendiculaires, ne contribue pas peu à faire ressortir leur sauvage physionomie. Il est vrai qu'à cet égard tous ne restent pas dans le même mode. Les uns ne coupent jamais leur toison; mais les autres, ceux qui vivent sons le 25*' degré, se rasent le pourtour vers les tempes et l'occiput, en réservant une partie de cheveux imitant une tortue sans tête, ou, si Ton préfère, une citadelle elliptique à quatre bastions rectangulaires.

Le grand nombre de peaux que la connaissance et la crainte du froid engagent les Makatîsses h porter partout où ils vont, afin de préserver leurs corps de la fraîcheur des nuits, comme encore l'épaisse chevelure de la majeure partie d'entre eux, est une des causes de malpropreté qui n'existent pas chez les Amazoulous : aussi les parasites humains sont-ils communs chez eux, à l'exception du Pediculus pubis de Latreille, dont ils paraissent ignorer l'existence. Pour celte raison, on les voit, quand ils le peuvent, se poser sur la tête une livre de graisse mêlée de sibylo S et rester ainsi des heures entières au soleil, attendant la fusion complète et la pénétration qui doit déterminer la mort des petits individus.

Les femmes , en outre de leur om-gobo , portent une ceinture de laquelle s'échappent douze ou quinze lanières pendantes de la même manière que les montgeas zoulouses. Ces lanières, disposées comme une sorte de vêtement de pudeur, sont destinées, dans les circonstances difficiles, à

* Antimoine pris pour du platine par M. Arbousset

préserver la femme des atteintes d'un homme. L'art est donc venu suppléer à ce que la nature n'avait pas jugé convenable d'accorder aux races colorées des tropiques.

Ces dames^ ou mieux, ces femelles, s'affublent ainsi du manteau masculin ; le plus souvent leur tête est nue. Cependant elles la couvrent quelquefois d'un bonnet fait de peau de renard. Leurs jambes portent au-dessous du genou quelques tours de fil de laiton ou des colliers de verroterie que l'on voit encore à leur cou et à leurs bras ; elles se servent des mêmes sandales que les hommes.

Chez elles, comme chez toutes les femmes du monde, quelle que puisse être leur laideur, quelque grande que soit leur saleté, il perce toujours un tant soit peu de coquetterie. Elles aiment les parures, qu'elles connaissent: c'est avec une vive satisfaction qu'elles en ornent leurs corps; mais jamais, je crois, l'idée de se laver n'est venue à leur esprit; elles semblent laisser ce soin à la nature, je veux dire à la pluie qui tombera du ciel ou au courant de la rivière, qu'elles se verront forcées de traverser à pied. Il y a sous ce point de vue moins de différence de blanc à noir que d'une Zoulouse à une Makatisse.

Malgré ce qu'a de rude, pendant quatre mois d'hiver, le climat du pays des Makatisses, les femmes mères n'ont pas plus que les Zoulouses contracté l'habitude de vêtir leurs enfants ; ils restent complètement nus. Mais comme ils Sont presque toujours portés à dos, la chaleur corporelle de leur mère doit leur suffire.

Si maintenant j'arme à découvrir un TÎIlage matatîsse dont W toits en cône arrondi s'élèfvent de 15 à 2S pieds, ce qui m'étonne, c'est le désordre, la confusion, Tabsenœ totale du plan. <3iez les Amazoulous, c'est invariablement un cercle elliptique, tandis qu'ici il semble que Ton se soît pJu à en faire un dédale, comme pour embarrasser î'ennemî qui essaierait d'y pénétrer. Cette disposition tfa non plus d'autre but, et pour mieux se défendre des agresseurs, de mauvaises petites rues où trois hommes à peine peuvent passer de front, sont partout formées d'énormes pièces de bois ou d'arbres bruts plan tés en manière de pallîssades. Jamais non plus leur direction n'est exacte; elles sont, au contraire, aussi tortueuses que possible, à tel point qu'après aToir passé trois jours consécutifs dans l'un de ces villages, peufflé d'enriron 500 habitants, un guide m^étaît encore nécessaire pour y entrer ou en sortir : ainsi était celui de Makata:

Mais ce désordre choquant et ces immondices répandues aux abords du village, qui donnent de ses habitants une triste opinion, tout cela, il est vrai, s'oublie à l'aspect d'une cour formée de claies de roseaux, où quelques ménagères préparent les aliments près des huttes, dont le style a quelque chose de mieux combiné que celles des Amazoulous.

En effet, rondes de forme, leur toit élevé qui déborde de i pieds repose sur des colonnettes de 3 pieds de haut, et sous cet abri se recueillent maints objets qui encombre-

raiest Tintâneur. Ces huiles sont {ffesqwtoujoiirBexhaussées, afin que l'eau des pluiesdreule autour d'dles sans y pénétrer. Les joaurs, faits iol^uraneni de poutres soHdes, sont acbeyât «vec de l'argile ; les parois en sont lisses, et souvent elles; montrent des eoulenns différentes, du rouge^ du blm et du blanc, formant dirers dessias, panai lesquels j'ai reconnu Tintention du peintre» scmgeant à une girafe, à un riiinooérosou àun éléphant

Il règoe beaucoup d'ordre tast à l'extérieur qu'à l'intérieur* Les prorisions y sont d'ordinaiie gérées dans de grands vases de terre faits sur plaoe, et par conséquent inuneubles, puisqu'ils sont fixés au sol et qu'ils atteignit souvent 8 pieds de hauteur* On voii aussi des sacs de peau artistesQ^ faits, enflés de mais ou de blé cafre. Lesmeu-^ blés qui garnissent fintéiieur des huttes son! de première nécessité; on trouve confondus les insiruments aratoires, ceux de ménage et de combat. Hais c'est à peine ei l'on peut y distinguer quelque chose saosle seoours d'une lu- BÛère; car laporie d'entrée. Tunique issue de ces fours, n'a pas plus de largeur que le bouctiér rond dont se sem vent ces peuples, c'est-à-dire 60 eentimèfres; et tout est si bien plâtré que, quand la porte à coulisse est fermée brusquemœt, les vibrations retentissent pendant plus d'une minute. Rien n'est donc plus facile à chauffer que des appartements de ce genre, et je reconnais que lès Har katisses ont très-Uen compris la manike de se prémunir contre les atteintes du froid.

J'ai souvent rencontré chez eux des vases de terre aux formes sphériques qui attestaient quelques connaissances dans Vart du potier. Leur couleur rouge*brune rappelait les vases étrusques, et leurs dessins, de style sauvage, original, ne manquaient pas d'un certain goût.

Le seul instrument de musique que j'aie vu assez rarement entre leurs mains est un arc s'isolant sur une calebasse vide, tel que Vizimkopo des Amazoulous, avec cette différence que la corde se rattache et se tend sur une tige de plume fixée à la corne de l'arc et qu'à celte tige s'appli* quent les lèvres du musicien, qui s'efforce de faire le vide. Les vibrations sont sourdes ou aiguës ; divers artistes s' aidant du doigts les modulent assez bien, sans toutefois réussir à exciter l'admiration. Malgré ce qu'en ont dit certains voyageurs, cet instrument est un véritable instrument à corde, quoiqu'il faille recourir à l'air pour en tirer quelque son.

Dans leurs danses les Makatisses peignent leur caractère de même que les Amazoulous, c'est<-à-<lire que les Amazoulous à l'esprit belliqueux n'ont guère que des danses martiales où ils revêtent leurs ornements et leurs armes de combat, tandis que les Makatisses, bourgeois excessife, ne connaissent que les danses ordinaires oh toutes les femmes sont admises. Ils ne se chargent point d'ornements; leurs manières sont alors celles d'un peuple vieux de civilisation ; ils se donnent des grâces inhabituées, ils se contournent avec souplesse. Ils composent surtout leur physiono-

mie, qui devient souriante; enfin ils mentent à leur état quotidien; mais jamais on ne les voit y faire une grande dépense de force. Les femmes s'y tiennent ensemble sur un demi-cercle; elles battent des pieds et des mains; elles chantent ou plutôt crient tantôt bas, tantôt haut, quelquefois à déchirer le tympan , et à certains moments, sans qu'elles discontinuent de crier, leur langue rouge s'agite dans leur bouche, faisant trembler les sons et produisant ainsi un effet monstre qui se répand au loin. De temps à autre elles se mêlent aux danseurs; mais la souplesse, l'é* légance, la grâce, ne sont pas tombées dans leur lot.

Ces réunions, auxquelles le plaisir sert de but, et celles qui sont provoquées a6n d'engager les nuages à se fondre à force de clameurs, sont les seules où l'on puisse avoir en même temps sous la vue un assez grand nombre de Makatisses.

Ces peuples n'ont aucune idée religieuse; jamais je ne les ai entendus parler de l'existence d'un être supérieur. Us jurent bien par Morrimo, lequel est peut-être un mauvais génie; mais chez eux on ne retrouve pas la moindre trace d'un culte.

La ckconcision elle-même n'est considérée par eux que comme une pratique hygiénique servant encore à distinguer leur ;race. Les jeunes filles y sont soumises de même que les garçons, et quand la saison est venue, tous ceux qui doivent être circoncis quittent le mouzi sous la surveillance d'un opérateur médecin, à l'effet d'aller passer T. II. 86

trois mois dans un endroit isolé, distant au moins d'une lieue. Ce n'est qu'après ce laps de t^nps, lorsque tout est terminé, que la bande effectue son retour. Hais arrivée près du village, c'est à qui s'esquivera pour chercher quelque sentier détourné; car, à larentrée au mouzi, des coups de bâton attendent chacun des nouveaux initiés. C'est un baptême auquel ils doivent se résoudre , mais quMl leur est permis d'éviter en atteignant inaperçus le centre de l'enceinte. La circoncision des hommes m'était connue; celle des f^nmes m'intriguait fort. }e ne négligeai pas les questions, aiin de m'instruire et de recueillir, s'il était possible, quelques détails nouveaux; mais rien ne me fut transmis. Les rires et les plaisanteries outrées de mes gens avaient déterminé les Makatissesau silenoe, et quand je partis, je ne savais rien de plus qu'au premier jour. Mais nous avons des missionnaires protestants français qui, eux aussi, résident au milieu de populations circoncises, quoique habitant beauoooip plus au sud. Par ces messieurs, s'ils veulent être explicites, la science pourra recevoir quelques documents d'un vif intérêt; scrutateurs comme ils le sont, et leurs investigations ayant directement trait aux mœurs, chacun pourra comprendre comment il se fait que je me décharge sur eux de ce soin.

Les Makatifises que j'ai fréqueiités ne portaient pas à leurs morts plus de respect que les Amazoulous; les corps sont ^diraient dévorés par les hyènes.

Je ne dis rien de la manière dont la justice se rend chez

ces peuples, ni comment s'arrangent les héritiers à la mort des parents, parce que leurs coutumes, sous ces rapports, ne diffèrent pas de celles des Amazoubus.

L'^nballage de mes collections et mes préparatifs de départ définitif me prirent sit semaines, après lesquelles je fis voile pour le Cap. Quinze jours de' traversée m'y conduisirent^ et malgré mon impatience de quitter au plus vite cette capitale de l'Afrique australe, la rareté des navires partant en cette saison pour l'Europe m'y retint deux longs mois, durant lesquels je profitai largement de l'hospitalité que m'y offrit le doyen des Français habitant Cape-Town, M. Rocher, excellent et digne homme conservant encore dans toute leur simplicité primitive les mœurs hollandaises qu'il y adopta jadis. J'eus également l'avantage de relrou* ver parmi les autres Français qui habitent la ville du Cap un non moins digne compatriote, connu de tous les passagers français qui vont dans l'Inde ou qui en reviennent. C'est l'un des neveux de notre célèbre natiuraliste Delalande, M. Alexis Verreaux, lequel; après les pertes que j'avais subies lors du pillage de Port-Natal, s'était empressé, quoiqu'il ne me connût que très-peu, de mettre à ma disposition les sommes dont je pouvais avoir besoin. M. Verreaux ne s'était nullement inquiété de savoir s'il me serait facile ou possible de les lui rembourser un jour; ce souci était une pensée absente. « Non ! non ! dit-il; là-bas, il y a un Français dans l'embarras peut-être. » Et sans perdre de temps, sa lettre me transmit son offre géné-

reusp. De pareils faits n'ont pas besoin de commentaires; et que je le fasse ici remarquer, elle est bien belle celte fraternité qui relie aux extrémités du monde des Français qui jamais ne se sont connus précédeounént. Combien elle serait plus touchante encore si ses racines pouvaient s'implanter dans le sol métropolitain !

Enfin un navire étant prêt et le vent favorable, je laissai derrière moi ces montagnes singulièrement amoncelées, sur le giron desquelles Cape-Town, assise comme un enfant sur sa mère, reçut mes derniers adieux.

Treize jours plus tard, Sainte-Hélène apparut à l'horizon telle qu'une masse rocailleuse jetée par le hasard au milieu de vastes mers, et par instinct national je me découvris à l'aspect de cette ile qui vit s'éteindre la vie mortelle du plus grand capitaine du monde. Ile au cœur de pierre, ingrate , hideuse à l'excès , Sainte-Hélène nous présenta longtemps ses flancs crevassés, partout corrodés par l'air et l'eau- En vain cherchions-nous quelques êtres vivants sur ses bords inhospitaliers; des paille-en-queue furent les seuls oiseaux dont le blanc plumage tranchât sur le fond grisâtre; encore dédaignent- ils ces rochers nus, poursuivant leur vol sans jamais se poser; et grande fut ma surprise quand m' imaginant découvrir un vautour noir sur la saillie d'une roche élevée, je reconnus une pièce de canon anglaise. La capitale, James-Town, se démasqua bientôt, couchée de son long dans une étroite vallée montante, et conservant à ses pieds uneredoutablecein-

f ure de canons béants qui regardent les vaisseaux à Tancre.

Mais ce que chacun remarque surtout, c'est un fort que Ton voit à droite, bâti sur un terrain plat à 1 ,200 pieds de hauteur, auquel conduit une échelle blanche effrayante de longueur, appuyée sur le roc^ seule communication possible entre le fort et la ville. A gauche se voient encore des canons perchés à toute hauteur, veillant dans toute direction, huches comme de vrais oiseaux de proie, et sous eux un chemin anguleux taillé en manière de zigzag dans la pierre, celui-làméme et le seul qui communique avec l'intérieur et la haute partie de l'ile, le tombeau et Longwood.

C'est l'Anglais qui a brisé ces pierres, l'Anglais qui s'est frayé ce chemin, qui a posé tous ces canons et rendu accessible à l'homme ce lieu maudit sous le plus beau ciel du monde, lieu primitivement destiné à servir de station aux seuls oiseaux de mer. Toute de pierre, Sainte-Hélène résistera des centaines, des milliers de siècles aux efforts de l'Océan, et durajit des centaines et des milliers de siècle elle restera comme une pierre tumulaire, la plus grande du globe, rappelant aux nations qui circulent, Napoléon, sa gloire, celle du peuple français, comme encore l'Angle- . terre et l'opprobre dont elle s'est couverte par la sanction des actes d'Hudson Lowe, et ce n'est que justice.

Après une visite à la vallée du Tombeau , vide de la dépouille mortelle du colosse de gloire européen; après avoir mesuré le caveau et la fosse bâillante qui a rendu à la France ce qui n'appartient qu'à la France; après avoir

écouté les récits du ?ieux sei^entao^is resté gardien de ces lieux, hon sans avoir reçu des mains de sa jeune fille un bouquet de fleurs cueillies sur la terre voisine, et vidé la coupe d'eau pure de la fontaine qui dort à 20 pas du tombeau; après avoir inscrit, comme tout voyageur, mon nom sur les r^istres présentés par IH"^ Torbette, je quittai Sainte-Hélène, dont les Sl,000 pieds de hauteur^disparurent promptement sous Thorizon.

Les albatros, les cordonniers, les manches-de-velours, les damiers, ces oiseaux heureux d'un rien, qui égaient les mers de l'hémisphère austral, devinrent rares; ils quittèrent bientôt le sillage du navire, et la ligne une fois franchie, la chaleur, qui diminuait sensiblement, nous annonçait l'approche de l'Europe. Enfin, au bout de deux mois et huit jours, le Sarah-Char lotte qui me portait donna dans ce que les Anglais sont convenus d'appeler le BritUh Channel; les vents nous y contrarièrent, et relevant de trois jours de terrible cape, témoins de plus d'un naufirage, nous pûmes, avec un heureux changement de temps, traverser le PasHie-Calais et entrer lelendemain dans les eaux de la Tamise. Quelques jours après, vers la un de novembre 4844, je revis la France , et retrouvant ma famille et mes amis, je pus goûter enfin ces douceurs du retour que connaît seul celui qui s'est voué à une longue absence.

VOCABULAIRE DE LA LANGUE ZOULOUSEt

OBSERVATION PRÉLOONAIBE.

Il est trëâ-difiicile de bien laaisir, dans la prononciation de la langue zouloose, teanicoup de voyelles tenninales, comme aussi un certain nombre de voyelles initiales. Ainsi , pour le root impolf, qui veut dire jaune^ et qui tout à la fois désigne l'antilope canna, c'est impoff, impoffo, ompoff, omp^e, um poff, vm poffo.

Certains mots également m'ont été présentés sous un grand nombre de formes : ainsi celui qui signifie une rivière est tour à tour om-'phlène, om-fèlene, am-philos ou um-filos, om^vgU», folos ou volas j eivolosie ou om-pholosie.

Il semblerait que beaucoup d'Amazoulous ne s'attachent qu'à la physiologie enphoniqiie d'un mot, ce qui présente d'in>menses difficultés au linguiste par le trop de latitude qui lui est accordée.

FRANÇAIS

ZOULOU

abaisser, mettre à «erre.

t^la paniuy.

lâtéscMda.

abattre, coaper.

knena.

abject (on tioinme).

momba, om-pliogaiane.

abîme, troa.

nogftty.

abondance.

maniokié.

aboQtîr.

amba-ktaa.

absent.

ambylé.

accabler.

' boulala.

achat, acheter.

tinga.

FRANÇAIS

ZOULOU

accommodable.

mouschlé.

accompagner.

ambasam.

accorder» donner.

nika.

accouplement, copulation.

schlabonka.

accourir.

kotchima, kotjîoui.

adieu (à celui qui part).

amba gouschl^.

adieu (à celui qui reste).

sani gouschleg.

administrer, gouverner.

sebensa zonké.

admirable.

mouschlé kakoulou.

affamé.

lambylé.

affirmer.

vouma.

affliction (quant au cœur).

hyshlizio goula.

afOuence de monde.

abantou maninkiè.

affreux (très-laid).

imbu kakoulou.

Afrique (notre pays, le pays des hom-

hynaoey ka lèna, hynioey ka abiDloiL

mes noirs).

Mouniama.

agalbe blanche, rouge, jaune.

hythié mouschlé, om-schlopa, bonio.

impoflb.

agonie (avant de mourir).

pambylé filé.

agrandir (faire grand).

sebensa om-koaloo.

aide de camp du roi.

om-donna ka inkossiny.

aïeul (père de père).

baba ka baba.

aigrette (Àrdea buhukus).

landa.

aimer.

tanu.

ainsi, comme cela.

inzindgé.

air.

mofa.

aller.

amba.

allumer du feu.

bassa om-lolo.

amener.

Ubala.

amorce d'un fusil (la poudre du de-

hors).

om-zîzy ka pannilé.

ample.

om-koulou.

ancien.

om-dâla.

Anglais.

Gbismann, Maoghish.

animal sauvage (de chasse), gibier,

viande de gibier, peUte viande.

ignamazane.

année (dix lunes, plus deux).

izinianga tchoomé izambili moava.

antérieur, antérieurement.

pambylé.

antimoine.

sibylo.

antilope, Cephalcpuê nàtalmsis.

monkomb.

— Eleotragus.

om-schlango.

— Sylvatiea.

ébabale.

— Redunca Lalandii.

knala.

FRANÇAIS

antilope Strepticeros eoudou.

antre (trou dans des roches).

apporter.

après.

arbre.

arc.

arène, sable.

argile.

s*arréter.

arrière.

arriver, arrivé.

assagaye.

assassin.

assassiner.

asséner, battre.

assex, bien.

assiette.

assiette en natte poar servir la viande.

assommer (tuer avec un bâton).

assurément (par Dingaan !).

attraper, prendre, saisir (attrapé).

attraper, tromper.

avant.

avant-hier.

aucun.

au deçà.

au delà.

avec.

avertir.

aveu.

aujourd'hui.

avoir n'existe pas comme chez nous.

Ils disent « Je ne reste pas avec cela, par équivalent de : Je n'ai pas de cela.

avouer.

auparavant.

aurore.

autre.

autruche.

babil.

babouin.

bagage.

ZOULOU

makanque.

nogôty hyihié ny.

Ubàta.

apetchela.

monnty.

om-kuytchélo.

om-schlabatsi.

om-schlaba bonvo.

schlala.

apetcheta.

naga, figylé.

om-kondo.

om-tagaty.

boulala.

tchiahia.

kaschleg.

izithia.

sitébé.

boulala py tonga.

yebo (Dingaan I).

bamba (bambylé).

kotlissa, kotlissylé.

pambylé.

ii61o pambyté.

ahi monnié.

zannzy.

apetchela.

py-

téla pambylé.

vouma.

nemschla.

mena ahi schlala na lo.

vouma.

pambylé.

ianga pouma.

omounié fouty.

ikoé.

kolâma.

om-phène.

louto.

sro

fbauçais.

bagaette.

se baigner.

balayer.

balle.

baleine.

barbu à masque (Pog<miaê person-

natuê).

bas.

basane, bâton, battre, beaa.

beaucoup (par centaines).

bellîqueuxCfortàpercerdeses armes), bestiaux, bœuf, beurre, bidet, bien, ad?, bière, biscuit, blanc, blé cafre.

blesser au moyen d*armes (blessé), blond, bocage, boire, bois, bon.

bouc, bouche, bouclier, bouillant, boulet, briser.

brûler, brtUé.

bûche, bois à brûler, buffle.

buffle femelle, cabane, caillou, caisj».

calao.

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