CHAPITRE XXV
Arrivée de la (régSLtBSauthampton et du navire UCongk, — Démoralisation des boers, — Pillage de Congnela. ^ Appel fait aux Gafres par les Anglais. -— Traité signé. — Acte de soumission. -* Amnistie avec exception. — Ck)up d'œil rétrospectif. — Causes de Témlgration des boers de la colonie vers Port-Natal. — Lear chef Rétief. — Leurs affaires avec Massîlicatzi. — Pièces authentiques. — Dingaan massacre par trahison les hommes de leur députation. — Autre massacre de Bosdijesmans-Rivier. — Revanche prise par les boers sur les Amazou« lous. — Mesures du gouvernement anglais. — Le punishment biU prouve que TAngleterre n'avait point le droit de posséder ces contrées.
Après bien des tentatives de la part des boers, après quelques moments de patience de la part des ijiglais, dans la soirée du 25 au S6 juin, un signal de salut apparut dans l'air; une fusée chargée d'étincelles d'e^érance se lera droite, iaunense et majestueuse , en même temps que résonnait un puissant coup de canon : c'était la frégate anglaise SùuJthaaf^^on qui arrivait au mouillage de la rade, chargée d'hommes brûlant du désir de délivrer leurs oompatrioles.
Les figures des boers s'allongèrent ; ils allaient avoir af-
faire à des hommes frais et nombreux, bien différents des squelettes du camp. Ils ne trouy aient plus un mot à placer, à la veille où ils étaient de devoir abandonner l'idée d'une indépendance dont ils abusaient. Au camp la joie devait être grande : sortir d'une prison de sable où sans relâche sifflaient les balles, revoir de Teau et des aliments en abondance qui permissent de renoncer à Tusage de la chair des corbeaux, encore trop rare, c'était assurément une perspective digne d'envie, laquelle , par son insistance, dut troubler le sommeil de plus d'un Anglais.
Quand le jour parut , deux navires se trouvaient sur rade : la frégate Soutfiampton et le schooner le Congh. Jusqu'à deux heures après midi, rien ne se fit ni d'une part ni de l'autre. La marée montait, il est vrai, mais il y avait assez peu d'eau quand apparut une voile passant la barre sans obstacle et donnant dans le chenal du port. 30 boers gardaient la pointe; beaucoup devaient s'y porter immédiatement; mais la peur et le manque de discipline furent cause que chacun fit comme il lui plut. Deux canons tiraient sur le Conghy dont le pont était couvert d'hommes; les balles pleuvaîent sur les embarcations qui se tenaient à la remorque; la marche du navire n'en continuait pas moins. 11 ripostait de deux pièces, tandis que le Southampton lançait de sa formidable batterie force projectiles dont l'effet produisait plus de terreur que de mal.
L'entrée, le mouillage et le débarquement ne demandèrent pas vingt minutes. Plus d'un Anglais fut tué, pas un
iseul boerne fut blessé; et quand le danger devint imminent, satisfaits de leur démonstration , ceux-ci déguerpirent et gagnèrent Conguela-
Alors put s'opérer la jonction des forces du lieutenantcolonel Cloete avec celles qui étaient sous les ordres du capitaine Smith. De leur côté, le soir du même jour, les boers prirent le sage parti de quitter le camp. La nuit protégea leur retraite, qu'ils effectuaient d'un air morne, qui contrastait hautement avec <5elui de la quinzaine précédente. Ils se retirèrent, au nombre de 600 hommes, à 6 lieues de Port-Natal, d'où ils entamèrent des négociations avec le lieutenant-colonel Cloete.
Le vœu le plus ardent du capitaine Smith et de ses soldats était de prendre leur revanche, à laquelle s'opposa de tout son pouvoir le colonel chargé du commandement général; ce qui divisa d'opinion les troupes anglaises. A vrai dire, c'eût été considérablement exposer les forces anglaises que de les porter à W lieues de la côte, dans un pays quelquefois ouvert, mais souvent obstrué et coupé de ravins et semé de passages difficiles. Nul doute que Pieters-Mauritz-Burg n'eût été vigoureusement défendu : c'était le nid des boers. Là étaient leurs familles, leurs fortune, et durant le trajet même les Anglais eussent pu être écharpés facilement.
Quelle que fût la résolution à prendre plus tard, il était bon de se munir de bêtes de trait pour le service des canons et des fourgons, en cas qu'un déplacement dût se
faire. La paix n'étant pas encore signée, voici à quel singulier expédient le lieutenant colonel Cloete eut recours.
Une proclamation aux Cafres fut aussitôt adressée au missionnaire Âdams pour qu'il en donnât lecture aux indigènes des bords d'Om-Laas, Lofa, Om-Komas et autres lieux. L'un des trois originaux m'étant passé par les mains, je puis en donner une copie exacte ainsi conçue :
« Tous les Cafres sont priés de saisir partout où ils les trouveront les chevaux et les bœufs des boers, pour ensuite les amener au camp anglais, oh une rétribution proportionnelle leur sera payée en récompense de ce service, qui leur vaudra la protection des armes anglaises. Il est spécialement recommandé aux Cafres de ne pas faire usage de leurs armes contre les boers, excepté au cas où ceux-ci se serviraient de leurs fusils pour rentrer en possession de leur propriété.
Fait à la pointe de Natal, ce Si juillet 1842.
Signé: A.-J. Cloete, lieutenant-colonel.
Dep. quarter master gen. commanding. »
Le simple raisonnement conduit à penser que pas un boer ne pouvant de sang-froid se voir enlever ses troupeaux constituant toute sa fortune, il devait nécessairement, en pareille circonstance, faire usage de ses armes. Alors le Cafre, de véritable agresseur qu'il était, avait acquis le droit de se défendre. Cette mesure tendait à faire se ruer
sur les boers les indigènes neutres jusque-là. La puissante Angleterre était réduite à ce misérable moyen; elle risquait pour ses intérêts des corps nus qui n'étaient pas des siens; elle excitait au débordement cette masse de vautours noirs dont Tœil convoitait depuis longtemps les troupeaux des boers. Mais s'il lui était facile de les lâcher, les retenir ensuite lui était impossible. Et encore combien n'était-elle pas dérisoire cette protection promise des armes anglaises, presque insuffisante pour faire respecter les volontés du gouvernement britannique! Ce qu'elle ne pouvait pas pour elle-même, l'Angleterre le promettait à d'autres.
Pour début, les Cafres excités se répandirent aux abords de Natal, et partout où ils découvrirent des troupeaux, ils s'élancèrent sur eux acharnés comme de vrais chiens sauvages. Les premiers ne furent pas défendus: ils appartenaient à des maîtres amis des Anglais. Un quart à peine était conduit au camp. Pour d'autres, les difficultés furent grandes; les balles siffièrentet des maraudeurs furent tués. Plus prudents alors, les indigènes préférèrent agir la nuit; des familles blanches furent massacrées d'une manière qui fait frémir et leurs troupeaux enlevés; mais aussi, quand les boers, revenus de leur première stupéfaction, eurent découvert un mouzi nombreux dont la part avait été grande dans ces scènes de désordres, 40 d'entre eux le cernèrent la nuit, et dès la pointe du jour chaque corps noir qui parut fut ajusté et tomba : 60 Cafres payèrent de leur vie les vols commis à la prière du lieutenant-colonel Cbeie.
Des plaintes furent pwtées par les Cafres; la protection aiq^laise fut requise^ et Ton répondit aux plaignants que l'on ne pouvait rien pour eux. Assurément une telle cchiduite n'était pas digne ; je la jugeai ignoble, et beaucoup de Cafres sayent aujourd'hui quelle foi on peut acoorder aux promesses du pouvoir britannique.
Le lieutenant-colonel Cloete réussit à obtenir au delà du nombre d'attelages nécessaires à ses vues apparentes ; mais il se garda bien de marcher aussitôt sur Pieters-Mauritz- Burg. Ses démarches, traînées en longueur, lui valurent du tempS; durant lequel les boers, divisés entre eux, se décidèrent, vu l'impossibilité de la résistance, à l'adoption des articles imposés par le gouvernement anglais.
Comme personne, que je sache, n'a écrit d'une façon succincte et suivie cette histoire d'alors de Port-Natal, où pour la première fois, sur cette scène de nature vierge, les blancs nouveaux-venus se déchirèrent entre eux, j'ai cru que l'on pourrait me savoir gré de dire impartialement ce que j'en ai vu de mes propres yeux et oui de mes oreilles. Pensant aussi que les pièces principales pourront être de quelque intérêt comme documents historiques, je livre ici la traduction exacte de deux d'entre elles.