ARTICLE ADDITIONNEL
En con^dération de la coopération de M. À.-W. Prétorius dans le règlement final de ces artidesi comme aussi de
son humaine conduite personneHe envers les prisonnier», et de sa notoire modération, Tamnistie accordée dans le premier article est par ces présentes complètement étendue jusqu'à lui.
Signé ^k.-i. Cloetb, Ueutenant-colonel.
Dep. quarter master gen. commanding.
Bycommand.*
W.-J. d'URMN, major i&^ rég.
Quatre hommes restaient donc exceptés de l'amnistie générale et abandonnés à la merci du gouverneur du Cap. M. le lieutenant-colonel Cloete n'avait pas jugé bon de mettre la main sur eux, probablement parce qu'un incident de ce genre eût empêché l'acceptation des conditions. Les quatre exclus avaient toute liberté de se soustraire sans fuir bien vite»
Cet acte fut par sir Georges Napier considéré comme une faute grave; il eût fallu faire un exemple pour intimider les boers, et puis les mânes des soldats tués dans la guerre ne réclamaient-ils pas un sacrifice sanglant? La fureur de la population anglaise du Cap lors de l'arrivée de cette nouvelle se manifesta en pleine rue. Le lieutenant-colonel Cloete, disait-on hautement, était un homme craintif, ne sachant pas profiter de la victoire; les conditions étaient trop douces. Une douzaine de pendus eût fait sourire bien des lèvres anglaises : tant de philanthropie en émane que le .
cœur peut bien quelquefois se trouver à sec ! Le gouverneur sîr Georges Napier, qui était un homme brusque, violent, faible de tête et souffrant d'un bras perdu à Toulouse, eût ardemment désiré, pour compenser ses maux, faire sentir la corde aux quatre proscrits. Cette jouissance des souffrances d'autres hommes lui eût peut-être, pour un quart d'heure, fait oublier ses blessures.
C'est alors que lui vint l'incomparable idée de mettre à prix chacune des quatre têtes. C'est pourtant de nos jours que de pareils faits se passent ! Nos journalistes n'en ont rien su, ils n'eussent pas manqué d'en parler, et je remplis aujourd'hui un devoir en livrant à la publicité la traduction textuelle de l'étonnante proclamation du gouverneur, sir Georges Napier. N'avons-nous pas eu à dos toute la presse anglaise, parce que le colonel Pélissier recourut au seul et dernier moyen praticable afin de se rendre maître des Bédouins réfugiés dans les grottes du Dahra ? N'est-il pas juste de signaler un acte d'autant plus blâmable que la nécessité ne le commandait pas, et que celui qui le dictait était alors mollement assis dans un fauteuil, exempt de tout danger et devant par conséquent posséder tout son sang-froid? Voici ce document.
PROCLAMATION POUR l' APPRÉHENSION DES PERSONNES EXEMPTÉES DE l' AMNISTIE,
Par Son Excellence le major général m GeorgçS'Thoma$ NapieTy K. C. B. etc.^ etc.
D'autant que certains sujets de Sa Majesté résidant à Port-Natal et dans différents territoires adjacents ou y appartenant, ont dernièrement, contrairement à leur fidélité, fait des leTées en masses, se sont révoltés et ont guerroyé contre Sa Majesté, et de là se sont exposés eux-mêmes aux peines et aux amendes de haute trahison; d'autant que, pour diverses raisons m'y portant, j'autorisai et conférai mes pouvoirs au lieutenant-colonel Cloete, Tofficier commandant l'expédition récemment envoyée pour sup-, pression de ladite rébellion, afin d'offrir un entier pardon à tels sujets de Sa Majesté qui retounieraient à leur fidélité, à l'exception de telles personnes qu'il découvrirait, par suite d'informations à acquérir sur les lieux, comme ayant perdu par leurs actes criminels, marqués et visibles, tous droits à leur part dans la clémence de Sa Majesté ; d'autant que le lieutenant -colonel Cloete, agissant sous tel pouvoir et autorité, promit, le 15 de juillet 1842, une amnistie générale ou entier f^rdon à toutes personnes ^qui auraient été engagées dans la résistance aux troupes et à l'autorité de Sa Majesté, à l'exception de JoacAtVn Prinsloo, Jacobu^Joannès Burgher, Michiel mn Breda et Servaasvan
Breda, dont le sort reste à ma considération spéciale; et, d'autant qu'après avoir mûrement considéré la nature et les circonstances de ladite résistance aussi bien que la situation desdites personnes, je suis arrivé à la conclusion qu'elles seront^ si possible est, rendues amenables devant la justice et traitées selon la loi.
Par ces présentes, /(? proclame et offre une ricompeme de 4,000 Uvres aerlirig à toute personne ou personnes qui saisira et logera dans quelqu'une des prisons de Sa Majesté ou che2 l'officier commandant les forces de Sa Majesté i Natal, lesdits Joachim Prinsloo, Jacobus-Joannès Burgher, Michiel van Breda, et Servaas van Breda, ou deux cent cinquante Uvres pour chacune desdites personnes qui sera saisie et logée de la manière susdite.
Signé: G. Napier.
Afin que nul n'en ignorât, cette proclamation fut affichée À Natal dans tous les lieux publics et de plus colportée dans les familles. Les amis des proscrits s'empressèrent aussi d'en adresser bon nombre d'exemplaires à ceux qu'elle concernait directement.
Cette mesure prise contre eux ne les effi'aya nullement, parce qu'ils savaient que si un traître pouvait se trouver chez les boers, nul danger ne pouvait les menacer, va qu'un traître manque d'audace. L'un d'eux se servit de cette proclamation pour apprendre à son jrane fils à Inre; c'était une leçon de patriotisme qu'il lui donnait tout à la
fois et oh il lui inculquait les premiers sentiments de Fin-
dépendance^ appuyant surtout sur Thorreur des Anglais.
Un autre la fît encadra pour la montrer à tous venants;
aux uns il disait que c'était la plus belle page de sa vie;
aux autres qui ne savaient pas lire^ il assurait que c'était
une lettre fort honorable pour lui de son ami le gouverneur
Napier . Les deux autres, qui ne savaient pas faire d'esprit,
s'en servirent pour alluma leurs pipes. Inutile de dire que
sir Georges Napier en fut quitte pour ses frais de papier.
Lorsque l'inutilité de cette mesure fut reconnue, une
autre proclamation prit la place de la première, qu'elle
annulait complètement. On ne manqua pas d'attribuer le
pardon îotcé à la haute clémence de Sa Majesté, laqueUe
ne sait probablement pas où est située sa contrée de Natal,
quoiqu'on Tait baptisée depuis longtemps à son intention
du nom de Victoria,tt encore moins quelles espèces d'hom-
mes l'habitent.
On a pu voir que les boers étaient traités de rebelles, coupables de haute trahison ; maintenant veut-on savoir, à quel point cette expression était injuste? Je reprends les faits k leur origine.
Après l'occupation de la colonie du Cap par l'Angleterre, les colons hollandais ne tardèrent pas à se plaindre hautement des mesures prises contre eux à leur détriment. Les diarges étaient fortes, sans profit; la protection anglaise était un vain mot, et le gouvernement allait jusqu'à interdire aux colons le droit de se prot^r eux-mêmes.
n'écoutant pas leurs plaintes et donnant souvent raison aux tribus natives, celles-là mêmes qui avaient conservé le rôle d'agresseur, tandis qu'il donnait tous les torts aux boers dépouillés, dont les habitations brûlées, les familles massacrées demandaient vengeance.
Avec un tel système philanthropique, un boer n'était plus un homme. La place n'étant plus tenable, les uns et les autres cherchèrent à se rapprocher des villes pour éviter le pillage des Cafres. Alors, et c'était vers 1820, la partie orientale de la colonie, bornée du côté du pays des Cafres par le Groote-Vish-Rivier, se vit privée d'habitants.
Pour combler la lacune dont souffrait le fisc, nombre de settlers furent appelés d'Angleterre, et ces hommes furent semés par familles près de chaque fontaine. Le nombre allant toujours croissant, des villes furent improvisées. Port-Elisabeth et[Graham'8 Totvn prirent naissance à cette époque.
Bientôt ensuite les boers revinrent en partie sur leurs anciennes habitations, oà ils comptaient vivre tranquilles en se fiant au nombre. Mais les Cafres, qui ne résistent pas à l'envie d'enlever des troupeaux où ils les voient nombreux , se décelèrent par des vols journaliers, qui longtemps restèrent impunis.
Dans les derniers temps, les plaintes arrivèrent en masse au gouverneur, sir Benjamin d'Urban. Elles émanaient de tous, tant Anglais qu'Hollandais. Le premier soin du gouverneur fut d'y faire droit. L'aimée 1835 vit environ
8,000 hommes bien organisés, presque tous montés, déborder en Cafrerie et en ramener 50,000 têtes de grandes botes à cornes. Dans ce nombre, un tiers portait la marque des propriétaires, qui, eux-mêmes, avaient fait partie de l'expédition.
Ces hommes réclamèrent leur bien; mais, en dépit de la bonne volonté de sir Benjamin d'Urban, le gouvernement se fit la part du lion. Il vendit tout à son profit, sans vouloir accorder la moindre indemnité aux colons, deux fois dépossédés. Cette mesure criante, peu propre à concilier au gouvernement anglais Tesprit des boers, les irrita {iu plus haut point; mais plus tard seulement leur colère devait s'arrêter à un parti bien louable.
Quand ensuite il fut question de la liberté des esclaves, les choses se firent très-mal. Les esclaves furent taxés à plus de 50 pour 100 au-dessous de leur valeur réelle. Le paiement ne pouvant s'opérer qu'à Londres, les agents prirent une commission énorme, et encore pas un penny ne sortit d'Angleterre. Les colons furent contraints à accepter des marchandises jusqu'à concurrence de la valeur qui leur était due.
Bref, si le commerce anglais s'accommoda d'un étonnant bénéfice, le colon ne toucha pas en réalité au-delà de 8 pour 100. Il fut obligé ensuite à payer chèrement les moindres travaux de ces hommes devenus libres, arrogants jusqu'à l'insulte. La culture s'effaça autour des fermes; il fallut que les boers songeassent à d'autres contrées
T. ir.
où ne les atteindrait pas la persécution; et je dis persécution, parce que la chose était telle, non-seulement parce que les afiBranchis, ignorant l'usage de la liberté^ étaient mis sur un pied égal à leurs anciens maîtres, mais encore parce que, dans tout cas plaidé où il était question de manque d'égards et de mauvais traitements, à peine le magistrat voulait-il entendre les témoins à décharge^ et plus d'un blanc fut emprisonné sur la seule déposition vraie ou fausse de la partie noire plaignante .
À ces chai^ il s'en joignit bien d'autres qu'il me serait trop long de détailler ici, lesquelles, réunies, mirent le comble à l'exaspération des boers. Sans aucun doute une révolution devait éclater, par suite de toutes ces circonstances; mais, religieux par une lecture hebdomadaire de la Bible, les boers cherchèrent à s'assurer par le raisonnement s'il était juste de se révolter contre un pouvoir oppresseur.
Retief était là, descendant d'une ancienne famille française expatriée par suite de la révocation de Tédit de Nantes. Retief, qu'entre tous distinguait un bon sens exquis résultant d'une extrême simplicité de mœurs, se décida à considérer comme les siennes propres les affaires de tous. Suivant lui, il n'y avait point à opter; une révolte donnerait naissance à une rivière de sang, et après elle la tranquillité que veulent des patriarches était plus que douteuse; sans quoi Graham's Town, Colesberg, Port-Elisabeth, étaient à lui sous quinze jours, et ces villes lui don-
naient leurs magasins, leurs arsenaux pleins de poudre, de fusils et de canons, les boers auraient eu pour dix ans de munitions, et de là la possibilité de soutenir dix années de guerre si TÀnglais ne se désistait pas de ses prétentions; bien plus, en cas de revers, n'avaient-ils pas derrière eux les déserts de l'intérieur? Retief était doué d'une grande âme, d'un grand cœur, d'une bonne tête ; mais trop de délicatesse le mettait hors d'état de lutter avec le pouvoir oppresseur. Devant ce noble cœur s'ouvraient de vastes territoires, presque tous déserts, oîi s'amoncelait, haute et verte, la plus riche végétation. C'est là qu'il fallait aller; là au moins les boers n'auraient à verser que le sang des lions; celui des hommes serait respecté.
Du doigt Retief indiqua la direction de ces vastes champs verts, et, confiants en son étoile, 17,000 individus, hommes, femmes et enfants l'y suivirent. Que ne peut l'influence seule d'un homme ! Il partit, laissant chez tous, derrière lui, une foule de regrets ; car Retief était aimé autant des Anglais que des boers.
Son but connu lui valut les sympathies de tout le inonde. On fit pour lui des vœux comme aussi pour ses compagnons. Nombre d'Anglais s'y associèrent encore, parce qu'il suffisait d'une faible dose de bon sens pour se convaincre de l'oppression gravitante exercée sur les boers. Ces pauvres diables, sacrifiant à tout jamais les jouissances que procure le sol natal, s'aventurèrent au large, eux et leurs familles, avec leur mobilier, sur deux essieux, chas-
sant devant eux leur fortune cornue. La terre s'imprégna de plus d'une larme; car elle, cette mère nourricière, était toujours aimée, mais son sein n'était plus tenable; d'autres nourrissons, d'espèce différente, d'humeur mauvaise, l'occupaient, coudoyant les premiers, qui étaient pauvres et simples.
La vue constante de leurs proches et de leurs amis soutint leur résolution; la lecture de la Bible vint la fortifier. Ils s'imaginaient, ces hommes, former un autre peuple choisi de Dieu, devant qui, mais loin, bien par delà le désert, s'ouvrait la terre promise, aux portes définies par deux colonnes posées de la main du Créateur.
C'était en 1836. L'expédition Triechard, partie d'abord comme une avant -garde composée d'éclaireurs , avait donné des nouvelles favorables touchant ces contrées, vierges jusqu'alors du contact des blancs. Retief, après avoir franchi la grande rivière (Oranje-Rivier)^ avait suivi les mêmes traces jusque vers Vaal-Rivier, la rivière jaune, non loin de Zuyker-Bosch-Randy montagnes des buissons à sucre, od il s'était arrêté, partageant son monde en plusieurs camps, afin de trouver aisément des pâturages pour les nombreux bestiaux amenés de la colonie.
Ceux d'alors à qui était dévolu le commandement des divers corps d'émigration étaient Retief, Gert Maritz, Pieter Huys, Henderick Potgieter, W. Prétorius. La saison les forçant à séjourner pour laisser se refaire leurs troupeaux, la contrée située au sud de Vaal-Rivier était çà et
là parsemée de chariots et de tentes, que Ton découvrait après avoir eu connaissance des troupeaux variés en couleur, paissant à la file sur de larges tapis verts.
Massilicatzi, qui en savait quelque chose par ses espions, bien qu'habitant les bords du Morikoé^ non loin des sources de MalappOy situées fort loin vers le nord, Massilicatzi vit avec ombrage cette affluence de monde. Comme il ne voulait souffrir aucun établissement de ce genre, même à 100 lieues de son voisinage, comme l'occasion lui paraissait belle pour s'emparer de beaux et nombreux troupeaux, comme encore Massilicatzi voulait quelque chose de mieux pour son propre usage, des femmes blanches, par exemple, et des maisons blanches (tentes), il résolut immédiatement l'envoi de 10,000 de ses guerriers sur lesboers, pris au dépourvu.
Trente-six boers, campés avec leurs femmes et leurs enfants sous la montagne aujourd'hui appelée Gevecth- Kopy reçurent quelques heures auparavant l'avis de la marche d'un corps d'hommes armés. Il y avait du doute; mais la prudence commandait des précautions extrêmes, qui furent aussitôt prises. Leurs chariots furent disposés en cercle, enchaînés les uns aux autres; les interstices comblés débranches épineuses de mimosas; les armes visitées, les munitions apprêtées. Tout ceci s'effectua la nuit, et la nuit également les chiens de garde donnèrent incessamment l'éveil avec une force inaccoutumée.
Quand se fit le jour, chaque ravin vomissait des flots
d'hommes noirs, à l'allure diaboliq[ue] le Gevecht-Kop, de vert qu'il était , devint noir j partout étaient échelonnés sur les assises des guerriers se tenant comme des corbeaux. Il semblait que leur proie, vivante encore et silencieuse, ne pouvait leur échapper. Deux ailes descendirent de la montagne comme deux forts bras noirs, s' allongeant comme pour saisir leur proie, et en un instant le camp était cerné, le massacre allait commencer.
Heureusement pour les boers, un régiment débuta par donner seul; sa ligne d'hommes, aux cris épouvantables, aux gestes furieux, se brisa lors de sa première décharge comme la vague sur la côte; cent cadavres gisants formèrent du premier coup un obstacle aux survenants. L'étonnement se répandit chez tous ceux qui avaient vu le choc; l'hésitation lui succéda : c'est qu'une seule balle traversait quelquefois cinq, six et sept têtes. Une seconde décharge eut le même succès ; le feu devint ensuite inégal, car pour faire face de divers côtés à la fois, les boers avaient dû se diviser par escouades. Le feu continuait sur la masse de Cafres, qui s'approchait quelquefois à toucher les wagons; les hommes n'avaient qu'à tirer leurs nombreux fusils, que chargeaient leurs femmes, tandis que les enfants coulaient les balles.
Une heure et demie s'écoula de la sorte, chacun déployant toute son activité, toute son adresse. La terre était jonchée autour du camp d'un grand cercle de morte; Vardeur des Amadebelés ralentie par leur perte, le reste se
porta s ur la montagne de laquelle on découvrait ce qui se passait devant le cercle des chariots.
Les boers eurent un instant de rqK>s; les fusils furent layës, et rintérieur du camp nettoyé de onze cents assagayes qui y étaient tombées, lancées par les Cafres. Les boers ne comptaient que deux morts et trois blessés; plu* sieurs de leurs femmes s'étaient distinguées en brisant la tête d'hommes qui avaient cherché à pénétrer en rampant. Plus de six cents Cafres étaient restés étendus sur la place. Le gros, après avoir passé toute la journée en observation et s'être emparé des troupeaux, quitta sa position après le coucher du soleil afin de retourner vers Massilicatzi^ dont chaque guerrier avait à redouter la colère pour n'avoir pas su remplir les volontés du despote, touchant les dix femmes blanches et les dix maisons blanches.
Les boers eurent moins de bonheur sur d'autres points, oh des familles furent massacrées sans s'y attendre. Ils se rallièrent ensuite vers le sud, afin de recevoir des renforts et de tout préparer pour une revanche.
A 480 lieues de là, dans la partie du sud-est, vivait un autre chef cafre, despote cruel et puissant : c'était Bingaan, roi des Amazoulous. Dingaan avait appris les résultats obtenus par Massilicatzi, auquel il ne demandait pas mieux que de chercher chicane à propos de bœufs et de vaches. Vexé de ce que Massilicatzi ne l'avait pas fait participer au bénéfice recueilli, Dingaan, malgré Thiver
qui commençait à sévir dans les contrées élevées qu'habitait Massilicatzi, mit sur pied 25,000 hommes, et les fit diriger à travers et par-delà les montagnes Quathlambène, sur Kuruichane et Mosega, où résidait son ennemi.
Les Àmadebelés, quoiqu'ils eussent affaire à une masse d'hommes aux pieds fendus parla gelée, aux corps nus et crispés par le froid des nuits, ne purent résister au choc des Amazoulous. Ils furent défaits et perdirent nombre de bœufs. Quelques jours auparavant, c'étaient les boors qui étaient venus se payer sur ce peuple des atrocités et du pillage commis sur l'ordre de Massilicatzi. Les Àmadebelés avaient été abîmés; 6,000 têtes de bétes à cornes furent emmenés par les boers, et Massilicatzi, que la crainte dominait, se hâta de réunir les débris de son peuple, avec lequel il alla, sitôt après l'expédition des Amazoulous, se fixer à la courbe de la rivière Oury ou Lympopo (rivière Manice), entre les 21* et 22^ degrés latitude sud.
Cette affaire terminée, Retief leva son camp de Zand- Rivier, et fit route vers la contrée de Natal, cette terre de promission, qu'il découvrit, après septscoften S du sommet des assises de Draak-Berg. Il fallut du temps pour trouver une descente praticable; à force de travail, Retief y parvint cependant. Il put voir se laisser glisser à 2,000 pieds de profondeur une ligne de 1 ,000 chariots portant les familles joyeuses de se sentir enfin sur une terre
' La Sbofte des Hollandais sud-africains est le parcours journalier ordinaire d'un wagon attelé de bœufs.
riche, séparée de celle de leurs oppresseurs par deux barrières naturelles.
Une rivière aux eaux limpides et pures fut bientôt franchie : c'était Touguela, non loin des sources de laquelle Retief établit son camp. De là il poussa jusqu'à Huys- Doorn, pour se détacher ensuite lui-même à la baie de Port-Natal, afin d'y recueillir toutes les informations nécessaires à ses vues. 11 y arriva pour la première fois le 19 octobre 1837, et y eut immédiatement une entrevue avec M. A. Biggar, chargé par les quelques Anglais habitant Natal de la direction des affaires générales et de régler leurs différends particuliers.
Retief fut bien accueilli, et déroula son projet d'avoir une entrevue avec Dingaan pour s'assurer des intentions de ce chef à l'égard des émigrants, comme aussi pour détruire la mauvaise opinion que l'on avait pu lui donner touchant le caractère des boers. Car alors déjà Retief avait eu vent des manœuvres des missionnaires qui avaient accès auprès de la personne du despote. La lettre de Dingaan indiquait ces soupçons, que dans la suite je vis confirmés par les Amazoulous eux-mêmes.
Je possède tout entière cette curieuse correspondance, avec tous les documents principaux des affaires d'alors : aussi puis -je, quand la nécessité l'exige, fournir les preuves de ce que j'avance. Je les livrerais toutes à la publicité, si je ne craignais de fatiguer ceux de mes lecteurs dont le but n'est pas de connaître à fond l'histoire des
premiers temps de Natal. Je me bornerai donc aux prin-
cipales.
PREMIÈRE LETTRE DE RETIEF À DINGAAN.
Port-Natal, 19 octobre 1837.
Au chef des Amazouîom.
Je saisis Toccasion du retour de vos messagers pour TOUS informer que mon plus grand désir est d'avoir avec vous-même une entrevue personnelle, afin de dé* truire quelques vagues rapports qui seraient parvenus jusqu'à vous, touchant les intentions du parti qui a quitté la colonie, et qui désire s'établir dans la contrée inhabitée adjacente aux territoires des Amazoulous,
Notre fervent désir est de vivre en paix avec la nation des Amazoulous. Vous aurez appris, sans doute, notre dernière rupture avec Massilicatzi, résultant des fréquents et désastreux pillages exercés par sa tribu, en conséquence de quoi il était devenu tout à fait nécessaire de lui déclarer la guerre, après avoir échoué d'abord dans toute tentative d'arranger les différends.
Je pars dans quelques jours pour la contrée des Amazoulous, afin d'arranger avec vous nos futures relations. L'espoir de toujours vivre en paix et bonne intelligence avec la nation des Amazoulous est le sincère vœu de votre véritable ami.
Signé : Retief, gouverneur, etc.
Aussitôt après TenToi à Dingaan de cette lettre^ dont lecture avait été donnée à M. Biggar et aux settlers réunis de Natal, ceux-ci, dans le but de se lier d'amitié avec Retief et de lui témoigner leurs sympathies, lui yotèrent cette adresse, sur laquelle, chose des plus étonnantes, pas un nom de missionnaire ne se voit, eux pourtant qui se mêlaient aux affaires publiques et aux démarches générales dont ils donnaient souvent l'idée, afin de tout faire tourner au profit de leurs desseins.