‹ Voyage dans l'Afrique AustraleChapitre 7 sur 65 · ADRESSE A M. PIETER RETIEF PAR LES RÉSIDENTS ANGLAIS DE PORT-NATAL · texte numérisé non relu

ADRESSE A M. PIETER RETIEF PAR LES RÉSIDENTS ANGLAIS DE PORT-NATAL

Nous soussignés, habitants de Port-Natal (original settlers), saluons avec un plaisir sincère l'arrivée de la députation de la part des fermiers émigrants sous Pieter Relief, Esquire, leur gouverneur.

Nous la prions de vouloir bien présenter nos bons souhaits à ses constituants, et de les assurer généralement de notre désir de les recevoir comme amis et peut-être, par suite des circonstances, comme voisins, et surtout de notre vœu qu'une mutuelle et bonne intelligence existe toujours entre nous.

Signé: Alex. Riggar, John Kemble, J.-D. Steller,

W. BOTTOMIBY, ThOS. HOLSTEAD, C. PiCKHAN, H. OgLB,

Thos« Cardsn, George Biggàr, R. King, John Cane, Char. Ajdams, D.-C. Toohey, F. Fynn.

Retief^ charmé des bonnes dispositions dans lesquelles il avait trouvé les résidents, leur répondit ce qui suit :

Port-Natal, 23 octobre 1837.

Messieurs, après une réception aussi flatteuse que celle qui m'a été faite à mon arrivée à Port-Natal, il ne me reste aucune cause pour regretter mon très-pénible voyage de quatre-vingt-dix heures passées à cheval. De cœur et de main je vous déclare que les sentiments exprimés par vous sont ceux que je chéris aussi. Je ne doute pas que le Tout- Puissant, dans sa disposition des événements, ne fasse en sorte que nous venions à nous unir pour notre bonheur mutuel. S'il plaît à Dieu, j'espère, à mon retour de chez Dingaan, ouvrir avec vous des communications plus étendues.

Je reste, messieurs, votre obéissant serviteur et votre fidèle ami.

Signé: f. Retief.

A Biggar, Esquire, et autres signataires.

Ces pièces suffiront pour établir que la bonne harmonie régnait dans les rapports des boers avec les settlers anglais de Port-Natal, et par elles comme par celles que je fournirai encore on jugera combien fut regrettable la non-adhésion des missionnaires, et l'effet de leurs sourdes menées auprès de Dingaan, afin d'utiliser la force des Àmazou-

lous pour refouler dans Tintérieur les boers, dont la présence inattendue portait ombrage à leurs Tues.

Sans plus tarder, Rétief se rendit à Ungunkunckhve (le grand éléphant), où résidait Dingaan. Cinq journées passées à cheval l'y conduisirent. Le temps était précieux à Retief 9 et malgré cela Dingaan ne voulut traiter aucun sujet sérieux ni le premier ni le second jour^ où le despote lui donna le spectacle de danses nationales et guerrières, exécutées par quelques milliers d'hommes. Ce fut seulement le troisième jour que Dingaan consentit à écouter Retief ; mais dès que le chef des émigrants eut témoigné le désir de se fixer avec les siens au sud du Touguela, Dingaan lui dit: « Retief , vous saurez qu'un grand nombre de bétes à cornes viennent de m' être volées sans qu'il ait été possible de savoir par qui. Vous et les vôtres êtes pour moi des étrangers. Jusqu'ici je ne vous connais que d'après vos paroles, qui décèlent un cœur blanc il est vrai. Mais que puis-je répondre à votre désir de vous fixer non loin de chez moi, lorsque j'ai appris d'une façon certaine que les traces de mes bestiaux volés conduisaient vers les points dont vous débouchez? N'est-il pas juste que je retarde ma décision jusqu'à ce qu'arrivent des éclaircissements définitifs?»

Retief et les siens, parfaitements innocents du vol en question, se disculpèrent de leur mieux, et comme la description des bœufs de Dingaan fut donnée, les boers se rappelèrent avoir effectivement vu tout ou partie de la

troupe inentionnëe chez Synkoyala, habitant alors les sommités de Quathiambène. Retief , si hautement intéressé à se laver et à donner à Dingaan une preuve de dévouement, lui promit de lui ramener ses bestiaux en même temps queFauteur du vol, afin qu'il ne pût conserver aucun doute sur la pureté des intentions des boers.

Cette promesse d'une semblable démarche fut acceptée par Dingaan avec tant de joie, qu'il offrit à Retief de lui concéder le territoire de Natal conquis par Djacka, depuis Touguela jusqu'à Omzim-Yobo, s'il était assez heureux pour réussir dans son entreprise difficile.

Quelque temps ensuite, Retief reparaissait devant Dingaan, auquel il présentait ses troupeaux ramenés avecSjn* koyala lui-même, préalablement mis aux fers. 70 boers l'accompagnaient alors, suivis d'environ 30 domestiques, montés sur un ensemb le de 200 chevaux : c'était le 3 février 1838.

Comme précédemment une correspondance avait été te* nue entre P. Retief et Dingaan, qui avait alors pour écri* vain et traducteur le missionnaire anglais F. Owen ; et comme ces lettres sont en ma possession, je crois bien faire de les traduire ici pour l'instruction de ceux qu'elles pourraient intéresser:

A M. p. RETIEF.

Ungunklove» 31 octobre 1837*

Monsieur, le roi désire que je vous dise qu'il a pris de

Hassilicatzi les moutons qu'ont ayec eux les porteurs de la présente; que ces moutons appartiennent aux Hollandais, et qu'il est désireux de les renvoyer à leurs propres maîtres; que son armée en a pris beaucoup d'autres que ceux que TOUS voyez; mais qu'ils sont morts par centaines dans la route, que beaucoup plus sont morts depuis qu'ils sont arrivés ici et qu'il vous en envoie les peaux .

De tout ce qu'il a pu apprendre d'une femme amenée du pays de Massilicatzi, il n'y avait que neuf têtes de bétail appartenant aux Hollandais que son armée a capturés, et ceux-là sont tous morts depuis qu'ils sont arrivés ici, sans quoi il vous les eût envoyés. Om-Schlala-l'omdouna, qui commandait l'armée, dit que Hassilicatzi a fui avec de nombreux troupeaux, et il suppose que la majeure partie a dû appartenir aux Hollandais. Le roi a été trèscontrarié de l'attaque de Hassilicatzi sur les boers. H dit qu'il ne s'attend pas à ce que tous les moutons qu'il envoie arrivent à Port-Natal, parce que beaucoup d'entre eux mourront certainement en route. H dit qu'il approuve fort la lettre que vous lui avez adressée.

Je suis, monsieur, etc.

Signé : J Owen, missionnaire venu d'Angleterre.

+ Marque du chef:

P. S. Le nombre de moutons quittant aujourd'hui cette place est de 110. Le roi enverra par son peuple les peaux

mentionnées jusqu'à Touguela, et il dit : « Vous pouvez envoyer là un wagon, s'il vous platt, afin de les charger. »

Je crois assez inutile d'observer que le missionnaire Owen était probablement quelque mauvais artisan sorti d'Angleterre, lequel n'avait rien trouvé de mieux à faire que de s'enrôler dans l'armée des pionniers de la civilisation. Son style embarrassé dit assez quelle espèce d'homme il pouvait être : cependant j'ai cru devoir le dire, pour que chacun sache quelles tristes gens l'Angleterre destine quelquefois à la propagation de ses idées.

Voici une autre lettre, encore adressée à M. P. Retief, écrite pour Dingaan par le même Owen .

UDgunklove, 8 novembre 1837.

Monsieur, celle-ci est une réponse à la vôtre du 24 octobre, et vous expose la conversation qui vient d'avoir lieu. Je suis fâché d'entendre dire que vous avez éprouvé de si grandes pertes de la part de Massilicatzi. J'ai pris de Massilicatzi un grand nombre de vos moutons, etc., etc. (Ici se répète le contenu de la première.)

Maintenant, quant à ce qui concerne la requête que vous m'avez adressée touchant le territoire, je suis presque disposé à vous l'accorder; mais, tout d* abord, je désire vous dire qu'un grand nombre de bestiaux m'ont été volés de ma contrée par un peuple ayant des vêtements, des chevaux et des fusils. Les Amazoulous assurent que

ces hommes étaient desboers, que ce parti avait fait route vers Port-Natal; ils veulent savoir maintenant (les Zoulous) ce à quoi ils doivent s'attendre.

Maintenant, mon plus grand désir est que vous laissiez voir que vous n'êtes point coupables des charges portées contre vous, puisqu'à présent je crois que vous Têtes. Ma requête est que vous repreniez mes bestiaux et que vous me les rameniez; et, s'il est possible, vous m'enverrez le voleur. Cette démarche m'enlèvera mes soupçons et vous donnera lieu de connaître que je suis votre ami : alors je vous accorderai votre demande. Je vous donnerai suffisamment de monde pour conduire les troupeaux que vous reprendrez pour moi, lesquels écarteront tous soupçons que les bestiaux volés sont dans les mains des Hollandais, et je veux aussi vous donner des hommes que vous puissiez m' adresser comme rapporteurs. Si quelques troupeaux étaient pris qui ne fussent pas des miens, je vous prie de me les envoyer.

-f Marquée du cA^/Dingàan.

Témoin : F. Owen.

A Pieter Reliefs Esquire, gouverneur des Hollandais émigrarUs.

À la lecture de ces deux pièces, on peut se convaincre de la justice des prétentions des boers. Dingaan était maître du territoire; n'en ayant nul besoin pour son peuple, il

Page 1