‹ Voyage dans l'Amérique Centrale, l'île de Cuba et le YucatanChapitre 24 sur 96 · Fille d'un blanc et d'une Indienne · texte numérisé non relu

Fille d'un blanc et d'une Indienne

3. On a retrouvé notamment une route pavée, large de 8 pieds, entre Uxmal et Kabali.

sur la population leur effet naturel. Les hommes sont fermiers, bûcherons , cultivateurs ; ils approvisionnent les marchés , exercent certaines industries dans les villes, tissent eux-mêmes et savent teindre les étoffes de coton qui servent à les vêtir; les femmes trouvent un emploi dans l'intérieur des familles espagnoles, où il y a toujours une demi-douzaine de servantes indigènes : l'une garde les enfants, une autre s'occupe du ménage, celle-ci prépare les tortillas, celle-là fait la cuisine; il en faut une pour émonder les feuilles de maïs dont on enveloppe les cigarettes, etc. Ce luxe de domestiques s'explique par la modicité des salaires, qui se réduisent à la nourriture et à l'habillement.

Merida n'a point de commerce extérieur, et je ne sache rien qui puisse y attirer les étrangers. La vie y coûte moitié moins cher qu'à la Havane; on peut s'y procurer de la volaille, du gibier et du poisson apporté de Sisal; le jardinage est abondant sur le marché, surtout celui des pays tropicaux, tel que gombauds, oignons, concombres, ignames, patates, tomates, piments et aubergines. Les personnes riches mangent du pain de froment et boivent du vin d'Espagne ou de Bordeaux; chaque maison est pourvue d'un puits qui donne de l'eau suffisamment à cinq mètres de profondeur. On consomme beaucoup en ce pays malgré l'intensité de la chaleur: une tasse de chocolat et quelques pâtisseries ouvrent régulièrement et ferment la journée; dans l'intervalle, à neuf heures et à trois, la table est servie d'une manière substantielle ; ces deux repas sont également sérieux.

Dans l'hôtellerie où j'étais installé, vivaient plusieurs naufragés de la Tweed, qui étaient venus chercher à Merida, les uns la guérison de leurs blessures, les autres un remède contre l'ennui. En attendant l'occasion d'abandonner le Yucatan, ils avaient formé le projet de visiter les ruines d'Uxmal, situées à dix-huit lieues dans l'ouest; comme j'avais la même intention, nous fûmes bientôt d'accord pour effectuer ensemble cette excursion. Les débris remarquables qui piquaient notre curiosité furent signalés au monde savant par M. Waldeck, dès l'année 1835; mais c'est

aux publications postérieures de M. Stephens et aux dessins de M. Catherwood, qu'ils doivent surtout leur popularité1. Je me réjouissais de recueillir de mes yeux un témoignage authentique de l'ancienne civilisation indigène, et de poursuivre mes recherches d'histoire naturelle, dans des circonstances qui me paraissaient extrêmement favorables. La saison se montrait d'accord avec mes vues : point de pluie et très-peu de soleil. Le jour du départ était déjà fixé , le bagage prêt, les chevaux arrêtés, quand la veille, sur le soir, s'éleva dans la ville une rumeur inaccoutumée; les cloches venaient de s'ébranler; la trompette résonnait, un trouble inexprimable se propageait de quartier en quartier, de maison en maison; enfin les bruits les plus contradictoires circulaient, sans que personne sut exactement ce qui se passait, et encore moins ce qui allait arriver.

De la fenêtre où nous étions placés, on voyait des groupes animés se former et se dissiper tour à tour; dans l'éloignement couraient des hommes armés ; des coups de feu retentissaient ; un rassemblement tumultueux se portait au Castillo, petit fort qui commande la ville; Merida, si paisible à son réveil, n'était plus que tumulte et confusion.

La nuit fut remplie de perplexité; nous apprîmes, clans la matinée, qu'une révolution venait de s'accomplir: c'était la quatrième dans l'intervalle d'une année. Il n'entre pas dans mon plan d'insister sur les divisions intestines qui, depuis leur origine, déchirent les petites républiques que j'ai visitées; ces événements, pour la plupart, sont peu dignes de l'histoire, et ils ne sauraient inspirerun intérêt bien vif au delà du cercle qui les voit naître : cependant, ici , la querelle des Espagnols se trouve compliquée de circonstances assez particulières pour mériter quelque attention ; les conséquences

\. Les ruines indiennes du Yucatan ont et 3 reproduites avec un talent consciencieux et sur une grande échelle par un artiste américain, M. Catherwood, sous le titre de : Views of ancient monuments ai Central America, etc., New- York, 1844. Voir pour le texte et les détails: Stephens, Incidents oftravelsin Yucatan, New-York, 1843, et le voyage de Waldeck publié à Paris dès 1835. L'ouvrage, intitulé Ramblrs in Yucatan, New-York, 1843, n'est qu'une compilation sans mérite et sans intérêt.

de leur désunion furent si graves , elles ont pesé si cruellement sur le pays , que je ne puis me dispenser d'en faire connaître le principe. Je dirai donc en peu de mots quelle était la situation politique de l'État au moment où je m'y trouvais.

Depuis l'affranchissement des colonies, le Yucatan était resté fort étroitement uni à la Confédération mexicaine, lorsqu'en 1840 la ville de Merida donna pour la première fois le signal de l'insurrection. Les griefs étaient nombreux et légitimes; le soulèvement fut général; on expulsa les garnisons mexicaines, on destitua les fonctionnaires étrangers, on constitua enfin une autorité nationale, qui ne relevait plus que du pays. Cette révolution s'accomplit sans effusion de sang, après une faible résistance. Cependant, vers le mois d'octobre 1842, Je gouvernement fédéral, se croyant en mesure de prendre une revanche, fit investir Campêche par une armée de onze mille hommes. Le siège dura près d'une année, et se termina par la déroute complète des assaillants , qui capitulèrent honteusement et évacuèrent le territoire au mois d'août 1843 4. Le 14 décembre de la même année, le président de la Confédération, Santa- Anna, signait à Mexico, avec les plénipotentiaires yucatèques, un traité dont ils dictaient eux-mêmes les conditions. Le gouvernement fédéral , en vertu de cette convention , perdait le droit de mettre garnison dans les villes de la péninsule; il ne pouvait, à l'avenir, en exiger ni impôts ni* soldats; enfin, il souffrait que les habitants pourvussent directement à l'administration de leur pays et qu'ils réglassent leurs intérêts commerciaux au moyen d'un tarif de douanes dont ils dresseraient eux-mêmes les articles. En échange de ces concessions, qui équivalaient à une complète indépendance , le Yucatan rentra dans le giron de la Confédération.

Deux mois étaient à peine écoulés , que Santa-Anna déchirait ce

1 . Ces petites guerres américaines sont quelquefois plus meurtrières qu'on ne le croit en Europe : la perte des assaillants s'éleva pendant la durée du siège au chiffre de 7,400 hommes, et la mortalité atteignit parmi les blessés la proportion de 97 p. 0/0, résultat que l'on doit attribuer non-seulement à la malignité du climat , mais au dénûment et à l'insuffisance des moyens curatifs. Un rapport officiel constate que 32,000 boulets, 600 bombes, 3,000 fusées à la congrève et un grand nombre d'obus furent lancés sur la ville.

pacte inconstitutionnel en prohibant, par un décret, l'admission des produits de la péninsule dans les ports de la république. Les députés y ucatèques réclamèrent à Mexico ; mais on leur opposa de nombreuses exceptions dilatoires, sans aborder le fond de la question, et l'instance se prolongea jusqu'à la réunion du congrès, qui annula, en décembre 1845, le traité signé par le chef de l'État.

Le 1er janvier 1846, la nouvelle de cette décision parvint à Merida et y excita une vive fermentation. Le gouverneur de la ville, Don Miguel Barbachano, homme ambitieux, qui jouissait d'une certaine popularité, se mita la tête du mouvement, convoqua immédiatement le congrès provincial, et fit prononcer par ce corps politique la dissolution provisoire du lien fédéral. Cependant, dans ce court intervalle, la Confédération elle-même avait eu ses orages, et le président Santa-Anna, banni de son pays, s'était réfugié h la Havane, où il s'efforçait, par de nouvelles intrigues, de rentrer en possession du pouvoir. L'agitation du Yucatan secondait fort à propos ses vues; il y chercha son point d'appui. Ayant mis dans ses intérêts le gouverneur deMerida, dont l'ambition lui était bien connue, il fit jouer adroitement les ressorts de son esprit inventif, gagna les uns par des promesses, les autres par des libéralités, parvint enfin à s'assurer le concours qui lui était nécessaire. Quelques mois plus tard , il rentrait triomphalement à Mexico , par un de ces retours de fortune qui n'ont rien d'étonnant dans un pays où la lice est perpétuellement ouverte aux factions, et il faisait ratifier, au mépris du congrès, le traité du 14 décembre 1843, par le président éphémère de la république. Je m'abstiens de toute réflexion ; les faits peuvent se passer de commentaire ; en voyant ces passions rivales, ces tristes luttes personnelles, ces traités consentis, déchirés, ratifiés, annulés, ce mépris enfin des lois fondamentales de l'État, le lecteur pourra lui-même apprécier et conclure.

Le congrès provincial siégeant à Merida, déclara de son côté, sous l'impulsion du gouverneur et des amis de Santa-Anna, que la ratification du traité faisait revivre le pacte fédéral. Mais la ville de Campêche, jalouse de la prépondérance de sa rivale et du rôle poli-

tique que cette capitale avait joué pendant le cours des négociations, fit naître ici une complication nouvelle. Les mécontents contestèrent la légalité d'un contrat conclu sans la participation de la représentation nationale. En conséquence, ils accusèrent leur propre gouvernement de trahison , le déclarèrent déchu , instituèrent une administration provisoire , armèrent leurs milices et marchèrent sur Merida.

Ce fut alors que se révélèrent, à la faveur de ces divisions aussi impolitiques que coupables , les premiers symptômes de la haine héréditaire que les Indiens nourrissent contre les Espagnols, et dont l'explosion, longtemps comprimée, devait mettre en péril l'existence de ces imprudents rivaux. Les massacres de Valladolid et d'autres meurtres isolés ne suffirent pas pour leur ouvrir les yeux : quelques esprits clairvoyants s'alarmèrent; mais la masse persista dans son aveuglement et rejeta ces catastrophes sur les désordres inséparables de la guerre civile. Les calamités dont ces rivalités furent la source affligent encore le Yucatan, après une lutte de plusieurs années dans laquelle l'élément espagnol faillit s'abîmer.

Merida capitula le 22 décembre 1846, et Campêche devint le siège du gouvernement définitif. Un pareil résultat humilia profondément la capitale; déchue de ses prérogatives et réduite à un rôle secondaire, elle n'attendait qu'une occasion pour faire éclater son mécontentement : la guerre s'y préparait sourdement, et ce fut le 28 février de l'année suivante, au moment où je m'y trouvais, que le mouvement se décida. J'étais alors bien éloigné de soupçonner l'antipathie qui divisait les citoyens de ce petit État, leurs ambitions hostiles, leurs querelles compliquées et le danger qui planait invisiblement sur les deux partis.

Il ne suffisait pas, dans cette conjoncture délicate, de renoncer aux ruines d'Uxmal, il fallait encore sortir du mauvais pas où j'étais engagé : les étrangers résidant à l'hôtel se réunirent en conseil de iuerre, afin de décider si l'on évacuerait la ville ou si l'on attendrait bavement l'ennemi. D'un côté, les hasards d'une longue route, à travers un pays bouleversé; de l'autre , l'aventure d'un siège avec la

perspective des scènes sanglantes de Valladolid. Les bruits qui circulaient n'étaient pas d'une nature rassurante : les Indiens du sud s'étaient soulevés et ils marchaient en armes sur la ville; un courrier avait été assassiné dans la campagne ; les routes étaient rompues, les communications interceptées, et cent autres nouvelles qui faisaient vaciller toutes les résolutions de l'assemblée. Convaincu que, dans une circonstance aussi urgente, l'hésitation était une faute, je pris immédiatement mon parti; et, tandis que mes compagnons discutaient les probabilités d'un siège, je résolus de m'éloigner avant que l'incendie n'eût fait de nouveaux progrès. Morin fut expédié pour préparer les voies d'exécution; mais les difficultés étaient sérieuses. En présence du conflit qui menaçait d'éclater, chacun songeait à sa propre sûreté et déclinait l'honneur de nous tirer d'affaire; la crainte de l'ennemi s'était emparée des muletiers et paralysait la bonne intention qu'ils avaient de s'approprier notre argent. Cependant, à force de démarches, nous rencontrâmes un homme entreprenant qui consentit à risquer l'aventure. H s'engagea, moyennant 200 francs, à nous conduire, nous et notre bagage, dans les murs de Campêche. Cette somme ne me parut point excessive dans les circonstances où nous nous trouvions, le prix du voyage étant ordinairement réglé à 50 francs par personne.

Le 2 mars, à cinq heures du soir, l'équipage qui nous avait été promis s'arrêtait à la porte de notre hôtellerie; un coup d'œil jeté sur la rue me fit entrevoir un char dans le goût primitif, couvert d'une toile grise et attelé de trois maigres chevaux , les plus chétifs sans doute de l'écurie et peut-être même de la ville. Le tout figurait assez bien un de ces coches malencontreux que Callot aimait à crayonner, et qu'il plaçait toujours dans des situations équivoques. Un Indien dirigeait gravement ce véhicule; un second indigène, trapu et contrefait, chassait devant lui un trio supplémentaire de haridelles, destinées à relayer les premières et à servir de renforJ au besoin. Je fus médiocrement flatté de cet ensemble; mais 5 moment eût été mal choisi pour discuter. On eut mille peinesà disposer notre bagage et l'embarras s'accrut lorsqu'il s'agit de os

propres personnes. Dépourvu de bancs et de sièges , mais garni d'un matelas, notre chariot était un lit roulant, où Ton ne pouvait guère prendre d'autre attitude que celle qui convient au sommeil. Tel est l'usage d'un pays où la chaleur du jour fait une loi de voyager la nuit. Nous nous mîmes donc en route dans ces conditions insolites. Il y avait une demi-heure que nous étions partis, et nous nous escrimions encore, Morin et moi, à chercher une position tolérable; enfin, après avoir épuisé, pour garder l'équilibre, toutes les combinaisons de la statique, il fallut en revenir, bon gré, mal gré, à la projection horizontale. La route se déroulait en plaine, mais tellement raboteuse et cahotante, que de minute en minute le véhicule semblait près de se briser; cependant nos conducteurs suivaient imperturbablement leur ligne sans prendre souci des obstacles, et nous vîmes clairement que malgré le bénéfice de notre position il ne fallait pas compter sur le sommeil.

Vers huit heures, la lune se leva comme un globe de feu; les vapeurs qui ternissaient la limpidité du ciel se dissipèrent et une splendeur mélancolique se répandit sur la plaine boisée. Nous arrivions au bourg de Uman, qui nous parut silencieux et désert comme si l'ennemi l'eût déjà saccagé. Tandis que les Indiens organisaient notre premier relais, avec la lenteur qui leur est habituelle, je m'avançai vers l'église , édifice isolé sur les limites de la campagne, et, franchissant un léger obstacle, je me trouvai dans l'asile des morts. Une pierre , sans doute une tombe , se détachait à quelques pas sur la verdure; je m'approchai de cette sépulture inconnue, et, le cœur rempli d'émotion, je tombai à genoux et je priai. Les souvenirs de la patrie lointaine, le sentiment profond de ma faiblesse et la grandeur de la création qui m'environnait, pénétraient à la fois mon âme comme une harmonie douce et triste produite par l'accord de plusieurs instruments. Tout à coup un bruit léger vint me tirer de ma rêverie ; je levai les yeux et tressaillis : était-ce une illusion de mes sens? Des formes blanches se dégageaient successivement des ténèbres qui enveloppaient l'église, et passaient aux rayons de la lune comme des ombres dans leur linceul. J'éprouvai

(pourquoi ne l'avouerais- je pas?) une émotion très-vive; l'heure , le lieu, la nature de mes pensées, tout disposait mon imagination à une surprise. Mais l'hésitation ne pouvait être longue ; je me levai et j'avançai : c'étaient de pauvres Indiennes qui venaient de prier comme moi sur les tombeaux.

Trois quarts d'heure avaient à peine suffi pour renouveler notre attelage ; je repris mon poste sur le char et m'y accommodai de mon mieux, calculant avec un soupir la longueur d'un voyage dont le terme était encore bien éloigné. Au milieu de la nuit, nous atteignîmes le bourg de Chochola , un des plus importants de la route : nous le trouvâmes occupé par l'arrière -garde des insurgés et brillant du feu de leurs bivacs. Ce fut notre première étape ; le commandant du détachement ne voulut pas permettre que nous poursuivissions, jusqu'à ce que lui-même se fût porté en avant. Nous nous résignâmes donc à prendre quelques heures de repos; on détela, et le char se renversant sur ses brancards, nous fournit un plan incliné sur lequel nous dormîmes en attendant l'aurore. Cette première entrevue avec les troupes de Merida nous permit d'espérer qu'au moins les obstacles ne viendraient pas de leur côté; c'était déjà un commencement de sécurité.

Dans la matinée, nous rejoignîmes l' arrière-garde, qui nous parut forte d'environ trois cents hommes , appuyés par deux pièces de campagne. Ces guerriers marchaient à la débandade , sans autre règle que leur bon plaisir; ils étaient tous armés de fusils; leur habillement consistait en un pantalon blanc retroussé jusqu'au milieu des cuisses et une chemise flottant au vent , tenue qui nous parut peu militaire. Quelques-uns même avaient trouvé moyen de simplifier cet uniforme; à leur peau bronzée, à leurs muscles saillants, à leur constitution plus vigoureuse, on reconnaissait ceux dont le sang était croisé et qui participaient de la race africaine. Les officiers, en petite veste ronde et en chapeau de paille, ressemblaient à d'honnêtes planteurs; la plupart étaient mal chaussés et cheminaient d'une allure assez triste, par un soleil ardent et 40 degrés de chaleur. Engagés au milieu de cette horde par l'ineptie

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de notre conducteur, il fallut régler nos mouvements sur les siens ; heureusement le bourg de Maœcanû, où nos belliqueux compagnons devaient rallier le corps principal, n'était éloigné que d'une lieue: nous partageâmes, en y arrivant, l'ovation qui leur avait été préparée, et notre chariot fit triomphalement son entrée, au bruit des cloches et des pétards, entre deux haies de beautés un peu cuivrées, mais parées de tous leurs atours. Ces démonstrations officielles n'en imposaient, hélas! à personne; les chefs étaient visiblement soucieux, les soldats indifférents, le reste de la population assez peu rassurée. Les marchands se hâtaient de faire disparaître leurs étalages; ils avaient été taillés à merci par les deux parties belligérantes dans la dernière campagne, et leur enthousiasme patriotique en paraissait fort attiédi ; à peine déguisaient-ils leur peu de sympathie pour la cause nationale. Du reste, on ne savait rien des mouvements de l'ennemi, et chacun aimait à se persuader qu'il n'était pas encore sorti de Campêche.

La plaine que nous venions de traverser se soulève aux environs de Maxcanû, et l'on voit courir plusieurs petites chaînes de montagnes dans la direction du nord-est; le terrain est un calcaire compacte ou tuffacé, quelquefois bréchiforme, comme près de Merida; il renferme de nombreux débris testacés et paraît se rattacher à l'époque jurassique1. Malgré l'intensité de la chaleur, je parcourus activement les alentours; la campagne, couverte de forêts rabougries, me parut pleine de tristesse et d'abandon; la sécheresse avait flétri les feuilles; la plupart des arbres étaient dépouillés; enfin une teinte grisâtre et monotone régnait jusqu'aux limites de l'horizon.

Les bourgades et même les simples villages du Yucatan , m'ont paru construits d'après un plan' régulier et uniforme ; j'ai été frappé

\* Les fossiles de cette localité, sans offrir de particularités saillantes, paraissent différer néanmoins des espèces qui vivent actuellement sur le globe; leur détermination spécifique est, du reste, trrs-difficile à établir, la plupart se réduisant à des moules intérieurs grossiers, ils appartiennent à un terrain tertiaire moyen, semblable par sa contexture à la roche fossilifère de la Guadeloupe. Voy. dans le Bulletin de li société géologique de France, 2e série, t. X, p. 506, une notice de M. Deshayes sur cet objet.

de leur bonne ordonnance, de leur propreté, des édifices publics dont ils sont ornés et du luxe de leurs jardins, dont la nature, il est vrai, fait presque tous les frais. Les rues sont spacieuses, orientées et sévèrement alignées ; au centre règne la place , dominée par une église qui n'est pas dénuée d'architecture. Sur le front opposé se développent les bâtiments municipaux, découpés en arcades, pour abriter les passants du soleil ; puis viennent les principales habitations, parmi lesquelles figurent un ou deux magasins pourvus de tout ce qui est nécessaire à la vie. Il y a peu de villages en France , je n'hésite pas à l'affirmer, qui puissent offrir les mêmes ressources et dont l'aspect flatte aussi agréablement les yeux.

La route que nous prîmes dans la soirée , après quelques difficultés diplomatiques dont nous finîmes par triompher, était encore plus rocailleuse que celle de la nuit précédente; notre cocher n'en tenait compte, et. malgré nos avis, fouettait obstinément, comme si son bras eût été mû par un mécanisme invisible. Il arriva ce que nous avions prévu : de secousse en secousse, un des brancards craqua et se rompit; il fallut mettre pied à terre et continuer au pas, après avoir constaté une avarie à peu près sans remède. L'ombre commençait à s'étendre lorsque nous fîmes halte pour changer de chevaux, au milieu d'une clairière accidentée par des rochers; mais José Maria , qui dirigeait les relais, ne se montrait pas encore ; j'envoyai Morin à sa rencontre, et je gravis moi-même une éminence d'où l'on découvrait la campagne. Un quart d'heure s'écoula, puis un second qui me parut un siècle; enfin, n'étant plus maître de mon impatience, et ne sachant comment expliquer ce qui se passait, je quittai mon poste d'observation pour tacher d'éclaircir le mystère. Tout à coup, en tournant les yeux, par un mouvement instinctif de prudence, je vis notre équipage qui s'éloignait au trot. Prendre ma course , arrêter les chevaux et saisir le conducteur parle bras, fut l'affaire d'un instant. Aux questions que je lui adressai, cet homme balbutia , se troubla et me devint suspect ; je le fis descendre assez rudement et lui défendis de s'écarter. La conduite équivoque de ces deux Indiens, dont l'un avait disparu et dont

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i'autre prenait la fuite, la nuit qui survenait, la solitude, la fermentation du pays, tout contribuait à m' inquiéter. Qui me garantissait que, pendant cette journée d'oisiveté, aucun complot n'avait été tramé entre nos guides et les bandits de Maxcanu? Heureusement le retour de Morin dissipa mes appréhensions; il avait recueilli José Maria sur la lisière du bois, où il dormait en homme dont la conscience paraissait fort tranquille, tandis que ses chevaux broutaient à quelques pas de lui ; le drôle s'était enivré complètement, et nous ne tardâmes pas à nous apercevoir qu'il avait un complice en la personne de son camarade; en etïet, à peine fûmes-nous en route que les rênes échappèrent des mains de celui-ci, et qu'il tomba, comme un bloc, dans l'intérieur de la voiture, sans qu'il fût possible de le réveiller. Morin dut remplir son office et diriger le malencontreux équipage, tandis que notre ivrogne s'étendait fort à l'aise sur le matelas qui garnissait le char.

Je pouvais apprécier de mes yeux les effets d'un poison qui a contribué plus puissamment peut-être que la guerre et la servitude au dépérissement de la race indigène : la passion des liqueurs fermentées sollicite l'Indien d'un bout de l'Amérique à l'autre , sous les tropiques comme vers le pôle , avec une énergie qui domine tous ses autres penchants. Comme aujourd'hui sa condition n'est nullement malheureuse, au moins dans les colonies espagnoles, on ne saurait lui pardonner un vice qui trouve tout au plus son excuse dans l'excessive misère de l'humanité. Il est rare que l'ivresse se manifeste chez lui par l'expansion et par la turbulence; ses eifets ordinaires sont ceux d'un narcotique puissant; le sommeil physique en est souvent la suite ; celui de l'intelligence se prolonge quelquefois pendant plusieurs jours. Dans les pays où la race indigène est comptée pour quelque chose , sa propension à l'ivrognerie est une calamité qui affecte très -sérieusement les intérêts du corps social. Ce sentiment est partagé au Yucatan , où cependant jusqu'ici on n'a rien fait pour extirper le ma! ou tout au moins pour l'atténuer. Il n'en est pas de même au Tabasco; le gouvernement de cet État a pris un parti décisif, en interdisant la vente des

spiritueux aux indigènes; les considérations les plus graves ont fait adopter cette mesure, car on a constaté, indépendamment de tout autre résultat funeste, que l'abus des liqueurs alcooliques annihilait chez l'Indien les facultés viriles dès l'âge de vingt-sept ans.

Morin conduisait donc avec toute la prudence que réclamait l'état de notre véhicule, sur une route qui nous était inconnue, mais que la lune argentait de ses rayons, et moi je commençais à m'assoupir, grâce au changement de notre allure, lorsqu'un Qui vive! suivi de Tordre d'arrêter nous surprit tous deux à l'improviste ; nous venions de donner sur l'avant-garde ennemie, qui était campée près du bourg deJalaxo, à six lieues seulement de Maxcanû. Les Campêchiens n'avaient point perdu de temps, et je me sus bon gré d'avoir agi de même, car une rencontre entre les deux partis paraissait imminente. Aussitôt, nous fûmes environnés par une troupe d'hommes armés qui sortirent de leur embuscade, et qui nous conduisirent, après un interrogatoire sommaire, au quartier général dont nous étions peu éloignés. Lorsque nous débouchâmes sur la grande place de Jalaxo , illuminée par les feux du bivac, chacun accourut pour nous examiner ; le bruit s'était répandu qu'on avait fait des prisonniers, et la nouvelle passant de bouche en bouche, avait pris, selon l'ordinaire, des proportions considérables. Les curieux furent donc un peu désappointés. Nous n'eûmes, au reste, qu'à nous louer des procédés dont nous fûmes l'objet, et de la courtoisie des chefs, qui nous laissèrent maîtres de poursuivre notre voyage comme nous le jugerions à propos.

Tandis qu'on s'occupait de la réparation du char, je parcourais les rangs de cette petite armée , forte d'un millier de soldats, appuyés par une artillerie respectable, et je songeais à la troupe exiguë qui campait bravement à Maxcanû sans se douter que P ennemi fût si proche ; encore n'était-ce que la moitié des forces que le gouvernement dirigeait contre l'insurrection. Les résultats de la campagne furent tels qu'on devait le prévoir; les défenseurs de Merida n'attendirent pas leurs adversaires; ils se replièrent sur la ville, qui capitula le 9 mars, au milieu de la désertion générale. La cause insur-

rectionnelle n'avait effectivement aucunes racines dans la population : chacun paraissait las de ces rivalités de famille et de ces luttes sans gloire et sans profit , qui ensanglantaient le pays au gré d'un petit nombre d'ambitieux. Mais la race indigène, que les factions avaient armée et aguerrie, entreprit bientôt pour son propre compte une croisade nationale qui embrasa toute la péninsule, et dont le foyer longtemps couvert est à peine éteint aujourd'hui.

Le reste du voyage s'accomplit sans incident remarquable; José Maria avait disparu avec ses trois chevaux dans la nuit de notre arrivée à Jalaxo, et quant à son camarade, il ne sortit de la léthargie où il était plongé que sur le pavé de Campêche. Nous atteignîmes cette ville dans la matinée du 5, soixante heures après avoir quitté Merida. La distance peut être évaluée à une quarantaine de lieues.

A mesure que l'on approche de la capitale, on voit grandir la végétation qui , malgré la sécheresse du sol , prend une vigueur et un éclat inaccoutumés. La route serpente sous de profonds massifs de myrtacées, de sapotées, d'ingas d'une merveilleuse fraîcheur; bientôt l'azur du golfe découpe çà et là le feuillage ; des bois de cocotiers rayonnent sur tous les points ; les jardins se succèdent , les maisonnettes se multiplient , on traverse les faubourgs , on entre enfin dans l'enceinte des murs.

Nous trouvâmes à Campêche une auberge passable ; la chère ne valait pas celle de Merida, mais elle était aussi bonne que le permettaient les ressources d'un pays sec et brûlant, dans la saison la plus inopportune. Ma curiosité fut éveillée à table par un mets particulier, le cazon, sur la nature duquel je conçus quelques doutes. Les éclaircissements que j'obtins du cuisinier ne m'ayant point satisfait, je me rendis au port, où je vis, après une courte reconnaissance, un pêcheur qui lavait dans la mer certains poissons d'une apparence suspecte : « De grâce, lui dis-je en l'accostant, comment nommezvous ces poissons ? » Le pêcheur leva les yeux sur moi avec une expression d'étonnement ; et comme je réitérais ma question : « Eh ! senor, me répondit-il , ne voyez-vous pas que ce sont des cazôns ? »

— « Halte-là ! repartis-je; vos cazons9 mon ami, sont de véritables requins ! » Mais le pêcheur n'en convint pas ; il reprit son occupation d'un air d'incrédulité malicieuse, et je poursuivis mon chemin. Bientôt j'en vis de toutes les dimensions, de toutes les formes et de toutes les couleurs : des cazons à marteau , des cazons en fer de hache , des cazons à museau pointu , blancs , noirs , chagrinés , en tout cinq espèces de requin. 11 y en avait de frais et de salé , de rôti et de bouilli, enfin pour tous les goûts. Je savais que ces squales fourmillent sur le banc de Campêche, mais j'ignorais le culte gastronomique dont ils sont l'objet. J'appris en outre, pendant mon excursion , que le cazon blanc, autrement jaquelon, requin d'un gris blanchâtre, à peau lisse et à tête pointue, était un morceau particulièrement apprécié des connaisseurs. Quant au mot tiburon , qui dans l'idiome espagnol désigne tout bonnement le requin , il est banni de la langue gastronomique, comme une expression malsonnante dont les convenances ont fait justice.

Le marché public est situé dans le voisinage du port ; il m'a paru qu'il ne laissait rien à désirer au point de vue de la propreté et du bon ordre; comme à Merida, j'admirai, en le visitant, la tenue parfaite des Indiennes que l'on voit accroupies par longues files, au nombre de deux à trois cents, près des objets de leur commerce. Ce sont des fruits, des fleurs, des piments variés, des oignons, des haricots noirs, des citrons sauvages, des pommes de terre , médiocres en ce pays; des patates, des ignames, une grande diversité de cucurbitacées et de solanées, enfin des œufs, quelques poulets et l'inévitable cazon. Le mercredi et le vendredi on peut aussi s'approvisionner de tortues; j'hésite à dire en quel état ces animaux sont offerts aux chalands, carie traitement qu'on leur inflige révolterait sans doute le lecteur. Parmi les fruits exposés en vente , le caïnito et Yanone étaient tous deux nouveaux pour moi.

Le caïnito est rond , de la grosseur d'une pomme , avec la peau lisse et violette de l'aubergine; la pulpe rouge, plus rarement blanche, est molle, visqueuse, douée d'une légère saveur qui rappelle un peu celle de la fraise ; les semences sont enveloppées d'un

parenchyme blanchâtre, gluant et insipide. C'est un fruit médiocre, très -commun dans les jardins de Campêche, où l'arbre qui le donne (chrys. Jamaïcensej Jacq.) se distingue par ses feuilles lustrées, couleur de rouille sur leur face inférieure.

L'anone (a. reticulala L. ) appartient à une famille nombreuse sous les tropiques , celle des anonacées , dont les fruits , souvent délicieux, n'offrent aucune analogie avec ceux de nos climats. L'espèce dont il est ici question, doit à sa forme et à sa couleur le nom de cœur de bœuf que les Français lui ont donné dans les colonies. La peau mince dont elle est revêtue cache une pulpe blanchâtre, onctueuse, d'un goût très-fin et très-particulier, qui produit sur le palais l'impression d'une crème parfumée.

En continuant ma promenade, j'observai par quelle industrie les habitants suppléent à la rareté du numéraire. Dans la majeure partie de l'Amérique espagnole, la monnaie la plus faible est le medio, petite pièce d'argent équivalant à 30 centimes. A Cuba, le peuple s'en accommode; mais on n'est pas si magnifique au Yucatan, où l'argent est moins abondant et coûte plus d'efforts à gagner. Pour établir une balance exacte entre les espèces courantes et les denrées de mince valeur, on coupe le medio en deux, en trois et même en quatre fragments. Chaque moitié vaut un cuartillo, et chaque cuartillo deux chicas. Je vis aussi, avec un certain intérêt, que le cacao sert encore à faciliter les échanges sur le marché de Campêche , exactement comme au temps des Indiens. Le cours de cette monnaie varie dans la proportion de 80 à 160 grains pour un medio, selon son abondance sur la place : cinq grains de cacao sont la dernière expression du système monétaire.

La situation de Campêche est une des plus riantes que j'aie vues en Amérique ; la ville proprement dite ne se distingue par aucune particularité , si ce n'est par les murailles crénelées qui en forment l'enceinte ; la grande place est fort laide, la cathédrale mesquine, aucun monument enfin n'attire l'attention du voyageur; mais il règne partout un esprit d'ordre et une tenue qui contrastent avantageusement avec la négligence fastueuse de la Havane. On sent que

l'administration est animée ici d'autres vues et qu'elle procède d'une autre source. Rien de charmant comme la perspective des faubourgs, où une population de dix mille âmes vit dispersée sous de magnifiques ombrages, depuis la plage semée de cocotiers jusqu'à l'amphithéâtre de collines qui ferme l'horizon* Du haut de YEminencia, d'où l'artillerie mexicaine foudroya la ville en 1843, on peut se former une idée nette de l'assiette et du développement de Campêche; mais pour jouir d'un coup d'œil véritablement enchanteur, il faut gravir, au lever du soleil, le Cerro de San Francisco, qui domine les faubourgs dont j'ai parlé précédemment. Depuis ces hauteurs, le regard plane, sur une masse de verdure et de maisonnettes blanches de l'aspect le plus pittoresque ; on aperçoit dans l'éloignement les édifices saillants et les clochers de la cité, qui se détachent en lumière sur la nappe azurée du golfe ; on découvre aussi le ravin qui sert de lit au Rio de San Francisco, égout des eaux pluviales, d'une lieue tout au plus d'étendue, auquel nos géographes ont donné une importance imaginaire et qu'ils ont mal à propos placé à l'ouest de la ville. Il est inutile d'ajouter que l'on ne rencontre point de crocodiles sur les bords de ce ruisseau fangeux, quoi qu'aient dit certains voyageurs.

On remarque, à la porte Santa Anna, une promenade plantée d'orangers entretenus avec le plus grand soin; c'est un objet de luxe pour une ville dont les alentours sont autant de promenades naturelles. La culture des jardins était fort négligée des habitants de Campêche, il y a peu d'années ; elle doit beaucoup à l'impulsion intelligente d'un de nos consuls, M. Laisné de la Ville -l'Évêque, qui s'était appliqué à enrichir le pays d'une multitude de plantes utiles ou d'agrément. La campagne, dans la saison où je la parcourus, n'offrait pas une grande diversité de fleurs; je vis au bord des haies des cléomés ligneuses; sur la plage, des pervenches, l'anthémis à feuille odorante, le cierge quadrangulaire et un cactus, le pitaja, qui grimpe aux troncs des arbres et suspend à leurs rameaux ses fruits, les plus beaux et les plus savoureux parmi ceux que produisent les végétaux de cette tribu; enfin, l'argémone mexicaine,

sorte de papa véracée caractéristique des tropiques, étalait ses corolles dorées jusque dans les rues de la ville.

Le climat de Campêche est ardent, et insalubre dans la saison pluvieuse ; les fièvres intermittentes qui se déclarent alors, simples et sans complication au début, sont fréquemment suivies de lésions organiques et prennent volontiers un caractère pernicieux. Le vomito est aussi une des maladies du pays. A. ces conditions fâcheuses il faut ajouter l'incommodité des insectes qui vivent en guerre avec notre espèce, lesquels multiplient prodigieusement sous l'influence de la chaleur combinée avec l'humidité saline. Les blattes, les scorpions, les myriapodes, les moustiques, infestent les habitations, surtout hors de l'enceinte des murs.

Le scorpion de Campêche ne jouit pas d'une bonne renommée dans le rayon du golfe; on prétend qu'il n'en existe point de pire; c'est un préjugé qu'il faut attribuer sans doute à la répétition des accidents sur les points où l'on charge et où l'on emmagasine le bois de teinture, dont les cavités servent souvent d'asile à cet aranéide malfaisant. Sa piqûre, comme j'en ai acquis l'expérience, détermine une inflammation passagère, accompagnée de mouvements fébriles , qui se dissipe naturellement lorsque la blessure n'intéresse pas un organe où le système nerveux prédomine.

Quant au moustique et mieux mosquite1, il n'est pas nécessaire de traverser l'Atlantique pour savoir combien son bourdonnement et ses atteintes sont insupportables. Dans les pays chauds néanmoins, cet insecte se propage d'une façon bien autrement active, et le venin qu'il distille acquiert aussi plus d'âcreté. Il faudrait renoncer au sommeil, si l'on négligeait de s'abriter pendant la nuit derrière un rideau de gaze hermétiquement clos. Mais c'est principalement au bord des rivières et dans le voisinage des bois que la multiplicité des moustiques est un fléau; on voit en Amérique de vastes territoires rendus inhabitables et soustraits au domaine de l'homme par ce misérable pygmée.

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