‹ Voyage dans l'Amérique Centrale, l'île de Cuba et le YucatanChapitre 31 sur 96 · Robertson, The Hist. of America, 1. vu, p. 275 et suiv · texte numérisé non relu

Robertson, The Hist. of America, 1. vu, p. 275 et suiv

2. B. Diaz, c. 16. L'emploi de cet alliage a précédé également en Europe celui du fer.

suivre encore la trace sur un développement de trois milles, cette ville fut certainement un centre de population important; c'était là que les différents caciques, qui se partageaient le territoire, relevant tous d'un chef suprême par une sorte d'investiture féodale, apportaient le tribut annuel, consistant en cacao, miel, maïs, résines odoriférantes , habillements de coton , poudre d'or en petite quantité, plumes et peaux de jaguar. Le gouvernement était féodal dans la forme la plus absolue, comme il le fut chez les Aztèques avant le premier Montézuma. Mais tandis que l'aristocratie, dans l'État mexicain, était humiliée et opprimée par l'autorité suzeraine, le Yucatan, vers la même époque, se débattait dans une lutte analogue , d'où l'élément contraire sortait vainqueur. Ce dernier fait n'est qu'une conjecture, assez vraisemblable toutefois dans le silence de l'histoire ; ce qui est bien certain , c'est l'existence de Mayapan et la destruction de cette capitale par la ligue des caciques rebelles, 70 ans environ avant l'arrivée des Espagnols. Le récit des anciens annalistes est ici confirmé par un témoignage matériel.

Il serait peut-être hors de propos d'entrer dans de plus longs développements sur la condition sociale des anciens habitants de la péninsule ; je me bornerai donc aux conclusions suivantes : c'est que la douceur des Mayas avant que leurs mœurs eussent été altérées par le contact des Aztèques, leurs vertus hospitalières, leurs égards pour la vieillesse, leur piété pour les morts *, attestent un profond respect pour les lois de la morale et une perception fort nette de ses principes. La croyance à l'immortalité de l'âme et à une juste répartition des récompenses et des peines, l'usage de se confesser publiquement dans les maladies et dans les grands dangers2, enfin une cérémonie remarquable par son analogie avec le

1 . Ils renfermaient dans des statues de bois creux les cendres de leurs parents , et plaçaient ces simulacres parmi ceux de leurs dieux domestiques , usage bien curieux par sa ressemblance avec les pratiques de l'Egypte et surtout avec celles de l'Étrurie. Chez les Étrusques, l'effigie était enterre cuite; les sépultures de Clusium et de Corneto en offrent différents exemples.

2. Cette coutume avait son mauvais côté : « S'ils ne mouraient pas, dit Herrera, il en résultait de rudes querelles dans les ménages, »

baptême, cérémonie qui n'a été observée qu'au Yucatan, et qui avait pour objet de purifier l'enfant de toute souillure morale et de le disposer au bien, suffisent pour réhabiliter une race que la politique, l'intérêt et des préjugés obstinés ont injustement condamnée1,

La suite de cette histoire est bien connue; elle diffère peu, d'un bout de l'Amérique à l'autre, entre les diverses peuplades qui pendant trois siècles et demi ont vécu sous le joug du despotisme militaire et du fanatisme religieux. Mais à quoi bon consulter les écrits? on peut la lire sur le front des Indiens, que l'humilité a courbés; dans leurs regards craintifs, dans leur intelligence dont les rayons se sont obscurcis : astreints depuis la conquête de leur pays à une discipline à peu près uniforme, ils ne portent plus les cheveux longs, les pendants d'oreilles, la coiffure de plumes, et ces manteaux de coton fin qui distinguaient les classes supérieures. La danse, la musique, indices d'une vie libre et facile, sont des délassements qu'ils ne connaissent plus, ou s'ils exécutent par hasard quelques mélodies sur leurs instruments grossiers, ce sont des chants plaintifs, qui semblent pleurer les jours d'un bonheur éloigné et perdu 2.

C'est une opinion généralement admise au Yucatan, que les facultés intellectuelles des Indiens de nos jours, de ceux dont les ancêtres ont élevé les monuments de Palenque, d'Uxmal et de Ghichén-Itza, sont inférieures à celles des nègres. Mais qui reconnaîtrait dans les fellahs de la moderne Egypte les descendants du peuple sage qui nous communiqua les premiers éléments de la civilisation, ou dans les Maures^ barbares et fourbes, du Maroc les petits-fils de ces brillants Arabes qui introduisirent la chevalerie en Europe3? La condition actuelle des indigènes est le seul point que

1. La plupart de ces renseignements ont été puisés dans la IVe décade d'Herrera, 1. x, c. 4.

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