Voir la note G, n. 2, à la fin du volume
3. €e fut lorsque les Espagnols, vers le milieu du xvine siècle, cherchèrent à s'emparer de Balise.
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lointain, graduellement affaibli par les montagnes. Nul ne s'y préoccupe de la forme du gouvernement ou ne discute la valeur de ses actes; les grands mots d'humanité et de liberté, dont l'amorce est trompeuse, en Amérique comme en Europe, ne vibrent point dans ces parages. Espagnols sous les vice-rois, Mexicains après l'affranchissement des colonies, plus tard fédérés, aujourd'hui citoyens d'une république indépendante, les habitants du Petén, sans prendre aucune part à la lutte, se sont invariablement rangés sous la loi du plus fort. Le corrégidor et les alcades, dans leur administration paternelle, résument à leurs yeux tous les pouvoirs, toutes les dignités de l'État. Le nom même que porte la ville est un témoignage de l'esprit pacifique et de l'accord des habitants : Cirilo Flores fut une victime des fureurs populaires; quand le parti fédéraliste auquel il appartenait triompha, ses amis voulurent honorer sa mémoire, en donnant son nom à une ville où jamais la discorde n'avait fait couler le sang des citoyens1. Je fus témoin de cette indifférence philosophique, quand la nouvelle de la rupture du pacte fédéral et de la constitution de l'État en république indépendante, parvint au cheflieu du district. Telle est au surplus la lenteur des communications avec la capitale, qu'un acte politique consommé le 21 mars 1847 n'était connu que le 10 juillet à Flores, après un laps de trois mois et demi.
Ce pays où l'on respire un calme si parfait et où l'on vit dans une ignorance si profonde de la marche du monde, est en même temps un des plus hospitaliers que j'aie visités. Je n'oublierai ni la bienveillance que j'y ai rencontrée, ni l'harmonie qui m'a paru régner au sein de la population. L'égalité des conditions et des intelligences contribue sans doute à cet heureux concert; la vanité, l'envie, ces tristes dissolvants des sociétés humaines , trouveraient effectivement peu d'aliments à Flores; les plus savants me confessaient leur ignorance et me priaient de les instruire , mais je m'aperçus bientôt que la légèreté de leur esprit paralysait chez eux toute aptitude. J'ajou-
1. Cirilo Flores, vice-président de Guatemala,- massacré en 1826 à l'instigation du parti centraliste par la populace de Quezaltenango.
terai que les mœurs sont fort douces dans toute l'étendue du district, et que jamais on n'y entend parler d'un attentat contre les personnes.
Le jour qui suivit ma première sortie fut un jour mémorable ; la fièvre m'avait quitté et je devais faire l'essai de mes forces. 11 s'agissait d'un voyage de circumnavigation que je rêvais depuis longtemps, et que j'allais entreprendre enfin sous la direction de mon vieil ami l'alcade. Le soleil commençait à poindre et pénétrait déjà l'atmosphère; la température était délicieuse; tout m'enivrait , tout me paraissait enchanteur. Je ne me lassais pas d'admirer la transparence de Tonde, les plantes qui tapissaient le fond du lac, les îles vertes, les rivages boisés et la perspective aérienne des promontoires baignés dans la vapeur du matin. Mais tandis que je m'éloignais de la terre, heureux de vivre et de sentir, un son funèbre partait de la ville et semblait s'attacher à nous, comme pour mêler une amertume aux jouissances dont l'excès m'accablait. La cloche de l'église tintait : un pauvre voyageur, étranger comme moi, venait de payer son tribut au climat. C'était un Anglais de Balise qu'une baisse inattendue sur les bois avait ruiné; dans son découragement, il était venu chercher un refuge à Flores, et il y avait trouvé l'oubli de tous les maux. Deux jours auparavant, il s'était adressé à moi, comme le naufragé s'attache n'importe à quel débris, et, par l'entremise de l'alcade, il m'avait fait supplier de le sauver! Ce souvenir ravivé par le glas mélancolique des cloches, jeta un voile de tristesse sur ma promenade ; je reportai les yeux sur ma propre personne , si frêle et si débile encore, et je pensai que le sort de cet inconnu avait failli être le mien.
Dès qu'on s'éloigne de l'île de la longueur d'un aviron, on voit le sol incliner rapidement et se dérober sous les eaux ; la profondeur du lac devient subitement effrayante. Cette particularité, qui rappelle la conformation des bassins dont l'origine est volcanique, m'a frappé sur les différents points du rivage que j'ai visités; toutefois rien ne manifeste l'action du feu dans la constitution minéralogique du pays, dont les éléments principaux sont le calcaire grossier, le plâtre et le silex, Une Ceinture de collines boisées limite dans tous
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les sens ce vaste réservoir ; aucun jonc n'apparaît à la surface , excepté dans le voisinage immédiat des terres où s'épanouissent en outre de beaux nymphéas blancs, semblables à ceux de la Palizada. Aux époques de disette, les plus nécessiteux recueillent la semence de cette plante, la réduisent en farine et en préparent du pain, comme les Égyptiens et les Chinois. C'est un aliment insipide, peu nourrissant, et légèrement astringent, dit-on. Le fond du lac, partout où le rayon visuel peut atteindre, est tapissé de cypéraçées, de conferves et d'autres végétaux aquatiques, retraite mouvante des crocodiles.
Quand nous fûmes à quelque distance, les alcades me firent admirer le point de vue de la ville et je convins que cette perspective était réellement agréable. Le feuillage condensé des arbustes voilait la nudité de l'île, ainsi que les débris accumulés sur sa déclivité: les huttes les plus chétives prenaient une apparence pittoresque ; les maigres cocotiers disséminés sur la plage, se groupaient avec assez de bonheur; enfin tous les détails vulgaires se perdaient dans un assemblage harmonieux d'habitations et de verdure Cette illusion gracieuse était le bénéfice de l'éloignement. N'en est-il pas ainsi sur le chemin de la vie, et n'est-ce point par un phénomène psychologique dont la ressemblance est frappante, que le passé et l'avenir revêtent dans notre imagination des formes plus séduisantes que le présent?
Après avoir visité divers îlots incultes, merveilleusement situés pour approvisionner Flores de fruits et de légumes, nous poursuivîmes notre navigation vers le promontoire escarpé qui échancre le lac et le partage en deux bassins d'inégale étendue. Quelques faibles cultures entament çà et là le sol vierge, et l'on voit alterner avec la végétation sauvage les larges feuilles du bananier et la pâle verdure de la canne. Nous abordâmes dans une anse solitaire, et gravissant un terrain sec et rocailleux où croissait une espèce d'inga dont les gousses servent à la teinture, nous nous dirigeâmes vers un groupe de chaumières, qui m'avaient été signalées comme l'établissement industriel le plus important du pays. Là se fabriquait en effet la ma-
jeure partie du sucre consommé dans les alentours. Que l'on imagine trois cylindres de bois verticaux, séparés l'un de l'autre par un travers de main ; deux bœufs conduits par un enfant font tourner celui du milieu qui, au moyen d'un engrenage fort simple, entraîne en sens inverse les deux autres. Tel est le moulin à sucre (trapichc); le mécanisme peut être plus ou moins perfectionné, le moteur peut varier, mais le plan du système est partout identique. Engagée dans l'intervalle des cylindres, la canne est entraînée par le mouvement de rotationet comprimée jusqu'à sa dernière expression. Le jus qui en découle tombe dans un récipient, où il est recueilli pour être soumis à l'action du feu ; l'évaporation lui enlève les principes aqueux qu'il contient et le convertit en sirop ; lorsque enfin, au bout de quelques heures d'ébullition, ce sirop a acquis la consistance convenable, on le verse avec une grande cuiller dans des augets en bois grossièrement façonnés; cette matière, en se refroidissant, prend la forme de petits cylindres d'un brun terreux (panelas), ayant un goût prononcé de mélasse et troublant l'eau qui les dissout imparfaitement. On ne connaît guère d'autre sucre au Petén, au Tabasco, au Guatemala, enfin dans une partie des pays fortunés qui voient fleurir la canne; l'opération du lessivage, qui a pour objet de le débarrasser des parties grasses ou visqueuses nuisibles à la cristallisation, et celle du terrage, qui le purge de son sirop, sont des mystères généralement ignorés : rien n'étonne davantage les consommateurs indigènes que d'entendre vanter la blancheur, la dureté, la belle cristallisation du sucre, les qualités enfin qui distinguent cette substance lorsqu'elle a été traitée par le procédé du raffinage. Après nous être rendu compte de cette pauvre industrie, nous continuâmes à monter la colline, et nous découvrîmes bientôt une nappe d'eau d'une immense étendue, encadrée par la verdure des bois et reflétant comme un miroir tous les feux du soleil levant; pas un souffle n'en troublait la placidité. Rien d'ailleurs dans le paysage, ne rappelait la proximité de l'équateur ; les grands arbres qui nous ombrageaient, les fleurs éparses, les graminées que nous foulions aux pieds, pouvaient appartenir, aux yeux d'un observateur
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superficiel, à l'Europe comme au Nouveau-Monde. On distinguait en face, à une lieue et demie de distancé; les villages indiens de San-Andrés et de San-José, assis sur la pente des coteaux et peuplés chacun de 5,000 âmes. Aucune trace de culture, aucun mouvement, aucun bruit, pas même celui d'un aviron, n'animaient les eaux ni la terre. Sur ces rivages, florirent jadis les Coboœes, une des tribus les plus puissantes de la famille des Itzas1; leurs fils dégénérés vivent aujourd'hui dans la plus complète oisiveté et profitent de leur isolement pour s'abandonner sans mesure à l'ivrognerie, leur passion dominante. Du point où nous étions arrêtés, on découvre au nord -ouest une île plane, inculte, couverte de futaies et plus grande que celle de Flores. On m'a certifié qu'elle ne renfermait aucunes ruines, quoique vraisemblablement elle ait été habitée. Tandis que j'admirais l'imposante immobilité du lac, les alcades me dépeignaient les tempêtes effroyables qui le bouleversent parfois jusque dans ses profondeurs. Quand les vents du nord-est, au temps de l'hivernage, balaient les nuages de l'Atlantique et les précipitent surlePetén, le miroir des eaux se ternit; les rivages s'effacent et disparaissent; les vagues brisent comme sur l'Océan. Malheur à l'imprudent que ces rafales surprennent au large! il ne reverra plus la terre. On distingue, quand le calme renaît, un bateau flottant à l'aventure ; le point blanc qui paraît immobile est un chapeau de paille; quant au cadavre, l'abîme ne le rend plus; les crocodiles se chargent de la sépulture. De pareils sinistres ne sont que trop fréquents, et les Indiens surtout y sont exposés par leur intempérance : il n'y a pas d'année où ceux de San-Andrés et de San-José ne fournissent un tribut aux monstres aquatiques.
Ce beau lac, d'après une tradition conservée dans le pays, portait chez les Itzas le nom de Nohukén (bever mucho, selon les Espagnols), comme pour exprimer d'une manière métaphorique la masse d'eau considérable accumulée dans son bassin. Les chroniqueurs l'appellent indifféremment lac d'Itza, des Lacandons ou du Petén;
1. Les Coboxes occupaient douze villages sur la rive septentrionale du lac; Cogolludo, Tratadov, c. 5, p. 146.
ji. &
mais comme la tribu des Lacandons avait son siège sur un point différent et que le Petén renferme d'autres lacs, on doit préférer le nom d'ltza,qui rappelle d'ailleurs le souvenir des anciens habitants. La section correspondante à l'île de Flores n'a que trois lieues de longueur, sur une demi-lieue, et même un quart de lieue de large; l'autre, beaucoup plus vaste, mesure de dix à douze lieues d'étendue, sur une lieue et quart de largeur moyenne. Le périmètre est évalué à vingt-six lieues; quant à la profondeur, elle dépasse généralement trente brasses. Le rivage est accidenté par une ceinture de collines calcaires plus ou moins siliceuses. Aucune rivière, aucun ruisseau de quelque importance, n'y versent leur tribut ; cependant on n'a pas remarqué que le niveau des eaux baissât sensiblement pendant la sécheresse , tandis que des crues extraordinaires ont menacé souvent les constructions assises sur la limite inférieure de l'île. A l'orient du lacd'Itza, règne une série d'autres lacs plus petits, qui se prolongent dans la direction du Rio-Hondo, et qui baignent des régions désertes et peu connues; ils forment une chaîne d'une certaine étendue dont les anneaux se rattachent périodiquement l'un à l'autre dans la saison pluvieuse. Cette circonstance contribuera peutêtre un jour à tirer le Petén de son isolement en le rapprochant de l'Atlantique1.
Ap?ès avoir considéré longtemps la grandeur solitaire du lac, nous descendîmes la colline et regagnâmes notre embarcation. C'était assez pour un premier essai, et j'avais même abusé de mes forces; cependant je n'eus point à m'en repentir. Nous donnâmes, au retour, sur une bande de poissons argentés, connus dans le pays sous le nom de cilis; cette espèce ne se mange point à Flores, où on lui attribue des qualités malfaisantes, résultant d'une sécrétion laiteuse de la peau. Je me suis assuré qu'une semblable opinion était mal fondée, quoique la chair du cili eût un léger goût d'amer-
1. De l'extrémité orientale du lac d'Itza à celui de Sacpetén ( lie Blanche ) on compte seulement une demi-lieue ; de là au lac de Macanché, deux lieues ; de celui-ci au lac d'1 'ax-haà, douze lieues entrecoupées de marécages ; ce dernier n'est séparé que par un faible intervalle du lac de Sacnab, qui mêle parfois ses eaux à celles du Rio Hondo.
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tuine; le préjugé n'a pas d'autre origine. Rarement isolé ou confondu avec d'autres espèces, ce poisson se montre par troupes dans les parages qu'il affectionne. J'eus beaucoup de peine à me le procurer, parce qu'il ne mord pas à l'hameçon et que l'usage des filets est inconnu dans la localité : les pêcheurs durent employer le harpon, et ils n'oublièrent pas de me faire payer leurs peines 4.
Peu de jours après cette excursion, nous en effectuâmes une autre sur la rive opposée du lac et visitâmes la Cueva deJobitsinal, caverne spacieuse, ornée de beaux stalactites, et que j'aurais tort de ne pas mentionner parmi les curiosités de la contrée ; c'est un but de promenade pour les habitants de Flores, qui se montrent singulièrement jaloux de la prééminence de cette grotte sur toutes celles dont ils ont entendu parler.
LePetén, par sa géographie, son histoire et sa population, appartient au Yucatan , dont il constitue la partie la plus élevée et la plus méridionale. Aucun accident important dans la configuration du sol n'entrave les relations entre les deux pays; le climat et les productions sont à peu près semblables; les mêmes chaînes peu élevées sillonnent l'un et l'autre territoire; les mêmes vallées y donnent accès; l'immensité des bois seulement les sépare. Si l'on tourne, au contraire, les yeux vers le Guatemala, dont le Petén dépend politiquement, on voit une cordillère abrupte se dresser comme un rempart naturel entre les deux pays. Le commerce et la circulation languissent au pied de cet obstacle, infranchissable même pour les muletiers. Des rivières torrentielles et une masse considérable de forêts concourent en outre à isoler profondément une région qu'aucun intérêt politique, aucune relation commerciale, aucune sympathie d'origine ne rattache aux États de l'Amérique Centrale.
La chronique du pays rapporte que le vainqueur des Itzas, Don Martin de Ursua, ayant épuisé sa bourse et celle de ses amis, se trouva dans un grand embarras lorsqu'il fallut songer à l'organisa-
4. Le Cili appartient au genre Chatœssus, qui fait partie de la section des Salmonoïdes ; l'espèce dont il est question paraît être nouvelle.
tionde la conquête. Dans cette extrémité, il eut recours à la chancellerie de Guatemala, qui se chargea de toutes les dépenses, en prenant possession du pays1. Telle fut l'origine d'une annexion qui n'a jamais été complète; car le clergé du Petén, par une anomalie étrange, relève toujours âe l'évêché de Merida. On remarque encore aujourd'hui une différence sensible entre les mœurs douces et hospitalières du district et la barbarie grossière des Indiens de la Vera- Paz, qui appartiennent à une famille distincte par son langage et son passé.
Le trait le plus saillant de la contrée, c'est d'offrir, surtout vers le centre, un amoncellement de collines boisées, entrecoupées de savanes planes, dont l'aspect varie perpétuellement. En marchant au sud-ouest, on rencontre bientôt de véritables montagnes, détachées des grandes chaînes de Cahabon. Elles donnent naissance, non loin de Dolores, à l'Usumasinta et au Machaquilan, ainsi qu'au Mopan et à d'autres rivières moins connues, qui prennent leur source sur le versant opposé. Les eaux rayonnent dans toutes les directions, à partir de ce point central qui fournit, quoique médiocrement élevé, un tribut aux deux mers ; elles arrosent des espaces solitaires que les habitants du Petén eux-mêmes n'ont jamais visités. J'ajouterai, pour donner la mesure de leurs connaissances géographiques, qu'on découvrit, non loin de San-Luis, à peu près à l'époque de mon voyage, une belle rivière coulant vers l'Atlantique , dont personne jusqu'alors n'avait soupçonné l'existence. Les plus entreprenants résolurent d'en explorer le cours ; mais ils y renoncèrent au bout de quelques jours, avec l'inconstante mobilité de leur caractère.
Le territoire du Petén est très fertile; le maïs, année commune, y donne deux cents pour un sans engrais; indépendamment de l'espèce ordinaire ou maïs blanco, que l'on sème en mars et en mai pour le récolter trois mois après, on cultive une variété plus hâtive, qui mûrit dans l'intervalle de sept semaines. Le cacaotier croît spontanément dans les bois , surtout aux environs de San-Luis , et
1 Juarros, Tratado v, c. 5, p. 147.
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donne un produit d'excellente qualité ; le tabac , très-aromatique , végète avec exubérance jusque dans les rues de Flores ; le cafier fructifie dès la première année; la vanille, le piment de Tabasco, embaument les forêts; le copal , le nabà, le gaïac, le bois de teinture, la salsepareille, une foule de végétaux dont les semences, l'écorce, la racine, trouvent leur emploi dans les arts ou dans l'industrie, peuplent également le district; enfin les troupeaux, qui, pendant toute l'année, paissent dans de magnifiques prairies, jouissent à-Balise d'une réputation méritée^ Le gouvernement espagnol avait fort justement apprécié le Petén, en y créant des fermes pour l'élève du grand bétail ; ces établissements répandirent dans le pays un bien-être qu'on n'y connaît plus. La viande était alors à bon marché ; le lait, le beurre, le fromage, objets de luxe aujourd'hui, entraient pour une terge part dans l'alimentation générale ; on estimait les chevaux du district, dont la corne était si dure qu'elle pouvait se passer de fers. Ces richesses vraiment nationales, car elles profitaient à tous, devinrent, lorsque les colonies s'émancipèrent, la proie d'un petit nombre d'hommes avides qui les dissipa stérilement ; la génération actuelle n'en est pas encore consolée ; ces souvenirs lui arrachent de temps en temps quelques regrets, et je crois qu'elle échangerait volontiers toutes les libertés dont on l'a gratifiée, contre la dépendance fructueuse du temps passé.
Le Petén, quoique profondément isolé, est cependant traversé par quatre grandes voies de communication qui, partant de Flores, se dirigent à peu près vers les quatre points cardinaux : les routes du Yucatan et du Tabasco au Nord et à l'Occident; celle de Balise à l'Est; enfin celle du Guatemala vers le Sud. Je donnerai quelques renseignements sur ces différentes lignes, qui sont peu fréquentées, en Y joignant pour l'utilité des voyageurs futurs les itinéraires que j'ai essayé d'établir. (H.)
La route du Yucatan est moins déserte et moins ombragée de forêts que celle du Tabasco ; on compte 138 lieues ou seize jours de marche depuis le lac d'itza jusqu'à Carnpêche. Pendant la première semaine , on traverse des solitudes où la disette d'eau se
fait parfois sentir ; le septième jour, on arrive au village de Conception; les lieux habités se succèdent ensuite de distance en distance jusqu'au terme du voyage. Une singularité que l'examen de cet itinéraire m'a fait connaître, c'est que le territoire du Petén se prolonge jusqu'au centre du Yucatan sous la forme d'un long ruban de largeur indéterminée; le dernier hameau égaré à l'extrémité de cette ligne, Nohbecan, est à dix journées de Flores et seulement à six de Campêche. On explique cette anomalie, peu favorable à la bonne administration et à l'intégrité des deux pays, par le droit antérieur des Itzas, dont la domination s'étendait sur ces parages.
11 y a trente-cinq ans, quelques habitants du district s' étant aventurés vers l'est, en suivant le cours du Mopan, furent singulièrement étonnés de rencontrer au bord de la mer une ville qui leur parut un nouveau monde : c'était la colonie anglaise de Balise i. Ils rapportèrent à Flores la nouvelle de leur découverte, et l'administration locale ayant entrevu là une source de profits, s'empressa de faire ouvrir une voie de communication entre les deux pays. Les anglais répondirent froidement à ces avances ; ils faisaient peu d'estime de la marimba et n'avaient aucune sympathie pour une population qui ne produisait rien et qui consommait peu de chose. Leur opinion n'a pas varié; la rectification récente de l'ancien tracé, qui abrège de trois jours le voyage, les a laissés aussi indifférents que les premiers travaux de la route. Ils prétendent que les habitants du Petén ne descendent à Balise qu'avec l'intention préméditée de surprendre leur bonne foi, et qu'il leur arrive, par exemple, en matière de vente ou d'échange, d'oublier fréquemment la réciprocité des engagements. Je n'ose pas affirmer que ces griefs soient mal fondés ; ils s'accordent assez bien avec le caractère d'une population qui a toute la mobilité de l'enfance et dont les principes sont loin d'être arrêtés.
1 . L'existence de Balise n'a pas toujours été un mystère au Petén, puisque le gouvernement espagnol, vers le milieu du dernier siècle, y rassembla des troupes pour attaquer la colonie anglaise; mais les générations suivantes en avaient perdu le souvenir, du moins on me Ta certifié.
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L'ancienne route de Balise s'égare vers le nord à la poursuite du fleuve ; la nouvelle coupe directement à l'est à travers les forêts. On atteint après six jours de marche le premier banco (c'est ainsi que les Espagnols désignent les stations anglaises échelonnées le long du Mopan). Là, on trouve des canots pour continuer le voyage, qui s'accomplit ordinairement en dix jours.
Si le lecteur a conservé la mémoire des notions géographiques éparses dans cet ouvrage, il remarquera que la colonie de Balise, dans des circonstances données, pourrait tirer un excellent parti de l'hydrographie du pays. Effectivement, du point où le Mopan cesse d'être navigable, on ne compte que trois jours de marche jusqu'au Rio San-Pedro; aucun obstacle sérieux n'embarrasse l'intervalle, et il est même probable qu'une reconnaissance approfondie des lacs, conduirait à quelque découverte favorable à la jonction des deux cours d'eau. C'est ainsi que le golfe du Mexique et celui du Honduras , pourraient être reliés par un système de navigation à peu près continu ; je conviens que la solitude et l'abandon des régions intermédiaires amoindrit singulièrement, quant à présent, l'intérêt de ce rapprochement.
Le chemin de Guatemala, que je me borne à mentionner, car je le décrirai bientôt avep détails, est le plus long et le plus laborieux ; on ne compte pas moins de 180 lieues espagnoles de Flores à la capitale de l'État.
D'après cet aperçu, on voit qu'à partir du Petén, quelle que soit la direction que l'on suive, il faut, avant d'atteindre un pays habité, traverser une zone absolument déserte. Une cause indépendante de l'isolement et du mauvais état des routes limitera toujours l'expansion du district et l'écoulement de ses productions vers le nord: je veux parler de la concurrence du Yucatan et du ïabasco, dont les richesses naturelles sont à peu près identiques, et les marchés bien mieux situés. La route de Guatemala étant impraticable au commerce, reste celle de Balise, qui renferme, je crois, tout l'avenir du pays, à moins que la région inexplorée qui s'étend au sud-est, n'offre un moyen de communication facile, soit avec le lac d'Yza-
bal, soit avec le golfe de Honduras. En échelonnant quelques villages sur le chemin solitaire qui aboutit au Mopan, le gouvernement contribuerait utilement à tirer le Petén de l'état de stagnation où il languit; la circulation deviendrait plus active; les ressources ne manqueraient plus aux voyageurs, la voie publique s'améliorerait, enfin la production pourrait se développer, car le débouché est assuré d'avance. On peut affirmer que les denrées du district trouveraient de nombreux appréciateurs, si elles étaient mieux connues. Le Rio San-Peclro mériterait aussi de fixer l'attention, non-seulement dans Tintérêt du Petén, mais dans celui du ïabasco ; s'il est vrai qu'à douze lieues de Sacluc et à trois lieues seulement du lacd'Itza, cette rivière soit déjà navigable, on peut dire que la nature ellemême a préparé le rapprochement des deux pays. Ces considérations, je l'avoue, ne sauraient inspirer un intérêt bien vif; le théâtre est si loin et l'objet si minime! J'espère, en les abrégeant, que le lecteur ne me saura pas mauvais gré d'avoir consacré quelques lignes à l'avenir de ce petit coin du globe, en mémoire de l'hospitalité que j'y ai reçue.
Le Petén est un pays généralement sec, et l'un des plus salubres parmi ceux de l'Amérique Centrale que les Espagnols ont classé sous la dénomination de tierra calienle. Toutefois la dyssenterie ainsi que d'autres maladies inflammatoires, qui ont leur siège dans les organes abdominaux, s'y manifestent périodiquement au retour de la saison pluvieuse. Rarement ces affections sont graves à leur début; elles ne deviennent mortelles que par suite de l'ignorance ou de l'incurie des malades. 11 n'existe ni pharmacien ni médecin dans toute l'étendue du district; les habitants se tirent eux-mêmes d'affaire à l'aide de certaines pratiques qu'ils doivent à l'expérience ou qu'ils ont empruntées à leurs voisins : ainsi , la dyssenterie se traite par l'ipécacuanha ; si le danger s'aggrave, on administre une infusion de sel de nitre et de tamarin ; pour les gastro-entérites, on fait usage de lavements émollients et mucilagineux préparés avec la feuille du nopal ; le sulfate de quinine est employé dans les fièvres intermittentes qui régnent en mars et en avril, quand la sécheresse a réduit
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les eaux à leur plus bas étiage , mais ce médicament est rarement à la disposition des malades. Telles sont les principales affections du pays. Je ne parle pas de la contagion qui s'y est introduite par la voie de Balise et qu'au Petén on attribue fort innocemment à une cause tout autre que la véritable. Pendant mon séjour, j'ai été souvent consulté, notamment par les malades de cette dernière catégorie, et quoique je n'aie pas eu le bonheur d'enregistrer une seule cure, je n'en ai pas moins joui de la réputation d'un grand médecin. (I.)
On n'attend pas, sans doute, d'une petite société perdue dans ces déserts, de grands progrès dans les sciences et dans l'industrie; la lecture, l'écriture et les trois premières règles de l'arithmétique, résument toute l'instruction que l'on reçoit à Flores. L'instituteur perçoit chaque mois, par écolier, la modique somme d'un réal et demi dont un tiers est versé par la famille et le reste par la caisse communale. Il existe une école dans chaque village du district; mais les indigènes refusent obstinément d'y envoyer leurs enfants. Aucun stimulant ne peut les décider à cultiver leur intelligence, pas même le désir naturel de s'affranchir de la tutelle des blancs, en acquérant les modestes connaissances que le gouvernemeut exige des fonctionnaires municipaux. Au reste, la population tout entière vit dans un état presque incroyable d'ignorance; à peine sait-elle tirer parti des dons gratuits de la nature : le tabac, par exemple, non-seulement ne s'exporte pas, quoique la qualité en soit fort appréciable, mais il est consommé sans préparation, dans l'état où il est cueilli ; la vanille parfume en vain les bois, on la laisse pourrir sur sa tige; avec d'excellent cacao, on fabrique un détestable breuvage; enfin les fruits et les légumes sont rares, malgré la fécondité d'un sol qui ne demande qu'à produire. Pour suppléer à la disette de végétaux, chez une population où le goût des conserves sucrées est pour ainsi dire national, on confit la tomate, la fleur charnue du plumiera, le pain et même les œufs, préparation gastronomique fort estimée, dont j'ai négligé de me procurer la recette. Depuis la découverte de Balise, la farine de froment est connue à Flores et même fort appréciée ; on en fait
du- pain ,- ou plutôt une sorte de gâteau qui se sert habituellement avec le chocolat. Les tortillas de maïs constituent toujours la base de l'alimentation connue dans toute la tierra caliente.
A la date du dernier recensement (1839), la population du Petén montait à 6,327 habitants, disséminés sur une surface d'environ 2,280 lieues carrées; ce chiffre minime ne donne par lieue carrée que deux habitants et une fraction, c'est-à-dire que la contrée est à peu près déserte, et qu'elle occupe le dernier rang parmi les provinces de la république. La famille indienne y domine, comme au Yucatan , par son expression numérique. Quant aux productions naturelles, leur examen fortifie le rapprochement que j'ai précédemment établi entre les deux pays; aussi les espérances que j'avais fondées sur l'isolement du Petén et sur le mystère qui environnait cette région, ont-elles été en partie déçues.
Les grands carnassiers sont peu nombreux dans les forêts du district, excepté vers l'est où l'on rencontre des jaguars; en revanche, les ruminants multiplient considérablement dans un pays entrecoupé de bois et de prairies, où l'herbe reverdit plusieurs fois dans l'année et où, d'ailleurs, ils ont peu d'ennemis à reclouter. Les Itzas, par une superstition bizarre > mais qui prévenait en faveur de leurs mœurs, associaient ces quadrupèdes* au culte qu'ils rendaient à la divinité et ne permettaient pas qu'on troublât leur existence paisible ; aussi lorsque kles conquérants pénétrèrent pour la première fois dans les solitudes du Petén, les chevreuils s'y montraient tellement familiers, que les cavaliers les prenaient à la course 1. Aujourd'hui, cette chasse exige plus de mystère ; on ne force plus ces animaux dont la méfiance est éveillée, mais on les attend à l'affût et on les tire au débuché, surtout après les premières pluies qui les attirent dans les savanes.
Les habitants reconnaissent trois espèces de cervinées : la plus grande, qu'ils nomment ciervo, et dont je n'ai vu que la femelle, se rapproche beaucoup du cervus meooicanus de Linné. J'ai remarqué,
1. Yendo per aquellos campos rasos, avia tant os de venados y corrian tan poeo, que luego los alcançavamos a cavallo y se mataron sobre veinte. B. Diaz, c. clxxix.
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en dépouillant cette biche, une glande sous-cutanée située au milieu du poitrail, renfermant une matière sébacée, inodore, d'un brun verdâtre, dont l'usage ne m'est pas connu. La seconde espèce est un chevreuil de la section des daguets, que les Indiens distinguent par le nom depuusnac. La dernière, que je n'ai pu me procurer, est, dit-on, plus petite que les deux précédentes: les créoles l'appellent cabra montes, et les indigènes chacyuc.
. Le tapir (dania), qui vit solitairement dans la profondeur des forêts, et le pécari (jabali), qui se plaît au bord des marécages, représentent, dans la partie méridionale du Nouveau Monde, les pachydermes de l'ancien continent. Les mœurs de ces animaux, que j'ai observés pour la première fois au Petén , et les particularités de leur organisation, sont connues de tous les lecteurs.
Un lapin peu différent du nôtre, un tatou et un agouti (pieseco), redouté des cultivateurs, dont il ne ménage pas les récoltes, complètent la liste des mammifères les plus importants dont j'ai ouï parler dans la contrée. Le tatou du Petén vit de fruits, de rejetons et de racines, au sein des bois, où il creuse un terrier. On le dépiste avec des chiens, et on s'en rend facilement maître en l'enfumant dans sa retraite. C'est un gibier fort estimé, dont la chair d'un blanc rosé, est recouverte sur le dos d'une couche de graisse onctueuse et fine. Les chasseurs le font rôtir dans son test écailleux, après l'avoir fendu longitudinalement, et ils en conservent la graisse pour en enduire leurs armes; cette substance jouit d'une grande faveur au Petén.
Je m'arrêterai davantage sur le geomys mexicanus, rongeur fort singulier, découvert pour la première fois au Mexique, comme son nom nous l'apprend1. Le géomys est un animaUrapu, d'un brun roussâtre, de la taille d'un gros rat, avec les apparences de la taupe. Une tête conique et déprimée , percée de petits yeux et enlaidie
1. Le geom. mexicanus a été décrit pour la première fois par M. Brants en 1827, d'après un spécimen conservé an muséum de Berlin; c'est le tucan de Hernandez {Hist. anim. Novœ Hispaniœ ) .
Le genre renferme aujourd'hui quatre espèces, répandues depuis la baie d'Hudson jusqu'au centre du Guatemala.
par de grandes abajoues, un corps cylindracé, revêtu de poils raides, longs, peu fournis, et terminé par une petite queue dégarnie, d'énormes dents saillantes masquant l'ouverture de la bouche, des pieds armés d'ongles longs et coniques, composent un ensemble peu gracieux qui, du reste, est en harmonie avec les habitudes de l'animal. Le jeu des incisives, chez ce rongeur, est purement extérieur ; leur office se borne à couper les racines, comme l'indiquent leur situation et leur forme tranchante ; introduites ensuite dans la cavité buccale, les substances végétales y sont broyées par les molaires. Le géomys, que l'on nomme tuza au Petén, mène une existence souterraine dans les plantations de bananiers et de cannes à sucre, où il commet de notables dégâts ; les habitants estiment beaucoup sa chair; j'en ai goûté moi-même plusieurs fois, mais sans en être charmé au même degré. Les trois individus que j'ai rapportés ofrent, chacun dans leur pelage, une particularité distincte; le premier est d'une nuance uniforme, les deux autres sont marqués d'une bande transversale blanchâtre qui coupe, chez l'un le tiers supérieur, et chez l'autre le tiers inférieur du corps.
Les forêts du Petén paraissent être plus riches en gallinacés que celles du Yucatan; les lacs, au contraire, profonds et dégarnis de plantes herbacées, n'attirent pas une aussi grande multitude d'oiseaux que les marécages de la zone maritime. Je me borne à citer, parmi les échassiers, un très petit héron (ardea exilis Gm. ) que j'ai conservé vivant pendant un mois, et qui me divertissait par son humeur belliqueuse. Aussitôt que l'on approchait de l'asile qu'il avait choisi, dans un angle obscur de la maison, on voyait cet être exigu prendre une attitude offensive : les deux ailes écartées , le cou fortement contracté ,■ l'œil fixé sur l'objet de son inquiétude , il balançait son corps de droite à gauche, comme pour intimider l'ennemi; puis son long cou se déployait avec toute la spontanéité d'un ressort, et son bec vous atteignait à l'improviste. Je lui rendis la liberté lorsque je partis de Flores. Deux hirondelles (A. purpurea L. et leucoptera Gmel.) construisent leurs nids dans l'île; elles émigrent en octobre au premier souffle des vents du nord, et reviennent,
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dit-on, à la fin de janvier. Parmi les oiseaux mouches indigènes, je mentionnerai Yorn. Devillei Bourc, espèce assez rare, sans être remarquable, que j'ai tué dans les jardins de la ville.
La famille des reptiles, bornée dans ses moyens de locomotion et protégée par des habitudes nocturnes et sédentaires, devait m'offrir un champ plus large de découvertes; en effet, bon nombre d'espèces nouvelles ou peu connues ont été le fruit de mes investigations. Je signalerai, parmi les sauriens, le crocodile du lac d'Itza, le corythofhane à crête et le basilic à bandes, comme les plus intéressantes. Le premier est un vrai crocodile qui possède tous les caractères du genre i ; il atteint un assez grand développement , car nous en prîmes un qui mesurait au moins cinq mètres de longueur ; mais la ligne se rompit avant qu'il eût été halé sur la rive. Les œufs de ce reptile ne sont guère plus gros que ceux du canard domestique , dont ils ont la forme cylindracée ; ils exhalent une odeur pénétrante de musc qui les rend immangeables, comme la chair de l'animal. Je ne crois pas que le domaine de cette espèce soit circonscrit au lac d'Itza; c'est vraisemblablement la même qui peuple le Rio Usumasinta et les lagunes circonvoisines; cependant je n'affirme rien, n'ayant pas eu l'occasion de constater leur identité.
Le corythophane à crête2 est un lézard fort singulier, qui rappelle le caméléon par sa forme et par ses allures. Avant mon voyage, sa patrie était indécise; on n'en possédait d'ailleurs qu'un ou deux spécimens décolorés par l'alcool. J'ai remarqué que ce saurien variait sensiblement de couleur, non pas comme le caméléon , sous l'influence des affections morales, mais à l'instar de certains batraciens, selon l'intensité de la lumière. Dans les bois sombres où je l'ai rencontré, il était d'un ton brun uniforme; à peine distin-
1. La tête des crocodiles est plus allongée, moins obtuse à son extrémité que celle des caïmans; la crête dentelée qui accompagne le bord externe de leurs pieds de derrière, la membrane qui réunit plus complètement leurs doigts, la disposition des quatrièmes dents qui, au lieu de pénétrer dans les cavités de la mâchoire supérieure, passent par de simples écbancrures, sont les principaux caractères qui différencient les deux genres.