Quauhtemalan, selon l'orthographe indigène
2. Le Pacaya doit son nom à une espèce de palmier {chamœdora elaîior Mart.), qui végète à sa base, et dont on mange les fleurs charnues, lorsqu'elles sont encore tendres et enveloppées de leur spathe. On donne à ce volcan 3,300 mètres de hauteur, et environ 4,000 mètres aux deux autres.
l'époque de mon séjour, à la construction d'un fortin, mais cet ouvrage semblait être plus inquiétant pour les citoyens que pour l'ennemi. Comme les maisons ont peu d'élévation , on n'aperçoit guère que leurs toits , dont la perspective uniforme est variée çà et là par le dôme ou par le clocher d'une église. J'ai fait mention dans le chapitre précédent de la déception que nous éprouvâmes en suivant la route de Chinauta : le même air de solitude et d'abandon règne partout aux alentours de la cité; on ne voit point de jardins, point de fermes , point de maisons de campagne , ni aucun de ces établissements industriels ou d'utilité générale que nos capitales relèguent en dehors de leur enceinte. Les premières habitations sont couvertes en chaume et séparées les unes des autres par des champs bordés de haies vives. Déjà la voie publique, large de douze mètres, se montre sévèrement alignée ; rien de plus monotone que ces rues tirées au cordeau, qui percent la ville de part en part et montent à l'horizon , où l'œil finit par rencontrer les teintes vertes et azurées de la campagne. Le même esprit d'uniformité qui a réglé la largeur et la direction des rues a présidé à la construction des maisons ; en limitant leur élévation à vingt pieds, la loi les a toutes réduites à un simple rez-de-chaussée1. Leur façade n'est embellie par aucune espèce d'ornement ; quelquefois elles sont bordées d'un trottoir, qui soustrait momentanément les passants au supplice d'un pavé détestable, composé de fragments anguleux, inégaux et mal joints.
Le centre de la ville est occupé par la place du Gouvernement, vaste rectangle de 193 mètres de long sur 165 de large ; là se trouvent réunis la plupart des édifices nationaux : le palais du Gouvernement , ancienne résidence des Capitaines généraux ; celui de la Municipalité; la Cour de Justice, où étaient déposées les archives de la confédération, qui, depuis la dissolution du pacte fédéral, ont été dispersées à leur grand préjudice ; enfin l'hôtel des Monnaies et la prison. Ces constructions basses et uniformes , masquées par une galerie couverte, sans le moindre luxearchitectonique , se nomment
1. Cette loi remonte à la fondation de la ville; elle fut rendue sous l'impression produite par la catastrophe récente de l'Antigua.
pompeusement des palais. Un des côtés du parallélogramme appartient à des particuliers qui y ont ouvert des boutiques ; la cathédrale orne la face occidentale; enfin, au centre, on remarque une fontaine octogone, d'une architecture lourde et d'assez mauvais goût, autrefois surmontée de la statue équestre du roi Charles IV, qui fut renversée de son piédestal et brisée, dans ces temps orageux où les colonies espagnoles proclamèrent leur indépendance. Le coursier seul est demeuré debout, comme pour faire mieux sentir le néant des grandeurs humaines; au surplus, l'exécution du quadrupède ne fait guère regretter, au point de vue de l'art, la perte du royal cavalier.
Plusieurs séries de baraques, de la plus chétive apparence, troublent la bonne harmonie de cette place; on y vend de la poterie, de la ferraille, des objets en fil d'agave, et d'autres marchandises d'assez pauvre valeur ; leur location forme un article du budget communal.
La cathédrale, divisée en trois nefs à plein cintre, d'une élégante simplicité, a été construite en 1730 par un architecte italien. Le maître- autel , en bois doré, est fort bien adapté au caractère de l'édifice. On y remarque une lampe d'argent, d'un style large et correct 9 mais on cherche vainement, parmi les ornements sacrés, les candélabres d'or qui provenaient de la munificence de l'archevêque Francisco Monroy : non moins précieux par leur exécution que par leur valeur intrinsèque, ces candélabres, d'un mètre de hauteur, pesaient chacun trente-deux marcs. Dans la nuit du 21 juin 1815, une main sacrilège en fit disparaître quatre, sans que l'on ait jamais su ce qu'ils étaient devenus; on peut dire des deux autres qu'ils ont eu à peu près le même sort, quoique la spoliation ait été déguisée cette fois sous le prétexte des nécessités publiques.
La cathédrale possède de nombreuses sculptures en bois, peintes et dorées avec le luxe original des vieux missels. Quelques-unes de ces œuvres ne manquent pas dfe mérite ; la plus saillante est un saint Sébastien expirant : l'expression douloureuse et résignée de la tête , le jeu savant des muscles et toute l'anatomie du torse, révèlent chez l'artiste des connaissances et du talent. Il s'était formé, en effet,
dans la capitale du Guatemala, une école de sculpteurs inconnus à l'Europe, quoique leurs ouvrages aient traversé, dit-on, plusieurs fois l'Atlantique pour orner les églises de la métropole ; étrangers aux modèles de l'antiquité et livrés à leurs propres inspirations, ils avaient su puiser dans l'ardente piété qui les animait, un sentiment intime de la partie expressive de leur art. Remarquons, en passant, que l'imagination espagnole n'a rien oublié de tout ce qui peut contribuer à exalter la dévotion : ce n'était pas assez du relief, il fallut y ajouter la couleur, afin que l'illusion des yeux remuât l'âme plus profondément. Telle fut l'origine de ces productions d'un goût contestable, auxquelles consacrèrent leur talent des hommes tels que Roldan, Montanes et Alonzo Cano, qui portèrent cette branche de l'art à un degré de perfection étonnant. Les sculpteurs guatémaliens se sont formés à l'école de ces maîtres, ou plutôt ils leur ont emprunté leur manière et leurs procédés ; ils employaient le bois d'oranger et mieux encore celui d'une espèce de citronnier d'une dureté , d'une finesse et d'une égalité de grain supérieures1. C'étaient de pieux et naïfs artistes , qui florissaient à l'ombre des églises , encouragés par le clergé et protégés par le gouvernement ; mais les révolutions , l'invasion des idées libérales, et l'appauvrissement des ordres religieux, ont tari depuis longtemps la source qui alimentait leurs travaux. La peinture est également déchue, bien qu'elle n'ait jamais pris un essor remarquable : quant aux arts d'un ordre inférieur, tels que l'orfèvrerie, la marqueterie, l'ébénisterie, ils sont tombés dans une décadence si complète, que l'on a peine à croire qu'ils aient jamais brillé de quelque lustre.
Parmi les tableaux, presque tous mauvais .ou médiocres, que renferme la cathédrale, on remarque à l'extrémité du collatéral gauche une toile de Rosales, un des peintres les plus renommés de Guatemala. L'artiste a voulu reproduire la douleur des anges au moment où le Sauveur du monde expira, conception ambitieuse qui eût embarrassé le prince de la peinture lui-même ; il va sans dire que Rosales