Voir Malte-Brun, Bal M, etc
où ils forment des mares stagnantes; leur produit, éminemment fécondant, est recueilli par un petit nombre de cultivateurs, qui se le disputent à l'issue de la ville : il serait facile d'en tirer un meilleur parti , en l'appliquant sur une plus large échelle à l'irrigation du plateau J.
Les matériaux de construction employés à Guatemala sont le pisé, ainsi qu'une sorte de pouzzolane, que l'on met en place par blocs irréguliers de 1 mètre d'épaisseur, et qui acquiert, avec le temps, une dureté considérable; on revêt les parements d'une couche mince d'excellent mortier, que l'on blanchit ensuite à la chaux. Le caractère général de l'architecture est celui de l'Espagne méridionale , où le séjour des Maures a imprimé des traces si profondes. Chaque maison est élevée sur le plan d'un parallélogramme; au centre règne la cour, circonscrite par une galerie sur laquelle donnent les appartements. Cette ordonnance empruntée à l'Orient est agréable, mais gâtée par la mauvaise distribution des pièces, où le jour d'ailleurs est dispensé trop économiquement; les ouvertures sont pratiquées sans égard pour la symétrie, les boiseries mal assemblées, les fenêtres souvent dépourvues de carreaux; on devine enfin, en pénétrant dans ces demeures, que la vie s'y écoule dans un cercle d'habitudes bien différentes des nôtres. Depuis quelques années, l'importation des meubles et des objets de luxe que produit l'Europe a pris un certain développement ; tout ce qui sort effectivement des ateliers nationaux, en fait de menuiserie et d'ébénisterie , est lourd , grossier et incommode. Les meilleurs ouvriers du pays sont les charpentiers et les maçons ; quant aux couvreurs, ils ne méritent pas le même éloge , car l'eau filtre à travers les toits, incommodité qui provient, avant tout, d'un degré d'inclinaison insuffisant.
La plupart des habitations de la capitale renferment dans leur enceinte un ou plusieurs petits jardins, dont le parterre est invariablement divisé en compartiments de maçonnerie. Sous un ciel tem-
1. Les terres, aux alentours de Guatemala, valent de 500 à 1,000 fr. la cabaUeria (â hect.) et jusqu'à 7,500 lorsqu'elles jouissent du bienfait de l'irrigation.
péré, comme celui de Guatemala, la culture des fleurs et l'amélioration des produits horticoles, devraient être un des plus agréables passe-temps d'une société civilisée, qui ne connaît d'ailleurs qu'imparfaitement les ressources de son territoire; sans faire d'autres emprunts qu'aux bois et aux montagnes voisines, l'amateur trouverait à sa portée un champ bien suffisant d'expérimentation et de, jouissances ; les orchidées, par exemple, plantes admirables et infiniment variées, ne demandent presque aucun soin pour réussir; il suffit de les placer à une légère distance du sol sur un clayonnage ombragé; mais ces occupations paisibles ont peu d'attrait pour le peuple espagnol, qui a besoin d'une vive excitation pour sortir de son indolence; aussi, les jardins de la ville sont-ils fort mal entretenus et n'offrent-ils à l'étranger aucun objet digne d'intérêt.
Le plan de vie régulier, uniforme, invariable, des citoyens de Guatemala, semble exclusivement ordonné au point de vue du foyer domestique; on s'étonnera que dans une capitale, peuplée de 30,000 âmes, où règne une certaine aisance et où l'on se pique de culture, il soit rarement question de bals, de dîners, de concerts, de ces plaisirs enfin qui animent ailleurs le monde élégant, et qui mettent en contact les membres de la société d'une manière plus agréable et plus intime. J'avais pensé d'abord que les divisions politiques, en aigrissant les esprits, en les pénétrant de susceptibilité et de défiance, avaient introduit T insociabilité dans la ville; mais on me fit observer qu'il fallait aussi tenir compte de l'humeur naturelle des habitants. La classe riche se compose de négociants parcimonieux, mesurés, circonspects , peu curieux de choses nouvelles , qui passent à leur comptoir une grande partie du jour, et s'isolent ensuite pour feuilleter leur journal et supputer leur recette. La dépense n'est point de leur goût; ils font consister leurs jouissances dans l'accroissement de leur capital, redoutant d'ailleurs tout ce qui peut troubler le régime dont ils ont l'habitude. Ce n'est pas qu'ils ne soient animés d'aucun sentiment national, ou insensibles aux distinctions et aux honneurs; au contraire, ils ont un patriotisme ardent, et n'aspireraient qu'à s'élever au-dessus de leurs égaux; mais Tarn-
bition chez eux est tempérée par la prudence, qui leur conseille, en ces temps difficiles, de s'amoindrir et de s'annihiler. Au surplus, l'étranger n'a qu'à se louer de leurs formes courtoises; les témoignages de sympathie et d'intérêt, les compliments flatteurs ne lui manqueront pas; seulement ce sont de vaines formules dont le sens existe à peine dans leur esprit ; ainsi, ils mettront leur maison, leur crédit , leur fortune à votre disposition , et tout se bornera , en définitive, à l'offre réelle d'un verre d'eau ou peut-être bien d'un cigare. Il va sans dire que ces traits sont généraux et qu'il existe d'honorables exceptions.
Les femmes d'une certaine condition ne manquent nullement d'agréments extérieurs; sous le rapport intellectuel, elles sont tout ce qu'elles peuvent être, avec de l'esprit naturel et une éducation bornée : jeunes filles, elles brodent, touchent du piano et se produisent peu au dehors; épouses, elles se vouent aux soins de leur ménage et remplissent leurs devoirs en excellentes mères de famille. Résignées de bonne grâce à une subordination complète, elles rétrécissent elles-mêmes le cercle de leur domaine et ne recherchent point la société des étrangères, dont les manières plus dégagées et l'esprit mieux cultivé paralysent leurs propres moyens. En somme , on peut dire que l'homme civilisé se montre ici réduit à des proportions fort mesquines ; les petits intérêts personnels, les petites vanités qui remplissent sa vie, l'isolement monacal qui en circonscrit l'horizon , impriment à son caractère je ne sais quoi d'étroit, de timide , de frivole, qui se reflète même sur son extérieur1.
Les cérémonies religieuses ont seules le privilège de tirer la ville du sommeil où elle est plongée, quand les discordes civiles ne la bouleversent pas. A la voix des moines, qui en furent les suzerains, la population jadis se levait tout entière, s'organisait en processions
1. Cette appréciation pourra sembler sévère, et cependant elle est bien douce, à côté du portrait qu'un habitant de Guatemala traçait de ses compatriotes , dans u»e gazette du temps passé; je n'ai point reproduit ce curieux document, à cause de sa violence satirique. Gaz. de Guatemala au 20 février 1797.
et venait déposer ces abondantes aumônes qui ont concouru à l'érection des monastères et des églises. Chaque citoyen faisait partie de quelque pieuse association; aux jours de fête, il en revêtait les insignes, et la cité offrait l'image d'une vaste confrérie. Mais la révolution de 1829 a porté un coup mortel à l'esprit monastique. C'est en vain qu'à la faveur d'une révolution nouvelle, les corporations religieuses sont parvenues à récupérer quelques-unes de leurs anciennes immunités; elles, n'ont point retrouvé leurs richesses, ni par suite leur prépondérance ; toutefois , l'influence qu'elles ont exercée pendant plusieurs siècles sur le caractère de la société guatémalienne, est encore manifeste aujourd'hui; aussi a-t-on comparé avec quelque justesse la ville à un vaste couvent, et les maisons à autant de cellules. Le peuple se montre toujours plein d'ardeur pour les fêtes religieuses qui, par leur fréquence, favorisent sa propension à l'oisiveté. Il aime avec passion le bruit assourdissant des cloches, la détonation des pétards, et la musique indienne, le plus cruel fléau des gens paisibles; il admire naïvement aussi les cérémonies ridicules imaginées pour exalter sa dévotion, et qui semblent à l'étranger peu dignes de la majesté du culte catholique.
J'ai souvent entendu reprocher aux voyageurs d'oublier, en retraçant leur odyssée, que l'on boit et que l'on mange dans les pays qu'ils ont visités. Le lecteur, en effet , n'est pas fâché d'apprendre comment sont satisfaites ces exigences de notre condition humaine, sous un climat qui quelquefois diffère considérablement du sien : je vais donc entreprendre de me mettre en règle sur ce point.
Les usages de Guatemala , relativement à l'ordonnance et à la distribution des repas, sont conformes aux pratiques traditionnelles observées dans toute l'Amérique espagnole. On déjeune a neuf heures, on dîne à deux, et l'on soupe à huit ou à neuf, comme le faisaient nos pères : ces trois repas sont substantiels. Celui du matin est composé de chocolat ou de café au lait, de haricots apprêtés d'une manière invariable, d'œufs au miroir, et quelquefois d'un plat de viande grillée ; le soir, même répétition. Les principales ressources de la cuisine et de l'office sont réservées pour le dîner. Après Je
potage, que Ton sert en cette circonstance, vient la olla., avec le cortège ordinaire de légumes et de jardinage : je ne sache rien , parmi les productions du potager, qui ne trouve place dans la olla, depuis la banane mûre jusqu'à l'épi de maïs encore vert. Le service est rigoureusement clos par un entremets sucré, habituellement du riz au lait ; enfin le dessert consiste en confitures et autres friandises. Quant aux fruits, on les mange dans l'intervalle des repas, jamais à leur issue, par un principe d'hygiène qui est en vigueur dans les colonies espagnoles.
On consomme habituellement du pain de froment, même dans les intérieurs les plus modestes; mais le vin est un objet de luxe, car il provient exclusivement d'Europe. Quelques personnes se font servir, dans le milieu de la journée, un breuvage de fabrique indienne que l'on nomme tisté, composé de farine de maïs, de cacao, de gingembre, de sucre et de rocou , le tout réduit en poudre et délayé dans un verre d'eau. Cette boisson médicinale peut avoir son prix, sous un climat où le régime des stimulants n'est pas à dédaigner.
La graisse de porc est employée de préférence dans la préparation des aliments; aussi les animaux de cette famille sont-ils en grande estime et très multipliés au Guatemala. Du reste, la cuisine est simple et peu variée ; le mets national du pays, celui dont on ne se lasse jamais , quoiqu'il paraisse deux fois par jour sur la table du riche comme sur celle du pauvre, c'est le haricot noir : sans haricots, point de déjeuner, point de souper. Ce légume s'accommode avec une cuillerée de saindoux , relevée par une tranche d'oignon; la cuisson doit être lente et prolongée. Quelque simple que cela paraisse, il y a cependant, au dire des connaisseurs, un tact, un à propos, je ne sais quoi d'heureux, que les meilleures cuisinières ne saisissent pas toujours ; on naît avec ces dispositions remarquables, tellement que, dans certaines maisons, le soin de préparer les haricots est dévolu à une simple servante, que la nature a favorisée de ses dons.
L'économie domestique, en pays espagnol, est rarement basée
sur cette sage prévoyance, qui consulte pour l'approvisionnement du ménage le cours des denrées et l'opportunité des saisons; à Guatemala, on vit comme en voyage, achetant chaque, matin ce qui est nécessaire à la consommation du jour, depuis le pain jusqu'au sel , au sucre et au charbon. Du reste, sans posséder tous les éléments de la bonne chère, la ville offre des ressources suffisantes pour que l'on puisse y vivre passablement et à bon marché; le bœuf et le mouton n'y sont pas dépourvus de qualité ; le porc est abondant ; mais le pain n'est ni blanc ni bien fait ; le jardinage se montre peu varié , le gibier rare , et le poisson manque presque totalement»
Personne ne paraît soupçonner, dans ces contrées lointaines, que les productions végétales soient susceptibles d'être améliorées par l'industrie; l'art d'obtenir de bons légumes et de bons fruits, de les diversifier, de les perfectionner par la greffe, la taille, les engrais et les soins journaliers, est absolument inconnu; les plantes alimentaires indigènes sont récoltées presque à l'état sauvage; quant à celles qui proviennent de l'Europe, elles se dépouillent promptement d'une partie de leurs qualités. Le blé réussit assez bien sur les plateaux élevés de 1,500 à 2,000 mètres; plus bas, la tige pousse avec vigueur, mais elle ne donne que peu ou point de grain. Cette céréale, dont la culture est presque aussi ancienne au Guatemala qu'au Mexique, a sensiblement dégénéré dans le premier des deux pays, sans doute parce que les semences n'ont point été renouvelées l.
La mouture se pratique à l'aide de petites meules adaptées à un grossier moteur hydraulique. Comme le meunier ne les repique jamais, il en résulte beaucoup d'imperfection dans le produit et une déperdition notable de matière nutritive; l'usage des blutoirs est d'ailleurs inconnu; le boulanger achète la farine brute et en sépare lui-même le son. Je suis persuadé qu'un moulin monté à proximité de la ville, d'après le système anglais, et mû par une
1. 'L'introduction du î>lé au Mexique date de l'année 1530 environ; ce fut un nègre de Cortèz qui, dit-on, trouva par hasard quelques grains de cette céréale dans le riz destiné à la nourriture de l'année; recueillis précieusement, ils furent semés avec succès.
turbine, appareil qui fonctionne bien sur les petits cours d'eau , donnerait des bénéfices considérables. On ne fabrique qu'une seule qualité de pain, qui se débite sans être pesé. Quand la farine est chère, le boulanger en met un peu moins; lorsque le prix est bas, il en met davantage; le peuple est toujours satisfait, pourvu qu'il ait deux petits pains pour un euartillo (13 centimes) : la concurrence supplée dans une certaine mesure à l'absence de taxe et de contrôle.
Je n'ai vu, sur ancun point du Guatemala, de plantations importantes à' agave americana, cette vigne des anciens habitants, qui en obtenaient une liqueur enivrante, connue sous le nom de pulque. Autrefois les Indiens d'Almolonga et de San-Gaspar avaient le privilège d'en approvisionner la capitale ; mais l'ivrognerie devint tellement intolérable, qu'un évêque se crut obligé d'en interdire la fabrication et le débit, sous peine d'excommunication. Depuis lors, ce genre d'industrie a disparu complètement du pays. L'agave ne fleurit qu'au bout de huit à quinze ans. Au moment où la hampe tend à se développer, on coupe le faisceau de feuilles centrales qui enveloppent te bourgeon ; la sève, persistant dans sa marche ascendante, donne naissance à une source végétale où, pendant deux ou trois mois, on peut puiser plusieurs fois par jour. Une seule plante fournit de 150 à 1,10© litres de liquide, selon la fertilité du terrain1. Le sujet meurt après la récolte; mais les drageons qui naissent de la racine perpétuent la plantation. Je suis surpris qu'on n'ait pas imaginé jusqu'ici de récolter du pulque en Algérie, où F agave americana, naturalisé depuis deux siècles, végète avec exubérance et se propage spontanément.
Malgré la diversité de races et de castes dont la population se compose, on trouverait difficilement un costume pittoresque dans les rues de Guatemala ; les gens aisés suivent les modes de l'Europe, et comme le climat est variable, on les voit tour à tour vêtus de drap, de fil et de coton; souvent ils associent les extrêmes, et sur
1. Humboldtj Essai politique sur la Nouvelle Espagne, 1. iv, c. ix, p. 490.
un habillement de coutil blanc ou de nankin , ils drapent un vaste manteau bleu. Les dames portent encore la mantille espagnole, surtout dans les grandes circonstances ; mais cette parure, si noble et si gracieuse, n'a point échappé aux fluctuations des choses humaines, elle commence à tomber en désuétude pour faire place aux modes parisiennes. Le costume du peuple est simple, rustique, invariable : chez les hommes, c'est une veste de laine de fabrique indigène, un chapeau de paille, souvent couvert d'une toile cirée, un pantalon d'étoffe légère et le zarapa, manteau ou plutôt couverture désagréablement bariolée, distincte du poncho mexicain. L'ajustement des femmes n'offre rien de particuliers. Quant aux Indiennes , leur toilette se réduit à une pièce de cotonnade bleue dont elles se ceignent les reins, et à une courte chemise , ornée quelquefois de broderies ; elles tressent leurs cheveux avec un cordon rouge et les enroulent autour des tempes en manière de couronne. Ce sujet ne mérite pas de plus longs développements.
La ville de Guatemala ne renferme ni promenades publiques, ni cafés i9 ni cabinets littéraires , aucuns lieux enfin de réunion et de plaisir; elle ne possède point de théâtre, mais seulement une arène pour les combats de taureaux , dont l'hospice a le monopole en vertu d'un privilège royal que les révolutions ont respecté 2. L'étranger n'a pas même la ressource d'y trouver une auberge ; il doit se résigner, lorsqu'il n'est pas muni de bonnes lettres de recommandation , à chercher provisoirement un asile dans une de ces posadas ou mesones, véritables caravansérails , divisés par petites pièces obscures, délabrées, fétides, infectées de puces etdeniyuas, où descendent les marchands indigènes. 11 faut être aguerri pour braver l'incommodité d'un pareil séjour.
Ayant eu la mauvaise fortune, pendant la traversée de Belize à Cuba, de perdre quelques-unes de mes notes de voyage, je renonce
1. Peu de jours avant mon départ, il s'ouvrit un de cos établissements, événement qui fit sensation dans la ville; les jeunes gens parlaient déjà de civilisation et de progrès; mais les vieillards hochaient la tète d'un air d'incrédulité, suivant leur habitude depuis le temps d'Homère.
2. On peut évaluer à 10 ou 12 mille piastres le produit annuel de cette exploitation.
à traiter dans un chapitre spécial des institutions ainsi que des ressources financières et commerciales de l'État; en l'absence de documents précis, que mes souvenirs ne sauraient suppléer, je bornerai ma tâche à quelques appréciations générales, qui trouveront leur place dans ce chapitre et dans le dernier.
L'instruction scientifique laisse beaucoup à désirer dans la capitale du Guatemala. Gomment en serait-il autrement chez un peuple qui, après avoir vécu pendant trois siècles sous un régime ennemi des lumières, se consume en luttes politiques, depuis qu'il est en possession de la liberté? Deux établissements principaux, l'Université et le collège Tridentino ou séminaire, fondé vers l'an 1690, se partagent l'éducation de la jeunesse, indépendamment des écoles ouvertes au profit de la classe ouvrière. Les bases de l'enseignement sont à peu près les mêmes qu'en France. 11 existe à l'Université des chaires de grec et de latin, de mathématiques et de philosophie; mais à l'exception du droit, ou plutôt de la chicane, qu'il est utile d'approfondir dans un pays fertile en procès, le reste des études est tout à fait superficiel. L'instituteur ne se préoccupe nullement de développer les facultés de ses élèves , en vue de la condition sociale qu'ils paraissent appelés à occuper, et ceux-ci se séparent de leur maître sans aucune idée juste sur le monde , sans principes fixes pour se diriger ; ajoutons qu'on ne leur en apprend guère davantage sur les lois physiques de l'univers.
Les écoles destinées à l'instruction du peuple sont au nombre de vingt-sept, onze de garçons et seize de filles. Ces établissements , soutenus en grande partie à l'aide de fonds privés, ne m'ont point paru répondre aux vues de leurs fondateurs. Il faudrait, pour qu'ils donnassent des fruits, non-seulement qu'ils fussent fréquentés, mais que l'éducation morale, véritable base de l'édifice social, tînt le premier rang dans l'enseignement; enfin que les leçons du maître ne fussent point gâtées par les mauvais exemples de la famille. Mais comment obtenir ceci, dans une ville où la classe inférieure végète depuis des siècles dans l'ig orance complète de ses devoirs. On peut en accuser à bon droit l'ancienne administration coloniale; les gou-
verneurs généraux, en mettant à l'encan les charges publiques, ont appris à la nation à dédaigner le mérite et à honorer exclusivement la fortune; les officiers de la douane, en organisant ouvertement la fraude, lui ont enseigné le mépris de la loi; les juges, en trafiquant de la justice, ont perverti chez elle le sens moral , tandis que le clergé, par sa cupidité et par la licence de ses mœurs, lui enlevait ses derniers scrupules.
Aujourd'hui, cette population connaît encore très-bien les formules de la civilité castillane, que ses anciens maîtres semblent avoir considérée comme l'essence même de l'éducation, mais elle n'établit pas toujours avec netteté. la distinction entre le bien et le mal; sans honnêteté privée , sans vertus publiques , elle vit dans la paresse et l'ignorance, sous l'empire des passions et des superstitions les plus grossières.
L'industrie mécanique , cette branche intéressante de l'instruction du peuple, est également fort arriérée dans le Guatemela. J'ai fait connaître ailleurs le parti que l'Indien tire de son machete, simple couteau de chasse dont il fait usage , non - seulement pour frayer sa route dans les bois, mais pour labourer son champ, bâtir sa maison, fabriquer ses meubles, etc. Les artisans de la capitale, presque tous ladinos, ne sont guère mieux outillés : ils ignorent d'ailleurs le bénéfice de l'association et celui de la division du travail. Lorsque l'on considère le petit nombre d'instruments dont ils se servent et la variété de leurs ouvrages , on reconnaît qu'ils ont hérité de cette adresse manuelle et de ce talent mécanique particuliers h la race américaine ; mais leur intelligence ne s'élève pas plus haut; ils imitent, n'inventent jamais, et perfectionnent rarement ; aussi ai-je vainement cherché, parmi les produits de l'industrie nationale , un souvenir qui méritât d'être rapporté ; mes acquisitions durent se borner à une veste de drap et un chapeau de paille, ouvrages des véritables indigènes. Le commerce intérieur se réduirait donc à des proportions bien minimes, si le climat, par sa diversité, ne favorisait les échanges et notamment le trafic du maïs ; il est rare que la récolte soit bonne sur toute l'étendue du territoire; une pro-
vinee manque de grain quand ailleurs il est abondant, en sorte que les prix subissent une fluctuation continuelle qui alimente la spéculation.
Le commerce extérieur avait pris un accroissement notable sous l'influence des libertés qui succédèrent aux prohibitions du régime colonial ; mais l'élan ne s'est point soutenu : plusieurs branches d'industrie ont décliné successivement, et l'exportation, aujourd'hui, se réduit à un seul article sérieux, la cochenille. Une pareille décadence ne surprendra personne ; nulle entreprise ne saurait prospérer dans un pays sans cesse agité par les discordes civiles, et où les intérêts matériels ne jouissent d'aucune sécurité ; les voies de communication sont d'ailleurs détestables, l'expédition des marchandises très lente, et les avaries fréquentes, pendant leur transport et leur emmagasinage. On peut évaluer à 25 millions de francs la valeur des importations et des exportations annuelles du Guatemala; le mouvement de ce capital s'effectue par la voie de BeHze , nécessité fort dure pour un État baigné par les deux Océans; mais depuis l'aliénation de Santo-Tomas à une compagnie belge, la république ne possède aucun port qui mérite réellement ce nom. Istapa , sur le Pacifique, n'est qu'une rade foraine, et Yzabal, sur l'Atlantique, n'admet pas de navire tirant plus de deux mètres d'eau.
A l'exception de quelques prestations appliquées à l'entretien des routes, il n'existe plus au Guatemala d'impôts directs ni de travail forcé. Les ressources publiques proviennent des droits sur la poudre et le tabac , du service des postes et des inscriptions à la douane maritime ; le produit de ces taxes équilibre à peu près les dépenses, qui n'excèdent pas 500 mille piastres. On trouverait difficilement, dans les deux hémisphères, un pays civilisé où les charges soient aussi légères. 11 est vrai que le traitement des fonctionnaires y est modique: le président reçoit 3,000 piastres; les ministres 1,500, et les corrégidors 1,200. L'entretien des troupes est, comme partout ailleurs, l'article le plus lourd du budget.
Des cinq petites républiques qui formaient autrefois la confédération de l'Amérique Centrale, celle de Guatemala est la plus con&i-
dérable, sinon par l'étendue de son territoire et de son commerce, au moins par le chiffre de sa population, l'importance de sa capitale et le rôle politique qu'elle a joué dans l'histoire du pays. Si elle n'a pas produit de génies extraordinaires, elle compte au moins des hommes que leur patriotisme et leurs lumières ont élevés assez haut dans l'estime de leurs concitoyens ; enfin , lorsque nous connaissons à peine les noms de Cartago, San -Salvador, Léon, Comayagua, celui de Guatemala non -seulement nous est familier, mais réveille dans notre esprit quelques idées de civilisation et de grandeur.
L'État est divisé en cinq départements, Guatemala, Chiquimula, Vera-Paz, Zacatepequez, Solola, Totonicapan et Quezaltenango ; il faut y ajouter deux districts ou subdivisions départementales, Petén et Yzabal. Les circonscriptions territoriales ont été modifiées depuis l'Indépendance, et les provinces sont devenues des départements; mais l'administration est restée à peu près ce qu'elle fut sous les Espagnols, c'est-à-dire que le pouvoir judiciaire fonctionne dans les mêmes mains que le pouvoir administratif, et se confond , dans ses degrés inférieurs, avec l'autorité municipale.
Quelque malaise qu'ait éprouvé jadis cette contrée sous la compression du régime colonial, jamais son sort n'a été plus déplorable que le jour où, épuisée par trente-cinq ans de luttes intestines, elle a courbé la tête sous le joug d'un Indien. La généalogie du président Rafaël Carrera n'est pas clairement établie, même dans sa ville natale; mais on assure qu'il appartient à la caste la plus iiïfime de la société. Né dans le faubourg de Candelaria, les premières occupations de sa jeunesse furent conformes à l'obscurité de son origine : on le vit d'abord végéter dans la domesticité aux environs d'Amatitan, puis, au bout de quelques années, organiser pour son propre compte un commerce de pourceaux qu'il achetait et revendait aux alentours. En 1837, il parut pour la première fois sur la scène politique, à la faveur des troubles qui agitaient le pays. Ge n'était encore qu'un bandit, chef d'une guérilla sanguinaire, taillant à merci la province sans respecter aucun parti. L'année suivante, cet hom.me, qui avait grandi dans la lutte et dont les instincts ambitieux s'étaient
rapidement développés, surprenait la capitale à la tête d'une multitude de barbares, et ne laissait aux citoyens consternés d'autre alternative que le pillage ou la rançon. Je n'entrerai pas dans le détail des événements qui suivirent et qui conduisirent un simple berger, à travers l'anarchie générale, au poste le plus élevé de l'État; l'histoire de ces révolutions lointaines intéresserait médiocrement le lecteur ; d'ailleurs elle est suffisamment connue aujourd'hui.
Carrera n'est pas un homme ordinaire; sa fortune le prouve évidemment : sans nulle expérience politique, sans instruction, sans autre guide que l'instinct , il a su se maintenir au poste que son épée avait conquis . Les citoyens les plus considérables de chaque parti se sont inclinés tour à tour devant lui; ils espéraient en faire un instrument docile; mais ils les a joués tous, en profitant de leur antagonisme. Son rôle est difficile, car il n'a pour appui que des hommes timides , ralliés à lui par la nécessité , ou des séides sans considération et sans valeur. Longtemps il refusa la présidence, en alléguant son défaut d'instruction et l'incompatibilité de ses habitudes avec la dignité dont on voulait le revêtir; la flatterie , néanmoins , sut aplanir si bien les obstacles, que toutes ses concessions aux bienséances, lorsqu'il prit possession de la dictature, se bornèrent à la réforme de sa veste ronde et à celle de son chapeau de paille. C'est un homme de taille moyenne , chez lequel prédomine le sang indigène : cette origine se trahit à la nuance de sa peau, à la rareté de sa barbe et à ses yeux un peu obliques, qu'il tient habituellement baissés. Actif, peu scrupuleux, obstiné comme un Indien, il est d'humeur taciturne et d'un tempérament violent et sanguinaire; cependant on ne lui refuse pas une certaine générosité, et l'on ne saurait nier qu'une fois maître de la situation , il n'ait usé avec modération du pouvoir K
Je ne tirerai point vanité de mes rapports avec ce haut personnage. Conduit à son palais par un des premiers citoyens de la ville, j'attendis, mais en vain, l'honneur dev lui être présenté; au bout de
1. Depuis l'époque où ces lignes furent écrites, le Guatemala a été le théâtre de nouvelles révolutions, qui ont amené la chute, l'exil et la réintégration du président Carrera.
trois quarts d'heure, il sortit de son cabinet, traversa l'extrémité opposée de la pièce, et disparut sans/nous honorer d'un regard; mon compagnon en demeura consterné. J'eus beau, pour adoucir notre infortune commune, prendre gaiement cette aventure , le sourire ne reparut plus sur ses lèvres. Au fait, j'ai toujours pensé que je lui devais ma disgrâce, car l'audience m'avait été gracieusement octroyée par l'entremise du ministre de l'intérieur. Peut-être eût-il fallu , dans une ville où le terrain était aussi glissant , montrer plus de circonspection dans le choix d'un introducteur.
L'histoire de Carrera offre une ressemblance singulière avec celle de l'ancien dictateur de Buenos-Ayres : issus des derniers rangs de la société, ils passèrent l'un et l'autre les premières années de leur vie dans une condition infime et dépendante ; l'un et l'autre ils furent chassés par leurs maîtres (mais peut-être est-ce une calomnie de leurs ennemis ) , pour un acte d'indélicatesse. Dépourvus d'instruction, mais doués de facultés énergiques et d'une indomptable volonté, tous deux surent profiter des dissensions qui agitaient leur pays; tous deux ils commencèrent leur carrière militaire par l'invasion de la capitale, Carrera avec ses Indiens, Rosas à la tête des gauchos. Leur élévation, leur fortune, datent de cette audacieuse agression. Sans pousser plus loin le parallèle, ajoutons qu'ils usèrent différemment du pouvoir : le premier se borna à paralyser ses ennemis , le second écrasa les siens ; Rosas fut un impitoyable despote, mais en même temps un diplomate habile , bien supérieur à Carrera par la capacité, l'étendue des vues et le rôle qu'il joua dans sa patrie et qui eut quelque retentissement en Europe.
La force militaire du Guatemala est principalement recrutée parmi les indigènes, qui en forment le noyau permanent. Ce sont les contingents de Mita et de Santa- Rosa, dévoués corps et âme au président Carrera , qui gardent la capitale ; si l'on y joint les garnisons de Quezaltenango, de TAntigua, d'Amatitan et d'Yzabal, on obtiendra un total d'environ 500 hommes ; mais l'effectif peut être porté à 4,000 par l'enrôlement des ladinos. Les soldats reçoivent deux réaux par jour; ils se nourrissent et se vêtent à leur guise, ainsi que
24 <i CHAPITRE XX.
leurs officiers, véritables sbires, dont plusieurs doivent leur promotion à quelque action violente et détestable. En temps de paix, leur attitude martiale et provoquante impose aux citoyens paisibles; mais on assure que ces apparences belliqueuses se modifient sensiblement devant l'ennemi. Dans les circonstances graves, on lève en masse et on incorpore dans leurs rangs tous les Indiens dont on parvient à s'emparer. Ce n'est point par la discipline que brillent ces guérillas, dépourvues d'instruction militaire et toujours prêtes, dans les troubles civils, à changer de drapeau selon l'intérêt du moment
Un jour où je cherchais une distraction dans mon jardin, en poursuivant des papillons tout à fait analogues à ceux de nos pays, on m'annonça la visite d'un étranger. Qu'on juge de ma stupéfaction quand je crus entrevoir la figure amaigrie de mon ancien compagnon de voyage, l'honnête Diego de la Cueva! Était-ce une illusion, une ressemblance fortuite? je le crus un moment : mais, non, c'était bien lui, on ne pouvait pas en douter. Il s'avança dignement et cérémonieusement , son chapeau d'une main et son paquet de l'autre, la mandoline au poste accoutumé, dans le même appareil où je le rencontrai jadis lorsqu'à l'entrée du bois de Tenosique il vint se joindre à notre caravane. Cette apparition me frappa si vivement que je demeurai muet et pour ainsi dire pétrifié.
— Je vois votre surprise, caballero, me dit de loin ce personnage; c'est une marque évidente que Votre Seigneurie ne m'a pjas oublié*
— Êtes -vous donc réellement de ce monde, seigneur Diego? m'écriai-je en retrouvant ma voix.
— Pour vous servir, caballero, répondit-il avec un salut grave et respectueux ; j'en ai douté longtemps moi-même, mais j'en suis certain aujourd'hui.
A ces mots, qui entraînèrent ma propre conviction, je m'approchai pour le considérer, et pour lui faire les compliments que comportait la circonstance ; ensuite , je le priai de satisfaire ma curiosité en attendant l'heure du dîner : — Je n'aurai pas de singe à vous offrir, ajoutai- je en souriant , mais j'espère que vous vous en consolerez.
— Plût à Dieu, seigneur cavalier, répliqua-t-il avec un soupir qui
partait des entrailles, plût à Dieu que j'eusse trouvé du singe sur la route infernale que je viens de parcourir! je n'aurais pas regretté si souvent l'excellente chère que je fis autrefois en voyageant à votre suite.
Le compliment me parut exagéré, mais peut-être était-il sincère. Nous nous assîmes à l'ombre; Diego déposa son paquet, demanda du tabac, roula une cigarette, puis commença le récit de ses infortunes. Longtemps il avait langui entre la vie et la mort au village de Sacluc où nous l'avions laissé ; enfin sa nature sèche et résistante avait fini par triompher du mal. Aussitôt rétabli, il s'était acheminé sur nos traces; mais lorsqu'il atteignit Flores, nous en étions partis depuis cinq jours. Le corrégidor, instruit de son histoire, l'avait généreusement hébergé jusqu'au départ du courrier de Guatemala, avec lequel il venait d'arriver, chargé d'un superbe coq d'Inde que le digne fonctionnaire envoyait au président de la république. Il termina sa narration en imitant le cri de cet oiseau , dont il avait fait une étude approfondie pendant la route.
Morin arriva au milieu de cet intermède , et sa stupeur fut au moins égale à la mienne. Après de nouvelles explications, Diego entra dans les détails de son voyage, tandis que je lisais une lettre du corrégidor, où se manifestaient les sentiments les plus affectueux à travers les formes cérémonieuses de la politesse espagnole. Notre ancien compagnon ayant atteint Coban , sans avoir perdu un seul instant nos traces, eut bientôt découvert la maison que nous avions habitée; il regretta de n'y passer qu'un jour, car l'hospitalité qu'il y reçut effaça de sa mémoire les plus agréables souvenirs de Flores.
A cet endroit de son récit, Don Diego crut devoir prendre un certain air mystérieux qui fit naître le sourire sur mes lèvres; et comme je lui demandais s'il n'avait pas de commission pour moi, il entr'ouvrit sa veste et me montra un sachet de toile bleue, suspendu à son cou, ainsi qu'un amulette; ce sachet renfermait une lettre, et cette lettre est connue du lecteur. « Pour cent doublons, dit-il en me la présentant, je ne me serais pas trompé d'adresse. » Et il allongea la main sur sa maigre poitrine, comme pour fortifier cette assertion.
Quoique ma conviction sur ce point délicat fût loin d'être bien établie, je n'en louai pas moins la vertu du messager et lui promis de m' occuper, à mon tour, de ses intérêts. Effectivement, je ne tardai pas à lui trouver quelque emploi chez un négociant de la ville. Comme il était intelligent, souple, d'humeur facile, il s'insinua très rapidement dans les bonnes grâces de son patron , dont il obtint une petite pacotille pour trafiquer dans le Nicaragua. Depuis, on ne le revit plus ; le bruit courut qu'en traversant un marécage , près de Realejo, il avait été happé par certain crocodile; mais j'ai toujours douté de cette histoire, le croyant fort capable d'avoir happé lui-même les marchandises.
L'OCEAN PAGIFietïE
A l'époque où Diego parfit pour le Nicaragua, je me disposais moi -mémo à prendre la direction de l'océan Pacifique » malgré l'avis de mes amis, qui se crurent obligés de combattre ce projet.
La côte du sud inspire effectivement un sentiment d'appréhension très vif aux habitants du plateau supérieur ; «On y va, me répétait-on, mais on n'en revient pas toujours, «De pareilles considérations n'ont jamais arrêté un voyageur, et pour ma part, je 'nie serais difficilement consolé de quitter l'Amérique Centrale sans avoir vu le Grand Océan ; d'ailleurs je comptais sur la brièveté de mon
no CHAPITRE XXI.
séjour et sur le bénéfice de l'hygiène, pour échapper à un danger dont je n'appréciais pas exactement la portée.
En sortant de Guatemala, par une délicieuse matinée (12 octobre), nous gravîmes d'abord la colline du Calvaire, d'où l'on découvre une plaine rase, inculte, monotone, parsemée de buissons i et couverte d'une herbe coriace qui jaunit aux premières sécheresses ; des troupeaux paissaient dans la campagne où miroitaient quelques flaques d'eau; à l'horizon se dessinaient les trois volcans ; une légère fumée flottait comme un panache sur celui que lès Espagnols ont nommé naïvement Volcan de Fitego. Bientôt le soleil levant dilata les vapeurs condensées à leurs bases; on les vit monter peu à peu jusqu'à leurs sommités , qu'elles enveloppèrent pendant le reste du jour.
A une demi-lieue de la ville , nous laissâmes sur notre droite le chemin de l'Ântigua pour prendre celui d'Amatitan. Aucun changement ne se manifesta dans l'aspect dû pays jusqu'au hameau de Castanaza^ éloigné d'une bonfië lieue; là, lé plateau commence à incliner vers le sud; la route devient de plus en plus accidentée; le sol est entrecoupé d'énormes crevasses (quebradas) où l'on distingue, par bandes horizontales, les couches des différentes espèces de lave qui ont concouru à son exhaussement. Ces lieux sont embellis par une végétation splendide , composée principalement d'ingas et de chênes : leur caractère pittoresque, leur couleur chaude et vigoureuse rappellent les paysages de Pausilippe et de Baïa. Nous descendîmes , émerveillés d'un changement aussi imprévu , dans un large et profond ravin, où nous vîmes couler le premier filet d'eau tributaire de l'océan Pacifique. Sur l'escarpement opposé croissaient des convolvulus arborescents , couverts d'une profusion de fleurs blanches; déjà se montraient dans îéloignement quelques plantations de nopals.
A quatre lieues de la capitale, nous nous arrêtâmes pour déjeuner au bourg de Villa -Nueva, célèbre dans l'histoire contemporaine