Cedo genis , Frédéric Cuvier
tance, et, se retournant de ce côté, il vit son ongle transformé en un homme, qu’il nomma Caru et dont il fit son confident. Les deux amis vivaient dans l’intimité la plus parfaite, passant leur temps à la chasse. Entre autres choses ils furent un jour invités à dîner chez un oiseau. Ils mirent du sel dans les mets. L’oiseau , en ayant goûté , trouva cet assaisonnement si agréable, que les deux amis lui laissèrent ce qu’ils en avaient; mais l’oiseau, ignorant la propriété du sel, eut peu de soin de le garantir, il le laissa à l’air; une forte pluie tomba et le fit fondre : depuis cette circonstance- les Yuracarès n’ont plus de sel dans leurs forêts. Une autre fois un autre oiseau les ayant invités à boire de la chicha , le vase se remplissait de lui-même à mesure qu’on le vidait. Tiri, surpris, voulut voir ou le flux s’arrêterait; il donna au vase un léger coup de baguette. Alors la liqueur sortit en telle abondance, qu’elle inonda toute la terre et fit périr son ami. Lorsque la terre se dessécha, Tiri chercha partout son ami; il en rencontra enfin les os et Je ressuscita.
Les deux amis, commençant à se trouver bien isolés, éprouvaient un vif désir de voir d’autres êtres semblables à eux. Ils s’unirent dans ce but avec la femelle de l’oiseau nommé pospo 1, et de cette union il naquit , de chaque oiseau , un homme et une femme. Les femmes étant nées la poitrine au-dessus des yeux, Tiri fut obligé de la mettre à la place qu’elle occupe aujourd’hui. Le fils de Caru mourut et fut enterré par son père. Tiri lui dit, au bout de quelque temps, d’aller voir où était son fils, parce qu’il ressusciterait, mais qu’il devait bien faire attention de ne pas le manger. Caru ne trouva sur la tombe de son fils autre chose qu’une touffe de moni (pistachier terrestre), qu’il arracha. Cette plante étant couverte de fruits, Caru en eut envie et les mangea. Au même moment un grand bruit se fit entendre , et Tiri dit : « Caru a manqué d’obéissance et a mangé son fils ; pour « le punir, lui et tous les hommes seront mortels, assujettis à tous les travaux, « à toutes les souffrances. ” Peu de temps après il secoua un arbre pour en avoir les fruits. Il en tomba un canard , que Tiri ordonna à Caru de faire cuire et de manger. Caru l’ayant fait, il lui dit : «Ce canard était ton fils, que tu as mangé; * ce qu’entendant, Caru éprouva un tel dégoût, qu’il rendit tout ce qu’il avait dans l’estomac. C’est alors que de sa bouche sortirent les perroquets , les toucans et tous les oiseaux connus des Yuracarès.
Tiri et Caru allèrent visiter la femelle de jaguar, mais lui voyant les lèvres ensanglantées, Tiri crut qu’elle avait rencontré des hommes et qu’elle les
Yura-
carès.