Le vautour urubu
¡ÊiidiS
Tous les Yuracarès sans exception connaissent cette histoire mythologique et se plaignent de tous ceux qui y ont joue' un rôle : de Sararuma, parce qu’il brûle tout; d’Ulé, de Tiri et de Caru, qui ne les firent pas immortels. Il en est de même de Mororoma (dieu du tonnerre), qui, du haut des montagnes ou du sommet des nuages , observe les hommes el leur lance ses foudres, lorsqu’il n’en est pas content; ils le menacent de leurs flèches, quand il tonne; de Pépézu, dieu du vent, qui les enlève du milieu des bois; de Chuchu , dieu de la guerre, qui leur enseigne à se battre, et même de Télé, qui leur apparaît vêtu de blanc et leur donne des instructions.
Les Yuracarès descendent des Mansihos , sortis du trou avec leur arc, leurs flèches et leur flûte.
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J. 2. V oyage du pays des Yuracarès a Moxos par le Rio Sécuri.
Le 30 Juillet, je fis mes adieux aux Yuracarès et je me rendis sur le bord 3o juin, du Rio Moleto , ou était ma pirogue. Les eaux étaient très-basses , la rivière remplie de rapides. 11 me fallut trois journées pour faire à peine trois lieues jusqu’au confluent du Rio Icho. Toujours dans l’eau pour traîner la pirogue et presque sans chaussure, les pieds enflés, j’étais, le jour, exposé à la pluie; dévoré des piqûres venimeuses des maringouins , qui remplacent la nuit des myriades, de moustiques plus acharnés encore. Mes compagnons de voyage se plaignaient à juste titre; ma résignation et ma constante coopération à leurs travaux pouvaient seules les engager à persister. Dans cet intervalle le Rio Moleto reçoit de l’occident les rivières de Solotosama , Enesama b et de l’orient Ylpuchi , qui courent entre des collines basses, plus marquées à l’ouest, derniers contre-forts de la Cordillère.
Au confluent des deux rivières formant le Rio Sécuri les eaux sont plus ier Août, larges, plus profondes et pourraient permettre une navigation facile en bateaux plats. J’y rencontrai plusieurs Indiens occupés, à pêcher. Us me suivirent, et bientôt, sur la rive gauche, ils me dirent de m’arrêter et me montrèrent, derrière un buisson, un sentier qu’on ne pouvait apercevoir de la rivière. Je le suivis et rencontrai à un kilomètre de distance dans la forêt plusieurs maisons à un étage, construites ainsi pour se préserver de l’humidité. Je m’installai dans l’une d’elles, récemment abandonnée. J’y restai
1. Le nom de cetle rivière vient de la langue des Yuracarès : il se compose de Enè (le poisson nommé sabalo à Buenos- Ayres) et de sama (rivière) , c’est-à-dire rivière des sabalos.
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i Août.
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soutenu par l’espoir d’obtenir quelques racines de mandioca et des bananes , les seules provisions que je pusse faire en ces lieux sauvages. Les maisons étaient désertes, tous les habitans s’en étant allés à dix lieues à l’ouest vers Imamasama , afin de fuir une maladie qu’ils prétendaient exister alors en ces lieux. Le lendemain, vers onze heures, ne voyant pas arriver ceux des Indiens qui étaient allés chercher des vivres , je résolus de me rendre à la pirogue pour partir. Tout le monde s’embarqua ; mais notre frêle embarcation ne tarda pas à chavirer, et le Franciscain épouvanté aima mieux, avec son frère lai , renoncer au voyage , ce qui diminua les risques du nôtre. Il se détermina à se rendre avec Amito à Isiboro *, d’où il irait facilement à Cochabamba. Pendant nos pourparlers les trois Indiens nous apportèrent quelques provisions, avec lesquelles il fallut abandonner tout à fait les lieux habités et se confier aux hasards d’une navigation dont je ne pouvais prévoir ni la durée, ni les obstacles, et cela dans la compagnie de gens sans expérience. Notre troupe, composée de trois sauvages Yuracarès, devenus mes rameurs, de mon Indien moxos (Anselmo), gouvernant par derrière, de mon domestique dirigeant la barque en avant, de M. Tudela et de moi, en tout sept personnes, fit ses derniers adieux au pays des Yuracarès et nous voguâmes vers des régions inconnues.
Pendant une lieue encore nous eûmes à vaincre quelques rapides encombrés d’arbres, et, après avoir passé une petite île, nous trouvâmes la rivière libre de tous obstacles. Elle me parut alors propre à la navigation, même des bateaux à vapeur. Je pensai qu’on pourrait établir en ce lieu un port sur les terrains les plus fertiles du monde, lorsque les communications commerciales se seront établies avec la province de Moxos. Jamais je n’avais rencontré une rivière plus poissonneuse. Chaque fois que nous jetions la ligne, nous retirions presque de suite des poissons de grandes dimensions, appartenant surtout aux siluroïdes ; il y avait aussi de nombreux pacus , les meilleurs poissons d’Amérique. Le lendemain nous rencontrâmes encore quelques encombremens causés par les arbres que les courans amoncèlent ; puis la rivière devint large et profonde. Les maringouins disparurent, les palmiers vinas devinrent plus rares et furent remplacés par le palmier motacu. Chaque banc de sable était couvert de nombreux becs-en - ciseaux , d’hirondelles de mer et d’engoulevens qui y nichaient, se contentant de déposer leurs œufs sur le sable. Nous pûmes en faire une ample provision. Le soir le temps