‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 114 sur 240 · Voyez t. Ill, p · texte numérisé non relu

Voyez t. Ill, p

2. Padre de Eguiluz, p. 27. Il parle de cent danseurs devant une procession à San-Ignacio.

Moxos.

Moxos.

et qu’à la procession un grand nombre de pénitens de sang ( Penitentes de sangre) s’appliquaient des coups de fouets et de discipline, les uns traînant des poutres pesantes, les autres portant des croix sur leurs épaules autour de la place1, absolument comme je l’ai vu en 18522. Dès-lors nul doute qu’à Moxos les jésuites n’aient été infiniment plus sévères qu’à Chiquitos , à l’égard des actes religieux. Il est vrai que , superstitieux au delà de toute expression, les indigènes s’y sont prêtés et s’y prêtent encore avec une certaine fureur. Habitués dans leur culte primitif à se martyriser de toutes les manières, ils apportèrent dans le christianisme la même exagération religieuse, et surtout la même insensibilité physique. Celui qui dans l’état sauvage ne craignait pas de sacrifier sa femme, ses enfans à de vaines superstitions et de se soumettre à toutes les souffrances , ne devait pas, comme chrétien, craindre de leur faire, au moindre soupçon, donner des coups de fouet par le fiscal, et de se faire châtier lui-même chaque fois qu’il croyait avoir offensé la divinité3. On est du reste moins étonné de ce fanatisme, lorsqu’on se reporte à l’époque oh il s’est établi. Alors l’inquisition existait en Espagne, et partout il y avait bien plus d’actes extérieurs qu’aujourd’hui. 4

La communauté habillait et nourrissait les Indiens : on leur faisait tous les quinze jours une distribution de viande, et chaque mission était fournie de tout ce qui pouvait être nécessaire aux diverses exploitations. Les habitans n’ayant pas à s’occuper de l’avenir, vivaient très-contens, malgré la sujétion coninuelle dans laquelle ils se trouvaient, si l’on en juge du moins par le souvenir qu’ils ont des jésuites. Tous ont conservé la tradition de ces temps, ou ils étaient bien plus heureux qu’aujourd’hui.

En résumé, à Moxos les indigènes avaient beaucoup moins de liberté individuelle qu’à Chiquitos, et, quant à la religion, ils étaient astreints à des règles ordinairement réservées pour les cloîtres.

En 1767, Moxos était dans l’état le plus florissant sous le rapport du produit et sous celui des monumens5. La capitale était à San-Pedro, mission

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