Voyez t. Ill, p
du Carmen avec les Indiens Chapacuras1, et en 1796 on transfera San- Joaquin, mais ensuite on se contenta d’envoyer des habitans de Santa-Cruz gouverner Moxos.
Durant la guerre de l’indépendance Moxos fut tout à fait abandonnée; mais elle resta en dehors de la crise politique qui, de 1810 à 1824, tourmenta le reste de l’Amérique. On s’en souvint pourtant, pour mettre à contribution les richesses de ses églises. Les joyaux des saints et des vierges avaient été succussivement pillés; néanmoins il restait les plaques d’argent des autels qui, étant données au poids par inventaire, ne pouvaient être touchées. En 1 81 4 , le général Aguilera , pour soutenir les troupes espagnoles , envoya de Santa-Cruz son frère à Moxos , afin d’enlever à chaque église une partie de ses ornemens. San -Pedro seulement fournit 352 kilogrammes d’argent.
En 1820, la rigueur du gouverneur Yelasco amena pour la première fois une rixe entre les indigènes et l’autorité. Ce gouverneur, croyant avoir à se plaindre du cacique de San-Pedro, nommé Marasa, se le lit amener et lui demanda sa canne, signe du pouvoir. Le cacique la lui refusa, en disant qu’il la tenait de Dieu. Outré de voir un Indien lui résister, Yelasco tua Marasa d’un coup de pistolet dans la poitrine. Le iiîs de ce cacique, attiré par les cris des juges, vint enlever le corps de son père et ameuta les Canichanas contre le gouverneur, qui fut obligé de se renfermer avec ses soldats dans l’ancien collège des jésuites, faisant de temps en temps des décharges sur les indigènes; ce qui les irrita davantage et leur fit pousser des cris de vengeance. Les Indiens, ne pouvant entrer dans le collège, amoncelèrent, autour de ce monument, malgré le feu des militaires, tout ce qu’il y avait de suif dans les magasins, et les flammes l’enveloppèrent en un instant. Le gouverneur, forcé de sortir, fut mis à mort avec la plupart de ses soldats, et bientôt les précieuses archives de la province, contenant tous les travaux manuscrits des jésuites, furent pour toujours anéanties.
Des troupes de Santa-Cruz vinrent plus tard soumettre les Canichanas de San-Pedro, qu’on transféra sur un autre point, et la capitale, jusqu’alors à cette mission, fut transportée à Trinidad. Moxos baissa constamment, et en 1829 ses revenus étaient au-dessous de 20,000 piastres ou de 100,000 francs, tandis qu’ils étaient de 300,000 sous les jésuites.
En 1 831 , pendant mon séjour à Chiquitos, j’avais proposé au gouvernement
Moxos.
de faire avec la province de Moxos un échange de sel pour les bestiaux, ce qui avait été accordé. Ayant parcouru la province de Moxos, je m’étais, d’après l’autorisation du président de la république et de concert avec M. Carrasco, efforcé de réformer par un nouveau réglement les abus sans nombre dont avaient à souffrir les malheureux indigènes. On a vu que le colonel Davila 1 avait été enlevé par une mort violente, à l’instant de venir opérer cette sage réforme. Il devait de plus s’entendre avec l’évêque de Santa-Cruz, M. Cordova , pour faire cesser les abus religieux ; mais , malgré la visite de ce prélat instruit, avec lequel je me suis trouvé plus tard sur le Rio Piray, la province de Moxos ayant encore été confiée aux mains d’un gouverneur de Santa- Cruz, homme probe, mais peu éclairé, je doute que l’esprit de routine ait rien changé à ce qui existait.
§. 3. Généralités statistiques. État actuel de la province.
T Population.
D’après ce cpii était arrivé aux missions du Paraguay 2, on doit croire que la conservation des institutions des jésuites sous les différens gouvernemens qui se sont succédé depuis soixante - cinq ans, a prévenu la destruction des missions de Moxos; aussi avais-je, en 1832, trouvé encore intactes sous d’autres hommes, avec des mœurs différentes et une prospérité trèsinférieure, toutes les institutions administratives et religieuses que les jésuites y avaient laissées lors de leur expulsion en 1 767.
En parcourant la province, j’ai donné un aperçu détaillé de l’état actuel des missions, des mœurs, des usages des différentes nations qui les habitent.3 Je me bornerai, dans ce résumé, à des considérations d’ensemble.
La population actuelle de Moxos, divisée par nations et par missions, est la suivante, d’après les renseignemens de 1830 et 1831.