Voyez la carte générale de la Bolivia
)832. naissance au Rio du Paraguay, affluent de la Plata, et au Rio Barbado, rh. premier affluent de l’Amazone. Le bras occidental des plaines, réduit égalées. ment à un large détroit, compris entre les derniers contre-forts des Cordil-
lères, près de Santa-Cruz de la Sierra, et les collines de San-Xavier de Chiquitos, appartient déjà tout entier au versant du nord. Ce bras s’élargit dans la province de Moxos, se réunit au bras oriental vers le 15.e degré de latitude. Les plaines, alors très-larges, suivent la direction nord-nord-ouest. Au 12.e degré de latitude, elles se rétrécissent encore par le cap que représente l’extrémité occidentale des chaînes du Rrésil, près du confluent du Rio Iténès ou Guaporé. Ce nouvel et large détroit suit le cours du Rio de Madeiras, en prenant de l’extension à l’est, jusqu’à former le grand bassin proprement dit du Maraîlon. Ainsi les vastes plaines de la Plata communiquent, à l’est et à l’ouest du massif de Chiquitos, avec ces grandes plaines de l’Amazone; elles traversent, du nord au sud, tout le centre de l’Amérique méridionale , et forment une île du système orographique des montagnes de Chiquitos.
Tous les cours d’eau de la partie orientale de la province se dirigent à la rivière du Paraguay et à la Plata, tandis que tous ceux de la partie occidentale vont à l’Amazone.
Les rivières importantes du versant de la Plata sont désignées ci-après :
\ .° Le Rio de Tucabaca , sous le nom de Rio de San-Juan, naît aux ruines de l’ancien San-Juan, entre le 6Le et le 62.e degré de longitude, reçoit toutes les eaux de la vallée de Tucabaca jusqu’aux ruines de Santo -Corazón, vers le 59° 50' de longitude. Il pourrait, au temps des crues, porter des bateaux jusqu’à la hauteur de Santiago.
2. ° Le Rio de San-Rafael naît sur le versant méridional de la Sierra de Santiago, vers le 61.e degré de longitude, et se réunit au 59° 30' au Rio Tucabaca. Il coule ensuite jusqu’au P\io du Paraguay, sous le nom de Rio Oxuquis. Il est navigable un peu au-dessus de son confluent.
3. ° Au nord de la Sierra de San-Juan naissent beaucoup de petits ruisseaux, qui , réunis plus loin en un seul cours d’eau , portent alors le nom de Rio de Tapanakich. Cette rivière se rend directement à l’est, à travers les marais, au Rio du Paraguay, vers le \7° 40' de latitude. Elle paraît être navigable dans la plaine.
4. ° Des environs de Santo-Corazon sortent encore, au nord de la Sierra de Sunsas, plusieurs petites rivières qui forment le Pùo de Santo -Tomas, lequel, vers le 17° 30' de latitude, se dirige à l’est, en traversant la Laguna
de Yarayès jusqu’au Rio du Paraguay. Il est aussi navigable dans la plaine, au temps des crues.
h y a sans doute encore, à l’ouest du Rio Tapanakich, d’autres petits afïluens du Paraguay, jusqu’à présent inconnus.
Le versant à l’Amazone offre les cours d’eau suivans:
i -° Le Rio de San-Miguel traverse, à l’ouest-nord-ouest , toute la province, du 62.e au 65.e degré de longitude de Paris, en recevant successivement, depuis sa source, quatre affluens principaux. Le plus oriental, le ruisseau de San- José, naît dans la même vallée que le Rio Tucabaca, à l’est de San-José, et porte, peu après, le nom de Rio de San-Luis. Il reçoit, du nord, les eaux d’une partie des montagnes orientales du grand massif central. Le second bras prend une partie de ses afïluens dans les montagnes de San-Rafael, à la Laguna de los Migueleños et à Santa -Barbara. D’autres naissent près de Santa-Ana et de San-Ignacio, et forment bientôt le Sapococh oriental. Le troisième affluent ou Sapococh occidental , commence aux environs de Concepcion et aux parties situées à l’est de cette mission. Toutes ces eaux réunies courent au sud-ouest jusqu’au Rio de San-Miguel. Le quatrième bras naît d’un grand lac au pays des Guarayos, vers le 64.e degré 30 minutes de longitude, et court, sous le nom de Rio Huacari ou Rio Negro, jusqu’au-delà du 15.e degré de latitude, où il s’incorpore à la rivière principale. Le Rio de San-Miguel, ainsi formé, est navigable jusqu’à la hauteur de San-Xavier de Chiquitos. Il suit sa direction au sein des plaines de Moxos, traverse la Laguna d’Itonamas, prend le nom de Rio Itonama, passe à la mission de Magdalena de Moxos, et se réunit à l’Iténès, non loin du Fort de Beira. 1
2. ° Le Rio Blanco ou Baures prend ses sources sur le versant septentrional des montagnes de San-Xavier de Chiquitos. Formé d’un grand nombre d’affluens, il suit la direction du nord-ouest, traverse toute la province de Moxos, passe aux missions du Carmen et de Concepcion de Moxos, et va se jeter dans l’Iténès, très-près du Fort de Beira. Cette rivière est navigable jusqu’au pied des montagnes.
3. ° Le Rio Serre naît au nord de la mission de Concepcion de Chiquitos,
1. Dans la carte de Brué, publiée en 1825, on a commis deux erreurs très-graves. On y réunit le Rio Parapiti au Rio de San-Miguel, tandis que le premier forme l’un des affluens du Rio Grande, et l’on dirige le Rio de San-Miguel sur le Rio Grande, sous le nom de Rio Sara, tandis que le Rio Sara est le Rio Grande lui-même, comme je m’en suis assuré plus tard. (Voyez ma grande carte de la Bolivia.)
1832. et se dirige au nord-ouest vers PIténès , auquel il se mêle vers le 64.e degré 33 minutes de longitude occidentale de Paris, tos. 4.° Le Rio Verde . Il commence au nord de San-Ignacio de Chiquitos , suit la même direction que le Puo Serre, et se réunit à PIténès vers le 63.e degré 40 minutes de longitude.
3.° Enfin, le Rio Barbados se forme dans les marais au nord des missions de Santa-Ana et de San-Rafael de Chiquitos, et constitue la source la plus considérable du Rio Iténès, en passant à Salinas, à Casalbasco et à Mato- Grosso , sur les possessions actuelles du Rrésil. Il est navigable jusqu’à Casalbasco.
Les lacs de la province sont assez nombreux , mais on en compte peu de très-vastes.
Les plus étendus de tous, sont les lacs ou Salinas de San- José et de Santiago, situés vers le 62.e degré de longitude et le 29.e degré 20 minutes de latitude, bien au sud de San -José. Ce sont des lacs salés qui, par Evaporation naturelle de la saison sèche, donnent un fort bon sel cristallisé.
Tous les autres sont d’eau douce. Ce sont : L° la Laguna de Quisere , située entre San-Xavier et l’estancia de San-Julian; 2.° les petits lacs artificiels de la mission de Santa-Ana ; 3.° les autres réservoirs de même nature autour de San-Ignacio; 4.° la Laguna de los Migueleños , entre San-Rafael et San-José, de deux kilomètres de longueur; 5.° le lac de la Tapera de San- Juan, près de l’ancienne mission de San -Juan; 6.° le lac où naît le Rio Huacani, entre l’Ascension et Trinidad de Guarayos; 7.° le lac de Santa -Cruz de Guarayos; 8° deux grands lacs de la rive gauche du Rio de San-Miguel (pays des Guarayos); 9.° la Laguna de Chitiopa, sur le Rio Rlanco ; i 0.° le lac du Purubi , entre Santa-Ana et Mato-Grosso. De ces lacs d’eau douce aucun n’est considérable; mais tous sont remplis d excellens poissons.
Les parties montueuses de la province et les terrains qui les avoisinent sont exempts d’inondation; elles offrent les terres les plus fertiles du monde. Le reste s’inonde partiellement à la saison des pluies; mais, à 1 exception de la Laguna de Yarayès, formée par les débordemens du Rio du Paraguay, tous les terrains sèchent l’hiver, et donnent des prairies excellentes pour l’élève des bestiaux. Ainsi, la province entière, formée de 18,700 lieues carrées environ, pourrait être utilisée dans l’intérêt de l’agriculture, lorsqu une population industrieuse voudra s’en emparer et se livrer aux travaux nécessaires pour en tirer parti.
§. 2. Généralités historiques.
-f Première Epoque : Avant l’arrivée des Espagnols.
Si Ton en juge d’après les historiens des premiers temps de la conquête, la province de Chiquitos était très-peuplée au seizième siècle. Agriculteurs et chasseurs, les peuples de ces régions vivaient disséminés en une multitude de petites nations, de trihus isolées les unes des autres, sans avoir néanmoins entr’elles d’autres barrières que d’épaisses forêts.
Si , laissant de côté ces nations presqu’innombrables , citées par les historiens, et maintenant inconnues *, je ne prends que celles dont leur langage m’a permis de reconnaître la souche, j’en trouverai treize distinctes , parlant des langues différentes, divisées à l’infini.
La plus considérable, la nation des Chiquitos occupait le centre sur les plateaux et sur leurs versans , où ils étaient disséminés en une multitude de petites tribus. Tous agriculteurs , ils durent se fixer de préférence en des lieux qui offraient des ressources à la culture; mais n’étant pas moins chasseurs , ils se divisèrent en sections , afin de ne point se nuire mutuellement : de là leur usage de vivre au sein des bois, sous des ombrages protecteurs de la chasse, et conservateurs d’une humidité nécessaire aux terrains agricoles. Leurs maisons, couvertes en feuilles de palmier, avaient une porte si basse , quelle ne permettait d’y entrer qu’en rampant , ce qu’ils avaient imaginé, afin de se préserver des brusques attaques de leurs ennemis. Chaque famille laissait ses enfans libres jusqu’à l’âge de quatorze ans, époque à laquelle ceux-ci se séparaient de leurs parens, et allaient vivre en commun en des maisons distinctes.
Leur langue est une des plus étendues et des plus complètes de l’Amérique; elle est surtout d’une fécondité illimitée, quant à la combinaison des particules.0
1. II y en a des centaines citées par le Padre Fernandez et par les premiers conquérans. (Voyez Homme américain .)
2. Homme américain, p. 258. Le nom de Chiquitos est espagnol, et veut dire petit. II a été donné à la nation, par suite du peu d’élévation des portes de ses maisons, qui faisait supposer de petits hommes. (Fernandez, Relación historial, p. 34.)
3. J’ai trouvé dans une des missions de Chiquitos un dictionnaire de la langue générale resté manuscrit, et se composant de trois volumes: l.° un volume in-folio de plus de 500 pages à deux colonnes, chiquito-espagnol ; 2.° un volume in-8.° espagnol-chiquito, et 3.° un volume in-8.° contenant la grammaire. Rien de plus complet n’a été écrit sur aucune langue américaine.
Chiqui-
1832. Assez douce , cette singularité la distingue que chacun des deux sexes use . de mots differens pour désigner les mêmes objets. Non-seulement, en effet, tos. les noms des objets indiqués par une femme ont une terminaison autre que pour les hommes, mais encore ils sont souvent tout à fait dissemblables; ainsi, un homme exprime l’idée de père par le mot lyaï, tandis qu’une femme, qui voudra rendre cette idée, se servira du mot Yxupu. Tous les noms des parties du corps commencent par un O.
Un garçon voulait-t-il se marier? il s’enfoncait dans la forêt et déposait, à son retour, le produit de sa chasse à la porte des parens de sa belle, qui l’acceptaient pour leur gendre s’ils étaient satisfaits de l’offrande. Les chefs seuls se permettaient la polygamie. Une fois mariée, la femme s’occupait du ménage, fdait et tissait, couchait à terre, tandis que le mari s’étendait dans son hamac. Celui-ci chassait, cultivait le champ. Tous les matins, jusqu a ce que le soleil eût séché la rosée, il jouait de la flûte, puis commençait sa journée de travail, achevée à midi. En automne, les Indiens gagnaient les forêts , pour chasser et rapporter à leur famille de la chair boucannée. Intrépides guerriers, maniant avec adresse l’arc et la flèche, ils attaquaient leurs voisins à l’improviste et faisaient des esclaves, auxquels souvent ils donnaient leurs filles pour compagnes. Ils étaient fous de la danse et de la musique, aimant aussi passionnément le guatoroch, jeu de balle qui s’exécute avec la tête1. Les hommes allaient nus. Les femmes portaient des chemises sans manches2, et s’ornaient, les jours de fête, la tête et la ceinture de plumes de couleurs. Les hommes se perçaient les oreilles et la lèvre inférieure, afin d’y introduire des plumes de couleur.
Ils étaient gouvernés par une foule de petits chefs ou Iriabos , élus par le conseil des vieillards, et conduisant chacun sa petite tribu, tout en remplissant les fonctions de médecin. Souvent ils attaquaient leurs voisins dans le seul but de se faire une réputation de bravoure. Us se recherchaient peu , faisaient rarement cause commune; et, disséminés en centaines de sections, ne formaient point, à proprement parler, de corps national.
Leur religion se réduisait à la croyance d’une autre vie, qui motivait