‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 130 sur 240 · Ibidem , p · texte numérisé non relu

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près de vingt -quatre heures les rives ordinairement sauvages et silencieuses du Piray. Néanmoins il fallut se quitter, non sans regretter que cette entrevue ne pût se prolonger davantage.

J’avais pour rameurs des Indiens de la nation des Moxos. Chaque fois qu’ils se baignaient je voyais leurs épaules et leur dos couverts, par suite des flagellations de la semaine sainte , de larges cicatrices ressemblant à des brûlures. Mes questions m’apprirent qu’entre eux ils sont fiers de ces marques, et qu’ils se moquent de ceux qui ne les ont pas.

Je remontai péniblement le Piray, jusqu’au 15 Septembre; son lit, d’abord assez profond, se trouvait par endroits encombré d’arbres, que les courans avaient chariés ou de souches restées au fond des eaux, qui font éprouver aux pirogues de fréquens sinistres. Les Indiens Sirionos 1 des forêts voisines emploient ces souches à l’établissement de ponts suspendus , dont, pour passer, nous eûmes à rompre plusieurs. Ils enfoncent des pieux sur la berge : les uns , droits, pour supporter la corde; les autres, obliques, pour l’attacher, à peu près dans le système des ponts suspendus , y fixent des lianes , qu’ils attachent ensuite à ces souches saillantes au milieu de la rivière, et à d’autres pieux placés de la même manière sur l’autre rive. Ces lianes sont alors suspendues au-dessus des eaux, et les femmes et les enfans s’y accrochent pour franchir le cours d’eau, afin de ne pas être entraînés par les courans1 2. Du reste nous n’aperçûmes que les traces fraîches de ces sauvages.

Bientôt nous eûmes à vaincre successivement un grand nombre de petits rapides, formés par des espèces de sauts cl’argile jaune durcie. A chacun on était obligé de décharger les pirogues et de les faire remonter avec des cordes au milieu du courant , ce qui retardait beaucoup notre marche. À deux de ces rapides plusieurs de mes Indiens, obligés de marcher dans l’eau, furent grièvement blessés par le dangereux aiguillon des raies armées3. Ces poissons, comme les pasténagues de nos côtes , sont pourvus sur la queue d’un stylet tranchant de dix centimètres de longueur, garni sur les côtés de dents à rebours qui déchirent les chairs , font éprouver des douleurs atroces et amènent souvent des accès de tétanos; malheureusement ces accidens sont très-fréquens aux sources de toutes les rivières. A la saison des crues, cinq à six mètres d’eau couvrent ces inégalités et l’on passe dessus sans les apercevoir. Du reste ces rapides étaient pour moi très-intéressans, en ce qu’ils me don-

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