‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 133 sur 240 · Voyez t. II, p · texte numérisé non relu

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Santa-

Cruz.

novemb.

considération de la part des habitans; mais, le dirai-je? les réunions, les plaisirs de société, n’avaient plus aucun charme pour moi. J’avais une idée fixe qui me poursuivait sans cesse , le retour vers ma patrie ; aussi , chaque fois que, de ma porte, j’apercevais les montagnes bleuâtres, je soupirais, malgré moi, après l’instant oii je pourrais les franchir et regagner le port, but de tous mes désirs. Je me livrai au travail le plus opiniâtre , afin de mettre promptement mes notes au courant , et ne m’occupai que de ce qui pouvait accélérer mon départ. Cinquante jours après mon arrivée j’avais déjà dirigé, sous escorte, mes collections sur la Paz, et je me disposais à faire mes adieux. Plus on a reçu de bons procédés dans un lieu et plus il est difficile de l’abandonner. En effet, je n’éprouvai nulle part plus de peine qu’a quitter cette ville hospitalière, oii j’avais été accueilli comme un compatriote, comme un parent. Jamais je n’oublierai Santa-Cruz, et puisse-t-il voir dans ces lignes l’expression la plus sincère de la reconnaissance que ses habitans m’ont inspirée !

§. 2. Voyage de Santa - Cruz a Chuquiscica par les provinces de V aile Grande, de la Laguna et de Yampciraes.

Mes adieux étant faits à tous les habitans, le 17 au matin, vers six heures, les autorités et un grand nombre de personnes étaient venues pour me faire la conduite; mais, à mon grand regret, elles durent attendre jusqu’à trois heures de l’après-midi, instant oii les mules de charge arrivèrent. Quoique la journée fût très-avancée, je voulus partir, dans la crainte d éprouver le même retard le lendemain, et surtout de lasser la patience des bienveillans amis qui voulaient m’accompagner. Je laissai Santa-Cruz avec mon immense cortège, et, après en avoir pris congé, non sans éprouver beaucoup de peine à m’en séparer, je m’arrêtai dans la campagne à une lieue et demie de la ville.

Lorsque j’étais venu à Santa-Cruz, j’avais pris le Monte Grande, en suivant le Rio Piray; mais, sous prétexte que, dans cette direction, il n’y avait pas de pâturages pour les mules, on avait abandonné cette voie et l’on laisait un grand détour, afin de gagner les plaines par le chemin de Cordillera. Je m’étais arrêté près d’une cabane de pauvres gens, dans un petit bois, et j’établis mon bivouac sous un cactus cpii, comme un arbre de haute futaie, abrita ma troupe de ses nombreux rameaux croisés, formant une large coupe. Je cite ce fait pour prouver combien nous nous faisons, en Europe, une

fausse idée de ces végétaux. En effet, caché par des plantes parasites, le tronc de cet arbre avait cent quatre-vingts centimètres de circonférence, et l’arbre entier, d’à peu près quinze mètres de hauteur, pouvait couvrir de son ombre environ le même diamètre. Rien de plus singulier que l’aspect des objets réunis autour de cette résidence champêtre. Ici des oiseaux sauvages apprivoisés; là, jetés sur un tertre, des plants de pitajaya, portant des fruits dorés; de tous côtés des parties de troncs d’arbres pourris ou de petits vases de terre cuite, renfermant des essaims inoffensifs de ces petites abeilles dites señoritas j, apportées des bois voisins, ainsi que les autres animaux et les plantes. Il semble que plus l’homme se rapproche de la nature, et plus il aime à s’entourer de ses produits les plus simples.

Le lendemain, à la sortie du bois, j’entrai dans une grande plaine sablonneuse, que sillonnaient des lits de torrens à sec, se dirigeant vers le Rio Grande. Au milieu des sables mouvans se trouve une oasis couverte de prairies et de champs de culture, sur laquelle habite, avec sa famille, un propriétaire nommé Mercado, qui y mène une vie tranquille et paisible. Il me reçut avec cette franche cordialité caractéristique des Crúcenos et voulut me garder une nuit; il m’accompagna le jour suivant et me fit remarquer une forte source sortant des sables, ainsi que la belle plaine de Espíritu santo, après laquelle j’abandonnai le chemin de Cordillera, pour suivre la nouvelle route percée dans le bois jusqu’à la garde de la douane, établie depuis très -peu de temps.

La saison des pluies avait commencé. Déjà les belles journées étaient rares, et je devais m’attendre à souffrir beaucoup dans les cent trente-cinq lieues que j’avais à franchir; mais, après avoir parcouru Moxos, j’étais rompu à ce genre d’inconvéniens. Le nouveau chemin avait été tracé pendant la saison sèche. Manquant de boussole , et surtout n’ayant pas songé qu’il viendrait une saison pluvieuse, la personne chargée de ce travail avait augmenté la distance d’un bon tiers , sans chercher à vaincre les difficultés naturelles. Par exemple , au lieu de diminuer les pentes sur les coteaux argileux, elle avait tracé une ligne droite tellement inclinée , que les mules glissaient à chaque pas et ne pouvaient les gravir. Nous dûmes plusieurs fois nous mettre tous à pied pour aider nos bêtes de charge. D’un autre côté, les bas-fonds formaient, en cet instant, des fondrières épouvantables, où nous enfoncions jusqu’à la sangle de nos montures. En somme, je regardai cette nouvelle voie, dont on m’avait beaucoup parle à Santa -Cruz, comme devant être nécessairement abandonnée, a moins d’un tracé nouveau. Je gagnai enfin, non sans peine, le Potrero

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