Tome II , p
culminans qui dominent Cochabamba, en montrant partout leurs neiges et leurs frimas perpétuels. La Cordillère, en s’abaissant, avait changé de forme et d’aspect. Une pente rapide de deux lieues sur des terrains de grès me conduisit à Pucara, où j’étais à plus de cinq à six cents mètres au-dessous de la crête qne je venais d’abandonner.
Pucara n’est qu’un misérable petit village, où des fermiers ont fixé leur résidence pour élever des troupeaux de bêtes à cornes et de brebis. S’il n’était pas sur le passage obligé de Santa -Cruz à Chuquisaca, personne assurément n’y paraîtrait; mais il devient intéressant par la nécessité où se trouve le voyageur d’y prendre des guides et des chevaux pour traverser le Rio Grande, l’un des passages dangereux de la République. Les environs de Pucara ne ressemblent déjà plus aux montagnes élevées : les coteaux y sont couverts de buissons épineux, et l’on aperçoit des bois épais dans toutes les vallées environnantes. L’aspect de ces vallées, ou, pour mieux dire, de ces profondes déchirures du sol, a quelque chose de sauvage et pourtant de majestueux. Le confluent du Rio Grande et du Rio de Mizqué, qu’on aperçoit à peu de distance à l’ouest, est surtout remarquable par sa profondeur et les montagnes escarpées de ses rives, qui s’élèvent comme de hautes murailles couvertes de végétation. Des excursions aux alentours du village me procurèrent beaucoup d’objets d’histoire naturelle et surtout des oiseaux-mouches nouveaux.
Parvenu à me procurer un bon guide et de ces chevaux habitués à lutter contre le courant du Rio Grande, et nommés pour cela vadeadores, je laissai Pucara le 2 Décembre, ayant dix lieues à faire jusqu’au Rio Grande, et je commençai à descendre, sur les pentes les plus abruptes et par des sentiers à peine tracés , au bord de précipices affreux , roulant avec les pierres détachées ou glissant sur les parties argileuses humectées par la pluie, queje ne cessai de recevoir. A Pucara la température est froide, mais, à mesure que je descendais, je sentais la chaleur augmenter jusqu’à en souffrir beaucoup vers le milieu du jour. J’avais traversé plusieurs zones géologiques distinctes, en recueillant des fossiles siluriens et surtout des trilobites \ J’avais vu la végétation changer de forme et j’avais admiré l’ensemble qui s’offrait à moi, soit que je contemplasse la profondeur du lit de la rivière, soit que je cherchasse à débrouiller cet assemblage de montagnes du coteau opposé. La marche de toute la journée me conduisit seulement au pied de la côte, où je