‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 138 sur 240 · Voyez Partie géologique, t. III, 3.° partie · texte numérisé non relu

Voyez Partie géologique, t. III, 3.° partie

Ht. i,re partie.

Valle

Grande.

De'cemb.

Valle

Grande.

Decem 1).

bivouaquai dans un ravin profond. En arrivant, j’étais réellement étourdi de tout ce que j’avais vu depuis le matin. Les rochers de grès, montrant leurs flancs escarpés, leurs profondes fissures remplies de très-beaux ifs, les effets des eaux sur des roches siluriennes noirâtres en décomposition , présentant l’image du chaos, les beaux points de vue, les bois variés et jusqu’aux glissades que j’y avais faites avec ma mule, au risque de rouler jusqu’au bas, se représentaient successivement à mon imagination. Un voyage au milieu d’un pays uniforme laisse peu de traces; mais la nature accidentée offre plus de souvenirs en un jour que des semaines entières sur les plaines. C’est un changement de tous les instans, un panorama qui se multiplie sous toutes les formes, en variant d’aspect et faisant à chaque pas naître des impressions nouvelles.

Le point de mon campement ne ressemblait en rien au reste du coteau. Ce n’étaient plus ces sommités couvertes de bruyères ou de cryptogames, ces terrains buissonneux de Pucara, ni les bois d’ifs qui se remarquent au-dessous. La zone que j’avais atteinte ne contenait plus qu’une végétation particulière très -remarquable, composée de buissons épineux, semblables à ceux que j’avais remarqués aux environs de Chilon , et de nombreux cactus de six ou huit espèces différentes. Les uns , comme de grands arbres , offraient des fruits assez succulens et leur coupe en candélabre; les autres rampaient sur le sol et se cachaient sous leurs nombreuses épines , tandis qu’élevés en cierges d’un ou deux mètres, les plus singuliers montraient à leur sommet une longue chevelure blanche, qui tombait de côté. Indépendamment de ces végétaux, le sol, par suite de la salure des terrains, se couvrait dans les ravins de salicornes et d’autres plantes maritimes.

En débouchant, le lendemain matin, dans le lit du Rio Grande, en voyant ce profond et large sillon ou coulent, en ecumant et en bondissant, des eaux rougeâtres, chargées d’argile, je me rappelai que, la plus grande partie de la nuit, j’avais été fatigué par les guides du récit de tous les sinistres arrivés en le traversant et je n’en fus plus étonné. La rivière, resserrée dans son lit, ne pouvait pas être franchie; mais on choisit, pour la passer à gué, une partie où elle est divisée en trois bras. Ce passage même n’a lieu qu’à la saison sèche, car, au temps des pluies, les eaux sont trop profondes pour les passer à cheval; alors on construit, une lieue plus bas, ce qu’on appelle une Maroma. Sur un point nommé Cucillo , où la rivière coule entre deux montagnes très-rapprochées , on fixe, d’une rive à l’autre, une grosse corde

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