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de liane, fortement attachée à des poteaux; on la tend le plus possible et l’on 1832. y suspend un panier, dans lequel on fait passer les hommes et les marchan- Va]|e dises au moyen d’une corde que tirent des gens postés de chaque côté. Qu’on Grande se figure le pauvre voyageur suspendu de la sorte à plus de cinquante mètres au-dessus des eaux mugissantes ou de roches aiguës, et qui, soutenu par une corde si peu solide qu’on est obligé de la changer tous les ans , doit franchir ainsi une centaine de mètres de largeur, et l’on se fera une idée de ce qu’il peut éprouver durant ce trajet aérien. Il commence par descendre rapidement jusqu’au milieu, où il reste quelques instans, tandis que les gardiens le halent lentement avec beaucoup d’efforts. A combien de dangers ces machines mal construites ne l’exposent - elles pas, et combien n’y a-t-il pas eu de sinistres depuis que, suivant les anciennes coutumes des Incas, les Espagnols ont fait ces Maromas sur le même modèle? Espérons que plus tard un pont suspendu viendra les remplacer et unir la sécurité des individus aux avantages d’un passage permanent.
La Maroma de l’année précédente n’avait pas encore été remplacée, et, de peur d’accidens , les guides , par prudence , ne s’en servaient pas , ce qui me contraignit à passer la rivière à gué, avec les chevaux dont j’ai parlé. J’atteignis le passage en suivant des plages couvertes de plantes maritimes, offrant des flaques d’eau , reste des débordemens et source des affreuses fièvres qui déciment les habitans de ces contrées. Les eaux, répandues sur une vaste surface et partagées en trois bras , offraient moins de difficultés. Les guides à cheval nous devançaient et nous n’avions qu’à les suivre. Ils nous recommandèrent surtout de les imiter, en faisant marcher nos chevaux vadeadores obliquement la tête au courant , précaution sans laquelle la bête , prise en flanc, ne peut plus résister et roule, en un instant, au sein des flots qui l’emportent. Le moindre faux pas compromet ainsi la vie des voyageurs; aussi les guides font-ils passer dans les lieux où, sous les eaux, il y a moins de ces roches qui peuvent faire trébucher les chevaux. Au milieu du trajet, lorsqu’on lutte contre la force du courant , qu’on est étourdi par le bruit des eaux, il arrive très -souvent que la tête tourne, et que, conduisant mal sa monture, on risque de périr. Les chevaux vadeadores alors sont une véritable providence , car ils résistent à la mauvaise direction qu’on voudrait leur donner et le cavalier n’a qu’à fermer les yeux et laisser le sien suivre les autres, il semble redoubler d’instinct et se charger seul des risques de la traversée.
Plus de deux heures furent employées à franchir les trois bras et à faire passer mes mules de charge; mais l’opération eut lieu sans accidens.
Valle
Grande.
Le Rio Grande est l’un des plus grands cours d’eau de la Bolivia. Il prend naissance dans les provinces de Chayanta, deTapacari, d’ Arque et de Cochabamba; il reçoit tous les torrens du versant sud de la Cordillère orientale. Après avoir formé ses sources d’un grand nombre de ruisseaux, il s’y incorpore au nord le Rio de Tamborada l *, qui , d’abord se dirige à l’ouest sur les plateaux de Clisa et de Cochabamba, tourne au sud et ensuite à l’est, pour traverser la province d’ Arque; et le Rio de Mizque, que j’ai vu naître à Baca9 et qui lui-même se réunit au Chinguri ou Chaluani 3, au Rio de Cbilon , au Rio de Pulquina, etc. Du sud il reçoit encore un grand nombre de petits affluens des montagnes dn nord de Potosi , de Chuquisaca et des lieux plus à l’est. Au point où je venais de le passer, le Rio Grande était déjà formé de tous ces cours d’eau. A peu de distance de là il débouche dans la plaine de Santa -Cruz, s’y réunit au Rio d’Acero et se dirige au nord-est jusqu’à Payla, et ensuite à Moxos 4, où il contribue à grossir le Mamoré.
§. 4. Province de Tomina.
En traversant le Rio Grande, j’avais laissé la province de Yalle Grande, pour entrer dans celle de Tomina , dépendant du département de Chuquisaca. Je suivis , en éprouvant une chaleur extrême , des terrains d’alluvions ou des collines schisteuses. Je descendis la rive droite et foulai soit des plages couvertes de plantes maritimes, soit le commencement de la zone des cactus, qui occupe environ cinq cents mètres de hauteur des coteaux et donne une teinte d’un bleu grisâtre, contrastant avec la verdure des bois placés au-dessus. L’ensemble de la vallée est triste; partout des terrains à nu et des cactus, qui, bien que curieux, ne sont pas propres à l’embellir, sans compter que les maladies endémiques ont fait fuir les habitans qui se sont réfugiés dans les ravins élevés, où la culture de la canne à sucre qu’ils y ont portée vient seule égayer quelques petits points, tels que le Loro , la Pampa Puiz, etc., qu’on aperçoit à une grande hauteur. Je passai près des chétives cabanes du Cerrillo , où quelques familles d’indigènes et de mulâtres au teint maladif, presque tous défigurés par des goitres énormes, sont les seuls êtres qui ne craignent