J’ai parlé de la Mila, t. II, p. 407. Voyez ce chapitre
3. Manrique, loe. cit., p. 6. A cette époque Potosi produisait pour les droits d’argent sorti des mines 350 à 400,000 piastres par an, près de 200,000 piastres du tribut des Indiens, et pour tous les droits réunis 1,200,000 piastres ou 6,000,000 de francs.
4. Historia de los Indias occidentales, Dec. VIII, lib. II, cap. XIV, p. 40. — Jorge Juan et Ulloa, Relación de un viage a la America meridional, t. III, p. 196, répètent la même chose en
Potosí.
la ville ne contenait plus que 24,206 âmes, et, d’après le recensement de 4 835, y compris les faubourgs (le Carecido ), il n’y avait plus que 4 3,650 habitans. Ainsi, cette cité, si riche en d’autres temps, baisse au fur et à mesure que ses produits diminuent , et une ruine totale la menace , si , par les nombreuses ressources de notre industrie européenne actuelle, on ne parvient pas à ranimer l’exploitation des mines et à tirer une partie des incalculables richesses qui , sans aucun doute , y restent encore enfouies. On voit aujourd’hui les parties extérieures de la cité et partout dans son intérieur des maisons et des établissemens industriels abandonnés.
Potosí, élevée de 4466 mètres au-dessus des océans, est située au nord de la montagne du même nom , à deux kilomètres environ de distance , sur un terrain en pente de la rive droite du ruisseau dont les eaux étaient jadis employées à mettre en mouvement beaucoup de machines ( ingenios ) propres à moudre le minerai. On y voit un grand nombre de belles maisons et des rues bien tracées. Les deux principaux monumens sont l’église et la monnaie. La Matriz , grande et vaste , est d’une belle construction; sa façade est sur un terrain très -incliné. La pente rend très-inégales et d’une apparence disgracieuse les marches qu’on y a placées. Un perron exécuté avec goût pourrait seul faire disparaître cette irrégularité. La monnaie est un monument immense, qui a coûté des sommes énormes. Dans un pays où il n’y a point d’arbres et pas de chemin de charrette qui conduise aux pays boisés , on peut facilement concevoir la difficulté de rassembler à Potosí les nombreuses pièces de bois propres à la construction des machines. En effet, on les tire soit de Tucuman, soit de Sinti, en leur faisant faire un trajet d’une cinquantaine de lieues pour le moins, et chaque poutre carrée, de quarante centimètres de diamètre, longue de onze mètres, par exemple, a coûté environ six mille francs de transport, ne pouvant être traînée qu’à force de bras. On peut alors apprécier les dépenses occasionnées par la multitude d’appareils que nécessite l’établissement d’une monnaie très-compliquée. En parcourant les nombreux ateliers de ce vaste édifice1, je reconnus sans peine les améliorations de tous genres qu’on pourrait apporter aux moyens d’exploitation. Une autre des grandes dépenses de la monnaie est occasionnée par le prix très-élevé du combustible qu’on y apporte de très-loin à dos de lamas. En
1. En voyant les coins de toutes les médailles frappées à l’occasion des batailles et des differens gouvernemens , je pensai qu’une collection historique de ce genre figurerait avantageusement à la Bibliothèque royale. J’en fis la demande au président, et j’obtins de les faire frapper de nouveau pour moi. J’ai déposé à mon retour cette collection à la Bibliothèque royale.
songeant à la facilité qu’on aurait de peupler les montagnes et les vallées 1833. voisines des arbres de nos montagnes d’Europe, je m’étonnai que le gou- Potosj vernement espagnol n’y ait jamais songé. J’espère que, dans son zèle pour le bien-être de son pays, le président actuel de Bolivia ne négligera pas cette importante branchede l’industrie française que j’ai eu déjà l’occasion de signaler1, et qui est destinée à changer l’aspect et les ressources des parties montueuses.
La population se compose des nombreux employés de la monnaie et de la préfecture ( Potosi étant le chef-lieu du département de ce nom ) , de beaucoup de commerçans, de propriétaires et de mineurs espagnols, d’un plus grand nombre de métis d’Espagnols et d’indiens, y exerçant tous les arts industriels, et d’indiens quichuas occupés au travail libre des mines; car, heureusement pour cette classe de la société, la mita (travail forcé des mines ) a été abolie à l’époque de l’émancipation de l’Amérique. Les costumes des Espagnols sont empruntés à l’Europe; les costumes des Indiens ressemblent en tout à ceux de Chuquisaca 2, seulement les Indiennes , vu l’abaissement de la température, y portent plus de jupons. Leurs pantoufles, pourvues de hautes semelles ornées au talon de franges dorées et même souvent de pièces d’or ou d’argent, sont de plus garnies d’un grand nombre de nœuds, et d’une large bande de tissus de laine noire, qui forme sur le pied une grosse touffe3. Je ne connais pas de chaussure plus singulière et plus incommode.
Je voulus visiter avec le plus grand soin les environs de Potosi et prendre une idée exacte de la conformation remarquable des terrains. Le Cerro de Potosi devait nécessairement avoir la première part à mes recherches. Il figure un pain de sucre écrasé , presque circulaire , entièrement isolé au milieu d’une plaine circonscrite de montagnes4. Il y a pourtant, accolée à son côté nord, ou du côté de la ville, une autre petite montagne, qu’on a nommée Guayna Potosi (le jeune Potosi). Un jour, accompagné du préfet et de toutes les autorités de la ville, je gravis cette fameuse montagne, à laquelle se rattachent tant de grandeurs pour les uns et de misères poulies autres. Je montai d’abord sur le Guayna Potosi et j’arrivai au centre des exploitations. Je vis une multitude de bouches de mines5, des monceaux de