Le Mont-Blanc n’a que 4810 mètres d’élévation
d’argent, afin d’avoir, par le degré de chaleur à l’instant de l’ébullition, une hauteur approximative que le manque de baromètres ne me permettait p si pas d’obtenir rigoureusement.
En me rappelant combien j’avais souffert la première fois que du niveau de la mer je m’étais élevé sur le plateau occidental de la Cordillère1, où pourtant je n’étais pas allé au-delà de 4509 mètres, je m’étonnai de n’avoir éprouvé aucun malaise, en gravissant le Cerro de Potosi, et de ne sentir qu’une gêne facile à supporter, à 78 mètres plus haut que le sommet de notre Mont-Blanc, oh les effets de la raréfaction de Fair sont si marqués. Je dus nécessairement en conclure qu’on s’habitue facilement à vivre dans ces hautes régions. Du reste, dans ma traversée, la Cordillère de Cochabamba , soit en allanta Tutulima2, soit en venant de Yuracarès3, j’avais atteint des zones de beaucoup supérieures, puisque j’étais allé jusqu’au niveau des neiges perpétuelles, sur des points plus rapprochés de l’équateur. Le sommet du Cerro de Potosi, quelquefois couronné de neige, ne la conserve jamais; aussi en voyaiton à peine quelques traces, tandis que d’autres montagnes, qui me paraissaient moins élevées, en étaient couvertes. Je dus croire alors que la forme ou la disposition des montagnes influe beaucoup sur la persistance des neiges quelles reçoivent. Lorsque j’eus terminé mes observations, je descendis, en continuant mes recherches géologiques et recueillant de nombreux échantillons.
La botanique de la zone voisine des neiges me parut curieuse à compléter, et je mis tous mes soins à former la flore montagnarde des environs de Potosi.
A cet effet je fis de fréquentes excursions vers les lacs supérieurs de la vallée.
Ces voyages avaient pour moi beaucoup de charmes; car la géologie, la zoologie et la géographie y trouvaient également leur compte. En sortant de la ville à l’est, je montai peu à peu sur de magnifiques prairies naturelles, émaillées de fleurs, surtout de plantes composées. J’y remarquai une immense quantité de blocs erratiques de trachytes, comme posés sur le sol, sans pouvoir imaginer comment ils y étaient parvenus du sommet des montagnes voisines, à moins qu’ils n’y aient été transportés par la fonte de glaciers, qui n’existent nulle part aujourd’hui. J’arrivai ainsi à quatre kilomètres de la ville , au premier lac , retenu par une digue magnifique et connu sous le nom de Laguna de San- Ildefonso. Une digue le sépare de la Laguna de San-Pablo : ses eaux limpides sont couvertes de ciguës nombreux