partie
Potosí.
et de beaucoup d’autres oiseaux aquatiques des régions montagneuses. Audelà de ce lac je continuai dans un ravin bordé de hautes montagnes jusqu’au troisième lac, connu sous le nom de Laguna del Rosario, et enñn, au quatrième et dernier. Celui-ci se forme de la fonte immédiate de la neige qui recouvre les sommets dont il est entouré. Ce point, terme de ma course, était celui de l’ascension possible aux hommes. Sur les rochers neigeux, au milieu des phyllades en décomposition, je rencontrai des mousses charmantes , des graminées en plumets dorés d’espèces singulières , quelques valérianes, des malvacées, beaucoup de geranium , de violettes, mais surtout une multitude de plantes composées. Toutes formaient gazon, et aucune ne s’élevait de deux ou trois centimètres au-dessus du sol. Je montai ainsi jusqu’à la dernière limite de la végétation alpine et au niveau des neiges perpétuelles , qu’il devenait inutile de franchir. A mon retour en Europe j’ai vu, dans les Alpes et dans les Pyrénées, des régions analogues, mais le manque de sapins change tout à fait l’aspect des sites transatlantiques, et je crus remarquer que la végétation américaine est, en raison sans doute de sa plus grande hauteur, infiniment plus rabougrie, aucune plante ne dépassant le sol de quelques centimètres.
D’autres courses me conduisirent dans la vallée de Miraflor. Je descendais alors le lit de la rivière, à l’ouest de la ville, foulant des terrains couverts de schistes et de phyllades en décomposition. A mesure que j’avançais, je voyais les végétaux prendre de l’accroissement. Telle espèce, par exemple, qui , sur les montagnes au-dessus de Potosi , ne sort pas du gazon et atteint à peine quelques centimètres, a déjà deux ou trois décimètres de hauteur dans les ravins situés au-dessous. Là commencent à se montrer, au milieu du chaos le plus singulier, quelques plantes ligneuses alors fleuries. Quand on pénètre dans la quebrada de San-Bartolo l, on croit descendre dans un gouffre. C’est une étroite fissure, qui s’est faite dans une chaîne de montagnes, par laquelle la rivière et le chemin passent entre deux parois escarpées, perpendiculairement dressées de chaque côté. On fait ainsi deux kilomètres environ par un sentier difficile, mais curieux, et l’on débouche, enfin, dans la belle vallée de Miraflor, semée d’un grand nombre de maisons d’indiens et de champs cultivés, soit sur Sa pente des coteaux, soit sur le bord même de la rivière, qui, réunie au Rio de Santa -Lucia, devient assez forte et va plus
1. C’est par erreur que dans la partie géologique j’ai désigné ce ravin sous le nom de Sanla- Barbara.
loin se jeter dans le Pilcomayo. Je passai quelques jours au petit hameau de los Molinos, dans la compagnie d’un commerçant, mon compatriote, M. Maupas, qui là possédait un pied à terre. Comparée à Potosi, séjour de frimas éternels, la vallée de Miraflor est un véritable paradis; aussi les personnes riches de la ville y ont-elles des maisons de campagne , où l’on trouve nos fruits des pays tempérés.
Dans cette vallée profonde, que dominent à l’est des montagnes de grès et à l’ouest des argiles bigarrées et des mamelons granitiques, je visitai la vallée latérale de Santa-Lucia , située à l’ouest en remontant. Là je vis un village en amphithéâtre et de beaux champs de culture sur les débris mélangés de roches granitiques et de muschclkalk. Les habitans, tous quichuas, y sont cultivateurs et pasteurs. Une autre fois, au contraire, je descendis la vallée à trois lieues jusqu’au bourg de Taropaya, entouré de ses champs.de culture, et même jusqu’à la jolie maison de Miraflor, où je vis, comme pour justifier son nom, briller quantité de fleurs. À peu de distance existe, sur le coteau occidental, une source thermale abondante, qui jaillit du sommet de la colline et se transforme de suite en un petit lac, dont l’eau est à une température si élevée, qu’on ne peut y tenir la main. Le trop plein des eaux coule vers la vallée et constitue plusieurs réservoirs naturels, dont la température baisse à mesure qu’on descend.
Il en résulte que les baigneurs peuvent y choisir le degré qui leur convient avec d’autant plus de facilité, qu’il n’y a aucune habitation tout autour et que, placée si près de Potosi, elle demeure tout à fait sans usage. Les environs du réservoir supérieur sont partout couverts de concrétions. Le carbonate de chaux, qui forme sur le sol une croûte épaisse, recouvre les bords des réservoirs et y représente, soit des surfaces mamelonnées, soit des espèces de grottes, ou bien, enveloppant les plantes qui poussent un peu plus bas, il donne à ces lieux le plus bizarre aspect. Les eaux de Miraflor sont trèschaudes et donnent des incrustations aussi belles que celles de la fontaine de Clermont en Auvergne. Il manque seulement ici une population industrieuse propre à exploiter l’un et l’autre de ces avantages.
§. 4. Voyage de Potosi à Oruro.
I Territoire du département de Potosí.
Après avoir résidé à Potosi treize jours, employés à réunir tous les 2s renseignemens possibles auprès du préfet et des autorités de la ville, dont
Potosi.
j’avais reçu toutes les politesses imaginables , je voulus gagner Oruro , situé à soixante-dix lieues environ au nord-ouest. Accompagné des notables de Potosi et de plusieurs compatriotes, chefs de maisons de commerce, je descendis vers le ravin de San - Bartolo , où j’admirai encore, dans cette profonde fissure produite par les dislocations géologiques du sol, ses parois escarpées et le pittoresque de ce passage singulier , du fond duquel on aperçoit à peine une petite portion du ciel. Là je fis mes derniers adieux aux habitans de la cité hospitalière, et je continuai mon voyage. Bientôt je franchis les dernières limites du ravin de San -Bartolo, et j’entrai dans la vallée que j’avais parcourue en me rendant à Miraflor1. Je contemplais de nouveau, à droite, les hautes montagnes de grès, à gauche, ces argiles bigarrées en falaises , et au-dessus , les mamelons granitiques dont les crêtes , déchirées, noirâtres, contrastent avec les couches stratifiées des roches voisines, qui, par leur horizontalité, semblent être postérieures aux sommités sorties du centre de la terre. Je cheminai toute Sa journée, tantôt dans le lit de la rivière, bordée, des deux côtés, des champs de culture des Indiens, ou je marchai sur les coteaux, foulant des argiles bigarrées, remplies de chaux sulfatée en cristaux ou des calcaires compactes d’une structure singulière.
J’arrivai ainsi tout près du bourg de Taropaya, mais je le laissai à droite et entrai , de l’autre côté de la rivière, dans la quebrada ( le ravin ) de Taropaya. C’est encore une coupure produite par les dislocations du sol, lesquelles interrompent les montagnes qui bordent la vallée à l’ouest. Partout en ce lieu je voyais d’anciens restes de cultures, aujourd’hui abandonnées. Pour ne pas perdre la terre labourable, les indigènes ont pris la sage précaution d’élever, de distance en distance, sur les terrains inclinés, de petites murailles en gradins destinées à la retenir. Ce sont ces gradins que j’apercevais de toutes parts, en remontant le ravin près d’une lieue, jusqu’au petit hameau dit le Tambillo, placé de l’autre côté de la montagne, dans un endroit un peu plus large, où je m’arrêtai pour bivouaquer. L’aspect de la campagne était sévère et triste, mais avait quelque chose d’imposant. Je voyais des montagnes presque dénuées de végétation, dont l’ensemble n’en était pas moins varié. Au nord et au sud, des mamelons de granit occupaient tous les [joints cuhninans, dont les formes bizarres contrastaient avec les couches des argiles bigarrées et des calcaires compactes en tables, qui se montraient partout. A l’ouest, au sommet de la vallée, l’ensemble des hauteurs se