‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 157 sur 240 · T. II, p. 393 et suiv · texte numérisé non relu

T. II, p. 393 et suiv

Plateaux.

pourtant pas de pittoresque. Je remarquai, au sommet de la côte, un grand nombre de ces petits monticules composés de pierres placées en équilibre les unes sur les autres , que j’avais rencontrés tant de fois en venant de Tacna à la Paz; et je me rappelai, non sans m’en égayer, le motif de superstition qui porte les crédules Aymaras à les placer ainsi1, pour s’assurer si leurs femmes sont fidèles pendant qu’ils voyagent. J’avais en effet atteint les dernières limites des lieux habités par les Indiens quichuas, et j’allais à Lagunillas, rentrer de nouveau sur Je territoire des Aymaras.

Je descendis par une pente douce des terrains en partie dénudés et sillonnés des érosions que déterminent les pluies annuelles. Je loulai d’abord des grès friables , puis des calcaires compactes ou marneux , rendant trèsremarquables leurs feuillets ondulés qui donneraient des marbres charmans , et enfin des argiles bigarrées de rouge et de violet, comme celles de la vallée de Mirailor, près de Potosi. La rivière, charriant des eaux rougeâtres, colorées par les argiles, coule au fond de cette vallée dans un lit assez large, bordé de prairies, où paissent beaucoup de troupeaux de brebis et de lamas. J’étais étonné de n’y pas rencontrer de champs de culture, et je pensai que [ces rives pourraient certainement se couvrir, ainsi que les coteaux, d’un grand nombre d’arbres de nos forêts européennes, ce qui non-seulement animerait le paysage, mais encore donnerait une végétation ligneuse propre

à subvenir aux nombreux besoins de ces contrées , complètement dépourvues de bois à brûler et de bois de charpente.

Après avoir remonté des terrains analogues à ceux de l’autre rive , j’atteignis une sommité qui me séparait de la plaine de Lagunillas, où je descendis bientôt. C’est un petit plateau circulaire, entouré de montagnes, où, sur un terrain bourbeux noirâtre, est situé le bourg de Lagunillas, dont le nom vient d’un lac qui occupe le milieu de cette dépression. Arrive de bonne heure, je passai le reste de la journée à parcourir les environs, qui me parurent des plus curieux. Un lac de deux kilomètres de longueur, sur un de large, se trouve à l’ouest du village; le reste, couvert de prairies naturelles , est arrosé de plusieurs ruisseaux qui , reçus dans le lac , s’écoulent ensuite au sud-est, vers le Pilcomayo. De tous les côtés un cirque de montagnes, à sommets arrondis du côté occidental, mais variés, montre, du côté oriental, des tranches escarpées et les plus belles colonnes basaltiques.

Page 1