‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 159 sur 240 · III. i.rc part · texte numérisé non relu

III. i.rc part

Plateaux.

moins fort , à Yocalla \ La veille j’en franchissais le cours une troisième fois, et dans la journée, je devais en voir les derniers rameaux. J’atteignis la plaine, je passai Fun de ses bras qui vient du sud et coule tranquillement sur un lit de sable, et je rejoignis son cours six kilomètres plus loin. Ici encore je pensai aux avantages que présenteraient ses rives humides, si on les peuplait de forêts. Alors les nuages s’arrêteraient plus longtemps sur ces plaines, et la terre s’y couvrirait d’herbe plus épaisse et plus propre à nourrir les troupeaux.

Comme sur le plateau bolivien, je voyais paître çà et là quelques troupeaux de brebis, de lamas, et j’apercevais souvent la paisible mais sauvage vigogne, qui, malgré tous les efforts tentés, n’a jamais voulu se soumettre à la domesticité. Rien de plus extraordinaire, je dirai même de plus ridicule, que la course de cet animal II tend alors le col en avant, et son galop est très-disgracieux. Je voulus à plusieurs reprises m’approcher de ces vigognes pour les tirer, mais en vain; sur ces plaines uniformes leur vigilance est telle, qu’on ne peut jamais les surprendre.

En suivant d’abord les rives du Pilcomayo et le traversant plus loin, j’arrivai à la poste de Toîa-paîca, maison isolée située au pied d’un mamelon trachytique. Là je mis pied à terre et je cherchai à me procurer des vivres; mais je n’y trouvai, comme à l’ordinaire, que des œufs et quelques pommes deterre, dont il fallut se contenter. Je m’y arrêtai néanmoins quelques instans, et je laissai mes charges marcher en avant vers Sa poste de Pilcapujio , dont j’étais encore à cinq lieues à l’est. En abandonnant la maison de Tola-palca, qui se trouve à 4-166 mètres au dessus de l’Océan, je suivis une plaine arrosée par quelques petits cours d’eau qui viennent des montagnes neigeuses du nord et des montagnes bien moins hautes du sud-ouest. Ce sont les derniers rameaux du Pilcomayo , qui ne sont plus que de très-petits ruisseaux. Ainsi j’avais vu depuis Chuquisaca, cette vaste rivière diminuer graduellement de force, à mesure queje m’élevais, que je laissais ses affluens en arrière; et je me trouvais enfin à ses sources. Ici la plaine est horizontale, les ruisseaux ont à peine un cours marqué et beaucoup de points sont fangeux, ou du moins constamment humectés par l’eau douce, ou par des eaux saturées d’un sel dont les efflorescences blanchissent la superficie, alors dépourvue de toute végétation. Après trois lieues dans la plaine, en m’élevant très-insensiblement , j’atteignis une petite colline, dernière limite du versant

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