‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 161 sur 240 · Annuaire du Bureau des longitudes pour 1835, p · texte numérisé non relu

Annuaire du Bureau des longitudes pour 1835, p

Plateaux

d’Oruro.

jer Avril

offrant des ressources jusqu’à présent inconnues. Je pensais encore aux sapins, aux bouleaux, dont les montagnes pourraient se couvrir, et je cherchais à me représenter l’aspect enchanteur qu’offriraient alors aux yeux du voyageur ces lieux aujourd’hui nullement pittoresques.

Le bourg d’Ancacato, situé à cinq lieues au nord-ouest de Y ilcapujio, est la première poste sur la route que je suivais. Pour m’y rendre, je fis d’abord deux lieues en plaine, foulant toujours des prairies magnifiques et passant près d’un mamelon de roches à découvert, composé de schistes bleuâtres dont les couches sont fortement redressées. J’entrai bientôt après dans la quebrada d’Ancacato , ravin profond , oii l’on se trouve encaissé entre deux hautes montagnes, et qui ne laisse souvent d’autre chemin que le lit même du torrent nourri du surplus des eaux de toute la vallée de Y ilcapujio. Là, au milieu de la nature la plus accidentée, je remarquai l’un des faits les plus curieux de la géologie. Cette profonde fissure du sol n’est en effet autre chose que le point de séparation et de contact des roches stratifiées soulevées et des roches soulevantes d’origine ignée. A gauche, je voyais partout des rochers trachytiques en décomposition, qui forment la continuité des montagnes situées au sud de Tola-palca, et au sud-ouest de ta vallée de V ilcapujio. A droite, au contraire, j’apercevais des schistes bleuâtres ou des phy Hades de l’époque silurienne, diversement inclinés, surmontés de grès de l’étage dévonien. Ainsi, les plus anciennes couches de l’écorce terrestre sont, sur ce point, en contact avec les roches d’origine ignée, venues les dernières à la surface du globe.

En admirant le véritable chaos qui règne dans l’ensemble de ce ravin, je ne laissai pas d’en apprécier tous les détails pittoresques. Quelquefois il se rétrécit considérablement et n’offre qu’un passage étroit au milieu des roches; mais dès qu’il reçoit d’autres ravins latéraux, il s’élargit momentanément, et offre soit de petits espaces de pelouse, soit de courtes vallées transversales, ou l’humble pasteur indigène a fixé sa demeure. J’arrivai dans un endroit où le ravin devient beaucoup plus large. Le bourg d’Ancacato, situé sur la live droite de la rivière, présente par sa simple église, par ses maisons groupées autour, un aspect singulier de tranquillité, qui contraste avec le bouleversement des terrains du ravin que je venais de parcourir. Ce village est peuplé d’indiens aymaras, occupés à faire paître leurs troupeaux sur les montagnes voisines, et à cultiver de petites parties de terrains qui se trouvent dans une exposition favorable à la plantation des pommes de terre.

D’Ancacato, il me restait encore cinq lieues à franchir à l’ouest-nord-ouest ,

pour gagner la poste de las Peñas (des rochers), ainsi nommée du grand nombre de rochers escarpés isolés ou dépendant de la montagne, auxquels les maisons sont adossées. Je résolus de les faire, afin de m’avancer d’une journée de marche jusqu’à Oruro. En laissant le bourg, le ravin en reçoit un autre du nord, et tourne un peu au sud-ouest; il se rétrécit encore une fois à peu de distance, et ensuite débouche tout à coup dans une vaste plaine. Le Rio d’Àncacato suit à l’ouest , en longeant les derniers contre-forts des montagnes de gauche, et se dirigeant vers le lac de Pansa, en passant près du village de Chillapata , tandis que la route d’Oruro l’abandonne et suit pendant deux lieues le pied des montagnes de droite. Dans cet intervalle j’avais à l’ouest un horizon qui s’étendait jusqu’à la Laguna de Pansa, dont pourtant je n’apercevais pas les rives.

Ce lac, long de plus d’un degré, et large à peine de cinq lieues, occupe la partie la plus basse de tout le plateau bolivien. En effet, le trop plein du grand lac de Chucuito forme la rivière du Désaguadero , navigable partout, qui, après avoir serpenté durant une soixantaine de lieues au sud-est, vient se jeter dans la Laguna de Pansa. Les eaux s’évaporent dans ce vaste réservoir sans issue et sont constamment salées. Au milieu se remarque File de Choro, et tous les environs sont très-populeux. On n’y compte pas moins de vingt et un bourgs dans un rayon de quelques lieues, autour du lac, les indiens y ayant été attirés par suite de la facilité qu’ils y trouvent pour élever leurs troupeaux de lamas et d’alpacas.

Cheminant dans cette plaine couverte de la plante nommée tala et d’un peu d’herbe dure, je longeai la suite des montagnes que j’avais à ma droite dans le ravin d’Ancacato. Je voyais aussi, non sans plaisir, un bon nombre de tombeaux ( chulpas ) des anciens Aymaras, semblables à ceux que j’avais vus à Palca1, mais beaucoup plus grands. Ce sont des maisons en terre, hautes de trois à six mètres, dont l’intérieur renferme, lorsqu’ils n’ont pas été profanés, les corps assis et desséchés de toute une famille. Au point ou je me trouvais se présente la bifurcation du chemin direct de Potosi à Tacna, et de celui qui se rend à Oruro. Je laissai naturellement le premier, qui passe par la province de Carangas et le désert ( despoblado ) , pour suivre le second. Bientôt j’abandonnai la plaine pour prendre au nord-ouest la vallée de Condor- Apacheta, à l’entrée de laquelle je m’arrêtai au hameau de las Penas .

La poste de las Peñas est agréablement située. Lorsqu’on regarde au sud-

Plateaux

d’Oruro.

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