Voyez t. II, p
Plateaux
d’Oruro.
i Avril.
est, on voit la plaine dans toute son extension; mais tourne-t-on les yeux vers le sud-ouest, on aperçoit des montagnes médiocrement élevées, mamelonnées à leur sommet, qui forment l’un des côtés de la vallée, tandis que la pente abrupte et le trop grand voisinage des rochers de l’autre côté cachent toute l’extension de cette chaîne, formant la continuation du contre-fort de Potosi, de la Cordillère orientale. Si la vue s’élance dans la direction de la vallée, en la remontant, on remarque une fosse profonde, dont les coteaux sont en pente assez raide. Un ruisseau serpente au milieu et permet aux Indiens pasteurs de fixer leurs demeures dans ses coudes. L’aridité de la contrée, où l’on voit partout des rochers à nu, des montagnes dépourvues de végétation , rend le paysage triste , sans qu’il soit monotone. On y cherche en vain des arbres, des arbustes même; la nature y a tout refusé. C’est une région sauvage, dont l’aspect sévère porte à la mélancolie.
Dans ces lieux où, le plus souvent, une mauvaise cabane non fermée, peu propre, reçoit le voyageur, il n’y est pas assurément retenu par les commodités du gîte; aussi se lève-t-il ordinairement à l’aube du jour, toujours pressé qu’il est d’étudier les environs ou de reprendre sa route. Je m’étais levé le lendemain matin de très -bonne heure, afin de franchir, si je le pouvais, d’une seule traite, six lieues qui me séparaient de la poste de Condor- Apacheta , et la même distance de ce dernier point jusqu’au bourg de Venta-j -Media , le tout sans sortir de la vallée et suivant la direction du nord-ouest. Ainsi queje l’ai dit à la partie géologique’, cette vallée présente encore un des beaux et grands faits géologiques dont, sur une si vaste échelle, l’Amérique montre tant d’exemples. C’est une de ces nombreuses dislocations du sol , de ces fentes droites , qui se prolongent sur une étendue de plus de vingt lieues. Les eaux s’y dirigent de Condor- Apacheta d’un côté au sud-est et de l’autre au nord-ouest, ces deux versans, dans une seule et même vallée, n’étant séparés que par un léger chaînon transverse.
En suivant le bord du ruisseau, je remontai six lieues jusqu’à la poste de Condor-Apacheta , située au sommet de la vallée, dans un petit bassin couvert de pelouses, où paissent quelques troupeaux, et je gravis ensuite une côte assez raide, pour arriver au faîte de partage des eaux. Alors je pouvais suivre, d’un côté, les légers méandres de la vallée de Condor-Apacheta , et, de l’autre, ceux de la vallée de Sora-Sora. En descendant la seconde, j y retrouvai en tout les mêmes accidens de terrain et les mêmes détails. Le