‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 163 sur 240 · Voyez Partie géologique, t. îlî, 3.e partie, p · texte numérisé non relu

Voyez Partie géologique, t. îlî, 3.e partie, p

Plateaux

d’Oruro.

fond da ravin me servait le plus souvent de chemin, et j’y foulais les débris des roches des coteaux , enlevées par les eaux lors des pluies. C’était un mélange

de fragments de schistes, de phyllades du pied de la montagne et des grès

qui la couronnent. On conçoit facilement que, sur un chemin où les mules trébuchent à chaque pas, le voyageur s’estime heureux d’arriver après une marche de toute la journée. Je vis donc paraître, avec un sensible plaisir, le village de Venta- y -media, qui me promettait quelque repos.

Il est situé sur la rive gauche du ravin, au pied des montagnes; c’est un assemblage de maisons autour d’une église, dont l’aspect mélancolique est en rapport avec les environs, entièrement dépourvus de végétation.

De Tenta -y -media il me restait six lieues à faire jusqu’à Sora-Sora, et 3 Avril, la même distance de ce point jusqu’à Oruro. Je résolus de m’y rendre d’une seule traite. Au lever du soleil, le lendemain, je continuai à suivre le fond de la même vallée, au nord-ouest. A mesure que j’avançais, l’aspect en devenait plus triste : les coteaux y étaient plus dénudés, la roche bleuâtre se montrait partout, et les pierres charriées par le torrent, alors presque à sec, formaient de larges plages dont la vue n’avait rien de gai. Yers midi, je vis d’abord adossé à la montagne, un hameau sur la rive gauche, et bientôt j’arrivai à Sora-Sora, vaste amas de maisons habitées par quelques propriétaires et des pasteurs aymaras. On trouve dans ce bourg, l’un des plus grands de la province, des marchands de comestibles, de boissons, et tout ce qui annonce l’approche d’une ville. Il est situé sur la rive gauche du ravin, au milieu de la vallée, qui, en cet endroit, s’élargit beaucoup et débouche dans la plaine d’Oruro. Une surface unie sépare, en effet, Sora-Sora des derniers contre-forts de îa Cordillère orientale, dont on peut suivre au loin la continuité sur îa droite, tandis qu’à gauche les montagnes qui forment la vallée s’abaissent graduellement, disparaissent tout à fait et permettent d’apercevoir une partie de l’immense plateau bolivien.

Depuis que je m’étais élevé des plaines de Moxos et de Saeta-Cruz de la Sierra vers les montagnes, j’avais toujours parcouru des pays on ne peut plus accidentés; aussi éprouvai -je, en laissant le bourg de Sora-Sora, une véritable satisfaction à n’avoir plus îa vue bornée par les aspérités du sol et à pouvoir embrasser à la fois une vaste surface. Si les plaines uniformes fatiguent, les montagnes finissent également, malgré la grande variété quelles présentent, par faire désirer autre chose. On aime à rencontrer des accidens de terrain qui se fassent valoir les uns les autres , des plaines qui succèdent aux sommités; et les contrastes sont nécessaires pour soutenir l’intérêt d’une route.

’Mî

Plateaux

d’Oruro.

Je passai pour la dernière fois le ruisseau de Sora-Sora, qui tourne ensuite au sud-ouest vers la laguna de Panza, et j’entrai dans une plaine horizontale, en me dirigeant sur le Cerro d’Oruro, que j’apercevais à six lieues de distance au nord-ouest. Ordinairement l’uniformité des terrains plats offre peu de charmes; néanmoins il n’en fut pas ainsi. D’abord un réseau de sentiers, tracés dans la même direction, au milieu de gazons durs, laissait à découvert une terre rougeâtre, qu’un vent fort rassemblait, faisait tourbillonner et enlevait dans les airs, comme une colonne vacillante. Ce spectacle se renouvelait à chaque instant devant moi et me montrait de véritables trombes de poussière , qui se détachaient sur le ciel le plus pur et produisaient de singuliers effets. Comme Ja terre que remuent les pieds des bêtes de somme est de suite enlevée par le vent, il en résulte que les sentiers se creusent et forment des fosses , qui , lors des pluies , se remplissent d’eau et contraignent les voyageurs à se frayer latéralement une route nouvelle. La même chose arrive bientôt pour celles-ci; et l’on prend encore à côté, ce qui finit par tracer une multitude de petits sillons parallèles, de l’aspect le plus bizarre.

Lorsque j’arrivai au tiers du chemin, tous les sentiers étaient remplis d’une eau laissée par la saison, qui finissait à peine, et plus loin, la campagne, dénuée de toute végétation, était entièrement inondée. Là je vis des effets de mirage des plus extraordinaires. Les eaux doublaient de surface et paraissaient s’étendre à une immense distance. Le moindre objet, placé soit au milieu, soit en dehors, grandissait de telle manière qu’il semblait toucher aux cieux. Une troupe de mules me représentait de grandes tours, des édifices que leur groupement variable faisait à chaque instant changer de forme et d’aspect. Souvent un homme apparaissait comme une ligne verticale d’une hauteur considérable. Occupé, d’un côté, des trombes de poussière, de l’autre, de ces effets de mirage, je franchis successivement les plaines herbeuses, les plaines inondées, rougeâtres et salées; je gagnai encore, avant d’arriver à Oruro, de véritables dunes de sable mouvant, que le vent faisait voyager. Je fus frappé de trouver, à la hauteur de près de 4000 mètres au-dessus des océans, des dunes en tout semblables à celles qu’on rencontre sur le fjord de la mer. L’illusion était d’autant plus complète que les terrains voisins, couverts d’argile, sont partout imprégnés d’efflorescences salines et de toutes les plantes maritimes que, tant de fois, j’avais pu observer sur le littoral de la Uendée ou de la Bretagne. Enfin, au-delà des dunes, je m’approchai de Sa montagne d’Oruro , au pied oriental de laquelle la ville est située.

Oniro.

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