‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 164 sur 240 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Oruro et ses environs. — Reconnaissance de la province de Carangas. — V oyage d’ Oruro à la Paz. — Excursion sur les rives du lac de Chucuito.

§. 1-er Oruro et ses environs.

En approchant d’Oruro, je fus frappé du misérable aspect de cette ville et du grand nombre d’habitations en ruines que j’y voyais de toutes parts. On la croirait abandonnée, tant les habitans y sont rares. J’avais, en effet, passé, sans rencontrer personne, deux rues bordées de maisons à demi écroulées. Enfin, je trouvai des maisons habitées et je pus obtenir un gîte. On ne s’étonne plus de la décadence de cette ville, quand on songe au motif qui l’a fait fonder, à la hauteur de près de 4000 mètres au-dessus de la mer, sur un plateau froid, où il vente presque continuellement. La richesse d’une cité, due à ses ressources agricoles ou à son industrie, est durable et tend toujours à s’augmenter par les améliorations successives qu’amènent l’expérience et les nouvelles découvertes. Telle que la chance des jeux, la richesse provenue seulement de l’exploitation des mines, est tres-ephémere. En effet, des que le sol cesse de produire extraordinairement, la plus grande misère y vient de suite remplacer l’opulence. Cochabamba , comparée à Oruro, est une preuve frappante de la vérité de ce principe. La première ville, purement agricole, était méprisée des Espagnols, parce quelle n avait pas de mines d’or et d’argent; mais le peu d’importance qu’on lui accordait, durant la splendeur d’Oruro et de Potosi, ne l’a pas empechée de s accroître chaque jour, jusqu’à devenir la plus florissante ville du pays. La cupidité des hommes pouvait seule leur faire braver toutes les intempéries de ce sol glacé des plaines d’Oruro, et leur donner l’idée cî’y fondei une cite. Celle-ci a prosperé tant que ses mines ont produit de grandes richesses; mais dès que l’argent n’y a plus abondé, elle est tombée pour jamais dans une profonde misère.

ni.

part.

Oraro avait été , dès les temps anciens , habitée par des pasteurs aymaras , o. um qui n’avaient pas craint d’exploiter quelques-unes des mines d’or voisines. L’ardeur des Espagnols à se procurer des ressources analogues à celles de Potosi, ne tarda pas à leur laire découvrir, dans la montagne voisine de la ville actuelle, des filons contenant une quantité considérable d’argent. Cette circonstance attira instantanément, au milieu de ces déserts, une population nombreuse, et, en 1604, Diego de Padilla y fonda la ville de San- Felipe de Austria de Oruro, en l’honneur de Philippe III, qui régnait alors en Espagne. A mesure qu’on découvrait aux alentours de nouveaux filons, la nouvelle cité s’accroissait avec une grande rapidité. En effet, les montagnes voisines, nommées Pie di Gallo, San Crist oval, la Flamenca, Bubiales et la Colorada , donnèrent lieu aux exploitations de las Sepulturas , de ïlrooco , de Toraca, qui produisirent annuellement jusqu’à un million de piastres ou cinq millions de francs. Les points plus éloignés , comme Antequera , Guanuni , Avicaya , la Joya , Hychocollo , Conde - auqui , Negro -pabellón, offrirent bientôt des milliers de bouches. Plus de trente grands établissements et plus de trois cents petits, se trouvèrent à la fois en activité, et la seule mine dite Salteada d’ Antequera produisit en cinq années, à son propriétaire, six millions de piastres (trente millions de francs). 1

La ville prit peu à peu une extension telle, qu’en 1780 elle comptait environ 25,000 habitans; mais plusieurs circonstances concoururent à sa ruine. Quelques-unes de ses principales exploitations se remplirent d’eau , et le manque de machines força de les abandonner. D’un autre côté, quand arriva la fameuse insurrection de Tupac-amaru, en 1780, Oruro dut s’en ressentir plus que toutes les autres, étant placée au centre de la population indigène, révoltée en masse contre l’oppression des Espagnols, et surtout contre le travail forcé des mines2. A cette époque, la ville se vit bien des fois réduite à la dernière extrémité et perdit sa principale ressource, les bras des Indiens. Elle souffrit plus encore, lors des guerres de l’indépendance. Prise et reprise plusieurs fois par les différens partis, les Espagnols enfin, en ayant fait le centre de leurs opérations militaires, y construisirent en 1 820 une forteresse, ce qui leur enleva un tiers de sa surface, et tous ses environs furent saccagés. En 1824, lorsque le calme se rétablit, après la bataille

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