‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 168 sur 240 · Idem, tome II , p · texte numérisé non relu

Idem, tome II , p

aimable, dont l’entretien me plut beaucoup. J’allai visiter également lé «33. gouverneur, qui me fit un bon accueil.

1 Carangas

Comme il restait encore quelques heures de jour, j’en profitai pour parcourir les environs. Jetais sur un coteau en pente, exposé à l’est, où les Indiens cultivent la occa \ la pomme de terre commune et une seconde espèce, qu’ils nomment papa Usa . Cette dernière, au lieu d’être recouverte d’une peau qu’on soit obligé d’enlever, l’est d’une pellicule si mince, qu’on se dispense de l’ôter. Le goût en est excellent. La feuille, très -épaisse, résiste pariaitement aux gelées. Il y aurait dès lors un double avantage à la naturaliser en Europe.1 2

Le soir me ramena vers Huaïlamarca, grand et beau bourg, pourvu d’une vaste église, et composé de beaucoup de maisons d’indiens aymaras, entourées de parcs et de champs de culture circonscrits de murailles en pierre sèche. D’un côté la montagne, composée de grès, s’élève graduellement au-dessus, tandis qu’au-dessous , les terrains s’abaissent peu à peu vers la plaine que j’avais franchie dans la journée. J’apercevais au-delà le cône de la Joya et le sommet neigeux de l’Illimani, dont j’étais pourtant à plus de quarante lieues en ligne droite. Dans ces régions élevées, où l’on ne voit pas un nuage, où le ciel le plus pur règne presque constamment, cà cette énorme distance je croyais être très-près de l’Illimani. A l’instant où cette montagne recevait encore les derniers rayons du soleil, tandis que toutes les autres étaient déjà dans l’ombre, la neige me parut d’une blancheur réellement extraordinaire.

Les montagnes de gres friable de Huaïlamarca contiennent beaucoup de mines de cuivre. Le curé me montra beaucoup de morceaux d’un cuivre natif, si malleable, quil n avait besoin d’aucune préparation pour être employé dans l’industrie. Comme la roche est identique aux grès de Corocoro 3 , que le cuivre y est semblable, on pourrait supposer que c’est la continuité des mêmes couches, en partie cachées par les puissantes alluvions de la plaine. On aurait alors environ deux degrés, ou cinquante lieues de longueur de couches cuivreuses, partout remplies de filons plus ou moins exploitables de ce métal.

1. Espèce d’oxalis , aujourd’hui naturalisée en France. Je crois l’avoir apportée le premier, en

2. Je l’avais également apportée au Jardin des plantes; mais j’ignore ce qu’elle est devenue. J’en attends encore, et j’espère la naturaliser en France.

Page 1