‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 170 sur 240 · Voyez tome II, p · texte numérisé non relu

Voyez tome II, p

sépulcres de leurs ancêtres, ne veulent même pas en approcher; aussi, malgré toute l’influence du curé, de l’alcalde, et malgré mes offres d’argent, je ne pus obtenir qu’un seul homme , et encore parce qu’il était métis d’Espagnol. J’ouvris plusieurs tombes, dont l’entrée est toujours à l’orient, et je rencontrai, dans toutes, trois ou quatre cadavres secs, assis; mais j’éprouvai le regret de reconnaître qu’elles avaient été fouillées. Je m’en aperçus au désordre qui régnait dans l’intérieur de chacune; les corps y étaient en morceaux, ainsi que les tissus de paille cpii les enveloppaient1. Je remarquai beaucoup de vêtemens , de débris de vases de terre cuite et d’ustensiles de ménage. Lorsque ces tombeaux sont intacts, les corps sont placés tout autour, les hommes avec leurs vêtemens, les femmes avec leurs ornemens, tels que colliers de pierres percées ou de perles de cuivre. Ordinairement on trouve auprès de ces corps des vases élégans d’une construction particulière, affectés seulement a cet usage2, de forme étrusque, et souvent ornés de dessins en couleur, ressemblant à des grecques. Ces vases, contenant, à ce cpi’iî paraît, de la chicha de maïs, la boisson fermentée des indigènes, sont debout, surmontés d’un petit couvercle3. Mes recherches de toute la journée ne me procurèrent que peu d’antiquités; mais comme mes démarches avaient fait connaître mon désir d’en posséder, je pus, grâce à l’obligeance du curé et de l’alcalde, en acheter quelques-unes des Indiens4. J’éprouvai néanmoins encore, à cet égard, de grandes difficultés, les indigènes attachant beaucoup d’importance à la conservation de ces restes de leurs ancêtres.

Voulant parvenir jusqu’aux derniers points habités vers l’ouest, je laissai Totora le lendemain matin de très -bonne heure, et m’acheminai vers des régions inconnues, ou le citadin ne pénètre jamais. Je remontai des collines de sable et de cailloux, et de l’autre côté j’embrassai l’immense vallée de Viloma, couverte de tola. C’est une plaine à perte de vue, au nord-ouest et au sud-est, ou coule le Rio qui lui donne son nom. J’y descendis insensiblement, sans suivre aucun sentier tracé, et j’y rencontrai le sol couvert de ces petits cristaux de quartz que j’avais vus près du Rio Maure et sur toute la Cordillère occidentale5. L’identité fut pour moi d’autant plus complète, que je trouvai bientôt des monticules de conglomérats trachytiques blancs

1. J’obtins plus tard une momie intacte, que j’ai figurée. Antiquités, pl. 14, fi g. 1.

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