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En aymara les indigènes appellent ces perles Mulli

Carangas

grossiers traces au charbon. Ces grottes, les unes naturelles, les autres creusées de main d’homme, sont supposées renfermer des trésors; déjà plusieurs Espagnols y ont fait des fouilles , et à Oruro l’on m’en avait parlé comme d’une exploitation certaine. Croyant peu à ces prétendus tapados ( trésors cachés), je dirigeai mes recherches d’un autre côté.

L’Indien qui m’accompagnait dans ce labyrinthe de rochers, me fit voir, avec un air de mystère, une fente qui ne pouvait donner passage qu’à un seul homme, et, marchant devant moi, il m’annonça qu’il allait me montrer la demeure de ses ancêtres de Pachavi, lorsqu’ils étaient en guerre avec leurs voisins et qu’ils ne voulaient pas être découverts. Je le suivis en gravissant péniblement, cramponné aux parois de la roche, et enfin, après avoir parcouru une assez grande distance, je me trouvai dans une espèce de cirque très -singulier, au milieu des rochers. Partout j’y vis les fondations circulaires d’anciennes habitations, des parcs taillés dans la roche et tout ce qui annonçait le séjour prolongé de nombreuses familles. Ce point très-curieux m’intéressa vivement. J’en parcourus toutes les parties, et ne manquai pas de gravir une esplanade entourée de rochers, d’oii l’on découvrait parfaitement, sans être aperçu, toute la campagne environnante. C’est de ce lieu que les habitans suivaient les moindres mouvemens dans la plaine. L’Indien m’indiqua encore une grosse pierre, qu’on mettait à l’entrée de la fente de rocher lorsqu’on voidait s’isoler tout à fait. Il est certain qu’il eût été de toute impossibilité de pénétrer alors dans cette singulière retraite.

À mon retour, suivant une autre direction, mon guide me fit remarquer, sous une roche avancée, un grand nombre de cadavres humains desséchés. Chacun, accroupi, était isolément placé dans un petit compartiment de terre, absolument comme les larves d’abeilles dans une ruche1. Là je pouvais encore reconnaître, les uns à côté des autres, tous les membres d’une famille, le père, la mère et les enfans. On croit, dans le pays, que les Indiens s’étaient enterrés ainsi tout vivans, pour ne pas survivre à la mort de leur dernier Inca et pour se soustraire au joug des Espagnols; mais rien ne prouve le fait, et je pense, au contraire, qu’ils y ont été mis successivement au fur et à mesure de leur décès. Sans cette circonstance, on expliquerait difficilement pourquoi l’on avait entouré ces cadavres, dont quelques-uns ont encore leurs vêtemens, de matières résineuses et aromatiques propres à les conserver.

1. La plupart des têtes étaient déformées. J’en ai rapporté quelques-unes, qu’on peut voir Mammifères, pi. 1, fig. 2.

S’il est permis d’émettre une opinion relativement aux grands tombeaux de 1833pierre placés sur les montagnes, aux tombeaux de terre de la plaine et à Caracas ces derniers, bien moins recherchés, je croirais que les premiers étaient ceux des Incas, comme le suppose la tradition verbale; les seconds ceux des chefs indigènes, soumis aux Incas, et les troisièmes ceux des gens du peuple. Cette supposition, du reste, serait en rapport avec les trois classes de la société, si tranchées du temps des fils du soleil. Dans tous les cas, tous ces tombeaux sont bien certainement antérieurs aux Espagnols, les corps, depuis l’arrivée de ceux-ci et rétablissement du christianisme, ayant toujours été portés dans les cimetières. Mon conducteur me dit que, dans le pays, on les regardait comme de la même époque que les chulpas.

De retour à la cabane, après une course de huit heures, j’y trouvai quelques pommes de terre bouillies, qui me donnèrent la force de continuer mes recherches de la journée. Ayant bien vu tous les environs, je résolus de revenir sur mes pas, en étudiant la montagne du Pucara, que je n’avais fait qu’entrevoir la veille. Parvenu sur le point le plus élevé du sentier tracé, je laissai ma mule à mon guide et je gravis le reste à pied, mais non sans peine; car, à moins de connaître parfaitement les détours ménagés, tout le reste a été, pour ainsi dire, rendu inaccessible. On a, en effet, au bas d’une muraille en pierres sèches qui entoure le sommet de la montagne, tâché de rendre, par des coupures, les escarpemens plus roides. La muraille, élevée de deux mètres environ, est très-épaisse et forme un immense cirque oblong, dont on a cherché à aplanir l’intérieur, où un homme est parfaitement abrité. C’est là qu’au temps de leurs guerres, les Indiens réduits à la dernière extrémité, se rassemblaient avec leurs familles et des vivres. Leurs armes défensives étaient des pierres entassées par nombreux amas et propres à former, avec leurs redoutables frondes, de dangereux projectiles. J’y vis beaucoup de ces munitions de guerre, qui s’y trouvaient sans doute depuis les incursions des Incas sur le territoire des Aymaras, ou depuis environ cinq ou six siècles.

Ce point n’avait pas seulement pour moi l’intérêt qui s’attachait à son ancienne destination guerrière; sa grande élévation au-dessus de tous les lieux environnans me permettait encore d’en faire momentanément mon observatoire. J’y voyais à la fois le Sajama 1 , la plus haute montagne neigeuse de la Cordillère occidentale , et l’Illimani , l’un des géans de la chaîne orientale de la Paz ; ainsi la surface que j’embrassais à la fois n’avait pas moins

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