‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 175 sur 240 · Voyez Antiquités, pl. 14, fig · texte numérisé non relu

Voyez Antiquités, pl. 14, fig

Ca rangas

i i Avril.

12 Avril.

rendre au corps la position qu’il avait dans le sein de sa mère avant sa naissance , comme si le rapprochement de la tombe au berceau unissait les deux termes de la vie de l’homme, en lui rappelant qu’il naît seulement pour mourir.

J’abandonnai enfin le Crucero, et tout en recherchant des objets d’histoire naturelle, je traversai de nouveau la plaine de Yiloma, pour revenir à Totora, dont jetais parti depuis trois jours. Le lendemain je me rendis à Huallamarca; là je trouvai, à mon grand contentement, un Indien qui m’apportait des chinchillas, que j’avais envoyé chercher dans la Cordillère, où ils sont aujourd’hui fort rares. J ’éprouvais d’autant plus de plaisir à posséder cet animal, qu’il était alors inconnu en Europe sous le rapport anatomique, quoique son pelage y fût depuis long-temps l’une de nos plus jolies fourrures. Ces petits animaux habitent les régions les plus stériles et les plus froides de la Cordillère; ils y ont le genre de vie de nos lapins, s’y creusant des terriers sous les rochers, et ne sortant que la nuit. Lorsque leur pelage a pris de la valeur, les Indiens leur ont fait une chasse si hardware, qu’ils les détruisirent presque tous, de sorte qu’ils sont devenus trèsrares.

Dans une longue conversation que j’eus avec le curé, j’appris qu’on avait découvert beaucoup d’antiquités au village de la Llanquera, situé à dix lieues au sud-est. Je résolus, bien que cela me fit faire beaucoup plus de chemin, de prendre cette direction, en revenant à Oruro. En effet, le 12 je partis de Huallamarca; je suivis longtemps la pente de la montagne, foulant tour à tour les alluvions anciennes , les grès remplis de cuivre ou des argiles bigarrées. Je descendis plus loin dans la plaine, et longeai le pied des collines. Je passai devant le village de Chuquichambi , situé dans un ravin de la montagne, on ne peut mieux exposé aux rayons du soleil. Je rencontrai, vis-à-vis de l’entrée du ravin, un groupe immense de tombeaux, nommé pour cela Pataca-chulpa (les cent tombeaux). Tous placés sur un petit tertre et bien orientés à l’est, ils représentaient une petite ville. Une lieue plus loin, en face du village de Chanchiguel, je retrouvai un autre groupe de tombeaux, et ensuite un troisième. Tous sont bâtis en terre rouge, et s’élèvent de quatre à six mètres, en contrastant avec la plaine couverte de tola. J’arrivai ainsi à la Llanquera, où je ne trouvai absolument rien de ce qu’on m’avait annoncé. Non-seulement je n’y obtins aucune antiquité, mais encore je perdis tout espoir d’en découvrir aux environs, ce qui me détermina à repartir sur-le-champ.

Les trois bourgs que j’avais vus dans la journée sont absolument dans les 18.33. mêmes conditions, tous situés à mi-côte de la même chaîne dans ses ravins.

Carangas

Leur exposition à l’est, les montagnes qui les garantissent du froid de la Cordillère, permettent à leurs habitans, tous Aymaras, de cultiver sur quelques points la pomme de terre, la papa lisa et la quinua, tandis que leurs troupeaux paissent dans la plaine voisine ou dans les plaines du sud-ouest, de l’autre côté des montagnes.

Comme il me restait quelques heures de jour, je descendis dans la plaine et m’acheminai vers Oruro, dont jetais à quinze lieues au sud-ouest. Après avoir traversé un cours d’eau presque à sec, qui reçoit tous les ruisseaux de la chaîne de Huallamarca et se dirige au sud-est vers le Desaguadero, je me trouvai dans le même horizon de tola que j’avais passé en me rendant de la Joya à Huallamarca J’arrivai le soir près de deux cabanes d’indiens, et je m’y arrêtai pour passer la nuit. J’étais au milieu de cet océan de tola, sur des terrains d’une uniformité désolante. Les cabanes circulaires , couvertes de branchages, formaient un cône écrasé que j’avais aperçu de bien loin.

Là deux pauvres familles d’Aymaras soignaient d’immenses troupeaux de lamas et cultivaient un peu de quinua, en remuant la superficie de cette terre ingrate, qui leur donnait à peine une récolte suffisante pour compenser le travail. Bons comme à leur ordinaire, ces pauvres gens me firent partager leur misérable repas , consistant en pommes de terre et un peu de quinua , dont ils font une espèce de bouillie.

Pressé de me rendre à Oruro, netant d’ailleurs retenu ni par la beauté i3 Avril, du site ni par les commodités de la maison, je récompensai de mon mieux mes hôtes, et je repris ma route. Après sept lieues de marche dans la même plaine, toujours uniforme, en apercevant de loin, à ma gauche, le bourg de Chiquina, j’atteignis îe Rio Desaguadero, que je passai sur une barque. Ensuite il me restait à traverser la plaine nue, en partie inondée, que j’avais franchie à mon départ d’Oruro1 2. Le soir je rentrai dans la ville, où je ne restai qu’un jour avant de reprendre mon voyage.

§. 3. V by age d’Oruro à la Paz.

f Province d’Oruro.

Le 1 5 Avril, je fis mes adieux à Oruro, et je me dirigeai vers la Paz, dont 15 Avril, j’étais à cinquante et quelques lieues au sud-est. En laissant la ville, je longeai

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