‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 177 sur 240 · Voyez la Géologie spéciale, tome III, 3.e partie, p · texte numérisé non relu

Voyez la Géologie spéciale, tome III, 3.e partie, p

arbres forestiers. Je suivis les coteaux sur la gauche, jusqu’à l’instant où les montagnes se terminent tout à fait de ce côté. Je n’avais plus alors devant moi qu’une plaine immense, jusqu’au Reducto , premier point habité de la province de Sicasica.

ff Province de Sicasica.

Le Reducto (la redoute) est un fort en terre, construit par les Espagnols, lors des dernières guerres de l’indépendance. Ses murailles sont élevées, et dominent une plaine qui s’étend tout autour à une grande distance. Aujourd’hui c’est une des maisons de poste de la route. J’y trouvai un colonel avec des recrues, et une multitude de femmes. Gomme chaque militaire ne reste au corps qu’autant qu’il a des relations avec des Indiennes, il en résulte que lorsqu’un régiment se déplace, on voit en marche, sur des mules, sur des ânes ou à pied, presque autant de femmes que de soldats et de sousofficiers. C’est le complément indispensable du bagage de l’armée en temps de paix. Ces femmes, parasites de tous les corps militaires, font la cuisine aux soldats, raccommodent leurs vêtemens, et leur sont d’une grande utilité; elles sont aussi pour eux d’un dévouement extraordinaire. Les nombreuses chambres du Reducto étaient tellement encombrées de tout ce monde, que j’eus beaucoup de peine à trouver une place propre à me coucher à terre.

En partant du Reducto, je franchis six lieues de plaines à l’ouest-nordouest jusqu’à Sicasica. D’abord j’avais à ma gauche une plaine, qui s’étendait sans interruption jusqu’à Huallamarca, et du côté opposé les derniers contreforts de la Cordillère orientale, que je n’avais presque pas perdus de vue depuis Potosi. La plaine sèche , aride , était couverte de fragmens anguleux de grès , qui rendaient la marche assez pénible. Quand je comparais, par la pensée, l’aspect triste, uniforme, de cette partie de la province de Sicasica, avec les montagnes escarpées, avec la végétation active de la région que j’avais franchie en me rendant de Yungas1 à Cochabamba, à peine pouvais-je me figurer que des pays aussi différens appartinssent à la même province. Ces contrastes font pourtant la richesse de cette circonscription politique. Sicasica et ses environs renferment seulement des mines d’argent d’une richesse extrême, tandis que les vallées chaudes fournissent toutes les provisions de bouche nécessaires à ces exploitations. En approchant de Sicasica, je vis une assez grande montagne qui s’élevait à l’ouest et se continuait bien au-delà.

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