l’ai rapporté plusieurs de ces instrumens ainsi trempés
mens. Je les examinais, lorsque je me souvins qua Potosi j’avais vu des Indiens dégrossir, à l’aide du feu, des pierres semblables. Ils chauffent fortement la partie qu’ils veulent enlever, y jettent ensuite de l’eau, et une couche se détache ainsi à chaque fois. J’appris, de plus, des Indiens de Tiaguanaco que des moyens identiques s’emploient encore pour dégrossir. Le fini de la taille s’exécutait avec des instr umens de bronze.
Comme tous ces monumens se trouvent sur l’ancien territoire des Aymarás, que cette nation occupe le centre des régions peuplées par íes Quichuas et marquées par la civilisation des Incas, ne pourrait-on pas supposer que Manco-Capac, premier Incas, qui, suivant les traditions1 2, est sorti des rives du lac de Chucuito sur lesquelles sont les monumens de Tiaguanaco, aurait emporte de ce point au Cuzco les restes d’une civilisation presque éteinte, quil aurait cherché à faire oublier, afin d’augmenter d’autant la gloire de ses créations personnelles? Quoi qu’il en soit, la source commune de la religion du soleil, tirée des bas-reliefs plats, les traditions et le langage n établiraient -ils pas que les Aymaras ont ete la souche première de la civilisation des plateaux des Andes; que chez eux s’est développée la vie agricole, et que chez eux ont aussi germé les idées sociales? Le premier gouvernement monarchique et religieux a pris naissance au sein de cette société, parvenue, bien anciennement peut-être, à un degré de civilisation avancée. Sans cela il serait impossible d’expliquer comment ont pu se constiime des monumens aussi vastes, qui demandaient un si grand concours de bras.
Je rencontrai, près du bourg, une statue informe, en partie usée par le temps, qui représentait un personnage, d’un mètre quatre-vingt-un centimètres de hauteur, assez grossièrement taillé dans le grès, lequel, par sa foi me, me parut etre dun age tout a fait different des autres antiquités de Tiaguanaco . Peut-etre cette statue avait-elle ete placee du temps des Incas.
Tiaguanaco est agréablement situe dans une plaine dominée au nord et au sud par de hautes collines, et arrosée au milieu par une petite rivière qui se diiige a 1 ouest et se jette dans le lac de Chucuito, dont on aperçoit les eaux limpides a trois lieues de distance. Le bourg est vaste, très-peuplé; son eg lise est belle, relativement au lieu ou elle se trouve, et ses maisons, comme toutes celles des plateaux, sont entourées de cours et d’un grand