Voyez Antiquités, pl. 9, fig
Tiagua-
naco.
'I ¡aguanaco.
7 Juin.
nombre de compartimens bâtis en pierre sèche, ce qui donne à l’ensemble un aspect singulier et d’autant plus triste, qu’on n’y voit pas un seul arbre.
Toute la soirée du jour de mon arrivée, le lendemain toute la journée, ainsi que le surlendemain, à l’occasion de la Fête-Dieu, les Indiens ne cessèrent de danser au son du tambourin et des flûtes de Pan. Plus de dix troupes, burlesquement vêtues, comme j’en avais vu à la Paz1, dansèrent devant le saint sacrement, et les soirs ils en firent autant tout autour de la place, allant de chapelle en chapelle. La musique, exécutée séparément sans accords par chacune des troupes en particulier, produisait une cacophonie extraordinaire. Les danses singulières, exécutées le soir à la lueur des feux qu’on avait allumés au pourtour de la place, donnaient à la scène un cachet singulier qui ne manquait pas d’originalité. Assis sur le tronçon d’un ancien portique couvert de sculptures et converti en un banc, je restai une partie de la soirée occupé de ce spectacle, dont néanmoins plus tard je maudis Jes acteurs; car deux nuits de suite, ils ne cessèrent pas un instant de parcourir les rues en exécutant leurs sauvages concerts.
De Tiaguanaco on voit à trois lieues de distance au sud-ouest le bourg de Huaqui, situé non loin des rives du lac de Chucuito, et de l’autre côté de l’entrée de la vallée, à l’ouest-nord-ouest, le bourg de Taraco, également placé sur les rives du lac. Près de ce dernier se rencontrent encore les restes de ces monumens décrits par Garcilaso de la Vega2 de la manière suivante: « Là se trouvent de très-grands édifices, parmi lesquels est une cour carrée « de quinze brasses de large, avec ses murailles de la hauteur de deux tailles « d’homme. D’un côté de la cour est une salle de quarante-cinq pieds de long « et de vingt-deux de large, couverte à l’imitation des toits de paille. Cette cour, « ses murailles, le sol, la salle, son toit, sont d’une seule pièce, taillée dans « un rocher. Il y a aussi tout près beaucoup de pierres sculptées , représen- « tant des hommes et des femmes si naturels, qu’ils paraissent vivans; debout, « assis, passant un ruisseau, les uns le verre en main, les autres portant « leurs enfans sur leurs genoux ou sur leur dos, et enfin dans mille attitudes « différentes/’ On m’assura qu’il restait encore beaucoup de traces de ces anciens monumens; néanmoins, voulant employer quelques jours à visiter les îles du lac, je fus contraint de m’abstenir de passer à Taraco.
Le 7 Juin, je laissai cette terre classique pour me rendre à Àygachi, distant
t. Voyez t. II, p. 418 et 431.