Comentarios reales de los Incas, lib. Ill, cap. I
de sept lieues au nord. Je commençai par gravir la montagne voisine de 1833. Tiaguanaco , sur des grès dont la pente est au nord et l’escarpement du côté 7¡;~lia du bourg. Une fois au sommet de la chaîne, j’en gagnai un point culminant, nat0où j’établis provisoirement mon observatoire, pour relever tous les points visibles. J’avais une vue réellement magnifique : au sud, je dominais toute la vallée de Tiaguanaco, qui finissait au lac de Chucuito ou de Titicaca1, dont les eaux majestueuses s’étendaient au loin. En suivant les rives, je voyais à l’ouest, il 0 sud, le Reducto ou le fort qui commande le passage du Desaguadero. C’est sur ce point que le surplus des eaux du fameux lac, s’échappant à travers une colline, serpente soixante lieues dans la plaine et court ensuite former plus loin le lac de Panza 2. Non loin de là j’apercevais sur le rivage , qui s’éloignait de moi vers l’ouest , les bourgs du Desaguadero et de Cepita, dépendant du Pérou, la rivière du Desaguadero servant sur ce point de limites naturelles entre les deux républiques. Dans la partie méridionale du lac qui s’offrait à moi, j’apercevais encore, au loin, les montagnes de Yunguyo, qui le bordent au nord-ouest, et sur ma droite une multitude d’îles qui s’élèvent au milieu des eaux, comme de petites montagnes. Parmi celles-ci, l’île de Chiqui se trouve seule isolée, tandis que les autres au nord-nord-ouest représentent un véritable archipel. J’y distinguais les îles de Surique, de Pariti, de Quebaya et d’Amasa, la plus grande de toutes.
Au nord-est s’étendait, de l’autre côté de la montagne, une vaste vallée, arrosée de plusieurs rivières. J’y apercevais, au-dessous de moi, le village de Lacaya, et, de l’autre côté de la plaine, au pied d’une autre colline parallèle à la côte de Tiaguanaco, le bourg d’Aygachi. Je voyais du reste de mon observatoire, avec les plus belles campagnes partout couvertes d’habitations, l’Illimani et le Sorata, ces deux géans des montagnes américaines, déployant à la fois toute leur splendeur. Il m’eût été difficile de me figurer que j’étais à quatre mille mètres d’élévation au-dessus des océans, si je n’avais aperçu le manque total de végétation ligneuse. Pas un arbre, en effet, ne s’offrit à moi, sur une terre si productive, qui peut, quand on le voudra, se couvrir des plus beaux bois de sapin , et transporter la belle Suisse sur les montagnes des Cordillères. Alors aussi le lac en paraîtra plus beau, et toute la campagne changera subitement d’aspect.