‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 194 sur 240 · Voyez t. III, p · texte numérisé non relu

Voyez t. III, p

Lae-

de

Chu-

cuito.

Je descendis par des terrains rocailleux jusqu’au village de Lacaya, où je vis de magnifiques champs de blé et beaucoup de champs de pommes de terre. En général, les bords du lac sont parfaitement cultivés, et produisent d’excellentes récoltes dans les parties abritées du vent de sud. Je traversai ensuite une belle plaine couverte de terre végétale et arrosée par le Pxio Colorado et le Rio de Laja, plaine de l’autre côté de laquelle je rencontrai le bourg d’Aygachi, où je ne m’arrêtai qu’un instant, ayant l’intention d’aller parcourir les îles d’ Amasa et de Quebaya. Cette balte me procura néanmoins quelques vases anciens , dont le curé voulut bien me faire cadeau. 1

En longeant le pied des collines, j’arrivai sur les bords du lac, et je me trouvai bientôt dans un isthme étroit qui sépare la presqu’île de Yaïs de la côte ferme. Une fois de l’autre côté, j’avais en face le joli village du même nom, très -agréablement situé à la partie ouest d’une haute colline dans un ravin. Je le laissai, traversai la colline et me trouvai en face de l’île d’ Amasa, la plus grande de toutes, dont j’étais séparé par un court détroit, où l’on a eu soin de construire une chaussée, qui, bien qu’en mauvais état, me permit de traverser. Je fus surpris de l’innombrable quantité d’oiseaux de rivage qui abondent sur le littoral, partout où se montrent des joncs élevés nommés totora. On y voit une multitude de canards, de foulques, de poules d’eau, de grèbes, qui là prennent leurs ébats aussi tranquillement que s’ils étaient à l’état domestique. 11 est vrai que les indigènes ne chassent jamais, et qu’ils laissent vivre autour d’eux tous les êtres dans la plus parfaite sécurité.

L’île d’ Amasa, longue de plus de huit kilomètres et large de trois à cinq, est une haute montagne composée de marbres noirs et bleuâtres de l’époque carbonifère, absolument identiques d’aspect à ceux des environs de Tournay en Belgique. Sur ces terrains, on ne peut plus tourmentés par les révolutions géologiques, on voit partout des blocs énormes de marbre détachés, qui ne demandent plus qu’à être taillés pour devenir l’ornement des maisons de la république. L’île est allongée, très-irrégulière, pourvue de caps nombreux séparés par des anses. Là le cultivateur ne trouve cpie peu d’endroits à ensemencer, mais les troupeaux rencontrent, au milieu des rochers, un peu de pâturages. Je traversai une montagne, et de l’autre côté, je suivis la rive méridionale de l’île , en parcourant toutes les sinuosités de la côte. J’y recueillis plusieurs coquilles fossiles, empâtées dans le marbre. Après une marche longue et pénible, j’atteignis l’extrémité de l’île, sur un point où

1. J’obtins surtout ceux que représentent les figures 6 et 7 de la planche 19.

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un isthme très-étroit la sépare de celle de Tirasa. J’avais alors en vue, non 1833.

loin de là, plusieurs petits îlots coniques, et l’extrémité des îles de Quebaya

et de Pariti. ï

L’île de Tirasa n’a que quatre kilomètres de long sur un de large. Elle íoi est également composée de rochers. J ’éprouvais dans cette marche au bord des eaux un plaisir que je ne pourrais peindre. A 4000 mètres au-dessus des océans, je me croyais sur le bord d’une véritable mer, et mon illusion était complete. Les eaux, bleu foncé comme au sein des hautes mers, se montraient partout, et je croyais encore suivre le littoral de certaines parties déchirées des côtes de la Bretagne. Il n’y manquait pas même les vagues qu’un vent violent soulevait sur la côte. Arrivé ainsi jusqu’à l’extrémité occidentale de File, j’y trouvai une ferme, dont les habitans indigènes me reçurent parfaitement. Il me restait encore à voir de ce côté l’île de Quebaya, séparée par un petit détroit queje franchis sans peine. Cette île, la dernière ou l’on puisse arriver sans être embarqué, est dirigée nord-ouest et sud-est; elle est, de même que les autres, formée de beaux marbres bleuâtres et noirs, remplis de coquilles fossiles. J’y découvris une grande quantité de tombeaux, qui ne ressemblaient en rien à ceux que j’avais

déjà vus. Ce sont des enceintes plus ou moins larges, carrées ou rondes, '

hautes dun ou deux metres, faites avec des pierres sèches. Chacune est couverte en pierres; mais comme les anciens ne connaissaient pas la voûte, ds en ont placé de larges fortement chargées tout autour, pour en supporter une dernière, placée au milieu sur les autres. Dans ces tombeaux, où les corps sont assis, je recueillis des têtes dont le front est si déprimé1 qu’il ne saurait être que le produit d’une déformation artificielle2. Il ne reste matériellement plus de front, et toute la masse cérébrale est portée en arriéré. Je remarquai que les têtes les plus déformées se trouvaient dans les plus grands tombeaux; elles me parurent appartenir à des hommes.

Je restai long -temps occupé à des recherches dans ces tombes. Les corps y sont encore intacts et d’une parfaite conservation après tant de siècles.

De 1 extrémité occidentale de l’de de Quebaya , avancée comme un cap de quinze kilomètres au moins dans le lac, je relevai toutes les îles, qui se montraient a moi comme des pains de sucre écrasés ou comme des collines

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