‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 195 sur 240 · Voyez Mammifères, pl. 2, fîg · texte numérisé non relu

Voyez Mammifères, pl. 2, fîg

2. Voyez ce que j’ai dit à cet égard, Homme américain, p. 60 et 144.

Lac

de

Chu-

cuito.

oblongues , assez élevées au-dessus des eaux. La plus rapprochée était la longue île de Pariti. J’apercevais encore au loin l’île de Chiqué, tandis qu’entre ces deux extrêmes se découvrait le pic de Tile de Surique, où l’on dit qu’il se trouve beaucoup de tombeaux, mais où je ne pus parvenir faute d’embarcation, et l’archipel de Taquiri, composé de trois îles, toutes d’une lieue de long environ , qui me masquaient le détroit de Tiquina , dont je n’apercevais que les hautes montagnes.

Ce détroit, presque coupé à pic de chaque côté1 2, sépare le lac de Chucuito en deux immenses portions9. L’une, moins grande que l’autre, au milieu de laquelle je me trouvais, se nomme plus particulièrement la Laguna de Chucuito , tandis que la seconde est généralement connue sous celle de Laguna de Titicaca ou de Puno. Cette petite portion n’a pas moins de dix -huit lieues de long sur huit de large, mais l’autre a plus de vingt-huit lieues de longueur. En regardant au nord, je découvrais une vaste etendue du lac, et par dessus ses eaux majestueuses et les collines de la rive opposée, je voyais le pic neigeux de Sorata qui dominait tout le tableau.

Je revins vers mon gîte; mais le soleil étant encore assez eleve sur 1 horizon pour me permettre de marcher quelques heures, je résolus de suivre la rive opposée de l’ile de Tirasa, et daller coucher sur la cote septentiionale de l’île d’ Amasa. En conséquence, je côtoyai les rives accidentées de l’île de Tirasa, je repassai l’istlime d’Amasa et longeai cette île jusqu’au hameau de Patatani, où j’arrivai à la nuit, après une des plus fortes journées que j’eusse fait peut-être, depuis que j’étais en voyage. Le hameau, composé d’indiens cultivateurs et pêcheurs , est agréablement situé sur une baie cultivable, au pied de rochers de marbre noir des plus escarpés. La plage, couverte de joncs, où se jouaient une multitude d oiseaux aquatiques, me montra plusieurs de ces singuliers bateaux de joncs, quon appelle dans le pays balsas , ce qui me donna l’idée de traverser le lac meme sur une de ces barques et de me rendre directement a Guarinas, que j apercevais de lautie côté à six lieues de distance environ. J’en parlai a 1 alcalde, qui me promit de tout faire préparer pour ce voyage du lendemain.

Dans un pays où il n’y a pas de bois, l’industrie locale y a suppléé depuis les temps les plus reculés. Les indigènes, pour naviguer sur le lac, ont imaginé de faire d’immenses rouleaux de joncs et de les attacher ensemble, de maniere

1. Voyez la Vue n.° 21, qui m’a été communiquée par M. Bawring.

2. Voyez ma Carie générale de la Bolivia et la carte particulière du lac.

à en former des barques. En effet, deux gros rouleaux très-serrés, amincis par les extrémités et longs de cinq à six mètres, constituent le corps de la barque; deux autres, bien plus étroits, attachés en dessus sur les cotés, en composent les bords1. Ces embarcations vont à la voile ou à la rame. La voile est, ainsi que le reste, composée de tiges de jonc cousues ensemble, et les rames consistent en une seule perche. Bien que la barque puisse chavirer facilement, comme elle ne saurait enfoncer, parce quelle surnage toujours, les joncs renfermant beaucoup d’air, on est sur de trouver un moyen de salut. Néanmoins, un tel mode de navigation me faisant craindre de perdre mes instr umens et mes armes, je résolus d’envoyer par terre mes mules avec ma malle, et de m’aventurer seul, disposé à tout ce qui pourrait arriver.

A la pointe du jour, je parcourais les environs, recueillant des plantes, chassant les oiseaux de rivage ou étudiant les rochers voisins, qui me présentèrent quelques fossiles des terrains carbonifères. Vers neuf heures j’interrompis mes recherches pour m’embarquer sur mon bateau de jonc avec un seul Indien. D’abord un faible vent me poussa vers le milieu du lac, où j’éprouvai un froid piquant, que m’avaient d’abord empêché de sentir la nouveauté de la marche, la beauté des eaux cristallines bleues du lac et la vue majestueuse de ses rives. Le ciel se couvrit de quelques nuages et le vent tomba. Je me trouvais alors à moitié chemin. Mon Indien prit sa perche, et, en enfonçant chaque extrémité tantôt d’un coté, tantôt de l’autre, il s’efforça de nous faire avancer; mais il est facile de concevoir l’insuffisance de ce faible moyen de promulsion. En effet, nous avancions si lentement, que je jugeai que nous n’arriverions pas le même jour. Je fus étonné que personne n’eût pensé jusqu’alors à indiquer à ces Indiens l’usage de rames plus énergiques. J eus tout le temps de considérer ce qui m’entourait. Je parcourais, en effet, des yeux cet assemblage singulier d’iles montueuses que j’avais visitées la veille; je suivais la belle vallee verdoyante de Guarnías, témoin de ces guerres sanglantes entre les révoltés, sous Gonzalo Pizarro, et les troupes royales espagnoles, qui furent vaincues en 1 547 2, ou je fixais mes regards sur les montagnes de Guarinas, de Santiago, qui s’étendaient jusqu’au fameux détroit de Tiquina, que j’apercevais très-bien, avec ses deux bourgs de chaque côté, à lest San-Pahlo, a l’ouest San-Pedro3. Je voyais encore au long de la côte

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