Voyez-en la Vue, pl
ni. i.re partie. 4^
! Juin.
les bourgs d’Ancomayo et de Guarinas, dont les maisons se reflétaient sur les eaux limpides, qui sont d’abord d’un bleu foncé comme en pleine mer, et la profondeur du lac est très-grande; mais sur la côte voisine il y a beaucoup de bas-fonds. Les eaux y sont si claires que, par une profondeur de vingt mètres et plus , on distingue parfaitement le fond que tapisse de verdure une espèce de plante aquatique qui couvre toutes les côtes. Je voyais souvent des poissons briller au-dessous de moi et montrer leurs reflets argentés.
Vers deux heures, une légère brise s’étant élevée, j’eus enfin l’espoir de toucher le continent. Je m’approchai peu à peu de file élevée de Guarinas, et vers quatre heures ¡’atteignis la plage à mon grand contentement, mais transi de froid. Pour toucher plus vite la terre, j’étais descendu à plus d’une lieue de Guarinas; ce qui me procura le plaisir de recueillir sur le rivage plusieurs intéressans objets d’histoire naturelle. Aussitôt après mon arrivée à Guarinas, grand bourg, très-populeux, l’un des mieux situés des rives du lac, je m’informai si la goélette de M. Pinedo s’y trouvait, afin de m’y embarquer, pour continuer mon exploration; mais on n’en avait absolument aucune nouvelle. Je me déterminai dès lors à me rendre le lendemain à Achacaché, où l’on supposait quelle serait. En attendant je gravis la montagne voisine, afin de faire des relevés sur tous les points visibles. J’y découvris un panorama d’une immense étendue et de l’aspect le plus varié. J’avais à l’ouest et au nord toutes les îles et les parties accidentées que j’avais déjà vues, et du côté opposé, l’immense vallée de las Peñas, qui de là s’étendait, en s’élevant toujours, jusqu’au pied de la Cordillère orientale. Il me semblait que de ce point j’allais toucher de la main le Nevado de Sorata, dont je m’approchais toujours.
Le lendemain je me dirigeai au nord-ouest vers le bourg d’Achacaché, d’où j’étais à cinq lieues. L’intervalle de plaines étroites entre des collines est d’un aspect très-pittoresque. Il n’y manque que des arbres pour en faire un lieu charmant. Achacaché, où je ne trouvai point la goélette, est situé dans une belle vallée, au pied de mamelons trachytiques de forme conique. C’est un très-grand et très-riche bourg, dont tous les environs sont cultivés et produisent du blé magnifique et d’excellentes pommes de terre; on y voit, à quatre kilomètres de distance, les eaux limpides de la grande portion du lac qui se perdent dans l’éloignement. Un des mamelons voisins du bourg me servit d’abord d’observatoire; mais je résolus de mesurer une base aux environs , pour avoir la distance réelle du Nevado de Sorata , et de gravir un des points les plus élevés des montagnes qui séparent les deux portions du lac,
afin d’en saisir l’ensemble par un réseau de rhumbs. La première opération me prit un jour, et le résultat fut que la montagne de Sorata se trouvait ~ à vingt- trois kilomètres de distance réelle de ma base. Sa forme écrasée, de sa pente plus abrupte à l’est qu’à l’ouest, se dessinaient on ne peut plus claire- caito, ment à mes yeux. L’illusion même était très-grande. Au juger, j’aurais cru n’être qu’à demi lieues tout au plus de ce géant du nouveau monde, dont la cime est à 761)6 mètres au-dessus des océans1 2. On me fit remarquer sur la pente du Sorata un ancien canal d’irrigation construit par les Incas qui, partant des régions neigeuses, apportait jadis les eaux jusque dans cette plaine. Il est construit en pierres et se distingue parfaitement : c’est une œuvre immense, qu’on a laissée se dégrader.
J’avais eu, le jour de mon arrivée, un léger accès de fièvre avec frisson , 1 1 Juin, attribué, sans y faire plus d’attention, à la fatigue des jours précédons, et qui ne m’avait pas empêché de travailler continuellement. Le surlendemain je montai à cheval, accompagné du corregidor, pour me rendre au sommet de la plus haute montagne, située à l’ouest. Je fis deux lieues dans la plaine, et je commençai à gravir par des sentiers rocailleux trèsdifficiles. À moitié de mon ascension, je sentis tous les indices précurseurs de la fièvre, qui ne m’empêchèrent pas de poursuivre. Bientôt saisi d’un frisson des plus violens, je souffris tout ce qu’il est possible de dire; néanmoins je voulus parvenir au sommet, oh le froid, dû à la grande raréfaction de l’air, me donna un tremblement plus fort et des douleurs de tête réellement atroces.
Tant que dura le frisson, je fus forcé de me coucher à terre; mais lorsque la chaleur de l’accès commença, je voulus, malgré mes souffrances, atteindre le but de ma course. Luttant contre la fièvre, je relevai tous les points visibles de l’ensemble intéressant qui s’offrait à moi. De l’autre côté d’un large golfe, je voyais le bourg d’Ancoraimes , situé au pied d’une montagne déchirée.
La côte qui, de ce côté du lac, s’étendait au loin vers le nord-ouest jusqu’à se perdre à l’horizon, me montrait partout des accidens de terrains trèsremarquables, parmi lesquels figuraient des rochers perpendiculaires, nommés très-singulièrement Pulpito del diablo (le pupitre du diable). Au milieu de l’immense étendue du lac vers l’ouest j’apercevais dans le lointain les îles de Lhiquipa et del Campanario, placees non loin d’Lscoma et qui me parurent boisees . Du meme cote, au-dessous de moi, s’étendait le bourg de Santiago de