‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 198 sur 240 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Description de la province de Caupolican. '

Avant de laisser la Bolivia, je crois devoir donner ici, pour compléter 21 Août, mes observations sur les régions septentrionales de la république, et comparativement a mes chapitres relatifs a Chiquitos et a .Moxos, la description détaillée de la vaste province de Caupolican. Je le fais avec d’autant plus de raison , que cette partie , la moins connue peut-etre de toute l’Amérique , est néanmoins, par les accidens de sa surface, par la richesse de ses productions et par les moeurs de ses habitans, l’une des plus remarquables et des plus dignes de l’attention des Européens. Je n’ai pas eu le loisir de la visiter; mais les renseigrtemens cpie j’ai pu me procurer sont assez complets, pour ne laisser que très-peu à désirer.1 2

La province3 de Caupolican est située entre les 1 0.e et /15.e degrés de latitude sud, les 7 0.c et 75.e degrés de longitude occidentale de Paris, et s’étend au nord de la rive gauche du Béni. Elle présente, dans la direction nord-nordest et sud-sud-ouest, une etendue oblongue, dont la longueur en lieues marines est de cent vingt lieues, sur une largeur moyenne de soixante. Sa surface, également en lieues carrées de vingt-cinq au degré, est d’environ six mille deux cent cinquante. Elle à pour limites, au sud, la chaîne transversale de montagnes qui la sépare de la province de Muñecas, département de la Paz; a 1 ouest et au sud-ouest, la Cordillère orientale elle-même, avec ses sommets neigeux, qui la circonscrit nettement du côté des provinces de Guancane et de Carabaya, république du Pérou; au nord, du côté du Pérou et du Brésil, d immenses deserts inconnus, séjour de quelques nations encore à l’état sauvage; a 1 est, le cours du Béni, qui la borne du côté de la province de Moxos.

1. J’extrais ce chapitre de l’ouvrage espagnol queje publie sous le titre de Descripción geográfica, historica y estadística de Bolivia.

2. Ces renseignemens ont été puisés à trois sources différentes. Je les dois à des communications qui m ont été faites par M. Antonio Acosta, et à deux petits manuscrits sans nom d’auteur, que j’ai trouvés à la Paz en 1833.

3. Lors de mon séjour en Bolivia, Caupolican dépendait du département de la Paz; mais, en 1843, le général Baldivian, en la réunissant à Moxos et au pays des Yuracarès, en a formé le nouveau département du Béni.

Cette contrée est une des plus curieuses sous le rapport orographique. Elle commence à ces pics neigeux, séjour des frimas éternels, qui forment, à l’ouest et au sud-ouest, la Cordillère orientale. En effet, cette chaîne imposante, sur laquelle figurent les deux plus hautes montagnes d’Amérique, rillimani et l’Ancco-Unca (Nevado de Sorata), dont les sommets s’élèvent à plus de 7696 mètres au-dessus du niveau des océans, court nord-ouest et sud-est, depuis la Paz jusqu’en dehors des limites de Bolivia, en circonscrivant la province au sud-ouest. Une autre chaîne, située au sud, bien moins haute et transversale à la Cordillère, part de celle-ci comme un contre-fort et se dirige à l’est-nord-est, en s’abaissant toujours jusqu’au moment où elle s’achève un peu au nord-ouest d’ Apolo. Une troisième chaîne, parallèle à cette seconde, également contre-fort de la Cordillère orientale, se continue au nord de la province. De ces trois chaînes principales il résulte un versant central transversal à la direction de la Cordillère, qui forme la grande vallée de Pelechuco et du Tuyche, vers laquelle convergent les pentes et les rameaux latéraux des deux autres chaînes : la pente de la vallée centrale inclinant au nord-est, et celle du contre-fort du sud au nord-ouest, tandis que la pente du contre-fort du nord se dirige à l’est. Toutes ces montagnes s’abaissent graduellement vers le nord-est, et finissent un peu à l’est d’Aten et d’Apolo, où, néanmoins, se trouve encore un chaînon indépendant très-élevé, celui <XAltuncama, dont la température, propre à la culture de la pomme de terre, dénote une élévation de plus de 2500 mètres au-dessus du niveau des mers. Au delà de ce dernier ressaut, déjà placé sur un sol ondulé plutôt que montagneux, commencent les plaines qui, sans s’interrompre, s’étendent sur tout le reste de la province vers le nord, où l’on n’aperçoit plus que quelques légères collines.

A l’exception de l’Altuncama, qui forme comme une muraille, toutes ces montagnes sont d’autant plus escarpées, d’autant plus abruptes qu’elles sont plus rapprochées des Cordillères. Près de Pelechuco elles présentent partout des pentes roides, des parois coupées à pic, des crêtes aiguës, ou des précipices affreux formés par les dislocations du sol qu’ont produit les révolutions géologiques. Elles deviennent moins abruptes à mesure qu'on s’éloigne de ces centres de soulèvement; de simples collines les remplacent à l est.

Bien queje n’aie rien de positif sur la géologie de la province, je dois croire, par ce que j’ai vu non loin de là sur la Cordillère, au nord de la Paz, que la partie de cette Cordillère qui avoisine Pelechuco, appartient au même

âge géologique, ce que prouveraient encore du reste les nombreux lavages d’or de ces régions. Je crois donc que les deux côtés de la Cordillère, à Suches, à Pelechuco , et même jusqu’au Rio Motosolo et à Mojos, dépendent des terrains siluriens, représentés par des schistes et des phyllades bleuâtres. Je crois encore que plus has, comme a Yungas, les montagnes composées de grès appartiennent, soit à l’étage dévonien, soit à l’étage carbonifère. On pourrait enfin croire que les plaines sont, de même qua Mojos, d’alluvions modernes ou de terrains diluviens.

La direction des rivières1 d’une contrée montagneuse dépend toujours de sa forme orographique, puisque les chaînes de montagnes déterminent les grandes vallées, et les pentes de celles-ci, les vallées de second ordre. Jai dit que la pente générale, en partant de la Cordillère, donnait naissance à la grande vallee de Pelechuco et du Tuyche, qui suit au nord-est. C’est, en même temps, la direction de la plus forte rivière de la province, le Tuyche , qui, sous le nom de Rio de Pelechuco , commence aux sommets neigeux à lest de la Cordillère de Suches, se forme de plusieurs petits torrens et descend ainsi a Pelechuco. Il reçoit, à gauche, quelques petits ruisseaux, et a droite le torrent de Santa- Ana et celui de Pilcohamha. Plus bas , du meme cote, viennent s y reunir le Rio de Puente grande , assez volumineux deja pour quon doive le passer sur un pont, et le Rio de Amantóla, plus considérable encore, qui naît dans la chaîne du nord, ainsi que le Rio de Pata. La rive gauche reçoit aussi la petite rivière de Motosolo, célèbre par ses mines dor, et plus bas le Rio de Mojos. Du moment où le Rio de Pelechuco s est grossi du Rio de Pata, il est assez fort pour ne pouvoir être passé qu’à laide de radeaux, au moins lors des crues. Il prend alors le nom de Rio Tuyche, descend en faisant des détours nombreux et suit la direction générale a lest-nord-est. Il s’augmente encore successivement dans son cours, sur la rive droite, du Rio de Santa-Cruz et du Rio Tupili. Ce dernier est le plus fort des deux. Á une grande distance à l’est il reçoit, sur la rive gauche, près de San-Jose, le Rio de Chupiamonas. Enfin, après avoir réuni presque toutes les eaux de la région montagneuse habitée de la province, il s incorpore, cinq lieues a l’est de San-Jose, au Rio de los Mocéténès, et forme alors le Rio Béni.

Au moment où le Rio Béni passe près de San-Jose, il a déjà reçu toutes

1. Cette partie de ma carte de la Bolivia est, par défaut de renseignemens, tout à fait fautive. Je rectifierai ces erreurs d’après ces nouveaux documens, dans une autre carte.

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